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Full text of "Revue catalane"

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REVUE CATALANE 

Tome 11. — «9°^ 



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Tome II 

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CATALANE 




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Table des Matières 



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Compte-rendu des séances, i, 33, 65, 97. 

Liste des Membres de la, Société, 2, 34, 97, 290. 

Proverbes catalans, i3. 

Pages choisies: Madame Dolors Monserdâ de Maciâ, i5. 

— Angel Guimera, 145. 

— Francesch Matheu, 201. 

— Poésie Cérétane, 275. 

— La Lianor, 399. 

Livres et Revues, 29, 66, 95, 128, i58, 192,223,254,288,319,374,406. 

Concours mensuel et permanent de Langue catalane, 34, 46, 98, 129, 161, 
193, 2î5, 257, 289, 321, 377. 

Comparaisons populaires usitées en Roussillon, 40. 

Athalie (Annonce du projet de publication en catalan de la tragédie de 
Racine), 77. 

Deux amis des lettres catalanes: le chanoine Boher, Jean Fastenrath, i25. 

Congrès de la Fédération des Sociétés Pyrénéistes à Barcelone. Conférence 
de M. Pierre Vidal, i33. 

Une bonne nouvelle (Cours de littérature méridionale à la Faculté des Let- 
tres de Montpellier), 134. 

Congrès d'historia de la Corona d'Aragô ; Lletre de convit, 144. 

Pensaments, 167, 274, 370. 

Francisco Tramulles, peintre, (note biographique), 169. 

Fête littéraire de VEscoIo Audenco, 199. 

Nos hôtes : Jean Badoa ; Joan Tarafa, 199. Antoni CiufFo, 229. 

Société internationale de Dialectologie romane, 2 1 9. 

Jeux floraux de Cerdagne, 222, 259. 

Le Concile de la Real, 227, 338. 

Avis important, 258. 

Choses Catalanes, 296, 324, 

L'Art Catalan (Annonce de la conférence de M. Amade sur) 298, 326. 

Noms des rues, 328. 

Jacinto Verdaguer en Roussillon, 396. 

Alcovero J . — Les Très ninettes (rondalla) 1 89. 

Algû. — Ansia (poésie), 14. 

— Decepciô (id.), 61. 

— Anyoramcnt (id.), 71 . 

— Amor (id.), 200. 

— Pensament die tardor (id.), 202. 



Amade Jean. — Un drame catalan de Guimerà, joué, en italien, à Paris : 
Terra Baixa, ^5. 

— « Cançoner » de la Saint-Jean, jS. 

— Quelques expressions catalanes, 170. 

— Anthologie Catalane (Introduction), 194. 

— Préface de l'ouvrage de M. l'abbé Bonet : Impressions et Sou- 

venirs, 322. 

— Profils Catalans, 378. 

Bergue Paul. — Lo Trovador (poésie), 363. 

Blazy Pierre (abbé). — Els lliris grochs (traduit des Mémories de Mistral ), 27 1 . 
Bonafont Joseph (Abbé). — lUe et les Angelets (Histoire Locale), i55. 
Capeille Jean (Abbé). — Figures d'Evêques Roussillonnais : Pierre de 
Çagariga, 249, 282, 314. 

— Le Concile de la Real (1408- 1409) avec portrait de Pierre de 

Luna, 338. 
Caseponce Etienne (Abbé). — L'avare y'I gelos (conte), 67. 
Cornet J. — La Clé de l'orthographe catalane, 400. 

Conill. — Botanique Catalane, 17, 88,i53, 190, 220, 245, 278, 3ii, 371, 402. 
Delpont J. — Un provensal de Perpinya, 12. 

— Fêtes en l'honneur de Jacques i", roi d'Aragon, 35- 

— Don Miquel- Victoria Amer, 143. 

— De passada (notes de viatge), 276. 

Ermitâ de Cabrens (1'). — Las Professons : Setmana Santa — Pascas — Cor- 
pus, 141. 

— Veremas, 290. 

— Estrelles, 333. 

— Cargolada, 386. 

Gibrat J. (Abbé). — Deux familles catalanes au xvii' siècle : La famille de 

Aux, 26, 90. 
Guiu Charles. - Prats-de-Mollo, les fastes de son histoire, son avenir, 109. 
De Lacvivier Raymond.— Etymologie du nom de Villeneuve-de-la-Raho, 100. 

— Le couvent des Capucins d'Elne (1729), 182. 

— Textes catalans. — Réclamation au sujet du Cens sur une terre 

à Argelès (1395), 2o3. 

— — Convention entre le seigneur d'Alénya et le sei- 

gneur de Buassa ( J405), 228. 

— — Comptes du trésorier de l'église d'Elne (141 5) 

268, 307, 334. 
Lamaysouette Fernand. — Un début : Lo Pastre (poésie), 46. 
Leguiel Emile. — Çà et là, 21. 

— En Qiim y los portayres de la Sileta (conte), 174. 

— Le carnaval d'autrefois à Prats-de-Mollo, 262, 299, 367, 387 



-\J11 - 

Mérimée H. — Une Société régionaliste « Lo Rat penat » de Valencia, 41 
Monserdâ de Maciâ (Donya Dolors). — Contra'l malparlar (poésie), 327. 
Palomba Joan. — Traditions et coutumes d'Alguer (Sardaigne), 3o5, 329, 383 
Pastorellet de la Vall d'Arles (Lo). — Le chanoine Boher, 180. 
Pastre Louis. — La langue catalane populaire en Roussillon, 7, 53, 78, 
1 25, 147, 1 84, 2o5, 238. 

— Des moyens à employer pour obtenir le rétablissement de l'or- 

thographe des noms de lieux, io5. 
Peix Félix. — La nit de Sant Joan, 77. 
Piquer y Jové Lluis. — La Cantarella, 24. 
Planas Jacques. — La Société d'Etudes Catalanes aux fêtes de Jacques I' 

d'Aragon, à Montpellier, 38. 
Pons Joseph. — A ca l'avi Met (conte), 9. 

— Les « Contes Vallespirenchs », 47. 

— Très reys d'Orient (poésie), 95. 

— L'hort del Riberal, 226. 

— Les poètes catalans du Roussillon, 291 . 

— Verge soterrana, 3 10. 

Puitg Augustin (Abbé). — Bail de l'encadenat (musique), 267. 

— Bail de la posta (id.), 3oo. 

— Lo Tio (id.), 388. 

— Pallary pica-foch (id.), 388. 

— Très galanes, 393. 

Ripoll Marguerite. — Lo Bonich et les petits danseurs catalans, 168. 

De Salignac Fénclon F. ( Vte). — Etymologie du nom de Catalogne, 337. 

Sanyas Joseph. — Recorts (poésie), 20. 

— La mort y'I Treballador (fable), 87. 

Todesco V. — Quelques poésies populaires catalanes à Alghero, 211, 23o. 
Tresserre François. — Discours aux Jeux floraux de Puigcerdâ, 259. 
Vassal Augustin. — Le docteur Jean Fastenrath, 178. 
Vergés de Ricaudy Emmanuel. — Le Salon Roussillonnais, 6. 

— L'Arch y la fletxe (faula), 59. 

— Compte-rendu des travaux du Congrès de toponymie de Per- 

pignan, 99. 

— Les Jeux floraux de Barcelone, )3i. 

— Lettre à Monsieur l'Inspecteur d'Académie, i35. 

— L'Anthologie Catalane de Monsieur J. Amade, 194. 

— Un précis de grammaire catalane à l'usage des Roussillonnais 

(Annonce), 219. 

— Donya Dolors Moncerdà de Maciâ, 327. 

Vidal Pierre. — Notions d'histoire de la littérature catalane, 162. 



N* 13 15 Janvier 1908. 

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Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 



Les Articles parus dans la Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



C{g'>^i.C^'^^t^^^S.CJ§>^i,C^>^i, <^TN^C^'>i<^'>i C^^^C^'îsi.C^TNi. C{§'>^<^TNi,(^'Bsi, CΧ'>si,C{|>^C^>^ 

AVERTISSEMENT 

Le Comité de rédaction, désireux d'adopter, dans ia Revue, une ortho- 
graphe catalane uniforme, a décidé de rendre obligatoire l'orthographe du 
Congrès de Barcelone, dès qu'elle sera connue, et de publier un diction- 
naire catalan roussillonnais en se conformant aux règles adoptées par ce 
Congrès. Mais, en attendant, les avis étant partagés en ce qui concerne, par 
exemple, les pluriels en as ou en es. le Comité laisse les auteurs absolument 
libres d'adoptçr Vune ou l'autre de ces formes. 

COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

T(éunîon du Bureau du 3o décembre iQoy 

Présidence de M. E. Vergés de Ricaudy, président 

M.. Vergés de Ricaudy communique au Bureau la lettre qu'il a 
écrite à M. l'Inspecteur d'Académie de Perpignan le lo décembre, 
au nom de la Société, pour lui demander l'autorisation, pour les 
Instituteurs qui le désireront, de se servir du Catalan comme 
moyen de mieux apprendre le Français. 

Le Bureau ratifie et approuve les termes de cette lettre ; il 
décide qu'elle sera insérée plus tard dans la Revue afin de laisser 
le temps à M. l'Inspecteur de faire connaître sa décision. 

Cette décision ne peut, du reste, qu'être favorable, étant donnés 
les précédents. 

Nos lecteurs liront ainsi en même temps et la demande et la 
réponse. 

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Cette semaine ont paru les Contes Vallespirenchs de MiR y Non- 
TOQuis, pseudonyme d'un de nos plus sympathiques confrères. Nous 
les recommandons à nos lecteurs. 



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LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

au 3i Décembre 1907. 
Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres du Conseil d'administration. 

MM- 

1906. d'Abbes Paul (comte), 142, rue de Longchamps, Paris. 

— Albar Félix, chef de bataillon en retraite, place Grétry, Perpignan. 

— «Alcover Antoine, chanoine et vicaire général, Palma de Mallorca 

(Espagne). 

— «Amade Jean, professeur agrégé, au lycée de Montpellier, Secrétaire. 

— Aragon Annédée, rue Saint-Dominique, 4, Perpignan. 

— Arrous Jean (docteur), Prades. 

1907. Bachès Joseph, directeur de Berlitz Schooî, Solingen (Allemagne). 

— Badie Etienne (abbé), professeur à Saint-Louis-de-Gonzague, Per- 

pignan. 

1906. Badoa J., i3, rue du Pont-aux-Choux, Paris. 

— Baille Léon, architecte, rue de la Fusterie, Perpignan. 

1907. Barande Raoul, instituteur, Joch. 

1906. Bassole François, professeur au collège de Bédarieux (Hérault). 

1907. Berdagué Jean (abbéj, curé d'Estoher. 

1900. Billes Auguste, établissement des Gorges de la Fou, Saint-Paul-de- 

Fenouillet. 
1007. Blancou Gabriel, avocat, rue des Trois-Rois, 3o, Perpignan. 

1906. Blazy Pierre (abbéj, Sacré-Cœur, Perpignan. 

1907. BoHER Paul, rue du Plateau, 14, Saint-Maurice (Seine). 

1906. ®Bûix Emile (docteur), avenue de la Grande-Armée, 26, Paris. 

— «B0NAF0NT Joseph (abbé), cure-doyen, llle-sur-Tet, Vice-Président. 

— B0RREIL Etienne, rédacteur des Postes, 16, rue Llucia, Perpignan. 

— Bourrât Jean, député, Palais-Bourbon, Paris. 

— Brial Jean-Baptiste, 3, rue de l'Université, Perpignan. 

1907. Brial Pierre (abbé), curé-doyen de Millas. 

1906. Brousse Emmanuel, député, 16, Rue Bouchut, Paris. 

1907. Brousse Emmanuel, comptable, rue de l'Ange, 8, Perpignan. 

1906. Calmette Joseph, professeur à la Faculté des lettres, Dijon (Côte- 
d'Or). 

— sCampanaud Laurent, propriétaire, rue Petite-la-Réal, Perpignan. 



— 3 — 

1906. Carbonnell Charles (docteur), rue de la République, 32, Meudpn 

(Seine-et-Oise). 

— DE Carsalade du Pont (Mgr), Evêque de Perpignan. 

— Caseponce Etienne (abbé), curé-doyen, Arles-sur-Tech. 

1907. Castanyer, instituteur, Pézilla-de-la-Rivière. 

1906. Cazes Gustave, banquier, 1, rue Eglise-de-la-Réal, Perpignan. 

1907. DE Cazis de Lapeyrouse Félix, avoué, rue de l'Ange, Perpignan. 

1906. •Chauvet Horace, publiciste, adjoint au Maire de Perpignan, rue 

de la Tet. 

— sCoMET Joachim, imprimeur, rue Saint-Dominique, Perpignan. 

— CoNiLL Léon, instituteur, Sournia. 

— CoRNOvoL Jules (abbé), curé de Thuès. 

— Cxos François (docteur), Médecin principal de 1" classe en retraite, 

6, rue de l'Ange, Perpignan. 

1907. Dalbiez Auguste, banquier, rue de l'Incendie, 3, Perpignan. 

— Daré Henri, négociant en vins, maison Xambo, avenue de la Gare, 

Perpignan. 

1906. Deilles Charles, professeur au Lycée d'Elbeuf (Seine-Inférieure). 

1907. Delmas Joseph, lieutenant au 2 1 * de ligne, Langre« (Haute-Marne). 

1906. ® Delpont Jules, comptable, chemin du Confient, Perpignan, Trésorier. 

— Deville Victor, i63, rue de Vaugirard, Paris. 

— «DoNNEZAN Albert ( docteur, rue Fontfroide, Perpignan. 

1907. Drancourt Emile, avenue de la Gare, Perpignan. 

— Dubois-Malzach Jean, propriétaire, Laroque-des-Albères 

1906. Durand Laurent, agent d'assurances, rue Grande-la-Réal, 28, Perpi- 

gnan. 

— Durand-Gaillard Jacques, médecin, Puigcerda. 

— EcoiFFiER François (docteur), Thuir. 

— EsTÈVE DE Bosch Henri, llle-sur-Tet. 

— sFoissiN Aimé, principal clerc d'avoué, Perpignan, Jlrchiviste. 

— Freixe Jacques, homme de lettres. Le Perthus. 

— GiBRAT Joseph (abbé) curé de Passa. 

— Gravas Charles, notaire, Prades. 

— Guiu Charles, receveur de l'Enregistrement, Prats-de-Mollo. 

1907. Guixou-Pagès Jean, avocat, domaine de la Flotte, Saint-Génis-dcs- 

Fontaines. 
1906.JACOMY Rémy, conseiller à la Cour d'Appel, 14, rue Clément-Marot, 
Paris. 

— JoNQUÈREs d'Oriola Henri, propriétaire, Corneilla-del-Vercol. 

— Joué Léon, ingénieur agricole, Thuir. 

— DE Lacvivier Raymond, propriétaire, Elne. 



^ 4 — 

1906. Lafont Pierre, pharmacien, rue de la Tet, Perpignan. 

— sLeguiel Emile, commis principal des Douanes, Cerbère. 

— Lî-OXCH Jean, négociant, Figueras ( Espagne). 

— Llon'Ch Philippe, négociant, Figueras ; Espagne). 

— sLuTRAND Louis, (docteur), 2, rue Porte-d'Assaut, Perpignan. 

— Marie Emile, propriétaire, Prades. 

1907. Marty F., négociant, 17, avenue Colbert, Toulon ( Var). 

1906. Marty José-Maria, pharmacien, Puigcerda. 

— Massot Joseph (docteur) place d'Armes, Perpignan. 

— Massot Joseph, avocat à la Cour d'appel, 17, boulevard Saint- 

Michel, Paris. 

1907. DE 7v1aury Côme (abbé), curé de Canohès. 

1906. «MoNSALVATGE Y FûssAs François, banquier, calle Subida del Puente, 

Gerona (Espagne ^ 

— «Monserda de Macia Delors (Donyai, Gran via, 604, Barcelona 

( Espagne i. 

1907. Pages Raymond, comptable, rue delà Loge, Perpignan. 

1906. Pagnon Auguste, propriétaire, Espira-de-l'Agly. 

1907. Pams Jules, sénateur, 35, rue Décamps. Paris-Passy. 

— Paret Louis (abbé), curé de Rigarda. 

1906. Pastre Louis, instituteur, ru^ Traverse-dcs-Amandiers, 1, Perpignan. 

— Patau Pierre (chanoine 1, cure-doyen, Argelés-sur-Mer. 

— Payré Joseph, avoué, rus de la République, Perpignan" 

— sPaYiIet Joseph, imprimeur, rue Mailly, Perpignan. 

— Piquer y Jové Lluis, mestre d'ensenyansa, Viltarozl, 7, 3', Barcelone 

1 Espagne). 

— • PiQuiRAL Louis, rédacteur à la Direction des Postes, Perpignan. 

— P0MÈ3 Antoine, éditeur d: musique, 4, rue Mîilly, Perpignan. 
Pons Joseph, homme de lettres, llle-sur-Tet. 

PoNs-Fabregues Benito, arxiver, Palma de Mallorca (Espagne). 

1 907. PuiG Joseph, directeur Ja dépôt des magasins Vallaer Frères, 64, 

boulevard Sebastopcl, Paris. 
iQob. Py-Oliv£r Félicien, libraire, rue des Marchands, 8 bi.i. Perpignan. 

— Réallon Léon, i5, rue de la Cloche-d'Or, Perpignan. 
1907. DE RocA Edouard, propriétaire, Villemolaque. 

1906. Rocafort Jacques, professeur de lycée, 1 , rue Clovis, Paris. 

Ruiz Y Porta Joan, arxiver municipal de la ciutat, Tarragona 

(Espagne) . 

— Sabarthez Henri (docteur), rue Saint-Martin, 5, Perpignan. 

1907. Sagols Isidore (docteur), chirurgien-dentiste, 9, rue Saint-Jean, 

Perpignan. 



1906. Sagols Pierre (docteur), Quai Vauban, Perpignan. 

— «Saisset Frédéric, homme de lettres, 139, boulevard Saint-Michel, 

Paris. 
Salsas Albert, receveur de l'Enregistrement, Routot (Eure). 

— Salvadou Joseph (abbé), curé de Conat. 

1907. Sanyas Joseph, capitaine d'infanterie coloniale, Saint-Hippolyte. 

1906. Sarrète Jean (abbé), vicaire-régent, Torreilles. 

— Sauquet Jean fils, négociant, Bourg-Madame. 

1907. ScHADEi. Bernard, professeur à l'Université de Halle (Saxe-Allema- 

gne). 

— Servole François, limonadier, place de la Loge, Perpignan. 

1906. SoLA Frédéric, rue de Savoie, 7, Paris. 

1907. SoRS-GouELL Jean, avocat, Céret. 

— SouBiELLE Mathilde(M'"°), directrice de l'Ecole Lafontaine, Perpignan. 

1906. Soulier Paul, propriétaire-viticulteur, Collioure. 

— Talut, professeur agrégé au Lycée Condorcet, rue des Ecoles, 6, 

Paris. 

— TissEYRE Jacques, chef de Division à la Préfecture, rue Grande-la- 

Real, Perpignan. 

1907. ToDESCo Venanzio, à Alghero, Sardaigne (Italie). 

1906. Trenet Lucien, clerc de notaire, rue Quéya, 8, Perpignan. 

— Tresserre François, mainteneur des jeux floraux, 65, rue Alsace- 

Lorraine, Toulouse. 

— Trullès Ferdinand, notaire, llle-sur-Tet. 

— «Vassal Augustin, banquier, place d'Armes, 6, Perpignan. 

— Verdot Lucien, pharmacien, rue des Marchands, Perpignan. 
®Vergès de Ricaudy Emmanuel, banquier. Quai Vauban, 45 bis, 

Perpignan, Présidenf. 

1907. VicENs Charles, clerc d'avoué, rue Foy, 9, Perpignan. 

1906. *' Vidal Pierre, bibliothécaire de la Ville, Perpignan. 

1907. Vignettes, musicien, section hors-rang, 1 " colonial, Hanoï (Tonkin). 

1906. ViGuÉ Antoine, conducteur des Ponts et Chaussées, Saillagouse. 

1907. Vilar Edouard, sénateur, rue Fauslin Hélie, 7, Paris-Passy. 

1906. Vilar Jean-Joseph (abbé), curé de Saint-Joseph, Perpignan. 

1907. Vilarem, principal du Collège, Lodève ( Hérault ). 
1906. ''Violet Gustave, sculpteur, Prades, VicePrcsidenl. 

— «DE Wittwer de Froutiguen Jules, le Boix-Saint-Sauveur, Prats- 

de-MoUo. 



f 



Salon Roussillonnais 

Un groupe d'artistes roussillonnais avait organisé, fin 
décembre écoulé, une exposition très intéressante de pein- 
ture et de sculpture dans le vestibule de la salle Arago, à 
Perpignan ; c'est ce qui nous a permis d'admirer, une fois 
de plus, les œuvres si appréciées de M"' Madeleine Arnaud, 
de MM. Louis Bausil, Henri Lopez, Aristide Maillol, 
Géo de Monfreid, Etienne Terrus et Gustave Violet. 

Les peintures, pastels et aquarelles exposés dégageaient 
un parfum réconfortant de poésie catalane ; cette poésie 
qu'évoque la seule vue d'une marine, d'un site fleuri ou 
d'un coin montagneux du Roussillon... 

Sans parler des délicieux chrysanthèmes, des pêchers en 
fleur, des grenades et des portraits de M"' Arnaud, de 
M. G. de Monfreid, de M. L. Bausil, de M. Terrus, 
nous citerons entre autres oeuvres : « Corneilla-de-Con- 
flent, effet de soir », de Bausil ; « S'-Martin de Prades », 
« Espira, effets de soir », de Terrus ; etc.. 

Le regard se reposait aussi sur les sculptures qui garnis- 
saient la salle et y jetaient une note plastique non moins 
attrayante. 

Les expositions de MM. Lopez, Maillol et Violet étaient 
en tous points remarquables. Le « Buste de la Républi- 
que », marbre blanc, de Violet, attirait l'attention, ainsi 
que sa « Tête de vieux catalan », en bronze. 

Mais M. Violet n'est pas seulement sculpteur. Il a éga- 
lement exposé des dessins impressionnants de réalisme vrai : 
« Les Contrebandiers, dans la nuit » et la « Vieille Cata- 
lane » qui méritent une mention spéciale. 

La J{evue Catalane applaudit à cette manifestation d'art, 
dont les organisateurs doivent être d'autant plus félicités 
qu'ils ont remporté un succès officiel très appréciable : l'achat 
d'un tableau de M. Bausil « les Blés en Cerdagne », par 
la Commission du Musée de Perpignan. 



La langue catalane populaire 

en Roussillon 

SUITB. 

1679 

A partir de 1679, on trouve difficilement, dans les archives 
publiques, des documents catalans comme ceux que nous venons de 
citer. Déjà en 1676 nous pouvons voir un texte français (Livre 
vert majeur f° 388) dans lequel les consuls de Perpignan sont 
invités à faire employer la langue française par tous les prédicateurs: 

« Nous avons esté bien ayses d'aprendre que l'on aye commencé 
de prescher en langue françoise dans l'église cathédralle de notre 
ville de Perpignan... » 

En 1722, nous trouvons une ordonnance sur le pavage des rues, 
rédigée en français (Livre des Provisions, 11, f° 80). En 1724, 
deux autres ordonnances, également rédigées en français, sur la 
fermeture des prises d'eau paru/Zs (Livre des Provisions, 11, P 102), 
et sur l'exemption de Jacques Just (Livre des Provisions, 
11, f° 9ov°j. Enfin, en 1729, une ordonnance, toujours en français, 
sur l'exécuteur des hautes œuvres (Livre des Provisions, 11, 
f 118 M°). 

Mais si les ordonnances, mandements ou criées en catalan nous 
font défaut pour suivre l'évolution de la langue populaire, il n'en 
est pas de même des actes de l'état civil et des archives de famille 
(reçus et papiers divers, actes de notaire, etc.) C'est dans ces 
documents que nous allons puiser pour continuer notre recueil de 
textes catalans. 

1700 

Nous trouvons au mois de février de l'année 1700 un édit 
défendant aux curés, vicaires, notaires, etc., l'emploi delà langue 
catalane dans la rédaction des actes publics. 

On peut voir dans les archives de l'Hôtel de Ville que l'Assem- 
blée municipale, se conformant à cet édit, rédige en français, à 
partir de l'année 1700, tous les compte rendus de ses délibéra- 
tions. La plupart des notaires se conformèrent à l'édit royal. 



— 8 — 

Mais il n'en fut pas de même pour les curés qui résistèrent et 
qui continuèrent à rédiger les actes de l'état civil en catalan. 

Nous allons donner ci-dessous un acte de sépulture de la com- 
mune de Terrats (1704) et un acte de baptême de la commune de 
Nyls (1728) tous les deux rédigés en catalan. 

1704 

« Vuy als vint y (1) sinch de febrer del any mil set cents y quatre 
jo Domingo Planas Pbre y Rector de la Igla parroquial dels Glo- 
riosos martirs Sant Juliâ y Santa Basilicia del lloch de Terrats he 
enterrât en lo sementiri comû de dit lloch lo cadaver de Anna 
Potù muller del q° Père Antoni Potû brasser de dit iloch : An 
assistit a dit enterro p testimonis Joan Santeralla Batlle y mé 
Jaume duran losquals cridats p firmarse an déclarât no saber de 
escriurer en fe de que firmo jo. — Planas, Rector. » 

Vingt ans plus tard (23 avril 1724), le même Planas fait une 
copie de cette pièce et déclare que la copie est conforme à l'ori- 
ginal. « Et de premissis fide facio ego dictus. Planas Pbr. et Prv. 
die 23 avril 1 724. » 

1728 

« Vuy alsdesaset del mes de Maitxdcl any (2) mil set cens vintivuit 
jo Joseph Prada p''" y Rr. de la Iglesia parroquial de nostre sra 
dels Angels del lloch de Nyls Bisbat d'EIna he batejat en las 
fons baptismals de dit lloch segons rito y forma de nostre S*^ 
A4are la Iglesia catholica apostolica romana a Alaria Theresa Ciara 
fille llegitima y natural de Matheu feliii y de Clara C«jnguges 
foren padrins Joseph faliu y Coloma Pons tots dé Llupia losquals 
cridats per firmar an déclarât no saber escriurer enfe de que firmo 
jo Prada Rr. de Pontella y Nyls. » 

Le même Prada fait en 1755 une copie de cet acte et ajoute, 
au bas de la page, la note suivante en français : 

« Et je sous signé déclare avoir copié fidèlement le sous dit 
extrait du libre des Baptêmes du dit lieu ce aujourd'hui 1 1 " du 
moy de septembre de 1755. -— Prada, curé de Pontella el JMyls. » 



Le )o juin 1738, c'est-à-dire 38 ans après l'interdiction du 
catalan dans les actes publics, nous trouvons dans le registre de 

(1) Tous les y de ce document sont surmontés d'un tréma, 
(ï) Tous les y de ce document sont surmontés d'un point. 



— 9 - 

l'état civil d'une des paroisses de Perpignan la copie d'une déli- 
bération du Conseil souverain du Roussillon rappelant l'édit de 
1700, édit dans lequel il était ordonné : 

« Qu'à commencer du 1 ' mai suivant, toutes les procédures qui 
se feront dans le ressort comme aussi les délibérations des Magis- 
trats des villes et communautés, les actes de notaire et générale- 
ment tous autres actes publics qui se passeront au dit pays seront 
mis et couchez en langue Françoise à peine de nullité. » 

Après avoir constaté que « les curez et vicaires du dit pays 
continuent d'écrire en langue catalane les registres des baptêmes, 
Mariages et Sépultojres ausi bien que les hôpitaux leurs registres 
de Sépultures et bien des communautés laïques et ecclésiastiques 
séculières et régulières en osent de même, etc. », l'auteur parle de 
l'autorité du prince, de l'honneur de la nation, du bien public, et 
termine ainsi : « Qu'il plaise à la Cour ordonner que les curez 
et vicaires seront obligez d'écrire en langue Françoise les registres 
de baptême, etc. » 

Le clergé ne résista plus à l'injonction. En parcourant les regis- 
tre3 des diverses paroisses nous constatons que les actes de l'état 
civil furent rédigés en Français pour la première Fois : 

Le 7 juillet 1738 dans le registre de la paroisse Saint-Mathieu. 

Le 11 juillet 1738 dans le registre de la paroisse Saint-Jacques. 

Le i3 juillet 1738 dans le registre de la paroisse La Real. 

Le 19 juillet 1738 dans le registre de la paroisse Saint-Jean. 
(M suivre) L. P astre. 



A ca Tavi Met 

Al repich de las nou, me trobavi dins de la cuyna. La Flameta 
d'un llum de ganxo hi Feya una mica de claror y las ombres de 
l'avi, de la guideta y del ninet ballavan sus de las parets. 

Alli, tôt hi brillejava : los poals de Thuir prop de l'aygueri 
enrejolada, lo porré de granatxa al bell mitx de la taula, y vora '1 
foch, los ullsde lamixeta, la gâta negra, unsullsdolsosy daurats. 



Mes hi havia una lluhor que m'agradava mes que totes : la de 
la barretina que s' havia ficat l'avi Met, una barretina croinpada à 
Prats-de-MoI16, fâ molts any», pcr la Festa-Major, y que desensâ 
guardava ben desadeta dins de l'armari. 

La Guideta, que m' ho contava, s'enternia. Se recordava ta! 
vegada d'aquella Festa-Major, quant en Jaumet se l'espiava de 
cara â cara, y de las espardenyes â la cofa de puntill. 

Es qu'era allavores una bonica fadrineta. jY quin altre recort 
daurat, lo del di'a que li va donar el « si », an al seu gorra-vermell, 
als entorns de la capelieta de la Sort! ellos bavardejavan, y 'Is 
romeus de Fransa y d'Espanya, ben agermanats, repetian la dolsa 

tornada : 

« Santa y pura, Verge pia. 
Mare de Deu de la Sort. » 

Anys y panys havian passât. 

Ara, no era mes qu'una bona vella, aixurida y ratolinejayrc, 
aixo si, prima com un jonch y mes dreta qu'un fus. 

Duya un cayre de seda al cap. 

Mentres remanava las castanyes ab un broch, el ninet se pen- 
jolava â sas faldilles, rondolinejava d'assi d'allâ, y de quant en 
quant, s'espiava, boca-badat, com la mixetaencargoiavala cûa negra. 

Aquella nit la tramontana feya fressa dins de l'hort, xiula que 
xiularâs ; derrera delà flnestra, tôt un aixâm d'esteles nos mirava ; 
y nos callavan, vora '1 foch repctellejant. 

La Guideta era afanyosa y l'avi Met semblava un benaventurat, 
tôt ell rejovenit y mes rialler ab aquella flamarada roja que li pen- 
jolava sus del front ; semblava un benaventurat, espatllut y fresch, 
tôt palpitant d'alegria... 

« îBona castanyada Deu nos dô! » va dir sentenciosament, 
quant la Guideta va treure la fosca pannada del foch y la va girar 
dins d'un plat tôt blanch. 

i Allavores si que tothom va deixar de somicar! ab très gamba- 
des, el ninet pujava sus d'una cadira ; perehosament, la mixeta 
deixava el fogô desamparat, y tôt arreu se fregava y refregava al 
entorn de las nostres cames. S'hi feya de valent. 

N'hom' gués assegurat que hi havia très mixetes dins delà cuyna. 
^Ne volcu, de gâtes nègres? 

ïY quin goig que feya la teulada! El ninet ténia una caroya 



com perla fina, uns ulls vius, y lo mateix que los nins de las can- 
sôns populars, era rôs com la lluna. 

Badava la boca — una bocassa — y repetia que se volîa acabar 
totes las castanyes, una per una. j Eli que si ! ! La Guideta que nô! 
Y prou que ténia rahô, el ninet- 

Dins d'aquell plat, los ângels hi ballavan en ces de camisa. 

Ben calentetes y nègres, las castanyes s'espallofavan arreu, y 
apareixian, daurades y tan molçudes que s'esmicolavan entre 'Is dits. 

Ho volguis 6 no, la primera xirritada de granatxa me va pertocar. 
j Quin granatxa! Feya flamejar el cor. 

L'avi Met bebia religiosament : tirava el cap enderrera, aixecava 
el porrô enlayre, ben bé enlayre, y el rajoli envellutat li queya al 
bel) mitx de la boca, brunzinejant com un aixâm d'abelles ; sensé 
parpellejar, el bon vell saborejava l'essencia de las vinyes rossel- 
loneses. 

El porrô passava de ma en ma, y el raig may s'acabava. Aixé 
si que feya pena al ninet : Acabeulo, l'avi jacabeuloî 

Y rebitllant cadira y tôt, s'encamellava sus del genoll de l'avi, 
li feya pessigoles al coll, li deya bones paraules per l'amanyagar: 
j Acabeulo I Acabeulo, l'avi bonich... 

AlJavores, el bon vell el va fer saltar ab dalit : 

« Arri, arri borriquct, 
que demâ ircm â Ccret... 
De Ceret â la montanya 
bisca, bisca l'aranya ; 
de la montanya al montanyô, 
bisca, bisca l'aranyô. m 

El ninet ho descuydava tôt, devenia tôt vermeil, feya anar 
manetes y peuets, com si travessés â corre-cuyta y sus d'un burrô 
vcrdader, hortes y prats, vilatges escampillats al peu de l'Albèra, 
olivedes y ciuredes, cap à Ceret... 

La Guideta ne feya una mitxa-rialla ; hi havia una revisalla de 

jovéntut sus de la seua cara fine y ben abrigada ab el cayre de 

seda. Y jo, tôt en me l'espiant, pensavi que, de fadrina, era clla 

la rosa del Vallespir... 

Joseph Pons. 



Un provcnsaî de Perpinya 

Per una bona sort, nos ha vingut à las mans un bonich 
Jlibre de poésies portugueses, estampât à Xina, à Macau ; 
es lo « T\^osario d'Jlmor, sonetos de Jan Monné, trasladados 
« do provençal c prefaciados por j. M. Greenfield de 
« MeJJo ». Una altre bona sorpresa nos ha estât de Degir, 
à la primera plana : « jan /vlonné, cigalo de Roussihoun ». 

Un felibre provensal que s'ha llestat d'esser cigala de 
Rossellô, es aixo una bona prova del amor que té à la 
terra catalana, en Joan Monné (que Deu guardi molts 
anys amb salut y alcgria). 

Donchs, En Joan Monné — pera qui no ho sapigui — 
es un perpinyanès, un matheuet de debô, que desde'ls nou 
anys s'ha estât à Avinyô y à Marsella. Sas bones disposi- 
cions literaries y j'amistat d'En Frederich Mistral, n'han 
fet, temps ha, un dels millors poètes provensals ; ha arribat 
à felibre majorai ; y amb tôt y'is 70 anys que se'n va à 
tenir, publica cada mes una intéressant revista literaria, 
'Lou Telibrige, hont hi té plassa marcada lo moviment catala- 
nista à Rossello, ja qu'En Monné s'ha quedat tan bon 
catalâ com de) temps del seus nou anys. 

Té publicades una bona partida de poésies, y un pareil 
de poèmes, Casau, J^osari d'amor, Afentino, mes es sobretot, 
pera nosaltres, lo traductor provensal de V J^tlantide ; la 
seua traducciô es d'allo mes ensertat y de lo mes exacte 
amb el text catalâ. Y mirin. coni han anat las coses, gracies 
à Deu : 

En Mistral, lo patriarca provensal, donâ la primera 
empenta al geni poetich de Mossen Cinto, que fou, des- 
près, l'auîor de Y JlHanHde. Y aixis com el Rossello es un 



— i3 — 

garimell florit del Pirineu, quina fada canigonenca allarga 
una ma cap à Provensa y l'altrc cap à Catalunya, aixis 
mateix el rossellonès En joan Monné, assaborint las bel- 
leses de V Jltlantide , las ha replegades d'una niâ, y de l'altre 
las ha trasmeses, totes senceres, à la llengua provensal. 

Nos es d'un pler tota vegada que podem saludar el mes- 
tre Monné à Perpinyâ, hont vé, cada any, s'estar una pas- 
sada ; hi aprofitem molt, amb ell, ja qu'assi se torna tan 
catalâ corn qualsevol, 

Diu que quan va neixer, son pare, un bon home de blan- 
quer, afenyat de dir ais seus companys que ténia un fill, els 
hi va cridar : « Fera môtes ! ». En Monné no ténia de 
d'esser blanquer, ni ténia de fer môtes ; li tocava de 
cuydar una horta poetica hont s'agermanen las flors cata- 
lanes y provensals, hont s'ohuen mes remors de Jffontanyas 
'/{egalades y de Magali. 

J. Delpont. 



PROVERBES CATALANS 

26. Lo qui va inventar de fugir era pas bestia. 

27. La paraula fa l'home. 

28. Lo que no vols per tu no ho volguis per ningu. 

29. La panna sempre vol mascarar !o paroi. 

30. Lo fum y la mala cara fan fugir la gent de casa. 
3). Lo mes n es pas lo que s'en creu. 

32. La mala herba sempre creix. 

33. May diguis : « D'aquesta aygua no beuré î » 



ANSÎA 

Minyona, diga-me perquc 
La tristesa ombrcja ta cara ? 
Pcrqué ton ul) tan falaguer 
Lluhent de goig no es encara ? 
La tristesa ombreja ta cara !.., 

Perqué son rojes tes parpelles ? 
Perqué tenes tos ulls clocats ? 
Y perqué tes galtes rebetles 
Als meus besos apassionats ? 
Perqué tenes tos ulls clocats ? 

No dient, no escoltant ré, 
Perqué te'n vas, aixis, soleta ? 
Que te som fet ? Aixô es pas bé ! 
Que dius ? parla, minyoneta, 
Perqué te'n vas aixis, soleta ? 

Ara les llâgrimes te cauen ? ... 
Minyona, diga-me perqué ? 
Ton dit, ta ma me les amaguen. 
Mes jo les veig. Vull sapiguer... 
Minyona, diga me perqué ? 

Com faré per te consolar ? 

Si no vols que també jo plori, 

Aixuga'ls ulls, donam lama, 

Rit[ com avans, riu — jo t'implori ^ 

Si no vols que també jo plori ! 

Algû. 

Traduit d* Maurice Gaillard avec autorisatio» «pccialc At l'auteur. 



Pages choisies 



Madame Monserdâ de Maciâ, que la Société d'études catalanes 
a l'honneur de compter parmi ses membres, a publié quatre romans, 
dont voici les titres: La Montserrat, La'Familia Jlsparô, La Tabri- 
canta et La Quttena. Elle est également l'auteur d'un volume de 
vers : Poesias calalanas. L'enseignement moral qui se dégage des 
romans de N\."" Monserdâ leur donnent une haute portée. La 
grande préoccupation de cet écrivain est, selon toute évidence, 
de faire aimer la vertu et détester le vice ; de là, cette présence 
constante dans ses livres de nobles et belles figures à côté de bas 
personnages peints sous de repoussantes couleurs. Mais la litté- 
rature de M"" Monserdâ ne se contente pas d'être morale et 
d'enseigner ; elle e'it aussi artistique. Qu'on en juge par ce passage 
où se trouve dessiné, avec infiniment de grâce, un joli profil de 
jeune fille ; le milieu décrit est d'ailleurs charmant de jeunesse, de 
fraîcheur et de sérénité (i). 

Antonieta y la cadernera 

... En los mesos de estiu 6 primavera, 's prenia'l luxo d'una 
estoneta d'esplay (2) en l'esquifit (3) balcô de la sala del devant, 
al quin acabava de fer encara mes migrât (4) lo lloch que li pre- 
nîan dos testos (5) ab clavellinas, y altres dos ab una aufâbrega (6) 
y un murritort (7) que, desprès d'enramar sas brancas, esmaltadas 

(1) La Tabritanta (p. 17) (1907, Barcelona ; Llibreria de Francesch Puig). 
(î) Flânerie. (5i Vases. 

(3) Étroit, petit. (6) Basilic. 

(4) Incommode. (7) Nasitort, cresson alenois. 



— i6 — 

de flors grogas, per los ferros delà barana, s'enfilava paret amunt, 
fins a nuarse en lo clau que sostenîa una petita gabia, dins de la 
que hi refilava del matî al vespre una aixerida cadernera (i). 

En aquell reduhit terreno de vuyt pams de llarch per très d'am 
pie, casi l'espay d' una caixa de mort, la Antonieta hi disfrutava- 
totslos seus esbarjos (2) dels dias feyners. AlU hi ténia sempre 
una branca seca per tallar, una fulleta groga pera fer caure, algun 
brot d'aufâbrega que, per haberse atrevit à aixecarse mes que 'Is 
altres precisava 3) escapsar, junt ab los tanys de clavellina, dels 
que '1 pugô (4 blanch se 'n havJa ensenyorit. Acabadas las fala- 
garias (5) â las flors, venian las de la cadernera. Ab un pinyô â la 
boca, la noya la feya saltar d'un» canya â l'altra, esbategar (6) 
bojament sas pintadas aletas ytreure'l caparrô per entremitg dels 
filferros, pera pindre'i la llaminedura (7 apretada entre sos llabis 
vermeils. Quan lo recapte era finit, la bestiola acostumava â refilar 
de bo y millor ; y sa jove mestressa, de baix en baix, per la 
temer-^a (8) de que no la sentissen en las casas del vehinat, ab las 
que, per l'estretor del carrer, casi s' haurian pogut donar las mans, 
li deya carinyosament : 

— jVaja, no cridis tant, que un dia t'escanyarâs y la pobrc 
Antonieta 's quedarâ sensé tenir al mon cap amiga que la estimi 
com tu! ^No ho coneixes, bojeta, que soch jo la que 't tinch d'es- 
tar agrahida C))^ perque no ' t cansas may d'escoltar las cosas que 
no puch esplicar â ningù? jPobrissonaî Tampoch tu, no saps â qui 

contar las tevas !... Es clar ! com no tens mare ! ^ ^y> que las 

mares no s' haurian de morir may ?... ^No ho trovas que '1 mon 
es ben trist?... Encara que tu t 'estas tota sola y refilas ab una 
alegria !... j Vaja ; no 'n parlém mes d'aquestas cosas que fan 
posar trist !... ^SentsTtocan lasdûasym'en tinch d 'anar â dalt... 
No m'hi puch estar cada dia â cusir al teu costat... Per aix6 
aquesta tarde t'hauras d'estar soleta, acontentante de sentir los 
refilets dels canaris del senyor Eudalt !... 

()) Chardonneret. (6) Battre les ailes. 

(2) Recréation. (7) Friandise. 

(3) 11 était nécessaire. (8) Crainte. 

(4) Puceron. (9) Reconnaissante. 

(5) Caresses. 



Botanique catalane 

"Noms catalans de plantes usités dans la région ' 

û*ô ùPp <t^P 



ABAJONERA. — Vaccinium Myrlillus L. Airelle Myrtille. 

Les fruits sont un excellent remède contre les diarrhées. 

ABET. — Abies alba Mill. Sapin blanc. 

Le bois est très employé. Les bourgeons sont utilisés dans les 
bronchites. 

ABRI COTER. — Armeniaca vulgaris Lam. Abricotier commun. 

Cultivé pour son fruit. L'amande contient un poison : l'acide 
prussique. 

AGRAM. — Jlgropyrum glaucum R. et S. Chiendent glauque. 

Nuisible. La racine donne une boisson rafraîchissante. Le 
même nom est donné au Cynodon Dactylon Pers. 

(i ) Chaque nom catalan de plante est accompagne: 1° des noms scientifique 
et français correspondants qui faciliteront les recherches des botanistes débu- 
tants ; 2° de l'indication très sommaire des principales applications en méde- 
cine, art vétérinaire, agriculture, industrie, etc. ou usages locaux qui intéres- 
seront les amis des fleurs et surtout les amateurs de simples. 

Le lecteur sera parfois surpris de ce que le nom catalan cité ne soit pas 
tout à fait conforme à celui qui est en usage dans sa région. C'est ainsi que 
la bourrache se dénomme : borratxa ou horrayna ; le tilleul : tilia ou téïl ou 
tey. La langue catalane ayant subi, et subissant encore, de nombreuses alté- 
rations, j'ai indiqué dans cette étude le nom tel qu'il doit s'écrire selon les 
règles du vrai catalan. Une prochaine étude sur l'étymologie des noms cata- 
lans de plantes montrera l'utilité, la nécessité même de ma détermination. 

D'autre part, plusieurs noms catalans peuvent s'appliquer à la même 
plante. La ronce s'appelle : morera selvatge ou romaguera ou sbarzer. J'ai 
indiqué ces différents noms chaq :e fois que cela m'a été possible. 

Je recevrais avec plaisir les noms catalans de plantes que les lecteurs de la 
1{evue catalane pourraient me signaler. 

M. Castanier, instituteur à Pézilla-la-Rivière, a guidé mes premiers pas 
dans l'étude de la botanique ; aussi suis-je heureux de lui dédier ce modeste 
travail, tout en regrettant que des raisons de santé m'aient privé de sa pré- 
cieuse collaboration. 



— i8 — 

AGRELLA. — J{umex Acetosa, L. Rumex fausse-oseille. 

Nuisible aux cultures. Les feuilles ont un goût aigrelet. 

ALBER. — Populus alba L. Peuplier blanc. 

Les bourgeons donnent une tisane diurétique. Fournit le bois 
blanc. 

ALL. — Mîlium sativum L. Ail cultivé. 

Potagère. Les gousses sont fébrifuges et vermifuges. Le suc 
colle la faïence. 

ALL DE COLOBRA. — Muscari comosum L. Muscari à 
toupet. 

Nuisible. Les feuilles sont ondulées comme le corps d'une 
couleuvre. 

ALZINA. — Quercus llex L. Chêne-vert. 

Bon bois de chauffage. L'écorce est connue et employée sous 
le nom de tan. 

AMETLLER. — Amygdalus communis L. Amandier commun. 

Les amandes sont employées par les pâtissiers, les fabricants de 
sirops, etc. 

API. — Apium graveolens L. Céleri odorant. 

Potagère. Racine diurétique. Les feuilles, avec du lait, calment 
les catarrhes. 

API BORT. — Hélosciaciumno difJorum Koch. Hélosciadie faux- 
céleri. 

Les feuilles, ressemblant à celles du céleri, sont quelquefois 
mangées en salade. 

ARANYONER. — Prunus spinosa L. Prunier épineux. 

Sert à former des haies ; les fruits donnent une bonne li- 
queur. 

ARBOSSER. — Jlrbulus unedo L. Arbousier fraisier. 

Les fruits, ressemblant aux fraises, ne servent guère que pour 
les confitures. 

ARGELACH. — Ulex parviflorus Pourr. Ajonc à petites fleurs. 

Ses nombreuses épines arrachent la laine des moutons. 

ARGENT!. Calycotome spinosa Link. Calycotome épineux. 

Nuisible comme l'ajonc décrit ci-dessus. 

ARNICA. — Arnica monfana L. Arnica de montagne. 

Employée pour réconforter et pour guérir les coupures et meur- 
trissures. 



— 19 — 

ASPARRECH SELVATGE. — Jlsparagus acutifoUus L. 
Asperge à feuilles piquantes. 

Sauvage ou cultivée, c'est un très bon diurétique. 

ASPIT. — Lavandula spic2 L. Lavande en épi. 

L'huile chasse les poux et les mites. L'eau distillée sert aux par- 
fumeurs. 

AURU. — Acer campestre L. Erable champêtre. 

Donne un bois fin pour les ébénistes. Les jeunes branches con- 
viennent au bétail. 

AUSERDA. — Medicago saliva L. Luzerne cultivée. 

Forme les meilleures prairies artificielles convenant à tous les 
animaux de ferme. 

AVELLANER. — Corylus avellana L. Coudrier-noisetier. 

Amandes comestibles. Les charlatans disent découvrir les sources, 
les mines avec ses branches. 

BALADRE. — Verah-um album L. Verâtre ou hellébore blanc. 

Bulbe très vénéneux empoisonnant rats, renards, etc. mais guéris- 
sant la clavelée des moutons. 

BARBA DE CABRA. — Tragopogon pralensis L. Salsifis des 
prés. 

Aigrette des fruits ressemblant à une barbe de chèvre. Racine 
comestible. 

BECH DE CIGONYA. — Erodrium ciconium W\\\d. Erodium 
bec de cigogne. 

Bout du fruit, en cône allongé comme un bec. Feuilles bonnes 
contre les angines. 

BELLADONA. — Alropa Belladona L. Atrope Belladone. 

Fruits vénéneux. Les médecins l'emploient pour dilater la pupille 
des yeux. 

BERDOLOGA. — Porlulaca oleracea L. Pourpier des jardins. 

Se mange en salade. Adoucit les inflammations; employée contre 
le scorbut. 

BERRET DE CAPELLA. — 'Umhilicus pendulinus D C. 
Ombilic pendant. 

Les feuilles, rondes comme des chapeaux de prêtre, sont très 
fragiles. L. Conill. 

(A Suivre.) 



RECORTS 



La casa hont petitet menjavi confitura 

la tjnch sempre devant dels ulls ! 
Es al corn de) carrer. D'ensâ la regadura , 
per la finestre, veig l'ollada, à grosses bulls, 
courer dessus del foch ; ohi los seus sorolls ! 
Vcjg quan tots, ben contents, à taula nosposavem. 
Quin dois recort te tant de preu ? 

Si las Corberas verdejaven 
hont pays mes bonich qu'el meu ? 



Mes tôt aixô qu'es lluny ! O dois temps de maynada 

De tu no som descuydat res ! 
Tôt floria per jo ! La vida era una albada ! 
Lo meu pare y ma mare eran lo mon estes, 
amb els contes, l'ivern, al torn del foch encés, 
Y'is rahims, qu'a l'agost, al cep mateix menjaven ! 
Quin dois recort de tant de preu ! 

Si las Corberas verdejaven 
hont pays mes bonich qu'el meu ? 



La meua dona, avuy, me remplasse ma mare, 

Los seus petons sont mon trésor, 
los seus ulls, lo fanal, quan nostra barca apare, 
lo seu amor, lo pa que remonta'l meu cor 
per me fer veure el cel sempre tôt blau y or ! 
Tinch por de descuydar tots los que m'estimaven 
tant per jo ella te gran preu ! 
Si las Corberas verdejaven 
hont pays mes bonich qu'el meu ? 

JosEP Sanyas. 






& là 



Quand il pleut et fait soleil à la fois, nos pères disaient et nous 
répétons encore : « C'est le diable qui bat sa femme et qui marie 
sa fille ». (Oudin, Curiosités françaises, p. 164). 

Les Catalans duVallespir ont plusieurs locutions pour exprimer 
le même contraste : 

1° « Fa so' y plou ; 

« La Mare de Deu fa un fillol. » 
2' « Les bruxes se pentinen. » 
3" « Es sol de Montalva 

Que fa sudar la roca. » 
Quand le soleil se couche pâle, jaune, triste, menaçant de pluie, 
on dit aussi : 

« Es soi de Montalva 
Pluja demâ. » 
Un de nos lecteurs connaîtrait-il l'origine de cette expression : 
« Sol de Montalva » P 



Quand deux personnes ne se ressemblent ou ne se conviennent 
pas, quand deux objets ne se rapprochent ou ne s'unissent pas 
bien ensemble, on dit : 

« Van, se semblen, s'avenen com lo vern y lo boix. » 

iLo boix es groch y lo vern es negra). 



« Ha seguit la Seca, la Meca y la vall de Andorra » est un 
adage encore vif dans le Vallespir pour signifier qu'une personne 
a beaucoup voyagé. Je lui trouve une explication curieuse dans la 
« Relacio sobre la Vall de Andorra del R. F. T. J., Provicari de 
Anyos, Casa de la Vall. » (i838). L'auteur s'exprime comme suit : 

« Crée que esta fundat sobre un castell vell que hi ha a la 
dreta del Valira(i) à la ralla de la vall de Andorra, dit la Seca ; 



y un altre que sen veu tambe arruinat al N. sobre Ordino dit 
Meca, com que se volgues dir : qui ha estât â la Seca y â la Meca 
ha seguit la vall de Andorra. » 

Très bien, si la même locution familière n'existait pas en cas- 
tillan : « Andar de ceca en meca, » pour aller par monts et par 
vaux, errer çà et là, et si les étymologistes ne faisaient pas venir 
« ceca » de l'arabe : « dar as-sikkr », maison de la monnaie ; Aleca 
étant une corruption de la Mecque, la ville sainte de l'Islam. 

Encore mieux, si je ne lisais pas dans le charmant récit du chiro- 
mancien Desbarrolles : « Deux artistes en Espagne » 

« La mosquée de Cordoue fut appelée Zecca, maison de puri- 
fication. Elle occupait le troisième rang en sainteté, et les Maures 
qui ne pouvaient aller à la Mecque se contentaient de faire un 
pèlerinage à la Zecca de Cordoue, d'où vient le proverbe : 
« Andar de Zecca en Mecca. » (Aller de Zecca à la Mecque), 
encore usité parmi les voyageurs. » 

L'étymologie est une science exacte!... 



On lira peut-être avec plaisir les lignes suivantes sur les Andor- 
rans, leurs qualités et leurs coutumes, extraites de la même « Rela- 
ciô » citée plus haut : 

« Los Andorrans son amans de la Religiô catôlica, y observan 
lo ritual de Urgell, a cual Bisbat pertanyen. Son zelosos en con- 
servar sos usos y costums antichs, enemichs de novedats ; son 
caritatius ab los pobres, fenlos limosna de lo que tenen, y en tots 
los pobles las casas principals los acullen donânlos de sopar a la 
nit, y esmorsar al demati. Son curiosos de saber, y dir tôt lo que 
se passa en la poblaciô, pero cuan se tracta de interessos sigan 
propis, o dels comuns, son tan reservats que sempre temen de 
ecsplicarse massa ; de lo que prove lo dir en Catalunya de un 
que fa l'ignorân, « Q^uc fa l'Andorrâ ». Contot (sic) son sensills y 
no maliciosos. 

Llengua, los usos y costums son los dels Catalans, especialmcn 
com los del partit de la Seu de Urgell ab los que tenen communi- 

(i) Rivière qui arrose les vallées d'Andorre et, telle une fourche, réunit se» deux branches, 
du Nord et de l'Orient, entre Andorre la Vieille et les Escaldes. 



— 23 — 

cacio mes ecspedida. Los costums particulars son que en lo tems 
del carnaval los fadrins alguna vetllada van per las portas de las 
casas de las fadrinas cantân una cansô ab laque demanan la minyona 
per casarla ab aquell fadri que ells judican que lo casamen séria 
proporcionat, las fadrinas los donan alguna cosa, y despres, de lo 
que han arreplegat, un dia fan una brenada, y ne diuen la festa 
dels casamens. 

Fan aJtra festa quen diuen lo Gêner, que ve a ser la plega que 
los fadrins fan en altres parts lo dia del dijous gras o dijous llardé. 

Lo dia de Pascua se jugan los ous, esto es las fadrinas procuran 
ser las primeras de bon mati de trobar al fadri y saludarlo dienli : 
« Pascua es arribada, tu pagarâs los ous » ; pero realmen las 
fadrinas portan ous, y cocas, y los fadrins pagan lo demès, y tots 
junts fan una altra brenada quen diuen dels ous ; la cual ha donat 
motiu à molts parrocos a declamar contra lo perill dels ecsessos 
que hi pot haver... d 

D'une personne qui cherche ce qu'elle porte ou ce qu'elle frôle, 
on dit en catalan : 

« Si estigués un llop, el veuria. » à millor 

« Si estigués un llop, la mossegaria. » 

En français : 

« ]l cherche son âne et il est monté dessus. » 



D'une personne qui craint des reproches ou une réprimande, 
on dit : 

« Al c... li passa farina. » 

En Français : « On lui boucherait le c... d'un grain de millet. > 

Au contraire, d'une personne fière d'elle-même ou qui ne se 
tient pas de joie : 

« Li taparian pas lo c.ab nou matelassos. » 



Catalanismes : 
Fèr petar una xarrada, Fèr petar la claca, Tailler une bavette 

(Idoles communiquées par M. Emile Leguiel) 



La Cantarella 



Era una aixerida noya barcelonina, de blanch rostre, lleugera • 
ment enrogides ses galtes, d'ulls nègres que dificilment s'oblidaven 
una volta vistos, tal era sa vivesa y expressié ; airosa en son cami- 
nar y elegantment habillada encara que sensé nresunciô. Sa ben 
cscayenta faldilla de dol acordeonada y confeccionada per ella 
mateixa de tal modo arrodonia sa esbelta figura que 'Is vianants no 
podian per menys de clavar en ella sa mirtda d'admiraciô. 

j Oh Magdalena! Quant recordo ta religiositat sensé afectaciô 
ni hipocrisies, tos habits de treball, ton gran carinyo als teus 
pares y germans de quins ères son sosté y en fi les al très qualitats 
morals y fisiques que t'adornaven com flayrosa flor trasplantada 
del paradis, mos ulls se plenen de llâgrimes y elevantse vers el 
cel, mos llavis mormolen una oraciô, una ferventa oraciô per ta 
anima, aquella anima que donâ vida à ton cos bufô y bellugadis 
quai hermosa silueta ma fantasia, en sos somnis y deliris, tracta de 
reconstituir dibuixant sos contorns y esculpturals linies. 

Aies, de tots els dots enumerats descollaba son bell parlar y en 
particular cadencia y ritme atractivols, aquella harmoniosa canta- 
rella ja connaturalisada en élla, que verament captivava y la quai 
desde '1 primer moment me robâ '1 cor. Tôt sovint aquella encisa- 
dora cantarella recreava voluptuôsament mos oidos y sa remem- 
bransa me distreya y alegraba les cabories de ma vida. 



Passaren dies y vingueren els tristos de mon empresonament per 
suposats insults al exercit motivats pels lamentabilissims successos 
del i5 de novembre de 1905. En aquella presô n'hi passa trenta 
quatre de dies y no, no vull recordar tan horribles sofriments. 

No acabâ ab aixô mon calvari : llibertat provisionalment, la 



— 25 — 

causa continua y jo esporuguit, horroritsat pels sofriments passats 
y 'Is que esdevenir podi'an, el 14 de Maig de 1906 vaig traspassar 
la frontera fent cap â l'hospitalaria y catalana ciutat de Perpinyà; 
y en efecte, de bon mati trucava â la cambra dels cxilats de can 
Payrct en quai porta s'hi llegia en una plaça c Joseph M* Folch » 
nom del bon amich y company d'exil que l'habitava. 

En aquella cambra hi passava els dîes escrivint articlets, corres- 
pondencies, estudiant el francés. Prompte vaig fer coneixensa ab 
quelcuns distingits perpinyanesos y, al escoltar molt particularment 
â la dona delpoble, son bonich, son cadenciôs parlar, una revelaciô 
me fou fêta. Destilava sa veu una molt semblant cantarella â 
aquella acaronada un temps per mi â Barcelona, â aquella que 
m'arrobava els sentits y les potencies, â la dolsa cantarella de 
Alagdalena â qui 'm feya il-lusio de sentir y fins de veure. 

M'interni â Fransa, anant â Paris y, com el poeta llenguadociâ 
Peyrottes : 

A la Sena vaig mesclar mes llâgrimes 
Tôt pensant al riu del Segre 

que petoneja les cases de Lleyda, ma ciutat nadiua y una pare- 
guda cantarella repercutia en mos oidos, bella tonada que Magda- 
lena tan bé havia sapigut assemilarse, afeginthi ses gracies naturals. 
Allavors vaig trovar l'origen de la melifica cantarella de Magda- 
lena, recordant sa llarga estada â Fransa qu'ella m'explicava. 

Se verificâ l'Aplech de la Protesta y en ell nostres diputats 
prometeren conseguir del Govern l'amnistia. Aixis succehi, gracies 
â SOS titaiiichs esforsos, y per fi vaig poguer tornar â Barcelona. 

Aqui no vaig may sentir el ressô de la veu de la pobre morta, 
de ses ritmiques paraules que me ve encara de Perpinyà ahont 
vaig passar els millors temps de mon exil finament obsequiat, 
aconsolat, rublert de tota mena d'atencions pels patricis y cstimats 
amichs Payret, Delpont, Vidal, Pastre y dcmès perpinyanesos 
dels quais conservaré sempre mes un inesborrable recort y una 
gratitut y reconeixement eterns. 

Oh ! Perpinyà ! Quan podré tornar ohir la dolça cantarella de 
tes dones, la cantarella de la meua Magdalena estimada, aqueixa 
melifica cantarella de Fransa ab laquai la pobre morta me robâ 'I 
cor î Lluis Piquer y Jové. 



HISTOIRE LOCALE 

Deux familles catalanes 

== au XVir siècle - 

(Suite) 

Emmanuel de Aux s'était signalé comme un défenseur zélé de 
la patrie dans toutes les guerres où il avait pris une part active. 
C'est pour récompenser pareil dévouement que Louis Xlll, roi 
de France, lui accorde une pension annuelle de 600 livres. Le 
document porte la date du 9 février 1642 (1). 

A cette époque, Emmanuel de Aux habitait Perpignan. 11 ne 
tarda pas à se fixer à Nyls ponr exploiter son domaine. C'est là 
qu'il mourut le ^5 juin i665. Son corps fut trouvé dans l'étang 
du lieu. L'inhumation se fit dans l'église neuve de la localité : 
(( Mort don 'Emmanuel de Aux ah 26 de juny i665. Son cos es enter- 
rat dins la iglesia nova del Hoc de Anyls, per esser mort negat dins lo 
estany del dit Hoc » (2). 

Oona Maria de Aux et Momir 

La succession laissée par Emmanuel de Aux n'était pas des 
plus brillantes. Sa veuve dut faire face aux difficultés de l'heure 
présente. 

(1) Nos Ludovicus, Dei gratia Rex Gallix et Navarrae, comcsque Barcinonnat, Rossilionis et 
Ceritaniz. 

Nos Urbanus de Maille marchio de Brezé, Mariscallus Galliz et Capitaneus generalis in 
principatu Cathaloniz et comitatibus Rossilionis et Ceritaniae, considérantes munifîcentiam et 
liberalitatem veram erga quoscumque d'fFundere proprium esse principis offîcium, erga eos tamen 
praecipue exerccri deberc merito arbitramur quorum mérita et majorum obsequia regiis elargi- 
tionibus dignos reddunt, quare memcria repetentes plura grata et non modica servitia domino 
nostro régi prxfato et officia hoc bellorum tempore urgentium arduis in rébus summa animi 
virtute ut fervidum relatorcm et patriz acerrimum defensorem praestita per te dilectum ducelu 
Emanuelem de Aux in villa Perpiniani domiciliatum prxdecessoresque tuos in plurimis negotiis, 
nullii parcendo laboribus, digne moti sumus te gratia infrascripta fore prossequendum. Tenore 
igitur praesentis, motu nostro proprio lexcentas Ubras Barcinonetem annuai tibi nobili Eminuel 
de Aux damus et deliberate elargimur. Signé : Le Maréchal de Brezé. 

(1) Archives de la famille de Coma. 



— 27 — 

Elle fut obligée de s'occuper de la récolte pendante. A cet 
effet, elle se mit en rapport avec le régisseur Henri Barta, qui 
administrait le domaine de Nyls. 

Quelques notes, par de petits détails, indiqueront suffisamment 
la situation d'une famille de propriétaires importants au XVII' 
siècle : 

Mémorial de tôt lo que jo dona Maria de Aux tinch entrcgat à 
Anrich Barta majordom, que es lo présent any mil sis cents seixante 
cinq en la heretat de Nyls, tant per raho de quatre carregas de 
blat que tinch promesas à dit Barta per tôt lo temps vaccara tenir 
cuydado de fer sagar, batrer y recullir lo blat de dita heretat, y 
per lo traball de fer aperallar lo mcnjar als segadors, batadors 
y demès mossos, y la gent que fera menester per dit effecte, quant 
també de lo que li entragaré per fer la vida à aquells que es lo 
seguent : 

25 juny, vint y quatre maitats de vinagrc, 

— , una carga de bi, 

— , onze mesuras de blat, un durch de oli, 

16 — , quatra Jliuras de vacca, 

17 — , quatra lliuras de sardina à raho de dos sous la lliura, 
î8 — , dos sous de cebas y ansiam, 

— , una carga de bi, 4 lliuras de vacca, 11 mesuras de blat, 

29 — ,4 lliuras de vacca, 2 sous, 2 diners per monjctas, 

30 — , 6 lliuras de vacca. 

] juliol, 4 sous per monjetas y ansiam, 4 lliures de sardina, 
— , à raho de dos sous y quatre diners la lliura, una carga 
y mitja de bi, 

3 — > 4 lliuras de vacca, 

4 juliol, onze mesuras de blat, 

7 — , una carga y mitja de bi, 

8 — , onze mesuras de blat, 

10 — , quatre lliuras de sardina à raho de 2 sous 4 diners. 
Fins lo die présent an vaccat los segadors que an segat los grans 
de dita heretat, los quais eren set personas. 

Le chef des moissonneurs était Pierre Clotas, de la ville de 
Perpignan. Il reconnaît avoir reçu de dona Maria de Aux la 
somme de 28 livres « per lo preu fet de segar los blats, ell y sos 



— 28 — 

companys, de la heretat de Nyls de dit don Emanuel de Aux. » 
Après la moisson, il fallait dépiquer. On le fit dans le courant 
du mois de juillet : 

I ] juliol. per batrer se son enviadas 8 lliuras carn de vacca. 

— , una carga y mitja de bi, i i mesuras de blat, mitj 
durch de oli, 

17 — , mitj minot de sal, 

26 — , una carga de bi. 

29 — , onze mesuras de blat, — Per los batadors, 6 Iliures 

, de vacca. 

Le blé fut porté à Perpignan, le dernier jour du mois de juillet 
par Jérôme Velloch, agriculteur de Perpignan. Celui-ci déclare 
que la somme de 6 1. 8 s. 4 d. lui a été remise « per lo traball 
de haver aportat trente sis cargas de blat dès del Hoc de Nyls à la 
vila de Perpinya, en casa de dita dona Alarie de Aux. » 

Ensuite dona Maria de Aux se mit en mesure de payer les 
dépenses occasionnées par le décès de son mari. Elle donne à Jean 
Montanyach, pêcheur de Bages, 5 I, 10 s. « per lo traball an 
tingut, ell y altres companys seus, de sercar y traurer del stany 
del Hoc de Nyls lo cadaver de son marit, » — à Antoine Roca, 
muletier de Perpignan, i écu etdemi « perloconcort han fet de anar 
à sercar ab una llitera lo cadaver de don Emanuel de Aux en lo 
Hoc de Nyls, » — à François Laborda, prêtre et économe de 
de l'église paroissiale de Ponteilla et Nyls, 3 écus blancs et une 
charge de froment « per la professo, enterro, novena, cap de any, 
missas y dret de terratja y per lo demès tocant à funeraria de don 
Emanuel de Aux, son marit, » — à Onufre Pegullan, crieur 
public et assermenté de la \'ille de Perpignan, 6 réaux d'argent 
« per lo cridar lo dit Emanuel de Aux, son mari', » — à Joseph 
Bosch, menuisier de Perpignan, 3 livres « per ser anat en lo stany 
del Hoc de Nyls y haver fet un carras per entrar en dit stany afi 
de sercar y traurer lo cadaver de don Emanuel de Aux. » 

(A suivre) Joseph Gibrat. 






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LIVRES ^ EEVUES 

La T\evue catalane fera connaître a ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adreisés en double exempl.Jre. ^</^ Pour les ouvra 
ges cat'lans, adresser un exemphîiie au Secrétariat de la Rédao 
tion et un autre à M- Amade, proiesseur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, vice-président de la Société d'Etudes Catalanes. 



L'Eclair (de Montpellier). 

Remarque, dans le numéro du i3 décembre de ce journal, un article de 
notre compatriote M. Jacquzs Rocafort, professeur de lycé2 à Paris et mem- 
bre de la Société d'Etudes Catalanes, sur les langues méridionales. 

Nous souhaitons que cet article plein de bon sens et de logique produise 
son effet auprès du Ministre, à qui un Inspecteur gin irai a osé demander la 
réduction de l'enseignement à.z% langues méridionales, et su tout de l'espa- 
gnol, dans les lycées et collèges du midi. 

Notre pauvre Midi est bien malmené depuis quelque temps. Après les 
fameux rapports militaires et les inondations, voici maintenant les hauts 
fonctionnaires de l'Université qui partent en gu:rre contre nous !... C'est 
vraiment trop fort. 

En Terro d'Arle. 

Nous avons reçu le numéro 12 de En Terro d'Jlrïe, bulletin de J'Escolo 
mistralenco. Cette revue, entièrement écrite en provençal, publie de très 
intéressants travaux en prose et en vers. Nous y trouvons, page 179, l'en- 
trefilet suivant : 

« Sabès que i'a dous Arle souto la capo dou soulèu : Arle lou grand, que 
couneissès, aquéu que li Coumpagnoun noumavon Arles en France, emé 
l'Arle de Rou:sihon, long-tems d'Espagno. Nous fai piesi d'aprene que la 
Reneissenço felibrenco flouris e fruchejo dins tôuti doué. La T^evue Catalane 
de Perpignan publico un article sus lou Pastorellef de la "Vall d'Jlrles, séudou- 
nime d'un préire qu'es, d'après aquelo revisto, « l'àme de la Renaissance 
roussillonnaise ». 

Salut arlaten au Pastorellet ! » 

Jochs Florals. 

Nous avons reçu le volume des Jeux floraux de Barcelone (1907) conte- 
nant les pièces couronnées ; joli volume de 270 pages, grand format, dont 
nous conseillons la lecture. 



— 3o — 

Calendari de Cu-cut. 

Cu-cut nous a envoyé son Calendari pour 1908, très jolie brochure de 



1 3o pages environ, magnifiquement illustrée. 



Llelres. 



La revue Llelres est toujours, et de plus en plus, intéressante. Dans le 
numéro de novembre elle continue la publication du voyage de George 
Sand à Mallorca » d'Alomar, étude littéraire très sérieuse qu'on lit avec 
plaisir. 

Cette revue publie souvent des traductions catalanes d'auteurs français. 
A ce titre elle mérite d'être recommandée à nos lecteurs. 

Prouvenço. 

Prouvenço nous annonce que M. Payot, recteur de Chambéry récemment 
nommé à Aix, a voulu, dès son arrivée en Provence et « avant touto causo ». 
adresser son salut à Mistral. 

Bravo pour le recteur Payot que nous avons connu professeur de philo- 
sophie au collège de Perpignan. 

La Question Catalane- 
La Question Catalane, par M. Georges Normandy. Un volume illustré de 
114 pages, avec les portraits des principaux chefs catalanistes. Bibliothèque 
régionaliste, Bloud et C ', 4. rue Madame, Paris (VI'). Prix : 1 franc ; fran- 
co : I fr. 10. 

Après « Les Littératures provinciales » de Charles Brun, voici que la 
Bibliothèque régionaliste vient de publier « La Question catalane » de 
M. G. Normandy, celui-là même qui publia naguère dans le Mercure de 
"France et dans divers journaux français des articles très remarqués sur le 
mouvement régionaliste en Catalogne. 

Le livre de M. G. Normandy fera connaître exactement la question cata- 
lane à ceux de nos compatriotes qui ne la connaissent pas encore, au moyen 
de documents dont plusieurs sont publiés pour la première fois en France. 
A la page 107, l'auteur cite notre J{evue Catalane en tête de la liste des 
principales publications françaises qui s'occupent de la Catalogne, de sa lan- 
gue, de son histoire et de sa littérature. 

A propos des noms de lieux. 

Dzns \c Pays cévenol (i5 déc, Alais), quelques notes sur l'orthographe 
des noms propres de lieux par M. Ernest Joutard. L'auteur cite cette opi- 
nion de M. Pierre Devoluy : « Certes, quand l'on touche du doigt l'incroya- 
ble insouciance terminologique qui a présidé à la rédaction des noms de la 
carte dans le Midi, on se demande, à la vérité, si les parlers auxquels ils se 



— 3i — 

rattachent ne sont point, par hasard, les dialectes papous ou hottentots, les 
bégaiements vagues et inconnus de je ne sais quels Fidgiens ou quels Védas 
des bois ! » ("Les noms de la carte dans le Midi.) A noter également, dans le 
même article, cette affirmation du professeur Grammont : « ...Les noms pro- 
pres doivent toujours être prononcés comme on les prononce dans leur ré- 
gion et doivent être écrits conformément à cette prononciation... ». Enfin, 
ces quelques lignes d'un savant, M. Paul Meyer : a je crois bien que si le 
Conseil municipal de votre ville adoptait la forme que vous proposez, l'admi- 
nistration des postes, qui est pour les noms de lieux ce qu'est pour la langue 
commune l'Académie Française (et avec la même compétence !), finirait par 
l'admettre ». 

Toutes ces affirmations, tous ces jugements, tous ces bons conseils ne sont 
pas pour nous déplaire. 

L'Alliance. 

Dans V Alliance, de Céret, notre collaborateur, M. Joseph Gibrat, publie 
une intéressante notice intitulée « Tocabens et C" » sur les méfaits des ban- 
des de Trabucayres dans notre pays. 

Le Courrier de Céref. 

A signaler, dans le numéro du 29 décembre, une note très intéressante 
sur la TSuit de 3\oët en Catalogne par Tristan et Iseult. 

Dialectologie romane. 

Le distingué romanisant M. Schaedel, professeur à l'Université de Halle 
en Saxe (Allemagne), devenu depuis peu un de nos adhérents, vient de fon- 
der, d'accord avec le professeur français M. Saroïhandy, une Société Inter- 
nationale de "Dialectologie romane, où la Catalogne sera représentée par Mos- 
sen Alcover. Heureuse idée. 

Le même M. Schaedel va publier prochainement une Phonétique des Pyré- 
nées catalanes, dont il a réuni les principaux documents dans un récent voyage 
à travers la Catalogne (voir la J^evue Catalane : Dietari de Mossen Alcover 
et Schaedel). Cette Phonétique doit être précédée d'une Introduction îx t'wigz 
à part où sont classés et décrits tous les sons de la langue catalane, et où 
l'auteur propose un système de transcription scientifique du son. 

Enciclopedia Catalana. 

Nous avons reçu le numéro 3 de la Revue "Enciclopedia Catalana, l'une des 
plus importantes publications de Catalogne. Le directeur de cette Revue a 
eu l'heureuse idée de réimprimer les fameux articles Cataluna y los Catalanes 
publiés par D. Joan Cortada en 1859. De plus, cette revue continue la 
publication de l'œuvre d'Ali-Bey (voyage au Maroc) et du dictionnaire 
encyclopédique de la langue catalane. Nous recommandons ] "Enciclopedia 
Catalana à nos lecteurs. 



— 32 — 

Cinquantenari dels Jochs Florals de Barcelona. 

En la reuniô darrerament celebrada pels mantenedors elegits pel Consis- 
tori, ha quedat constituit el cos de mantenedors-jurat, désignant pera prési- 
dent el Mestre en Gay Saber mes antich, y pera secretari el darrerament 
nomenat, que s'escauen ésser, respectivament, el doctor Coliell y el senyor 
Masriera. Se désigna com a président d'honor al senyor Amer, darrer 
sobrevivent del primer jurât dels Jochs Florals y cap de Adjunt del Con- 
sistori. 

Aixis mateix s'acordâ crear presidencies d'honor pera la Festa, que scrân 
conferides a personalitats de les régions de llengua catalana, com Yalencia, 
Balears, Rossellô, Provensa, el Tolosà, Cerdenya, Bearn y Auvernia. 

Se redactâ y forma '1 cartell dels Jochs de 1908, que s publicarâ aixis 
que sigui firmat pels mantenedors que no acudiren a la reunio. 
(De la Veu de Catalunya. ) 

Publications reçues. 

Obres de T{amon Lutl. — La « Comisio éditera Lull » annonce, par un 
intéressant prospectus, la prochaine édition, à Palma de Mallorca, des œu- 
vres complètes et originales du philosophe catalan Ramon Lull. Mossen Mi- 
quel Costa, mossen Alcover, mossen Mateu Rotger, n' Estanislau Aguilô, 
en Jaume Garau, sont à la tête de cette commission, et Mateu Obrador, est 
le directeur effectif de ces bons mallorquins et enthousiastes lulistes. 

L'Jride, strenna per l'anno 1908, éditée à Casale (Italie). — Nous avons eu 
l'agréable surprise d'y trouver la traduction en vers italiens, du chant VI du 
poème Canigô, par la signorina Maria Licer, de Venezia. 

"La Tanj'uUa délia Domenica, de Rome. — Le numéro du i3 octobre 1907 
publie une étude de « Littérature straniera — Un novelliere catalano contem- 
poraneo, Joaquim Ruyra », de notre collaborateur, le professeur Venanzio 
Todesco, à Alguer (Sardaigne catalane). 

Sant Jordi matant el drach. — • Cette belle gravure, reproduisant une 
« Composicio del eximi artista txech J. Mânes », est accompagnée de ces 
lignes : 

« En Benêt R. Barrios, doctor en médecins, vos desitja unes bones festes, 
al présent, y moites benhaurances durant l'any 1908, en que Catalunya cele- 
brarâ les bodes d'or dels Jochs Florals y el seté centenari del naxement del 
rey En Jaume I, el Conqueridor. Barcelona, desembre 1907. » 

Calendari dels Pagesos per l'any de traspâs 1908. (Barcelona) — Fascicule 
sur les douze moi» de l'année, avec illustrations, proverbes et dictons popu- 
laires. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COMET, Rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



N° 14 15 Février 1908. 

C^TNS,C^'Svi.<îgTNi.t^TNi.<^TNi C^T)s&.tî§'3vi.t^'»i C^T|v&.C{gOsi.C{§Osi tt§'>.&c{§TN&(^'3si, c^'3Ni,c^'>&^'ÎNi. 



Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 

Les Articles parus dans la Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



(^>^c$'>it^>&c^'>it^'>«i C^'Sv&C^TIsit^'ÎNi. ct8'>«i.c^'>i(î§'Jv& c{§'3vi,c{§'Ssi,c{g'Ss& c^'îsi.tîg'^i.c^Osi, 

AVERTISSEMENT 

Le Comité de rédaction, désireux d'adopter, dans la Revue, une ortho- 
graphe catalans uniforme, a décidé de rendre obligatoire l'orthographe du 
Congrès de Barcelone, dès qu'elle sera connue, et de publier un diction- 
naire catalan roussillonnais en se conformant aux règles adoptées par ce 
Congrès. Mais, en attendant, les avis étant partagés en ce qui concerne, par 
exemple, les pluriels en as ou en es, le Comité laisse les auteurs absolument 
libres d'adopter l'une ou l'autre de ces formes. 

COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

Cotisations. — Le Bureau décide que les cotisations de l'exer- 
cice 1907-1908 seront mises en recouvrement du i5 courant au 
1" mars. 

Concours de langue catalane. — Le Bureau décide d'organiser 
un concours mensuel et permanent de langue catalane à partir du 
1" mars 1908. 

Ce concours comprendra chaque mois, soit une version catalane, 
soit une composition catalane (description, narration, lettre). Le 
texte de la version ou le sujet de la composition sera publié le 
i5 de chaque mois par la T^evue Catalane et porté à la connais- 
sance des concurrents par la voie de la presse locale. 

Pour la version, les concurrents devront écrire le texte catalan 
à gauche de la feuille et la traduction française en regard ; pour 
la composition catalane, on devra également écrire la traduction 
française à droite. 

Les notes méritées (de 1 à 20) seront publiées le mois suivant, 



- 34 - 

en même temps que le texte du second devoir, et ainsi de suite, 
de mois en mois. 

A la fin de l'année, des diplômes d'honneur de la Société d'Etu- 
des catalanes et des abonnements de six mois et d'un an à la T^evue 
Catalane seront accordés aux concurrents les mieux notés. 

Peuvent prendre part à ce concours les jeunes gens (garçons et 
filles) de j3 ans et au-dessus. 

Les devoirs devront être écrits sur papier format écolier, et 
porter le nom ou le pseudonyme avec l'âge de l'auteur. Ils devront 
être remis régulièrement au secrétariat, le i" de chaque mois. 

Voici le texte à traduire pour le i" mars 1908 : 

SorHnt de Paris 

Desde una finestra del tren, que pcr la via de Lyon fuig com 
arrocegat per un mal esperit, contemplo, ben segur per darrera 
vegada, aquesta gran ciutat que s'allunya y que tôt allunyant-se 
sembla mes gran. Estona (1) ha que som fora de les explanades, 
jardins y boulevards de vora '1 Sena ; estona ha que 'n fugim en 
aies del vapor ; mes sempre tenim un de sos interminables carrers 
à cada banda de tren, com empenyats (2) en no deixar-nos sortir 
de la ciutat : fugim de son cor, mes no hem pogut sortir encara 
de SOS braços, que s'extenen per la plana à travers de rius y serres, 
com pera lligar y engrapar la França, lo mateix que un calamar (3) 
onstruôs engrapa sa presa. 

Jacinto Verdaguer, Viatgcs. 

(i) Moment, instant. 

(2) Peut se traduire par décidé, réêolu, poussé de f.içon à. 

(3) Poulpe. 

LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIETE 

OMIS SUR LA LISTE PRÉCÉDENTE 
M. MoREL Marcel, négociant à Perpignan. 

NOUVELLEMENT ADMIS 

M. l'abbé Aymar, curé-archiprètre de Prades. 



Jacques V\ Roi d'Aragon 

Le roi Pierre II, d'Aragon, se rendit en 1204 à A\ontpellier, 
où il y épousa, le i5 juin, Marie, fille et héritière du seigneur 
de cette ville. Le Roussillon, depuis Salses jusqu'à l'Ecluse, fut 
assigné pour douaire à cette princesse. Sancho, seigneur du Rous- 
sillon et de Cerdagne, figure parmi les garants de cette stipu- 
lation. 

Pierre II fut tué à la bataille de Muret, le 17 septembre 121 3. 
11 ne laissait, pour héritier, qu'un enfant de cinq ans, Jacques, 
né à Montpellier le 2 février 1208. Cet infant fut confié à Guil- 
laume de Montredon et élevé dans le château de Montso (Haut- 
Aragon), puis à Huesca et à Saragosse. En i225, ce prince, 
devenu libre, s'employa à détruire les factions entre ses sei- 
gneurs et à apaiser les troubles dont il avait été la victime depuis 
son enfance. Pour consolider son ouvrage, il résolut d'occuper 
contre les infidèles, le courage inquiet des catalans. A l'assem- 
blée générale de la Principauté, qui se tint à Barcelone en 
décembre J228, il fit statuer qu'il y aurait paix et trêve depuis 
la Cinca Aragon) jusqu'à Salses et que l'on entreprendrait la 
conquête de l'île de Majorque. 

Nuno, comte du Roussillon, prit part à l'expédition, à la tète 
d'un corps nombreux de ses vassaux ; il fut un des seigneurs qui 
s'y distinguèrent le plus. Une importante escadre partit du port 
de Salôu, près Tarragone , le 6 septembre 1229, emportant 
i5ooo guerriers et 1 5oo chevaux; elle aborda à Santa-Ponsa, et 
le 3i décembre 1229, la capitale de Majorque fut prise d'assaut. 

En 1235, le comte Nuno partit à nouveau pour l'expédition 
dans l'île d'Yviça. En i238, il suivit encore le roi d'Aragon dans 
sa conquête du royaume de Valence, dont la capitale fut prise le 
^8 décembre de la même année. 

Jacques 1 ", dit le Conquérant, mourut à Xativa le 27 juillet j 276. 
(Hislûire du J^pussillon, de J. de Gazanyola.) 



— 36 — 

A consequencia d'haver rebut lo rey, En Jaume, lo missatge 
d'uns embaixadors tartars, que'n nom de llur sobirâ y de) empe- 
rador dels Grechs, oferian ajudarlo à recobrar'l Sant Sépulcre de 
mans dels sarahins, détermina complir tan gran empresa. 

Ab aquest proposit sorti de Barcelona amb 1 7 bastiments en 
direcciô à Menorca ; pero, desprès de sofrir vents contraris y 
una horrorosa tempestat que dura disset dies y divuit nits, al 
cap de dos mesos haguè de tornar y desembarcar à Agde, con- 
vensut de que Deu no volia que continués l'expediciô. 

Componentse '1 règne d'Arago, en temps de Jaume 1, de 

cinch nationalitats diferentes, tinguè '1 Conquistador, el talent de 
conservar à cada una las lleys mes apropiades al respectiu origen. 
Als aragonesos otorga 'Is furs d'Osca ; mante, pels rossellonesos, 
la legislaciô romana, y la combina amb las costums de las vilas ; 
à favor dels catalans esculleix los préceptes dels Usatges, y dona 
privilegis à las vilas reals ; als mallorquins fa extensiu lo regimen 
de Catalunya, treyentne las influencias barbares del feudalisme ; 
y amb lo Fur de Valencia, governa rodejantse d'un conseil de 
sabis. 

(Hisloria de Catalunya, per Joan Cliva.) 



En lo sigle Xlll, la llengua catalana se présenta mes pura, 
sa diccié mes castiça, la frasa mes dolsa y cadenciosa. AI escalf 
protector del rey En Jaume, se pot dire que nasqué la literatura 
catalana ; d'En Jaume mateix son Lo Llibre de la Sabiesa, y la 
Cronica, relaciô dels principals fets y détails de la seua vida ; 
eixes obres foren l'alba d'una literatura que naxia, com los cants 
d'En Ramon Lull foren lo ressô palpitant d'una nationalitat que 
volîa esplayarse en cants immortals. 

(Ttistoria de Catalunya, de Mossen Font y Sagué.) 

L'anniversaire du y' centenaire de la naissance de Jacques 1" a 
motivé dans toute l'étendue de l'ancien royaume d'Aragon, des 
manifestations historiques et de fraternité littéraire ; de Valence 
à Mallorca, à Barcelone et à Montpellier, les cercles littéraires 
et artistiques font revivre la personnalité du grand roi. Ces fêtes 



-37 - 

ont commencé à Montpellier, où se sont rendus de nombreux 
délégués des catalans d'Espagne. 

La Société d'Etudes Catalanes représentée par MM, Vergés 
de Ricaudy, son président, Delpont, trésorier, et Payret, membre 
du Conseil d'Administration, alla à la gare de Perpignan pour 
saluer ces délégués à leur passage. 

Notre ami Delpont leur souhaita la bienvenue en leur lisant 
le sonnet suivant composé à leur intention : 

Germans ! 

Germans de Ilcngua catalana. 
De l'altre ban de) Pirineu 
Amb l'escalf, veniu, qu'engalana 
L'amor-patria à tôt arreu. 

M'apar vos es una alcgria 
Veure 'Is fills d'En Jaume primer 
Y n'escoltar la canturia 
Del Canigô à Montpeller. 

Seu l'aucellada que s'envola 
Als njus payrals, hont se gronxola 
La santa germanô 

Deu vos guard! Vostra recordansa 
La serven, en terra de Fransa, 
Los fills de) Rossellô. 

M. Delpont a été vivement remercié par le chef de la délé- 
gation et ses amis. 

Notre distingué confrère, M. Amade, secrétaire de la Société 
d'Etudes Catalanes, avait bien voulu nous représenter aux fêtes 
de Montpellier, dont nous donnons ci-aprés une intéressante 
relation. 



La Société d'Etudes Catalanes 

aux fék3 d^ Jacques 1 d'flragon. 

A l'occasion du VI 1° centenaire de Jacques i" d'Aragon, des 
fêtes avaient été organisées à Montpellier pour le dimanche 
2 février. Elles attirèrent beaucoup de monde, et furent aussi 
brillantes que pouvait le permettre la situation actuelle de nos 
régions méridionales, si rudement éprouvées par la crise viticole 
et les dernières inondations. Les délégués de Barcelone, Tar- 
ragone, Valence, Gérone, Saragosse, Majorque, etc., arrivèrent 
le samedi, et furent conduits aussitôt en voiture à l'Hôtel-de- 
Ville, où le maire, escorté de ses adjoints, leur souhaita la bien- 
venue et les invita à un vin d'honneur pour le lendemain. 

Le dimanche matin, dès les lo heures, tous les délégués, accom- 
pagnés du comité d'organisation et des félibres de Provence et 
du Languedoc, se rendirent à la Tour des Pins, où une guirlande 
fut déposée au-dessous de la plaque commémorative de Jacques i" 
d'Aragon. Des discours prononcés en français, en catalan et en 
provençal, le concours de la musique du 8]' de ligne, et la foule 
accourue pour assister à la manifestation, donnèrent à celle-ci un 
très vif éclat. 

Puis les délégués se rendirent, à titre privé, à la cathédrale, où 
Mgr de Cabrières, évèque de Montpellier, en présence de 
Mgr de Carsalade du Pont, évèque de Perpignan, qui avait tenu 
spécialement à prendre sa part à la fête, rappela au nombreux 
auditoire le grand fait historique que l'on célébrait en ce jour, 
donnant comme exemple à ses fidèles ces Catalans d'Espagne qui 
n'ont pas renoncé à perdre leur langue et gardent au fond de leur 
cœur le culte du passé et de la tradition. 

A 11 heures, la Municipalité faisait au Grand Théâtre sa récep- 
tion officielle. Des discours furent encore échangés, aux applau- 
dissements de toute l'assistance. La cérémonie allait finir lorsque 
les délégués espagnols reçurent un télégramme de M. le Président 
de la République, leur faisant part de ses meilleurs sentiments et 



- 39 - 

les remerciant d'avoir bien voulu lui adresser leurs hommages au 
moment de passer la frontière- 
Une séance artistique et littéraire eut lieu dans l'après-midi, à la 
Salle des Concerts. La musique du 2' Génie jouait des airs cata 
lans et aragonais dans les intermèdes ; des artistes du Grand 
Théâtre interprétèrent avec beaucoup de succès divers morceaux 
de circonstance. L'un après l'autre, — et tous en catalan, sauf 
un Aragonais, — les délégués vinrent exprimer devant le public 
montpelliérain leur reconnaissance pour le charmant accueil qui 
leur avait été réservé, montrant la signification qu'il fallait donner 
à ces fêtes, expliquant enfin la leçon qui s'en dégageait pour les 
races méridionales. Pour terminer, VOde aux Catalans de Mistral 
et VOde à Montpellier de Verdaguer furent récitées au milieu de 
l'enthousiasme général. 

Mais c'est peut-être le banquet, offert aux délégués par les 
félibres, qui constitua la partie la plus intéressante de ces fêtes. 
La présidence fut donnée de droit au Capoulié Devoluy. Selon la 
tradition félibréenne, la « Coupo santo », offerte jadis par les 
Catalans aux Provençaux, circula de main en main, après que 
l'on eût chanté en chœur les fameuses strophes de Mistral ; et 
ce fut le moment des toasts. 

M. Jean Amade, qui représentait la Société d'Etudes catala- 
nes, parla au nom de cette dernière. « Le Roussillon, dit-il, dontlî 
langue est le catalan, sert d'intermédiaire naturel entre la race 
provençale et la Catalogne espagnole. C'est d'ailleurs en terre 
roussiîlonnaise que se dresse cet admirable Canigou chanté par 
Verdaguer et devenu aujourd'hui le symbole de la Renaissance 
catalane, le signe de ralliement des poètes de cette même Cata- 
logne. Dans le Roussillon aussi, s'écrie-t-il, nous nous efforçons 
de retrouver le sens de la race, de faire aimer la langue du pays, 
de favoriser l'éclosion d'oeuvres poétiques où se reconnaisse encore 
le génie catalan. » Puis, prenant en main la coupe sacrée, il ter- 
mine par ces mots : « Je bois. Messieurs, — au nom de la 
Société d'Etudes catalanes de Perpignan, au nom du Roussillon 
tout entier, — à la Catalogne, à la Provence et au Languedoc a 
je bois à l'union des races latines et au réveil de l'esprit méri- 
dional. » 

La Catalogne avait envoyé, entre autres délégués, MM. d'Aba- 



— 40 — 

dal, sénateur catalaniste et président de la Ligue régionaliste, — 
Puig y Cadafalch et Bertran y Musitu, tous deux députés cata- 
lanistes, — Francesch Matheu, le célèbre poète, — Massô y 
Torrents, le jeune savant, — des représentants de la Municipalité 
et de la Diputaciô Provincial de Barcelone, Gérone, etc., — un 
groupe d'étudiants, — des journalistes, parmi lesquels M. Pages 
y Rueda, de la Veu de Catalunya, l'un des promoteurs de la fête. 

Voilà des manifestations qui réchauffent le coeur et font naître 
dans l'àme l'enthousiasme fécond. Quel spectacle plus réconfortant! 

C'est à Perpignan maintenant, après Toulouse et Montpellier, 
de célébrer la « germanor » des races française et espagnole, et 
mieux encore du Roussillon et de la Catalogne notre voisine. 
N'aurons-nous pas l'occasion de voir se renouveler chez nous la 
fête de Banyuls-sur-Mer, où, il y a déjà pas mal d'années, fra- 
ternisèrent les poètes catalans et les poètes roussillonnais ? Bar- 
celone organise pour le mois de mai prochain les fêtes du cin- 
quantenaire des Jeux Floraux, et, à son tour, celles de Jacques 1" 
d'Aragon. Le Roussillon, la Société d'Etudes catalanes, Perpi- 
gnan, sont déjà invités. Ne répondrons-nous pas à l'honneur 
qu'on nous fait, et ne montrerons-nous pas, en recevant un jour 
comme ils le méritent nos amis de la Catalogne, que nous som- 
mes dignes de figurer dans le merveilleux groupement des races 
de la langue d'Oc? 11 conviendrait d'y réfléchir dès maintenant. 

Jacques Planas. 



COMPARAISONS POPULAIRES 

usitées en Roussillon 

Vît î«-(s 

26 Pie com un 6u. 

27 Pobre com un rat d'iglesia. 

28 Prim com un tel de ceba. 

29 Trist com un mûssol. 

30 Viu com una pélvara. 



Une société régionaliste : 

ce Lo Rat Penat » de Valencia 



Lo J^at-Penat est parmi tous les groupements régionalistes un 
des plus actifs et des plus modérés. Est-ce à cette alliance de 
qualités rarement réunies qu'il doit le succès de son œuvre ? Le 
fait est que depuis le jour déjà lointain de sa fondation un foyer 
de pensée et de poésie a brillé sans cesse sur les rives du Turia, 
illuminant, comme un autre soleil, la huerta valencienne. Ils sont 
là uh groupe de travailleurs fermement attachés à l'œuvre com- 
mune et s'efforçant de la parfaire avec autant de confiance dans 
son excellence que de souplesse dans les moyens de la réaliser. 
L'idée qui les anime, c'est de maintenir la vie dans ce grand corps 
que forme l'ancien royaume de Valencia ; non pas une vie lan- 
guissante et purement matérielle, où l'effort d'aujourd'hui se borne 
à assurer la subsistance de demain, mais une vie agissante, vigou- 
reuse, non plus réduite aux démarches indispensables d'un orga- 
nisme défaillant, débordant, au contraire, de sève et d'originalité, 
vie de l'esprit encore plus que vie corporelle. Ainsi la chauve- 
souris, lo rat-penat, qui surmonte les armes de Valencia, n'aura 
rien à envier en dignité au lion de l'écusson national : le fauve 
de la monarchie vivra en paix avec la bestiole de la cité ; ils 
auront tous deux leur place sous le ciel d'Espagne ; unis contre 
l'étranger, égaux en face l'un de l'autre. 

La pléiade d'ouvriers appliqués à cette tâche offre cette origi- 
nalité que chacun y est rigoureusement spécialisé. 11 n'y a point 
ici de ces mouches bourdonnantes, qui volent dans tous les coins 
de l'édifice, laissant partout des traces malpropres de leur passage 
et n'avançant point la besogne. Le domaine de chacun est petit : 
il y a donc chance qu'il le creuse profondément. S'agit-il de 
débrouiller le passé littéraire de Valencia C'est Don José-Enrique 



— 42 — 

Serrano y Morales qui mène le travail. Patient comme un moine, 
chercheur et perspicace, connaisseur très averti de la littérature espa- 
gnole et de la littérature indigène, il a constitué une riche bibliothè- 
que, où de précieux manuscrits voisinent avec les livres les plus re- 
cherchés ; il en a tiré la matière d'études trop rares, mais également 
belles par leur probité et par leur nouveauté. Son Diclionnaire des 
Imprimeries J^alenciennes depuis les origines jusquen j868 donne bien 
autre chose que ce que le titre promet: une bibliographie complète 
de la littérature valencienne, qui complète, rectifie et rajeunit les 
travaux des vieux bibliographes, Rodriguez, Ximeno, Pastor 
Fuster. Auprès de ce maître. Don Francisco Marti Grajales con- 
sacre aux écrivains de l'âge d'or, Guillén de Castro, Gaspar 
Aguilar, Bernardo Catalan de Valeriola, Juan Marti, des bio- 
graphies solidement documentées et sévèrement rédigées. Entre- 
temps il réimprime avec un soin pieux Les Trobes en lahors de la 
Verge Maiia, le plus vénérable de tous les livres espagnols, puis- 
que pour l'imprimer en 1474 l'Allemand Lambert Palmart, établi 
à Valencia, y fit fonctionner pour la première fois en Espagne 
la presse typographique. 

Est-ce l'archéologie valencienne qui vous intéresse ? Adressez- 
vous à Don Antonio Chabret, le savant historien de Sagunto, qui 
possède l'art de faire parler les ruines, ou à Don José Martinez 
Aloy, qui après avoir sacrifié parfois à la politique revient vite à 
ses études et éprouve les vertus lénificatives de l'épigraphie. 
Voulez-vous connaître la figure de ces médecins illustres, dont 
plusieurs prirent leurs grades à Montpellier et qui accrurent 
ensuite, au xvi' et au xvn' siècle, le renom de leur petite patrie ? 
Voici Don José Rodrigo Pertegâs, qui a fouillé toutes les archi- 
ves en quête de détails sur eux, leur existence et leur méthode 
clinique. Si l'histoire du royaume de Valencia vous attire, deux 
maîtres vous initieront à son étude : l'un. Don Roque Chabâs, 
chanoine et archiviste de l'Insigne Chapitre Métropolitain, a écrit 
l'histoire de l'antique Dénia, il a fondé et rédigé seul ou à peu 
près, une revue dont le titre les Jîrchives indique la solide érudition, 
enfin il a scruté à la suite de Jaume Roig, en éditant le hibre de 
les Dones, les moeurs valenciennes du xvi' siècle ; l'autre. Don 
Vicente Vives y Liern, non content de conserver avec un soin 
jaloux les archives de Valencia, en extrait la matière de mono- 



- 43 - 

graphies non moins remarquables par la sûreté de la méthode que 
par la nouveauté dv récit ; quoi de plus définitif, pour employer 
un mot à la mode, que son histoire des « armes » de la cité ou 
celle de l'Université de Valencia ? Dans ce même domaine de 
l'histoire, qui comporte tant de provinces. Don Pascual Boronat 
y Barrachina a donné des travaux richement documentés, mais dont 
l'impartialité n'est pas toujours incontestable, et Don Francisco 
Almarche prépare une étude sur les Institutions Maritimes de 
Valencia. D'autre part, l'épanouissement des Beaux-Arts à Valen- 
cia a retenu l'attention de plusieurs travailleurs, au premier rang 
desquels se placent le baron de Alcahali, auteur de répertoires 
bien informés et bien conçus sur les peintres et les musiciens indi- 
gè,nes, et Don Luis Tramoyeres Blasco, dont la féconde activité 
s'est étendue parfois ailleurs, mais dont on peut dire qu'il a trouvé 
là sa terre d'élection. 

Voilà quelques-uns de ceux qui, par leur labeur quotidien, ont 
mis à nu le roc vif sur lequel lo 7{at-Penat repose comme sur une 
assise indestructible. A mesure que ces érudits approfondissaient 
leurs études, une notion se dégageait plus clairement, celle des 
formes que le génie valencien a revêtues successivement tout en 
restant lui-même, un et multiple à la fois, identique et toujours 
changeant, vivace encore quand son éclat se ternit. Par là, l'œuvre 
obscure des ratones de archivas, les minutieuses investigations des 
rats de bibliothèque se reliaient à la renaissance poétique dont le 
rivage levantin a tressailli il y a trente années. La résurrection du 
passé a donné une tradition et une direction aux chantres nou- 
veaux que cette terre sonore produisait. Ceux-ci, en même temps 
qu'ils connaissaient mieux leurs ancêtres, prenaient une conscience 
plus claire de leur propre talent. Il n'y a pas d'émulation plus 
féconde ou plus profitable que celle instituée entre jadis et 
aujourd'hui. 

Ces réflexions viennent tout naturellement à l'esprit de quicon- 
que feuillette l'élégante brochure (i) dans laquelle lo J(at-Pcnat a 
consigné la relation de ses plus récentes assises. A constater en lui 
une telle vitalité on se prend invinciblement à songer qu'elle 

(j) Jochs Tlorals de Lo fiat-Penat de 1907. Poesia de la Tlor J\alurat. Missatje y Biscursos 
Valencia, Emprenta de Domenech. 



— 44 — 
n'aurait pas été possible malgré l'effort des générations actuelles, 
si elle n'était le produit d'un long et glorieux passé. Considérez 
ces Jeux Floraux de 1907. Non seulement ils ont été présidés 
par une Altesse Royale, mais encore ils ont offert le rare spectacle 
d'une entreprise dont les promoteurs peuvent déclarer sans forfan- 
terie qu'ils ont atteint ou même dépassé leur but. Telle est bien 
la pensée du Président de la Société, le baron de Alcahali : 
« Aujourd'hui, affirme-t-il dans son discours du 3o juillet 1907, 
nous avons de grands espoirs de succès. Que dis-je espoirs ? Nous 
avons la cerlihtde d'obtenir... que la sève espagnole circule à travers 
toutes les provinces, décongestionnant le cœur de la nation de la 
centralisation qui l'asphyxie (1 ) ». Oui, lo J\al-Penat z bien travaillé: 
il a illuminé le passé de Valencia de toutes les lumières de l'éru- 
dition, et il a fait briller le présent d'un éclat que la vieille cité 
ne connaissait plus depuis longtemps. 

Faut-il ajouter que ce double succès il le doit surtout à un 
homme dont le talent aussi souple que riche a donné à la Renais- 
sance valencienne un élan irrésistible ? Don Teodoro Llorente 
est trop estimé en Espagne, en Catalogne et ailleurs pour qu'il soit 
permis d'accoler à son nom des louanges banales. Mais il faut dire 
ici qu'il incarne la double tendance d'où est né lo T^at-Penat. 
Erudit, il a écrit sur le royaume de Valencia deux gros volumes, 
où la solidité et l'étendue des connaissances se dissimulent sous 
une forme vive et gracieuse, un modèle de prose castillane. Poète, 
il n'a cessé, durant son existence déjà longue, de tirer de sa lyre 
des accents toujours nouveaux. Qui ne connaît, parmi les amants 
de la région valencienne, cette exquise poésie où la barraca, toute 
blanche sous son toit de chaume, nous est décrite avec tant d'émo- 
tion et de finesse comme le foyer où, sous la cendre toujours 
chaude, se conserve la tradition valencienne ? 

Quatre pilars, mes blanchs que la azucena, 
Formen devant un pôrtich de verdor ; 
Corre sobre élis la parra 

Naguère encore, non content de faire passer en vers castillans les 
poètes français du xix' siècle, il nous donnait la surprise d'un 

(i) Hu) esperém.^qué dich esperém ?, estém segurs de conseguir... que la sava espanyola 
circule al per igual per totes les provincies, decongestionant el cor nacional dei centralisme 
que'l asfixia. » (p. lo). 



-45 - 

recueil de Versos de ta juvenfud, par lequel il nous révélait que, 
après nous avoir tant livré de lui-même, il nous avait encore 
dérobé toute une partie — et une des meilleures — de sa poésie. 
Saluons en lui le maître et le patriarche du valencianisme, le guide 
et le protecteur de l'œuvre que lo J^at-Penat a assumée. 

Ses compatriotes ne s'y sont pas trompés. Dans ces Jeux Flo- 
raux solennels de «907 ils lui ont décerné pour la troisième fois 
la Rose symbolique, la plus haute des récompenses. Ils ont fait 
mieux : se souvenant que cette année 1907 était le cinquantième 
anniversaire de ses débuts poétiques, ils lui ont remis — honneur 
non encore décerné — une couronne de laurier. 'De fait, quelle 
admiration n'a-t-elle pas dû ressentir cette assemblée, qui a eu 
la primeur de cette touchante poésie "Visanteta, dont il serait 
superflu de vanter ici les mérites puisqu'elle y a été publiée en 
entier (1)! La verte vieillesse du poète connaît un renouveau d'ins- 
piration. Sous son égide /<? 7^a/^-Pen^/ n'a point à craindre la déca- 
dence qui est trop souvent le lendemain des grands triomphes. 
11 nous donnera au contraire de nouvelles occasions de l'admirer. 
Nous les attendons avec confiance et nous en profiterons avec 
joie. H. Mérimée (2). 

(1) Hevue Catalane (i5 août 1907). 

(2) Maître de conférences à la Faculté des Lettres de Montpellier. 



Un drame catalan de Guimerà 

joué en italien à Paris 



Une compagnie italienne est venue jouer à Paris (représenta- 
tions du Théâtre-Libre, Théâtre Marigny) quelques-unes des 
meilleures oeuvres du théâtre sicilien. Elle a interprété également 
la pièce la plus connue de l'auteur dramatique catalan Guimerâ 
1 erra Baixa, traduite sous le titre de Teudalismo avec des rema- 
niements assez considérables. Cette belle oeuvre, tant applaudie 
à Barcelone et si bien jouée jadis par Borràs, est passée main- 
tenant un peu dans toutes les langues. Une brochure de M. 
Benêt R. Barrios [Tiefland 1997) nous apprend qu'elle est jouée 
en catalan, espagnol, italien, français, portugais, sicilien, anglais, 
serbe, allemand et même tchèque. J. A. 



Un début 



..-'•î 



Heureux de faire dans la Revue une place aux jeunes, nous 
insérons ci-dessous une traduction très fidèle, en vers catalans, 
d'une fable en vers castillans de l'espagnol Samaniego. 

Nous donnons avec plaisir ce petit travail qui montre chez son 
auteur des dispositions que nous nous faisons un devoir d'encou- 
rager. 

Que M. Lamaysouette continue à travailler, qu'il fasse auprès 
de ses camarades, de ses condisciples, du prosélytisme. Quand 
nous serons assurés du concours des Jeunes, l'œuvre de conser- 
vation de la langue « dels nostres vells » à laquelle nous nous 
consacrons, sera assurée pour l'avenir. 



Lo Pastrc 

En Salici era acostumat 
Dins del seu flaviol de bufar ; 
Y per l'ohir, el seu ramat 
Descuydaba de s'afartar. 
Ja vaidria millor trencar 
La flauta an aqueix Salici, 
Perqué qui causa un perjudici 
Tendria de ser castigat. 
La mes granda habilitât 
En lloch de ser virtut, es vici. 

Fernand Lamaysouette, 

élève au collège de Perpignan. 
(Traduit de Samaniego, Livre 9, fable XI 11). 



Les ''Contes Vallespirenchs" 



Contes Vallespirenchs , replegats per en Mir y Nontoquis. Perpinya, im- 
prenta d'en J. Payret. 

Mir y Nontoquis — Mossen Caseponce, si vous préférez — 
révèle une âme pleine de fraîcheur et d'ingénuité, un esprit nuancé 
de scepticisme et de fine malice. 11 est le plus aimable des con- 
teurs. 

Mais je voudrais vous dire d'abord son enthousiasme pour la 
cause catalane, et je rappellerai volontiers le discours qu'il pro- 
nonça au Congrès de 1906. Majorquins, Valenciens et Barcelo- 
nais furent émerveillés par notre compatriote. 11 ne s'était pas 
plus mis en frais que lorsqu'il doit s'adresser à ses paysans dans 
l'église abbatiale d'Arles. 11 employait la langue du Vallespir, sans 
adopter l'accent de Barcelone. 

Et il leur disait la majesté de nos montagnes, qui sont aussi les 
leurs, depuis que Verdaguer les a conquises ; il leur disait la dou- 
ceur de cette vallée du Tech, d'où sont venus la plupart de nos 
poètes : Jofre et Boixéda, Talrich et Pépratx. 

Là-bas aussi, dans les villages, autour de la table, « entre un 
tros de pa moreno y un xerrich de bon vi », — et ce n'est pas là 
une citation — là-bas aussi le catalan jaillit des lèvres catalanes. 

De pareilles déclarations sonnaient agréablement aux oreilles 
des congressistes ; certains imaginaient peut-être que Mir y Non- 
toquis était un berger descendu des montagnes neigeuses, pour 
leur conter la plus belle des légendes. 

Mon désir, disait-il, est d'aider les maçons qui déploient tant 
de zèle et d'habileté pour réédifier la maison de nos pères, de leur 
apporter du sable, du gravier, de la chaux, « una descada de reble. » 

«^ 

CAO 



- 48 - 

Or, Mir y Nontoquis nous offre aujourd'hui ses Contes Yalles- 
pirenchs. 

Ils nous arrivent, précédés d'une causerie du Pastorellet de la 
Val) d'Arles. L'élégiaque poète évoque les soirées d'hiver, bour- 
donnantes de contes, dans les métairies de la montagne. De cette 
page merveilleuse de couleur locale, il aurait bien pu bannir une 
jeune fille de douze à treize ans, coiffée à la catalane, et qui chante 
à mi-voix une poésie de Mossen Cinto, Le barretinayre de Prats- 
de-Mollo. 

Mais Lo Pastorellet est un poète, et il nous transcrit sa vision 
des choses. 11 faut croire les poètes et se laisser bercer par leur 
idéalisme. Ainsi, nous cueillerons avec Cervantes les raisins ver- 
meils de Triana, et avec Musset la verveine de Saint Biaise, à la 
Zuecca ; nous admirerons avec Gautier les flots moirés du Guadal- 
quivir, et les campanilles d'Alicante avec Hugo. Et nous aimerons 
surtout les fictions du peuple, et ce mirage où passent les ombres 
de Saint Pierre, de Saint Antoine, de Saint Roch et du Malin. 

Ce n'est pas en vain que Mir y Nontoquis s'est promené dans 
le jardin roussillonnais où fleurissent les contes ; il en a fait son 
choix et il en a conservé le parfum. Aussi bien, ils méritent leur 
titre ; ils sont doublement Vallespirenchs, et par leur essence, et 
par leur style. 

D'ailleurs, la plupart lui ont été racontés par « une bonne chré- 
tienne d'Arles». Je me représente, dans la vieille ville de Saint 
Abdon et de Saint Sennen, une terrasse au-dessus des prairies, des 
pommiers aux branches lasses, et du Tech venu des pics de Cos- 
tabona. La vallée est étroite et la montagne entièrement couverte 
de châtaigneraies. Mir y Nontoquis admire tout cela et il écoute 
la « bonne chrétienne ». Une abeille rôde autour de la treille et 
des muscats, malgré les éclats de voix, les expressions pittoresques 
et les jurons, car il se trouve dans les contes des personnages qui 
jurent comme de vrais catalans. Mir y Nontoquis regarde l'abeille 
et les grappes, et i! apprend comment Saint Roch, aidé de son 
chien, saint Roch et saint roquet, disait Victor Hugo délivre les 
âmes du purgatoire et se montre plus malin que le Malin, plus 
rusé que le nommé Banyeta. 11 sait fort bien que tout cela est 



— 49 — 
peu conforme avec la Légende Dorée, mais qu'importe ! Si la 
« bonne chrétienne » perd le fil de ses histoires, si elle le laisse 
tomber au milieu des digressions, Mir y Nontoquis saura lui rap- 
peler l'ordre des aventures. 

Puis, i! traversera les rues tortueuses de la ville rouge et brune ; 
les femmes qui tricotent sur le seuil des portes le salueront ; il 
passera dans le cloître blanc, pour entrer dans sa chambre où 
l'attendent les pages blanches. 

Et comme Mir y Nontoquis n'oublie jamais sa mission, sa trans- 
cription ne sera pas toujours exacte ; il modifiera ces contes, ou 
mieux, il les parera de l'intention morale et religieuse qu'ils avaient 
certainement à l'origine. 

Les contes populaires ne veulent pas seulement satisfaire le 
besoin du merveilleux ; ils s'adressent encore aux consciences qui 
s'éveillent. Ils sont le trésor que le peuple a composé de toutes 
ses pensées et de tous ses sentiments. Et le peuple rira aux dépens 
de « Banyeta », et il n'épargnera pas davantage avaixs, jaloux et 
ambitieux. Lisez, par exemple, "L'Home y 'l gra de mill, La Tout 
de la Salimandra, L'Avare y '/ Gelas. Le moindre recueil de contes 
susciterait de semblables considérations, je ne m'y arrêterai pas. 
Je ne prétends pas, d'ailleurs, donner une analyse complète. 

Il serait déjà long de signaler les multiples aventures de Saint Pier- 
re, dans les cieux et sur la terre, car ils sont fort nombreux et ils sont 
de tous les pays, ces contes où il est question du portier céleste. 

Alais je veux bien vous parler de Cistell-Cistella. Mir y Nonto- 
quis a écrit là un conte adorable. Veut-il nous persuader que sa 
«bonne chrétienne» le lui a raconté, quasi textuellement? Nous 
nous refusons à le croire. Cistell-Cistella est l'histoire d'une âme 
simple. Miseta — c'est le nom de la jeune fille, ou plutôt le dimi- 
nutif de son véritable nom. Maria Rosa — Miseta a les cheveux 
noirs comme l'aile du corbeau, les yeux bleus, le visage hâlé par 
le soleil, tanné par l'air vif des montagnes. Miseta a été recueillie 
par des métayers, gens rudes et bons. 

En conduisant ses brebis, elle a découvert une image de la Vierge. 
Elle a suspendu deux petits paniers d'osier aux mains de la divine 
Mère et du divin Fils. Et voici sa prière naïve : 
Amb el cistell y la cistella. 
Mare de Deu, que "n seu de bella ! 



— 5o -V- 

Mais le curé visite la métairie, le Samedi-Saint, pour la bénir 
avec l'eau lustrale et le sel (salpâs ; il voit Miseta et lui demande 
de descendre au village et de suivre le catéchisme. Miseta apprend 
ainsi de nouvelles prières ; elle les dit à sa Vierge ; et cependant, 
voici qu'elle devient triste. 

Une bienveillante voisine a beau dire un « conjurt », et les 
métayers ont beau proposer un « ennaygament », rien n'y fait; 
Miseta est malade. 

Vêtue d'une robe blanche .et d'un tablier noir, un capuchon éga- 
lement noir posé sur sa coiffe catalane, elle va faire sa première 
communion. 

Elle raconte à son confesseur qu'elle n'a plus de visions mer- 
veilleuses, au moment de l'élévation, depuis qu'elle n'ose plus 
adresser à la Vierge la naïve prière d'autrefois. Cette prière, lui 
répond le prêtre, tu pourras la répéter sans cesse, et ce sera ta 
pénitence d'aller la dire à l'image sacrée, ce soir. Et voici qu'au 
moment de l'élévation, Miseta revoit le divin Enfant qui sourit 
dans l'Hostie lumineuse. 

Le soir, elle va par les chemins de montagne et les ronces, vers 
l'image. Pâle, étrangement pâle, les yeux brillants de fièvre, la 
poitrine haletante et débordante d'amour mystique, elle dit sa 
prière, une dernière fois: 

Amb el cistell y la cistella. 

Mare de Deu, que 'n seu de bella ! 

Et c'est, ajoute le conteur, c'est avec son tablier et son capu- 
chon noirs, dans sa robe blanche, que son petit corps attend l'heure 
de la résurrection, là-bas, dans un pauvre cimetière de la mon- 
tagne. 

11 est, dans l'œuvre de cet écrivain puissamment réaliste qu'est 
Victor Català, un « drama rural » intitulé : En Met de las Concas. 

Quelques pages pleines d'âpreté nous disent l'histoire de ce 
pauvre Met : fils d'une sorcière, phtisique et délaissé de tous, il 
trouve des consolations dans les images de la Semaine-Sainte, et 
meurt, la nuit, sur la montagne, avec l'enchantement des visions 
célestes. Je ne prétends pas établir ici une comparaison. Je note 
seulement la parenté qui peut exister entre un conte populaire et 
l'œuvre du plus moderne de nos romanciers. Mais on pourrait sou- 
tenir que Cistell-Cistella n'est déjà plus un conte, en ce sens que 



— 5i — 

les proverbes et les aventures merveilleuses n'y abondent pas ; 
c'est, en quelque sorte, une « scène roussillonnaise ». Et si l'ori- 
gine en est populaire, on y trouvera de nombreux développements 
qui, sans contredit, appartiennent à Mir y Nontoquis. Son âme de 
poète et de prêtre y transparaît sans cesse, comme dans ces fleurs 
d'anthologie que sont les contes : De Bellem al Calvari, Eh reys 
d'Orient 

Relisez, par exemple, les pages où il nous entretient des béné- 
dictions du Samedi-Saint, du «salpâs», et vous noterez que l'au- 
teur nous donne ses impressions personnelles. Mir y Nontoquis ne 
néglige pas noà coutumes locales. Ainsi, vous retrouverez dans le 
conte l'Oferta pels difunts, cette touchante tradition de l'offrande 
funéraire : Avec leur capuchon noir, les femmes suivent le convoi ; 
elles portent dans la petite corbeille le pain et le vin mystérieux... 
Ajouterai-je enfin que les aventures de Saint Roch et de Saint 
Pierre se déroulent en RoussJlIon, des plaines de la Salanque aux 
cimes du Canigou ? 

Mais quelle orthographe Mir y Nontoquis allait-il employer ? 
Résolu de faire ce qu'il appelle du « langage vivant», il a inau- 
guré un système, basé sur l'étymologie et la prononciation rous- 
sillonnaise. 11 ne faut pas le confondre avec l'orthographe phoné- 
tique, ou prétendue telle, préconisée par Un Tal. Les modifica- 
tions apportées ne sont pas nombreuses, et c'est un bien grand 
mot que celui de système. Disons en passant que Mir y Nontoquis 
ne l'emploie pas. 11 a placé aux premières pages de son livre quel- 
ques considérations à la fois érudites et amusantes pour expliquer 
ces particularités ; et qui ne les déclarerait excellentes, lorsqu'il 
s'agit de contes populaires? 

Les conteurs du terroir ont toujours eu la préoccupation de faire 
ainsi du «langage vivant». Mais, que l'on ne s'y trompe pas, ni 
les proverbes, ni les comparaisons, ni la disposition différente des 
caractères dans le corps du mot, ne suffiront à nous donner l'im- 
pression du langage populaire. La vérité réside surtout dans le 
tour. Et, apparemment, Mir y Nontoquis n'ignore pas cela. 

CA3 



— 52 — 

Le peuple est son collaborateur. Parfois, nous avons l'illusion 
d'entendre la « bonne chrétienne », couverte d'un châle noir, avec 
sa coiffe ronde et d'une extrême blancheur, d'où jaillissent deux 
grenats. Et puis, c'est Mir y Nontoquis lui-même qui mêle aux 
sentiments du peuple ses propres sentiments. Il nous conduit dans 
le jardin fleuri des légendes. 11 nous entretient des rois mages, 
des rois vêtus d'or, et des âmes simples qui croient fermement 
toutes ces choses. Et dans notre songerie revivent les journées où 
nous remontions la vallée du Vallespir, avec ses prairies, ses pom- 
miers et ses eaux murmurantes, et au-dessus de tout, mauves et 
aériennes au crépuscule, les montagnes de Batère et de Saint-Lau- 
rent-de-Cerdans. 

D'autres idéalismes s'épanouissent encore à la lecture des Conles 
'Vallespirenchs, Et il convient de dire ici leur importance dans notre 
littérature régionale. Ils enrichissent d'abord, et singulièrement, 
notre folk-lorc. On les placera à côté des quelques Légendes roiis- 
sillonnaises réunies par Horace Chauvet, et du Cansoner catald de 
J^osselléy Cerdanya que nous devons à Pierre Vidal. Ils nous don- 
nent encore un autre enseignement. Ils prouvent ]a force vive de 
notre renaissance. « Del grâ de mill â la gallina, de la gallina al 
porch, del porch al bou... » est-il dit dans le conte L'homey Igrd 
de mill. 

Imaginons, à notre tour, une ritournelle : « Du livre de poésies 
au livre de contes, du livre de contes au livre de nouvelles, du 
livre de nouvelles au roman... » 

Tel est, en effet, l'horizon qui se déploie, et telle est aussi la 
« descada de reble » que Mir y Nontoquis nous promettait. Nous 
pensons tous qu'il n'est pas l'obscur artisan qui porte sa pierre à 
l'édifice ; il est l'architecte glorieux, et suivant le mot du Pasto- 
rellet, le «majorai de la vall d'Arles». 

Joseph Pons. 

Nous donnerons dans le prochain numéro de la T^evue Catalane, 
comme Pages choisies, un des contes de Mir y Nontoquis, et la 
suite des études en cours qui n'ont pu entrer dans ce numéro 
à cause de l'abondance des matières. 



La langue catalane populaire 

en Roussillon 

SllJTE. 

Cependant, certains curés de campagne continuèrent encore 
pendant quelque temps à employer la langue du pays dans la 
rédaction des actes de baptême, de mariage et de sépulture. 

C'est ainsi, par exemple, que le dernier acte de l'état civil 
rédigé en catalan dans la commune de Saillagouse par le vicaire 
Montella porte la date du i5 décembre 1738. (') 

1772 

Mais, avons-nous dit, la langue catalane, proscrite dans les 
actes de l'état civil, continue à être employée dans les écrits 
particuliers. Voici un reçu, daté de 1772, et délivré à Joseph 
Gensana, d'ille, par Cugullera, hospitaler. 

tinch rebut del senyor Joseph gensana la somme de dos cens 
dos franchs très sous y quatre dines compres dos gallines de la 
rende dels tercuns dels Sts felius per la primere terçe fet a jlle 
als 25 de xbre bènguda a terme lo 25 de xbre del ayn 1772. 

Cugullera hospitaler 

1773 

L'année suivante, le même Cugullera délivre à Joseph Gensana 
un reçu semblable : 

Tinch rebut de me Joseph guinsane la somme de dos cens 
franchs très sous y quatre dines de la terçe dels terçons des sants 
felius del hospital djlle ditte terce bènguda a terme las festes de 
nadals del 25 de xbre del ayn mil sept cens septante très de 
demes tinch rebut huit franchs de buit gallines al preu de i^ quis- 
, cune per las disposicions fet a jlle als 27 de xbre 177^. 

Cugullera hospitaler 

(1) Renseignement donné par M. Badie, instituteur à Saillagouse. 



- 54 - 

'774 

Un an plus tard, M. Trullès, receveur chargé du recouvrement 
des rentes et revenus de l'hôpital de Saint-Jacques de la ville d'ille, 
délivre un reçu semblable, mais rédigé en français, à Marie Alart, 
veuve de Joseph Gensana, menuisier de la ville de Thuir, un des 
fermiers du « terçon des S" felius » appartenant au dit hôpital 
(i 7 juillet ] 774!. 

1775 

Le même reçu est encore délivré par M. Trullès le 11 janvier 1775 
(en français). Même reçu, toujours rédigé en français, délivré le 
23 juillet 1775, mais signé : D. Gely, resseueur. 

1789 

En 1789 nous trouvons un reçu délivré à Dominique Gensana, 
fils de Joseph Gensana, signé Maria et rédigé en catalan : 

declaro aser (1) content i pagat de tôt lo que josep jansana 
me debia compres quatra francs i mitx de trabaill que son fill 
dumingu jansana me abia fet per mi lin fas la prasen rabuda 
atui (2) aïs 7 juin 1789. Signé: Maria. 

A remarquer : 

I" Dans le document de 1704, le mot me devant Jaume Duran. 
Ce mot mé que nous trouvons plus loin (1773) est probablement 
l'abréviation du mot catalan micer qui signifie maître. 

2° Dans les documents de 1772 et de 1 773, la lettre y employée 
pour i dans jlle. 

3° Dans le document de 1 789 le nom propre Jansana dont 
l'orthographe a été modifiée deux fois {Gensana en 1772 et 
Guinsane en 1773) ce qui n'est pas fait précisément pour éclairer 
le lecteur sur la prononciation de ce nom. On trouve actuellement 
des familles roussillonnaises portant le nom de Guimezanes : 
Jansana, Gensana et Guinsane seraient-ils devenus des Guimezanes 

(1) Aser, pour esser, être. — (2) à Thuiï. 



— 55 — 

à la suite de nouvelles modifications ? Peut-être. On pour- 
rait aisément s'en rendre compte en consultant les registres de 
l'état civil. 

1807 

11 est difficile, nous pourrions même dire impossible, de trouver 
des manuscrits catalans, après la Révolution, soit dans les archi- 
ves publiques, soit dans les archives privées. 

Un moment nous avions cru, à défaut de manuscrits, pouvoir 
suivre la langue catalane populaire dans les catéchismes et les 
prières catalanes. 

Aussi, est-ce avec un véritable plaisir que nous avions décou- 
vert un petit livre imprimé en 1807 à Perpignan chez Joan Alzine 
« impressor del lllustrissim Senyor Bisbe » et dont le titre 
est: « Compendi del Catecisme à l'us de totas las iglesias del 
imperi francès, traduit en catalâ, en favor del poble per orde del 
lllustrissim Senyor Bisbe de Carcassona (1 . » 

Nous en détachons le passage suivant : 

« Pare nostre qui estau en lo cel, sia santificat lo vostre 
sant nom ; vinga en nosaltres lo vostre sant règne ; fàssase la 
vostra voluntat axi en la terra com se fa en lo cel ; lo nostre pa 
de cada die donaunos, senyor, en lo die de vuy, y pcrdonaunos las 
nostras culpas, axi com nosaltres perdonam à nostres deutors y 
no permetau que nosaltres caygam en la tentaciô ; ans deslliu- 
raunos de qualsevol mal. Amen. » 

On pourrait tout d'abord nous faire cette objection que le 
« Pare nostre » étant la traduction du « Pater noster » n'est pas 
du catalan populaire, que les termes en ont été pesés et que par 
conséquent ce texte appartient plutôt à la littérature. 

A cela il serait facile de répondre que cette prière a été écrite 
pour le peuple, surtout pour le peuple illettré, et que par la sim- 
plicité de sa rédaction, elle mérite d'être classée parmi les textes 
catalans populaires. 

(i) Instruits que It majorité de nos diocésains qui habitent le département des Pyrénées-Orientales 
ne sont pas assez familiers avec la langue française pour profiter des instructions qui sont 
faites en cette langue, nous avons ordonné une traduction en langue catalane d'un Abrégé du 
Catéchisme à l'usage de toutes les églises de France. (Donné à Carcassonne le lo juillet 1807. 
A. F. de Laporte, évèque.) 



— 56 — 

Alais voici une objection plus sérieuse : une prière doit-elle 
être considérée comme un document ayant une certaine valeur 
au point de vue de l'évolution de la langue ? 

Nous sommes obligés de répondre négativement. La prière, 
en effet, est une formule apprise par cœur et transmise de bouche 
en bouche, de génération en génération : la mère l'enseigne à son 
enfant comme on la lui a enseignée à elle-même. Cette formule a 
pu ainsi traverser des siècles sans subir la moindre altération. 

Il n'est donc pas possible d'attacher de l'importance aux 
prières catalanes et aux catéchismes. 

Notre distingué et éminent confrère, Algr de Carsalade du 
Pont, évêque de Perpignan, qui a bien voulu mettre sa biblio- 
thèque catalane à notre disposition, nous a d'ailleurs fourni 
l'occasion de faire la preuve que le « Pare nostre » de 1907 n'a 
pas varié depuis i685. 

Nous trouvons, en effet, un « Pare nostre » absolument iden- 
tique à celui que l'on récite en 1907 : 

/" en 1 685 dans le « Manual de doctrina christiana contenint 
set diferens tractats especificat en la tercera pagina. Recopilat, 
y traduit per Lluis Guilla, Notari publich de la fidelissima Vila 
de Perpinyâ, pera us y profit dels petits infants en entrant al 
us de rao. Dedicat à la Serenissima Reyna dels Angels, conce- 
buda sens macula de pecat original. Ab llicencia. Estampât en 
Perpinyâ, en casa de la viuda de J. Figuerola. Any i685. » 

2 en ijjo dans I' « Abrégé de la doctrine chrétienne en Cata- 
lan et Français en faveur du peuple, composé et mis en ordre par 
M. l'Illustrissime et Révrendissime Jean Hervieu Basan de Fla- 
menville, évêque d'Elne, pour être seul enseigné dans son 
diocèse, augmenté des actes pour la Communion ; édité à Per- 
pignan par J. B. Reynier. » 

5" en ij^i , dans une nouvelle édition du même abrégé par le 
même Jean Hervieu Basan de Flamenville, évêque d'Elne, chez 
Joseph-François Reynier, imprimeur du Roi et de M. l'Evêque, 
rue S' Jean. 

4° en j8oy dans le catéchisme de l'évêque de Carcassonne cité 
plus haut. 

5" en i8cf6 dans le « Catecisme impres per orde del il-lus- 
trissim y reverendissim Monsenyor Nadal Gaussai), bisbe de Per- 



- 57 - 
^inyâ, per ser sol ensenyat en sa diôcessis ; Perpinyâ, en casa de 
C. Latrobe, impressor de) Senyor Bisbe, i , carrer dels Très Reys. 
On voit donc, d'après cela, qu'il est impossible de suivre la 
langue dans les prières et les catéchismes catalans, comme nous 
l'avions cru tout d'abord. 

1860 

Mais si les catéchismes et les prières n'ont aucune valeur 
documentaire, voici un document de 1860 auquel il n'est pas 
permis de faire le même reproche et qui nous renseignera 
exactement sur le catalan parlé il y a cinquante ans. 

C'est un mandement de Mgr Gerbet, évêque de Perpignan 
au clergé et aux fidèles de son diocèse, traduit en catalan par 
M. l'abbè Garretta, curé de Saint-Jacques, puis vicaire général. 

Mgr Gerbet avait pris l'habitude de rédiger ses mandements 
en français et en catalan. Imprimés sur une grande feuille 
comme aujourd'hui l'Officiel des Communes, ils étaient ensuite 
placardés aux portes des églises (texte français et texte catalan 
en regard). 

Nous allons donner ci-dessous un extrait du mandement de 1 860 : 

MANDEMENT MANAMENT (j) 

DE DEL ILLUSTRISSIM 

M9^L'ÉVÈQUE DE PERPIGNAN SENYOR BISBE de PERPINYA 

pour l'Œuvre per ta Obra 

du Denier de Saint-Pierre del Diner de Sant-Pere 



Nous, Olympe-Philippe Gerbet, par la grâce Nos, Olympio Philip Gerbet, per la gracia 

de Dieu et du Saint-Siège Apostolique. de Deu y de la Santa-Sede Apostolica, 

Évèque de Perpignan, Bisbe de Perpinyâ, 

Au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse Al Clero y als Fidels de nostra Diocesis, 

salut et bénédiction en salut y benediccio, en 

Notre-Seigneur Jésus-Christ Jesucrist, Nostre-Senyor. 

Nos Très-Chers Frères, Carissims Germans, 

Nous nous sommes déjà occupé, Ja, en varias ocasions, habem 

à diverses reprises, de l'Œuvre si tractât de la Obra tan necessaria y 

nécessaire et si excellente connue tan excellent coneguda bax lo nom 

sous le nom de Denier de Saint- de Biner de Sant-Pere. Desprès de 

Pierre. Après avoir donné une haber donat un primer impuis, 

première impulsion, nous avons fait, habem fet, en una congregaciô del 

!" (i) Nous respectons l'orthographe du traducteur sauf pour la Ù castillane que nous 
remplaçons par la ny catalane. 



— 58 



dans une réunion du Clergé diocé- 
sain, une conférence spéciale où 
nous avons exposé, non pas seule- 
ment les raisons de premier ordre 
qui donnent à cette Œuvre le carac- 
tère d'un vrai devoir, mais aussi les 
moyens que chaque Curé peut em- 
ployer pour l'établir et la propager 
parmi ses paroissiens. Nous en avons 
également signalé l'urgence dans 
une publication que nous avons 
adressée au Clergé et aux Fidèles de 
notre diocèse, en sollicitant, au sujet 
de la situation du Saint-Siège, le 
triple concours de leur indignation, de 
leurs prières et de leurs offrandes. 

Vous avez compris comme nous. 
Nos très-chers Frères, nous n'en 
doutons pas, que la nécessité du 
Denier de Saint-Pierre, loin de di- 
minuer, grandit avec les événements. 
Aussi les fruits que votre piété a 
déjà produits sont considérés par 
nous comme les prémices de résul- 
tats plus importants, plus durables, 
plus proportionnés au but. 

Le moment est arrivé où cette 
Œuvre doit être établie sur des 
bases qui favoriseront à la fois sa 
consistance et son activité. C'est 
pour faciliter ce progrès que nous 
publions un Mandement rédigé de 
telle sorte qu'il pourra être, nous 
l'espérons, éminemment populaire. 
Nous en avons écarté plusieurs 
considérations qui ne seraient peut- 
être pas suffisamment à la portée 
d'une classe nombreuse de lecteurs. 
11 est imprimé en français et en 
catalan, pour être affiché, dans ces 
deux langues, aux portes de toutes 
les églises. Nous nous sommes 
abstenu de lui donner l'étendue que 
le sujet pourrait demander : nos 
ouvriers, nos laboureurs, nos vigne- 
rons, nos laborieuses mères de 
famille n'ont guère le temps de lire 
de longues pages, et les publications 
abrégées sont plus facilement com- 
mentées, dans les veillées du soir, sou» 
le toit de chaque maison chrétienne. 



Clero diocesâ, una conferencia par- 
ticular, en la quai exposârem, no 
solament las rahons de primera orde 
qui dônan â exa Obra lo carâcter de 
una verdadera obligaciô. mes encara 
los médis que cadahu dels Pârrocos 
pot emplear per establirla y propa- 
garla entre sos parroquians. La 
urgencia de dita Obra habem tambè 
senyalada en un escrit public, dirigit 
al Clero y als Fidels de nostre 
Bisbat, y en lo quai, atésa la situacio 
de la Santa Sede Apostôlica, recla- 
mabam lo triple concurs de sa indi- 
gnaciô, de sas pregarias y de sas 
limosnas. 

No y a dupte, Carissims Germans, 
vosaltres habeu comprès axis com 
Nos, que la nécessitât de la Obra 
del Diner de Sant-Pcre, lluny de 
disminuir, aumenta ab tôt lo que 
succeeix. Tambè los fruyts que ha 
ja produit vostra pietat son consi- 
derats per Nos com las premissas 
de résultats mes importants, de 
major durada, y mes proporcionadas 
ab lo fi. 

La hora es vinguda de establir 
dita Obra sobre las basas qui afa- 
vorirân â la una sa consistencia y sa 
activitat. Es per facilitar ex progrés 
que publicam un Manamenî redactat 
de tal modo que podrâ ser, axis ho 
esperam, eminentment popular. Ha- 
bem suprimit de dit escrit moltas 
consideracions, qui, tal vegada, no 
serian bastantment acomodadas à la 
capacitat de una classe numerosa de 
lectors. Es imprés en Francès y en 
CatalÉ, afi de poderlo afixar, en ditas 
dos Uenguas, â las portas de totas 
las Iglesias. Nos habem abstingut 
de donarli tota la extensiô que 
podria exigir semblant materia : la 
gent de ofici , los llauradors, los 
vinyaders, las mares de familia, tan 
laboriosas, no tcnen gaire lo temps 
per Uegir llargas paginas ; per altra 
part, los escrits breus son mes fâcil- 
ment comentats, en las vetHadas, 
bax lo cubert de cada casa cristiana. 



-59- 

1907 

Nous arrêtons là nos citations. 11 nous reste maintenant à 
montrer à nos lecteurs quel est, en 1907, et dans les différentes 
régions du département, l'état de cette langue catalane populaire 
que nous venons de suivre depuis 1 1 96 c'est-à-dire pendant plus 
de 700 ans. Tel est le but de la 2"" partie. Cette seconde partie 
de notre travail, comme la première d'ailleurs, ne sera pas autre 
chose qu'un recueil de textes. Dans l'une comme dans l'autre, 
nous n'avons jamais eu la prétention de faire œuvre philologique. 
Nous avons voulu simplement réunir des documents aticiens pouvant 
servir à étudier l'évolution de la langue catalane et, au moyen de 
documents actuels, consigner ce qui se dit en 1907 et en langue 
catalane, dans notre département. 

D'autres, mieux qualifiés que nous, pourront, plus tard, tirer 
de ces documents des déductions utiles au point de vue philolo- 
gique. Nous serons très heureux d'avoir contribué à faciliter leur 
tâche en publiant ce Recueil. C'est là toute notre ambition. 
(^ suivre) L. Pastre. 



L*Arch y la Flctxa 



Adretament llançada, 

— en un concurs de tir — 

dins la rodella, 

una fletxa s'era fixada ; 

tothom va aplaudir. 

— « Vos ho estimo à tots ! » va dir ella 

— « l'espay era molt gran ; 

« gués estât danyeros per un principiant ; 
« mes jo, eri scgura de patagar al mitg î 



— 6o — 

« Are m'habeu prou aplaudit ; 
« me feriu venir glorjosa 
"« si no tingué per Dey de no ser vanitosa. 
« Sensible som, per lo tant que se deu, 
« a vos honrables alabansas, 
« me doleixen tantas laudansas, 
« per gracias m'els esparnyeu ! » 
— « Ja ! que seu torta de cade ull ? 
(( Que creyeu qu'es à vos qu'eix picamans s'adresse ? » 
diu l'arch que plé d'orgull, 
à la seua vora se dresse. 
^ « A qui podria ser ?» — « mes no pot ser qu'à jo, 
« à jo que vos dongué favorable impulsio 
« perarrivar fins al prestatge. 
(( Las albadas qu'ohiû son per mi, sens partatge ! » 
Y per las gracias à tothom dar, 
l'arch, al public très cops va saludar. 

A sostenir sos drets cad'hu cra obstinât ; 
La discussiô entr'ells tôt arreu s'embrinaba. 
Lo plumall de la fletxe, de ira er'erissat ; 
y lo bodell de l'arch, de rabia bronzinaba ; 
quan, van veureà venir, portant una corona, 
los jutges del concurs. — « Acabat de rahons! 
(( anem saber a qui d'abdos es qu'hom la dona ! » 

S'apropaban tôt dos en fent salutations, 
quan lo preu fû donat al ballester adret 
qu'habia dins la rodella tirât lo tret 

D'eixas maquinas vanitosas 
que del mérit d'altris, solen ser orgullosas, 
n'hi ha encara avuy ; en tôt temps s'en trobâ. 
Lo qu'ai dia d'avuy m'afligeix y m'estona 
es que soviny son ells que reben la corona ! 

E. V. DE R. 



'^SC;§33'T<L§Î3'^VC/§B3'^VO§33'^ve.§33'^Nlg33'^N!;§53'^^ 



Decepcio 



L'altre vespre, tôt passejant, 
Vaig anar sota ta finestra. 
Esperava't veure un instant, 
L'altre vespre, tôt passejant. 
Mes ay ! ningû a ta finestra !... 

Vaig anar sota ta finestra 

Y vaig cantar per t'avertir. 
Mes tu no vas creure tal festa. 
Era jo, sota ta finestra ! 

Y no me la vas pas obrir !... 

Esperava't veure un instant 
Per te dar una carta meua 
Ahont te'n deya tant y tant !... 
Esperavat veure un instant 
Tôt passant aprop casa teua. 

Mes ay ! ningû â ta finestra !... 

Y mé'n vaig anar tôt plorant, 
Jo qu'havia vingut en festa. 
Ay ! que trista era ta finestra, 
L'altre vespre, tôt passejant ! 

Algû. 

Imitaciô d'una poesia francesa d'En Maurice Gaillard. 







LIVRES «^ REVUES 

La T{evue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire. ^^^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 



La Dépêche de Toulouse. 

Nous lisons avec plaisir dans ce journal, sous la rubrique de Prades, du 
20 janvier, les lignes suivantes relatives aux fêtes des environs : 

« Nous saisissons cette occasion pour exprimer un regret : c'est que les 
coblas catalanes ont une tendance à ne plus jouer du fiabiol et du tambou- 
rino ; ces instruments donnaient à nos orchestres une originalité toute parti- 
culière que l'on goûtait fort. En même temps qu'ils démontraient une 
certaine habileté chez leurs exécutants, ils conservaient aux moeurs catalanes 
une valeur réellement artistique qu'il serait regrettable de voir disparaître. 

« Le JJabioî et le tambourino s'harmonisent gracieusement avec le ténor et 
la prima. Leur musique est très engageante et s'approprie bien aux balts et 
contrepas, que nous serions curieux de voir revivre entièrement. 

« )1 faut donc, si nos musiques veulent conserver le nom de coblas, qu'elles 
nous fournissi.'it un orchestre composé de tous les instruments catalans qu'on 
y voyait figurer antan. 

« Nos fêtes publiques et populaires n'en seront que plus belles et l'art 
catalan n'y perdra rien. Au contraire. » 

Le correspondant pradéen de ce journal a fait des progrès. Il y a quel- 
ques années, en effet, il publiait un article furibond contre les goigs dels ôus 
et aujourd'hui il reconnaît « la valeur réellement artistique des mœurs cata- 
lanes ». Voilà donc une conversion de plus. 



Revista de l'Asociacion artistico-arqueologica Barcelonesa. 

Cette revue publie dans son numéro de décembre des documents catalans 
très intéressants relatifs à l'antagonisme monétaire qui se produisit aux 
xvi' et xvii' siècles entre les deux capitales des deux comtés voisins : Puig- 
cerdâ et Perpignan. Ces documents nous montrent Perpignan refusant à 



— 63. — 

plusieurs reprises la monnaie fabriquée à Puigcerdà, et Puigcerdâ, à son tour, 
refusant le numéraire roussillonnais : « lo Julii 1611. E mes los de Perpinyâ 
han fêta alguna moneda de billo y no han volguda de la nostra conforme se 
era conclos en la real audientia de hont potresultar gran confusiô â tota esta 
terra. Fonch determenat ques avisan los carnissers tavernes y altres pagesos 
y syndichs que no prengan la dita moneda pus no han volguda la nostra 
moneda ». 



La Foire aux chimères. 

Notre compatriote M. André Colomer, de Cerbère, collaborateur à la 
"Foire aux chimères a bien voulu nous faire parvenir le premier numéro de 
cette Revue, organe du « Groupe d'Action d'Art ». 

Sommaire de ce numéro : Interview-préface d'Anatole France ; appel à 
la jeunesse, par le Groupe ; un manifeste et deux poèmes, par André Colo- 
mer ; Autour de la Mort, par Bernard Marcott ; les Comédiens, par Gabriel- 
Tristan Franconi ; une Nuitée au supra-cénacle, par Cépharal ; l'Elu, par 
Banville d'Hostel ; le Frisson des campagnes, par Georges-Hector Mai ; 
Ballade aux vautours, par Fernand Locsen ; etc. 

La "Foire aux chimères renferme de très jolis dessins hors-texte. 

Club Alpin. 

Bulletin trimestriel de la Section du Canigou. 

Voici le sommaire du numéro du 3i décembre, qui vient de paraître : 

« Les Gorges de Sant-Aniol et la Mare de Deu del Mont (P. Auriol). — 
Aperçu sur la Tectonique de i'Alta Garrotxa (O. Mengel). — De la Tet au 
Tech parle Rougeat (A. Barenne). — Le Simplon (H. Cuënot). — Confé- 
rence de M. le capitaine Aymard (D' Chiffre). — Courrier' de Paris (C. 
Lefrançois). — Tour de Madaloch(P. Baudot). — Chronique de la section 
(L. Durand). — Bulletin météorologique (O. Mengelj. 

Vivo Prouvenço ! 

Tel est le nouveau titre du vaillant journal dirigé par l'infatigable Péire 
Devoluy, capoulié du Félibrige. Le numéro de janvier publie sous le titre 
« Dicho dou capoulié » une jolie riposte à nos frères les Parisiens « qu'an 
lou mounoupôli de l 'csperit e dôu parla pounchu » et qui s'attribuent aussi 



- 64- 

« la prouprieta esclusivo di vertu patrioutico ». Combien de fois, en effet, 
n'avons-nous pas vu dans les journaux ce cliché dont nous sommes saturés : 
« nos patriotiques populations de Paris et de l'Est »? A nous, méridionaux^ 
on nous accorde le soleil et la blague, mais rien déplus. Des hâbleurs et des 
Tartarins, voilà ce que nous sommes ; mais... patriotes ! allons donc ! Peut- 
on être patriote lorsqu'on n'est pas de Paris ou de l'Est ?... 

Ressenya literaria. 

Ressenya literaria est une nouvelle revue catalane paraissant deux fois par 
mois. Le numéro du 1 5 janvier contient des travaux remarquables parmi 
lesquels nous trouvons le petit poème « L'Herbolari », une des meilleures 
productions de la Muse Catalane, et la suite du poème « Amor y Ulls de 
Cel » de Mossen Antoni Taulet. Le numéro du i" février publie une nou- 
velle du regretté Marian Vayreda, intitulée « El fadristern » accompagnée 
du portrait de l'auteur. 

Etnpori. 

Cette grande revue catalane « reprèn ab ardidesa la tasca interrompuda 
per un atzar malestruch, y la reprèn ab la confiança de que no li té de 
mancar, com no li ha mancat fins ara, 1 es fors de tota la intel-lectualitat 
catalana.» Sumari : Poètica d'Aristôtil, per Casanovas ; Impressions d'Orient, 
per Mossen Costa y Llobera ; Sonets, per Riera y Riquer ; En Torné 
Esquius, per F. Sijà y Pineda ; La simfonia après Beethoven, per Talta- 
bull ; De l'amistat, per Lluis Nicolau y d'Olwer ; les Revistes ; Coses 
assenyalades. 

Lou Felibrige. 

Lou Felibrige reproduit dans son numéro de novembre une partie du 
discours de M. Tresserre, président de nos Jeux Floraux. 

Trcvall. 

Trevalt, revista mensual de literatura, art, ciencies, etc, Figueres, lo, 
carrer de Cervantes, nous a adressé son premier numéro où nous remar- 
quons quelques « Faules d'en Lafontaine, traduides per Joan Murtra. » 
Nous souhaitons la bienvenue à cette nouvelle revue catalane. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COMET, Rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



NO 15 15 Mars 1908. 

<^TSic^'SNi.c^TS&.(^'3vic^TN& t^'Ss&t^'îsic^TNi. cgTSic^'>4.<^TNi. c^ONi.<^Qsi.c^'>& c^TNi.c^TN&.c^'^i. 

Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 



Les Articles parus dans la Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



<^TN&c^TN&.c^'î>&tî§'3vic^TN& c^-Ss^c^TN^C^TSi, C^'3s^c^TN^<^'>& <^TNi.c^TNi.t^TNi t^'îs&.c^'Ssi.t^TNi. 

COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

T^éunion du bureau du 9 mars 1 908 . 

Présidence de M. E. Verges de Ricaudv, président 

Le Président communique au Bureau une lettre de M. Casimir 
Soullier, président de la Section du Canigou du Club Alpin 
Français, demandant son concours à la Société d'Etudes Cata- 
lanes pour le Congrès de Toponymie qui doit avoir lieu à 
Perpignan le dimanche î5 courant, à l'occasion du Congrès des 
Sociétés Pyrénéistes. 

Le Bureau accepte l'aimable invitation de M. Soullier et 
délègue, pour représenter la Société, son Président qui s'est 
déjà occupé de la question dans la T^evue du i5 Février 1907, à 
propos de l'orthographe des noms de lieux. 

La 7(evue Catalane d'avril prochain rendra compte des travaux 
de ce Congrès. 

11 est décidé, en outre, en présence des résultats obtenus, de 
continuer le concours mensuel et permanent de langue catalane 
entrepris le mois dernier. 

Des remerciements sont adressés aux journaux locaux pour la 
bienveillance avec laquelle ils ont accueilli nos communications 
relativement à ce concours. 

M. l'Inspecteur d'Académie n'ayant pas répondu à la lettre de 
M. Vergés de Ricaudy du 10 décembre dernier, le Bureau décide 
que cette lettre sera publiée dans la J^evue d'Avril. D'ici là, 
M. Vergés de Ricaudy écrira de nouveau à M. l'Inspecteur 
d'Académie pour lui demander les raisons pour lesquelles il n'a 
pas répondu. 



Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 

VERSION CATALANE o 

Miniatura (Extrait) 

La barca nostra anava lentament, molt lentamcnt, demunt 
de l'aygua negra, sota'l ce) sensé lluna. Els pals dels basti- 
ments amarrats, y que la mar bressolava, brandavan ab 
pauses ritmades, l'un prop de l'altre, sensé tocarse may, 
com brassos d'enamorats que's dalissin pera abrassarse y no 
goséssin. Els llums de les embarcacions semblavan ulls de 
djmonjs, La cantarella endormiscada d'invisible mariner 
feya pensar en el plany d'un presoner de les reynes d'aygua, 
d'un ofegat qu'ai fons del mar patis vida d'amor en els llabis 
sempre humits d'una sirena assedegada de petons. 

Enrich de Fuentes. 
♦ ♦ ♦> 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une note supérieure à la moyenne 
au concours de février 

Fernand Lamaysouette (16 ans) )5 points 1/2 

La Guideta (i5 ans) 14 points 

Ferdinand Coll (i5 ans) 14 points 

En Galdric ()3 ans) 1 1 points 

Tous les autres travaux ont été jugés insuffisants. Nous 
prions cependant leurs auteurs de ne pas se décourager et 
de continuer à nous envoyer chaque mois leurs devoirs. 

(1) Adresser la traduction au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint- 
Dominique, avant le i'' avril 1908. 



L* Avare y 1 Gelos 



(0 



Un die, un pobre pelegri, un bastonet a la ma y una meytat de 
capa sus de les espatlles, anava de cami. Ahont anava ? Era mult 
sensill : dévia anar al monastir que acabaven de edificar al cim d'un 
cingle espantos, per aquells rostos del Canigu, puix venia de per 
la Fransa enllâ y se dirigia cap al poble de Castell. 

Sigui que se sentis una miqueta cansat, sigui tota altra cosa, 
arrivât a un embrancament de dos camins, se va aturar y se va assen- 
tar su '1 marge d'un camp de segle, fent cara al bosch que pujava 
de l'altra part de cami. 

Aqui va passar un rato ; se va treure d'un plech de la capa retal- 
lada un tros de pa moreno qu'havia capdat en una masia per l'amor 
de Deu y se '1 va menjar. 

Quan se '1 va haver menjat, se va abocar an un regaret d'aygua 
clara com un cristall que devallaba d'aquells cimboris de monta- 
nya, y que, passant sota del fullam caygut dels aybres, venia caure 
dins de la rasa del cami. 

Se alsant desprès d'haver begut, el pobre pelegri se va trovar 
cara a cara ambe dos homens qui baixaven cap a Vilafranca. 

Eran dos vehins d'un poblet perdut per aquelles boscuries que 
feyen y fan encara an al Canigu un rich mantell d'istiu que '1 ge- 
gant catalâ descambia, a la tardor, pel blanch suari que l'embolica 
sis o sept mesos de l'any. 

Dels dos homens, l'un se deya Père y i'altre se deya Pau. 

Cade un ténia un vici diferent. En Père era avare y en Pau 
era gelos ; mes, avare y gelos, n'eran sensé mida, o sigui, d'una 
manera sensé igual. 

En Père feya com la mar que quan mes aygua té, mes brama ; 
y en Pau se corsecava res que de pensar qu'un altre tinguès lo 
que li faltava an ell. 

Per qui coneix poch o mult lo qu'era, en aquells temps, un ver- 

( I ) Nous respectons l'orthographe de l'auteur. Mir y Nontoquis a en effet son système 
orthographique comme Oun Tal avait le sien, et tous les deux ont donné les raisons de leur 
réforme. Au lecteur de juger. N. D. L. R. 



— 68 — 

dader pelegri, ja se pot fer carrech de la gran diferencia qu'hi 

havia entre '1 pobret de la capa retallada y Is dos companys que 

la casualitat li va fer encontrar per aquelles costes del Confient. 

Passant devant del pelegri, tots dos el van saludar dihent-li : 

— Deu vos guart, Senyor Pelegri, y la companya ! 

— Que Deu vos ampari, bona gent ! Vos volria demanar un 
servey. 

— Demaneu, sant homme, y, si se pot, mireu ho com cosa fêta. 

— Ja veureu ! M'en vaig an un monastir que '1 comte Guifre ha 
fet construir per aqueixes altures en memoria de la mort de Gen- 
til, fin del comte Tallaferro, el seu germa ; y cum aqui hi ha dos 
camins, que tots dos pujen montanya amuut, se pas quin es el bo, 
y vos agrahiria mult me mostresseu lo que me té de portar al peu 
d'aquell enlayrat penyataguer. 

Y 1 pobre pelegri alshi mostrava amb el bras estes una turre 
majestuosa que s'aixecava al bel! mitj d'aquelles serres y d'aquells 
boscos, com un parallamps monstrù que gegants haguessen edificat 
per détenir o apartar de Ilurs testes culpaples els cops de la ira 
de Deu. 

— Aixo si que sera facil, va dir un dels homens ; el cami que 
segueix cap a l'esquerra vos portaria a Fillols y no '1 cal penre ; 
lo que segueix cap a la dreta es el cami mateix de Castell, y alli 
ja îrovareu l'aspre pujada que vos dura an al monastir. 

El pobre pelegri va remercia 'Is dos homens, y cum si coneixis 
el llur flach y que 'Ise volguès corregir en aquesta vida del mal vici 
que tant dany alshi podia fer per l'altra, alshi va dir: 

— Cum vaig pel mun, capdant el pa de cada dia, me carregui 
pas de diners, y Deu, qui dona a l'aucellet tôt quan li cal per 
viure, també me fa trovar diariament tôt quant me cal per anar 
passant cami. Aixo no vol dir que no pugui vos donar un recort 
de mi. Demaneumé lo que volgueu y vos ho donaré. 

— Y qui seu, bon pelegri, per nos promette lo que cap rey no 
nos poria donar? 

— Sum sant Marty. 

— Tant ne direu ! ! van exclama 'Is dos companys. 

Mes qu'hi ha una condicio ; y es que un sol demanarâ per 
tots dos, y que lo qui demanarâ pas res tinrâ '1 duble de lo 
qu'haurâ demanat el seu company. 



-69- 

— Aixo fa, va dir en Père, que si en Pau demana una masia, 
jo qu'hauré pas dit res ne tinré dues? 

— Aixo mateix, va responre '1 Sant. 

— Y si, va dir en Pau, es en Père qui demana un colomina, jo 
qu'hauré pas dit res ne tinré dues ? 

— Ni mes, ni menus, va responre '1 bon pelegri. 

Lo que va arrivar ? ja vos ho podeu pensar, y es lo que '1 glo- 
rios Sant havia previst : es que cap dels dos companys volia par- 
la '1 primer. 

— Si es aixis, va dir l'Avare, demana tu, Pau ! 

— Ah î no, va dir el Gelos, demana tu, Père ! 

Y tu l'haurâs y jo l'hauré ; parla tu qu'ets mes vcll, parla tu 
qu'ets mes juve. 

Pe 'Ise posar d'accort, sant Marty alshi va dir : 

— Y bé, qui sab si feyeu allô que'n diuhen : 

Teste, bellesta. 

El cor me diu de penre aquesta ? 

— M'hi agafarâ pas en Père, va dir en Pau. 

— Ni tampoch me fiaria de tu, va responre en Père. 

El Sant, plé de paciencia, va volgué fer una altra provatura, y 
alshi va dir : 

— Quan eri maynatge, també feyen altra cosa per sapiguer qui 
ténia de comensar ; deyen : 

Pica murulla 

de l'ou de la pulla, 

quin peix qui naix, 

a les portes de Fransa, 

hi ha una llansa, 

ves hi palla, ves hi tu, 

qui fas pas res de bo. 

— Aixo sun jochs de nines, va dir l'Avare. 

— Que me dirien pas res de bo si un nin com tu se 'n volia servir 
per me fer veure un apurament, va dir el Gelos. 

— Ja que tan recelosos seu, va dir sant Marty, jogueu vosho 
a sant Joan o barres ! 

— En Pau la sap massa llarga, y m'enganyaria ! 

— En Père es massa traydor, y me ficaria al sach ! 



— 70 — 

Es que de cap manera l'Avare se podia decidir a renunciar a la 
mes grossa part, y que, ni per tôt l'or del mun, el Gelos hauria 
acceptât qu'un altre ne tinguès mes qu'ell. 

Mentrestant, el temps passava, el sol ja se decantava cap a les 
montanyes de Sahorra, y '1 Sant frissava. 

— Si vos voleu pas accordar, ho deixarem per un altre die. 

— Espereu encara un poch, va dir el Gelos, en Père parlarâ. 

— May de la vida, responia l'Avare, mes aviat sera en Pau. 

— Que si ! 

— Que no ! 

— Ja porias ! 

— Treurias pas mal ! 

— Aixi menjesses, com jo comensaré ! 

— Que m'escanyi si jo parli '1 primer ! 

— Poca vergonya, qui tôt ho vos per tu ! 

— Papenyany, qui tenes de morir bucabadat î 

— May mes, quina avaricia ? 

— Qui hagues cregut tanta gelosia? 

— Alu ! el puny arrapat ! 

— Uix ! l'invidios! 

Sant Marty, vejent iria a maies y que la renyina amenassava 
d'acabar ambe truchs, alshi va dir : 

— A reveure ! pobre gent, y quan vos haureu desfets del vici 
que vos ten endogalats m'ho sabereu a dir. 

Y '1 Sant va penre '1 cami de Castell. 

Foll de rabia, el Gelos va cridar an en Père : 

— Parlarâs el primer, si o no ? un ! 

— No ! va responre l'Avare. 

— Mira que t'en penedirâs ! Parlarâs ? dos ! 

— No y no î î 

— Me farâs fer una desgracia! Parlarâs? très! 

— No, no y encara no ! ! ! fes lo que volguis. 

— Y bé, que se cumpleixi la teua mala sort y que se cumpleixj 
també la meua... 

Y se girant cap a Sant Marty, qui ja era arrivât al cim de la 
collada y qu'anaven a perdre de vista, en Pau li va cridar : 

— Feu, glorios Sant, que jo perdi un ull ! 

A l'instant mateix va ser borni y 'I seu company va ser ciego. 



— 7' — 

Aixis es que l'invidios se va treure un ull per ne fer perdre dos 
a l'avare y que aquest golos va poguer tocar amb els dits la veritat 
d'aquell reprohervi que diu : Qui tôt ho vol, tôt ho pert. 

Sant Marty va recular y alshi va dir a tots dos : 

— Desditjats de vosaltres ! ara veyeu ahont vos ha portats el 
vostre vici ! 

Tots dos varen caure de genulls aïs peus del Sant, pregantlo 
que tinguès pietat d'ells. 

— Penediuvos, alshi va dir ell, y seguiu mé. Vos faré entrar 
com a frares llechs en el convent del comte Guifre ; y alli dema- 
nareu, cade die, perdo a Deu de la vostra duresa de cor. Pot esse 
que, a la fi dels vostres dies, alcanseu la misericordia del suberâ 
Jutge. 

Y sant Marty se 'Ise va endur cap al monastir, ahont moriren 
contrits y penedits. Que Deu els hagi perdonats ! Y crich, crach, 
el conte es acabat, aqui dalt hi passa un rat. 

(Extrait des Contes Yallespirenchs, 

de MiR Y NONTOQUJS). 

Anyorament 

Lluny del mcu recô de poblet, 
Lluny de) rodai ahont, noyet, 
Pel primer cop he vist lo dia. 
No pue estarme mes d'un any 
Sensé patir d'un mal estrany 
Qu'ai mcu païs may no ténia 

Perqué no viurc, aqui, felis 
Sota'l 'cel blau de) bon païs 
Qu'es la contrada catalana ? 



— 72 — 

Perqué, sota '1 seu sol calent, 
Scmpre tenir l'anyorament 
En aqueixa terra germana ? 

Pcrô Canigô pot blanquir 

Sa mes alta pica y omplir 

Nostres rius de ses fresques aygues 

Y la mar, ja pot manyagar 
Nostra platja o bé rondinar, 

Y sobre'ls rochs traginar algues ; 

La nit, el cel pot s'estrellar, 
L'estiu, la cigala cantar, 
Tôt renejxer à la primavera, 
May no m'agradara cullir 
Les flors que no pue escullir 
En les garrigues de ma serra. 

May la cigala ni l'estel 
En la profonditat del cel 
D'eixa comarca esplendida, 
May sa mar, son sol, ni la neu 
De son altissim Pirineu 
No podran curar ma ferida. 

Es per xô que vaig al poblet. 
Al meu rodai ahont, noyet, 
Pel primer cop he vist lo dia ; 
Per xô que m'en hi vaig cada any 
Probar de curar'l mal estrany 
Qu'ai meu païs may no ténia. 

Algû. 



* Canconer " 

DE LA SAINT-JEAN 



La Saint-Jean d'été a souvent inspiré les poètes. La muse 
populaire, qui s'est toujours associée aux fêtes de la nature, n'a 
pu, cette fois encore, y demeurer insensible. Nous sommes au 
mois de juin, l'un des plus beaux de l'année : les jeunes et tendres 
feuilles sont venues réjouir le cœur, assoupi dans l'hiver morose. 
La terre s'épanouit tout entière aux vivifiants rayons du soleil, et 
les champs de blé jettent leurs teintes d'or sur la verdure nouvelle. 
C'est le mois du rossignol, qui veille en chantant sur la couvée, au 
cœur des touffes odorantes... 
. 11 est de tradition, dans tout le pays catalan, de célébrer cette 
fête du retour de l'été par des chants, des réjouissances, des pro- 
menades aux fontaines. La veille de la Saint-Jean, après les feux 
de joie, qui flambent pendant une grande partie de la nuit jusque 
sur les sommets des plus hautes montagnes, ce sont de longues 
sérénades au fond des vieilles rues, sous les fenêtres de quelque 
ami ou de quelque belle. Puis, au lever du jour, on va dans les 
bois par bandes joyeuses, cueillir ce qu'on appelle la bona ventura, 
bouquets de fleurs rustiques et de feuilles de châtaignier, qu'on 
fixe au retour sur une porte connue, ou qu'on emporte soigneuse- 
ment chez soi pour éloigner les sortilèges. Dans les fermes, on 
cloue ces bouquets sur le seuil, en forme de croix, comme pour 
interdire aux esprits du mal de pénétrer dans la maison. 

La poésie populaire a dit certainement toutes ces choses. Mais, 
sauf de rares exceptions, il reste à peine quelques fragments — 
généralement les premiers vers, — des nombreuses chansons que 
cette fête a inspirées. Nous avons recueilli avec soin deux 
d'entre elles, qui ont eu la chance d'arriver jusqu'à nous sans avoir 
trop souffert en chemin. Ces deux pièces nous ont été chantées et 



— 74 — 
dictées à Céret par un bûcheron du nom de Jacques Viu, l'un des 
vieux Catalans du Roussillon dont la mémoire est restée le mieux 
fidèle au passé. 

Nous ne croyons pas qu'elles aient été publiées encore, du 
moins dans leur texte complet. 

La première est très jolie : c'est un tout petit drame intime de 
l'amour, présenté sous la forme la plus délicate. La pureté des 
sentiments, leur expression sincère et poétique, en font le principal 
charme. Elle exhale encore comme un doux parfum, et garde en 
elle toute la fraîcheur des premiers matins de l'été. Est-elle com- 
plète, telle que nous la donnons ici ? nous ne saurions le dire : 
il est probabie qu'elle devait être plus longue ; mais nous n'avons 
pu en connaître que ce morceau : 

Y el mati de Sant Joan -— si, n'es festa senyalada ; 

cercant la bona ventura, — no la som trovada encare. 

Al' en baixi per un riu abay, — floretes d'amor cassavi : 

te veig venir una minyona, — la qu'el meu cor desitjava. 

De tan lluny com jo la vey, — ja li faig la barretada ; 

jo li'n dich : « Deu t' guart, amor, — rosa fresca y acolorada, » 

y ella m'diu : « Deu t' guart, clavelj, — cullit de la matinada. » 

Tan un punt ha dit aixô, — â plorar s'hi es posada. 

« De que plorau vos, amor, — y de que plorau vos, ara ? » 

« Bé 'n tinch rahô de plorar, — si m'han dit que vos casavo ! » 

« Y avans no vos quitaré, — la mar restarâ sens aygua... » 

Certaines comparaisons, d'une poésie à la fois naïve et imagée, 
comme rosa fresca y acolorada ou clavell ciillit de la matinada, cer- 
taines tournures comme au début « T" el mati de Sant Joan » et 
plus loin « jo li'n dich », ou encore « à plorar s hi es posada », 
ainsi que deux ou trois autres, nous permettent de la considérer 
comme assez ancienne. C'est une des mieux conservées, et aussi 
des mieux réussies, parmi celles que nous a léguées en Roussillon 
la poésie populaire catalane. 

La seconde, deux fois plus longue, et dont on possède plusieurs 
versions, ne présente pas la même unité. Elle ne doit pas nous être 
parvenue dans sa forme primitive. A partir de la seconde moitié, 
et surtout vers les derniers vers, il semble qu'on soit en présence 



-75 - 

d'une autre composition ; du moins, l'idée principale est abandon- 
née, et l'on constate certaines incohérences. Peut-être y a-t-il eu 
confusion entre des pièces différentes ; peut-être, plus simplement, 
la première partie a-t-elle été reprise par d'autres compositeurs. 
Les incohérences peuvent provenir, d'ailleurs, du fait même de la 
transmission orale. 

Elle est dans son ensemble quelque peu rude ; malgré la dou- 
leur qu'elle exprime, elle n'a pas la délicatesse de la précédente. 
Elle est cependant, croyons-nous, beaucoup plus connue. Les cinq 
ou six premiers vers, qui sont généralement les seuls que l'on 
chante, n'ont par eux-mêmes aucun sens bien précis ; c'est ce qui 
fait qu'on ait pu discuter sur eux et en donner plusieurs interpré- 
tations. Mais le reste du morceau semble bien indiquer qu'il s'agit 
du départ des conscrits. Artistiquement, — si pareille considéra- 
tion peut intervenir et si l'on peut employer pareil terme à propos 
de poésie populaire, — elle est inférieure à la précédente. 

La voici, d'ailleurs, telle que nous l'avons entendue : 

La nit de Sant Joan — n'es festa senyalada : 

tots los fadrins en massa — à la plassa s'en van, 

y los que tiren nègre — van à casa en plorant. 

Jo renegui de tots, — de mon pare y ma mare, 

de mon pare y ma mare, — que' n mon me van posar : 

m'hi haguessen mort el dia, — vinguent de batejar ! 

Ay, pares, ja ho sabeu — que jo som tirât nègre ; 

valga m'Deu, quina pena, — quin desconsol tan gran, 

de tinguer d'anar â la guerra, — y servir al rey set anys 1 

Vinch â me despedir — de mon pare y ma mare, 

de mon pare y ma mare, — germanes y germans : 

m'en tinch d'anar â la guerra, — seré soldat de caball. 

Partirem de Llançà, — per anar dret de Figueras, 

seguirem les carreteres — tôt dret de Matarô, 

passarem per les Castilles, — Saragossa, l'Aragô. 

La vila de Madrid — es una rica vista ; 

no hi ha cosa mes trista — qu'es la d' anar à Llançà ; 

de ciutats com Barcelona — en Espanya no n'hi ha. 

Allî'l carrer vermeil, — n'hi ha moites donzelles ; 

al mati passen elles — ab el jove al costat, 

vos fan un torn de vila — com si eran casats... 



- 76 



Certains poètes catalans ont repris ce thème populaire, en 
particulier Verdaguer dans son chef-d'œuvre Canigo (i '>. Verdaguer 
est, en effet, l'un des poètes catalans qui se sont souvenus le plus 
souvent de la poésie populaire, qui ont su y adapter le mieux leur 
poésie et en ont rapproché leur inspiration avec le plus d'amour, 
comprenant sans doute quelles sources d'éternelle fraîcheur étaient 
en elle. Le passage dont il s'agit porte dans le poème de Verda- 
guer le titre de « Lo Ram santjoanench », et commence en ces 

termes : 

Lo dia de Sant Joan 
n'es dia de festa grossa ; 
les nines de) Pirineu 
posan un ram â la porta, 
d'ençà que una n'hi hagué 
d'ulls blavenchs y cella rossa, 
ténia una estrella al front 
y â cada galta una rosa... 
Un ramellet cul) de flors, 
millor Ventura no troba, 
floretes de Sant Joan 
de romani y farigola, 
y ab elles fent una creu 
del mas la llinda'n corona... 

Dans le Roussillon M. Félix Peix a remanié complètement le 
vieux texte de la seconde pièce que nous avons citée, lui donnant 
un sens plus intelligible, et surtout plus conforme à l'ensemble des 
traditions catalanes de la Saint-Jean. L'auteur a également mis à 
profit la musique de ces couplets, pour arriver à un tout harmo- 
nieux ; mais il en a respecté scrupuleusement l'esprit, en bon fils 
du Roussillon et en artiste délicat qui sent et retrouve à travers 
les âges la primitive inspiration. 

C'est cette J\it de Sant Joan de M. Félix Peix que les Cantayres 
catalans de Céret interprétèrent avec le succès que l'on sait à la 
salle Aragode Perpignan, au commencement du printemps dernier. 
Nous en donnons le texte en entier : car malgré la simplicité 
voulue de ses paroles, cette poésie, qui n'avait pas encore été 
publiée, mérite d'être connue. Jean Amade. 

(i) Canigo (Cant 1 : l'aplech). 



77 — 



La nit de Sant Joan 



La nit de Sant Joan 
n'es festa senyalada. 
Ja tothom va cantant, 
jovent, vells y maynada. 
Jovent, vells y maynada, 
ja tothom va cantant... 
N'es festa senyalada, 
la nit de Sant Joan. 

Tôt son cants, tôt son jochs, 

tôt son crits y rialles. 

No s'veu que fochs y fochs 

de la mar à Miralles (i ). 

De la mar à Miralles 

no s'veu que fochs y fochs ; 

tôt son crits y rialles, 

tôt son cants, tôt son jochs. 

La nit de Sant Joan 

n'es festa senyalada... etc. 

Lleugera com l'aucell, 
hcrmosa com l'estrella, 
parpellant lo donzell, 



trasteja la donzella. 
Hermosa com l'estrella, 
lleugera com l'aucell, 
trasteja la donzella, 
parpellant lo donzell... 

La nit de Sant Joan 

n'es festa senyalada... etc. 

Quants y quants l'hem cantat, 
eix cant, plens d'alegria ! 
Mes, ay ! del goig passât 
qué'n sort, Verge Maria ? 
Eix cant, plens d'alegria, 
quants y quants l'hem cantat ! 
Mes, ay ! Verge Maria, 
que ' n sort del goig passât ? 

La nit de Sant Joan 

n'es festa senyalada.., etc. 

Félix Peix. 



ATHALIE 

Traduction catalane 

Nous avons le plaisir d'annoncer que la Société d'Etudes 
Catalanes se propose d'éditer ATHALIA, tragedia de ]. "Racine 
treta de la escriptura sagrada, y traduida en versos catalans, per dom 
Miquel J^ibes prebere, religios, Prior de Tiquer, Prior claustral, y 
vicari général del Convent y Mbadia, de Sant-Miquel de Cuxà. i']']4. 

Les personnes qui désireraient s'assurer un exemplaire de ce 
tirage, qui sera forcément restreint, peuvent souscrire au secré- 
tariat de la Société, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 

(i) Un des sommets de la montagne de Céret. 



La langue catalane populaire 

en Roussillon 

C^ SUITB 

II. — Etat de la langue catalane populaire en 1907 

j° En Roussjllon proprement dit 
a) Criées publiques 

PERPIGNAN. — Perpignan est certainement la localité la 
moins catalane du Roussillon au point de vue de la langue. Cela 
tient surtout au grand nombre de fonctionnaires civils et militaires 
qui y résident et qui, étrangers au pays, ignorent le catalan. 

Les criées publiques se font en français, sauf cependant dans 
certains quartiers pauvres habités par des ouvriers, comme par 
exemple, ceux de Saint-Jacques, de Saint-Mathieu et de la Real. 
Chacun de ces quartiers forme une paroisse et possède une église 
où le curé fait encore certaines prières en catalan et où'ron chante 
des goigs catalans à certaines époques de l'année (i). 

Les criées publiques se font aussi en français dans certains fau- 
bourg habités par des commerçants faubourg Notre-Dame, 
faubourg de la Gare, faubourg du Vernet), mais elles se font en 
catalan dans certains autres plus pauvres. D'ailleurs, les faubourgs 
où les criées se font en catalan portent tous une dénomination 
catalane particulière, la dénomination officielle ne suffisant pas au 
peuple. C'est ainsi que l'on se plait à désigner : le faubourg 

(i) Nous avons eu le plaisir d'entendre l'un de ces goigs dit « de la Sanch » à l'Eglise 
St-Jacques. Ce chant religieux, très original, se chante depuis des siècles dans cette église le 
Vendredi-Saint. C'est un spécimen remarquable de musique religieuse catalane qui nous a été 
transmis de génération en génération et qui procure au musicien amateur d'oeuvres anciennes, une 
impression d'infinie douceur et de profonde tristesse. Les voix fraîches et bien timbrées des 
jeunes « Jaumettes » qui chantent les Goigs de la Sanch à St-Jacques ajoutent encore à la sensa- 
tion qu'éprouve, je ne dirai pas le croyant, blasé par la fréquence des cérémonies religieuses 
auxquelles il prend part, mais l'amateur libre-penseur qui entre dans l'église simplement pour 
voir et pour entendre, c'est-à-dire en curieux. 

Quelques auteurs roussillonnais ont cru bien faire en arrangeant à la moderne certains goigs 
anciens. Mais les Goigs de la Sanch ont toujours été respectés parce qu'ils sont de ceux « dont il 
faut vénérer jusqu'aux rides i, selon l'expression bien juste de M. Bonafont. 



— 79 — 
Saint-Martin, Poble dels Morts ; le faubourg Saint-Gaudérique, 
Pobled"En 7{apinya ; le faubourg Saint-Assiscle,Pcȏ/e dels \rumirs ; 
le faubourg de l'ancien Champ de Mars, Poble de ks Cornes. 

Nous devons cependant constater que si les crieurs publics ne 
parlent pas catalan dans tous les quartiers de la ville, d'autres 
crieurs marchands ambulants ou petits industriels de la rue) ne 
font pas de distinction entre les divers quartiers et crient partout 
en catalan : Tldobar cadires, dones ! clame le chaisier trop pauvre 
pour posséder une boutique convenable où les clients viendraient 
eux-mêmes lui offrir du travail et par conséquent du pain. Mdobar 
sabates ! Pellarots ! Estamar casseroles ! crient successivement le save- 
tier, le chiffonnier et l'étameur. 

A ces cris bien connus, des petits industriels de la rue, viennent 
se joindre ceux des marchands ambulants. 

Voici d'abord le brave paysan roussillonnais qui parcourt lente- 
ment les rues de la ville sur sa charrette chargée de sarments, 
répétant mille et une fois son appel aux ménagères : 

Jlls exirmens, dones !. . . qui ne vol ? 

Voici maintenant le jardinier, I' « hortolâ » tirant avec son âne 
un chariot chargé d' « hortaliça » : 

M les cebes, dones !. . . très paquets per dos sous ! 

Puis r « hortolana » promenant sa carriole où, parmi les cor- 
beilles de primeurs, s'agite lamentablement une vieille balance 
rouillée, à l'exactitude problématique : 

Dones ! à les monjetes fresques !. . . 

Voici enfin d'autres revendeuses-crieuses capables de faire enten- 
dre des w/ de poitrine pendant toute une journée : 
Dones ! à la bona Valencia !.. . (oranges de Valencia). 
Dones ! aies calenles !... (châtaignes;. 
Dones ! al forma tge /... (fromage frais). 
Dones ! à la sarda fresca !... 
A la roca pels qusseils, donas ! 

Nous pourrions citer encore certains autres marchands, comme 
par exemple, le marchand de sciure de bois qui, par les jours de 
pluie, crie à tue-tête : 

Serill f Serill ! SerilU... 



— 8o — 

et le marchand de plantes médicinales ou aromatiques qui, après 
avoir fait des kilomètres à travers nos montagnes roussillonnaises, 
vient encore parcourir les rues delà ville en jetant dans l'air d'une 
voix de Stentor son : 

"Doues ! à la frigolela !. . . J{omani ! Salsapareeeeelîa !. . . 

Combien de temps encore entendra-t-on retentir ces cris dans 
nos rues ? Nul ne saurait le dire. Contentons-nous de constater 
que, malgré l'école où le catalan est traité en ennemi ; malgré les 
journaux répandus à profusion et propageant la langue officielle ; 
malgré les fonctionnaires étrangers au pays qui ne cachent pas 
l'étonnement qu'ils éprouvent à entendre parler catalan dans une 
province française ; malgré les facilités de communication avec le 
reste de la France ; malgré le snobisme des classes aisées qui se 
croiraient diminuées en ne parlant pas la langue officielle, celle 
qui est, pour ainsi dire, la pierre de touche des gens bien élevés ; 
contentons-nous de constater que, malgré tout cela, le peuple reste 
encore fidèle à sa langue en l'an de grâce 1907. 

Mais écoutons le brave Michel Magne, l'un des crieurs publics 
de Perpignan : \ 

) 5 janvier J^oy. — M' han dit de vos fer una crida de vi : la 
voleu en francès 6 en catalâ ? 

Le public rassemblé autour du crieur répond : 

« Que dius ? Que sem gavatxos ? Fes le en catalâ, home !... » 
Et Magne de répondre : « Y be, mireu aqui lo qu'es : 

Bon vi de primera qualitat, que pesa dotze degrés ! 

Pareix (1) cosa extraordinaria, mes portant ho es. 

De rams, à Perpinyâ, n'hi ha â carretades 

Y de vi n'han portât â semalades. 

(N'han portât de Vingrau, d'Estagell, de Rivesaltes, de la cava 
d'en Manyes de les Esplanades de la Real, de Cabestany, mêmes 
de Llauré). 

Mes creyeu que' 1 vi lo millor 

Es lo que se ven al baix 2) de la Costa de Sant Salvador 1 
Ho seu ohit ? 

Al baix de la Costa de Sant Salvador ! 

( 1 ) pr. parey. — (2) pr. bay. 



— 8) — 

Es pas car ( j^ : très y quatre sôus la meytat ! 

Y com me se fa tart 

Y que vo'n som dit un mon 

Vos deixi y vos dich : Bonsoir (2), 

Y me'n vaig (3) à trompetejar mes Iluny. 

1 3 Jlvril igoj. — Ven d'arribar â la peixoneria força peix (4)3 
barato, y principalament ne trapareu per la bidlinada. 

]3 Jlvril iÇfO-j. — Demâ mati, à nou hores, al carrer impassa 
dels Ametllers, â tocar dels Banys de Sant Salvador, se fara una 
venda â les enchères publiques d'una granda quantitat de mobles. 
Qui vulgui fer bones aferes ten que d'hi venir demâ mati. Hi ha 
Hits complets (n'hi ha al menos desavuyt 6 desanou). D'armaris â 
glaça, n'hi ha vuyt. Hi ha bufets, glaces, taules, cadires, comodes, 
casseroles, culleres, forchetes, etc. Avis â les dones que volen fer 
bones afères : hi ha una granda quantitat de llinge, de llensols, 
covertes, edredons, etc., etc. Per conséquent, à demâ matî 1... 

/5 Mai i^oy. — A nit, â vuyt hores, al café d'en Mary, â les 
Esplanades de la Real, tendreu Guinyol. Vos donaran una repre- 
sentaciô que vos fumareu una fart de riure. Jogaran : 'Nyafron 6 el 
Pegof{5). 

LE SOLER(crieur public : M. Prosper Carrère). 

28 Février f^oy. — Qui vulgui crompar (6) una casa, al carrer 
d'En Père Sastre, veniu me trobar an â jo. 

2 Mars icfoy. — Que ningû s'atrevigui pas â deixar entrar cap 
ramat (7) al bosc de Mossiu D., falta de que qui hi sera atrapat 
els hi faran dar (8) la pena. 

3 Mars i()oj. — Qui hagi trobat una gallina, doneumene noves 
que fareu pler als âmos. 

(1) pr. cart. — (2) pr. Bonsoirt. — (3) pr. bay. — (4) pr. pey. 

(5) Lorsqu'on compare ce texte à ceux que nous avons cités plus haut, on est étonné de la 
quantité de mots français et languedociens qui se sont introduits dans la langue. C'est cependant 
là le catalan actuel de Perpignan, celui que comprennent et que parlent 3o.ooo personnes envi- 
ron, défalcation faite des fonctionnaires, des militaires de la garnison et des personnes étrangères 
au pays, qui sont venues s'y fixer pour faire du commerce. 

(6) Le vrai mot catalan est compar et non cromprar qui est languedocien. On verra plus loin 
que cette métathèse n'existe pas dans quelques localités de Vallespir et de Cerdagne. 

(7) J{amat est le vrai mot catalan. A Perpignan on dit plutôt tropell, qui est languedocien. 

(8) dar est plus catalan que son synonyme donar. 



— Su — 

j8 "Février icfoy. — Qui tingui de pagar les contribucions, aneu 
â pagar demâ que'l cobrador vendra. (Communiqué par M. Vidal, 
instituteur au Soler). 

RIVESALTES crieur public : M. Portes). 

/" Jlvril jCfo6, — Qui vulgui crompar peix (i) d'estany, peix de 
mar [2), peix de ribera, peix de Mars y peix d'Abril... A la 
peixonerîa ! 

] 8 Jlvril jc)o6. — Anguiles, arsèlis, muscles, rojets, franquets, 
pufres, clabellada, sipies, ilus, botarells, cabotilles, sarda fresca, 
verats, buldroys, bitxos, ermites, cabres, huîtres (3), joells, pajells, 
gambarotes y agullats, gats, rats, aranyes, congres, llagostes, met- 
ges... A la peixonerîa ! 

24 Avril ipoô. — Avis al s amateurs (4) de la cargolada. En 
Charles Comalls els hi fa sapiguer que ven de rebre un gros 
envoi (5) de cargols de crest de primera qualitat â vuyt, dotze y 
catorze sous el cent, al carrer de l'Hôtel (6) de vila, numéro 17. 
(Communiqué par M. Maillol, instituteur à Rivesaltes). 

SALSES (crieur public : M. Gazagnoles Antonini. 

26 "Février J^oy. — Vos fan â sapiguer que'l cobrador arribarâ 
demâ pel trinc de dugues hores. 

26 Février j ^0^. — Qui vulgui crompar carxofes, sebes tendres, 
coliflors, y tota manera d'hortaliça que vagi â la casa d'en Bacô, 

28 Février i^oj. — Madama de Battisti avisa an tots los pas- 
tres que li entrin pas al prat del volcan. Lo primer que sera près 
se'n fara cinquanta francs. 

28 Février /907. — Qualsevol que hagi perdut una clâu, veniu 
me trobar an â jo que vos dire qui la ten, moyenant (7) pagant 
la crida. 

— Parazols, dentista, fa sapiguer an tots los que teniu menester 
de sous, qu'aneu al trobar que n'ha arribat dugues semalades. 
(Communiqué par M. Rouzaud, instituteur à Salses). 

(1) pr. pey. — (2) pr. mart. — (3) mot franc. — (4) mot fr. — (5) mot fr. — (6) mot fr. 
(7) mot français. 



— 83 — 

SAINT-LAURENT-DE-LA-SALANQUE (crieur public : 
M. Roses Paul). 

12 JMovembre jgo6. — Par ordre de Monsieur le Maire faig (i) 
sapiguer an tothom que demâ matî â nôu hores, â la sala de la 
Mairie (2) se donarà en adjudicaciô lo dret d'octroi (3), lo dret 
d'abatatge, de pesatge, mesuratge y jauzatge yl fems dels carrers. 

Tous tes samedis. — Qui voldrâ crompar bôu mascle (4) de la 
primera calitat, vedell de llet, anyell del fî y quarters de cabrit â 
barato, anéu vo'n à la casa del Nagus. 

En juin, juillet et août, annuellement. — Qui voldrâ crompar 
peix (5) de tira, graneus, buldroys, llus, rojets, peix de l'art, 
verats, peix d'estany y anguiles, anèu vo'n â la plassa. 

tj "Février jçoj. — Qualsevol persona que hagi trobat un 
porte-monnaie (6) ambe sôus dedins, que se va perdre ahir â Sant 
Llaurens, de darrer la creu fins al pont Babart, tornéu-lo, tendréu 
cinc francs de trobes. 

24 "Février Jpoy. — Paig sapiguer an tothom que ven d'arribar 
un gran bazar parisien que fa la liquidaciô de cent mils articles y 
te dentelles, corsets, cotillons, flanelles, camises y calses de dones, 
cravates, guants, vestits boy {y) fets per homes y d'altres articles. 
Ven tota aqueixa marxandisa â 5o percent de rabaix (8). (Commu- 
niqué par M. Roses, crieur public). 

MILLAS (crieur public : M. Adroguer dit Payrot). 

Jloût 1907. — Averteixi la populaciô que ven d'arrivar una 
Societat de cantayres catalans que donaran una granda suarada (9) 
de cant seguida d'un tombola. Preu de places : deu sous les pri- 
meres, cinc sous les segones y los maynatges pagaran dos sous. A 
vuyt hores, â la sala del Tivoli. 

(i) pr. fay. — (2 et 3) mot fr. — (4) Ce mot mascle, venant après bàu, semble être une 
superfétation. Mais si le crieur insiste ainsi, c'est que probablement en disant bôu le public 
comprendrait vaca, habitué qu'il est à manger de la vache pour du bauf. Ces deux mots bôu 
et vaca ayant donc, en boucherie, la même signification ou à peu près, le crieur ne manque pas 
de préciser et de dire que, cette fois, c'est bien du bôu, du bôu mascle et non de la vache 
comme d'habitude. 

(5) pr. pey, mais écrire peix qui fait peixoneria. 

(6) mot fr. — (7) mot bien catalan. — (8) pr. rabay. — (9) mot fr. 



— 84 — 

Septembre 1907. — Averteixi que ven d'arrivar un gran assor- 
timent de sabates per homes y maynatges, espardenyes, cotons 
mitges, pials y articles de casa, dos cinc sôus. Aneu â la plaça La 
Fayette ; aneuhi aviat que lo marxant se 'n vol anar. 

Septembre 1907.— Averteixi als habitants de la Vila que â nit, 
à la Sala de l'Agusta Cot se donara una granda suarada i) d'es- 
crima, de chausson ^2) y de boxa 3 donada pels mestres convi- 
dats del cantô y tots los prévôts. Preu de places : primeres, 
quatre sous ; segones, dos sous. Començaran à vuyt hores. (Com- 
muniqué par M. Lamaysouette, instituteur à Perpignan). 

THUIR crieur public : M. Joseph Pontramon,. 

j6 Septembre 1907. — Fan avertir de la part de M. le Maire 
qu' una reuniô publica tendra lloch à dues hores de tarda à la Sala 
de la Minyona per organisar cl syndicat dels vinyarons. 

Septembre 3907. — Fan avertir que ven d'arrivar un gran deba- 
latge, gran assortiment de casquettes y barets, sabates per homes, 
per dones y maynatges à partir de vint y nou sous lo pareil ; 
camises à vint sous, estofes à dos sous lo pam, lianes y cotô, 
dentelles y ribans, tôt venut à un gros rabaix 14. Que vagin à la 
porta de Perpinyâ que hi traparan al marxant. 

Septembre 1907. — Qui vulgui crompar llus y rojet à 40 sous el 
kilo, pagell à 36, buldroy y cabotilla à 28, gascons à 20 y raballa 
à 12 sous que vagin à la peixoneria que'n hi traparan. (Commu- 
niqué par M. Débat, instituteur à Thuir. 

BAIXAS crieur public : M. X.) 

// Juin 1907. — Lo Comitat averteix an tothom d'assistir à la 
granda manifestacio sus la crisa viticola, demâ à la nit, à 7 hores 
y mitja, à la plaça de la Mairie. 

20 Juin 1907. — Qui vulgui crompar una bota de 20 cargues y 
una de 3o que vinguin à me trapar. 

Juillet 1907. — Seu avertits tots los proprietaris de Baixas de 
se réunir à nit, à sept hores, à la Mairie, per fer adobar lo cami 
de la Terma. 

(1) mot fr. — (2) mot fr. — (3) mot fr. — (4) pr. rabay. 



— 85 — 

Juillet J907. — Qui vulgui clavellada, gats y gascons, aneu à la 
plaça. 

Juillet 1907. — Seu avertits qu'à nit, à 7 hores y un quart hi ha 
réunie à la Sala de fer iji conferencia per l'organisacio delà Con- 
federaciô dels vinyarons.^Communiquépar M. Thomas, instituteur 
à Baixasi. 

ILLE-SUR-TET ^crieur public : M. X.) 

Octobre 1907. — Averteixi de la part de Mossiu lo Maire, an 
tots los habitants, que demâ, a vuyt hores de nit, hi haura réunie 
â la Sala de la Rodona per formar un Comitat de Defensa viticola. 

Octobre 1907. — Averteixi de la part del sindicat del rechd'llla, 
an tots los proprietaris arragants : l'aygua se treura del rech 
pendent très dies per posar les preses d'aygua en ordre y escurar 
les agulles. La visita sera fêta. Tots los que seran trobats en 
contravenciô seran perseguits conformament al Reglament. 

Octobre J907. — Qui vulgui crompar vi a très sous el llitre que 
vagin â can Lluis de l'Escabellat, al carrer delà Barrera, que'n te 
de ben bô. (Communiqué par M. Trouquet, instituteur à 111e- 
sur-Tet . 

b ' Conversations d'enfants 

PERPIGNAN, 29 août 1907. — A la Promenade des 
Platanes. Trois enfants : le plus grand (6 ansi assis sur un banc 
garde son petit frère (3 ansi pendant que l'autre (5 ans) est allé 
puiser de l'eau à la fontaine du Café champêtre. Celui-ci arrive 
enfin avec la cruche remplie. 

— Le premier au petit frère, après s'être emparé de la 
cruche : "Vols (2) fer mdm ? 

— Le second, pleurnichant : Jo labé vull beure ! Som j'o que som 
anat à la cercar, l'aygua. 

— Le premier, buvant : ^n àjo, primer. 

— Le second, pleurnichant : Yull beure, jooo ! 

(i) expression bien catalane. 
(1) prononcez : bos 



— 86 — 

— Le premier, après avoir bu, s'adressant au second : Ara, an 
en Pierre. 

— Le second, pleurnichant toujours : J^ull heure, jooo ! 

— Le premier : Aia, an à tu. T perqué bebies pas a la font ? 
pioc ! 

--Le plus jeune, apercevant un cheval sur la route : Mira, 
mira, aquell cavall que ven ! Xaaa ! bip ! bip ! cavall ! 

— Le premier au second : Jepe, un muxall ! 

— Le second : Ahonf ? 

— Le premier : Jlqui, aqui, fuig. (ij Au plus jeune : "Vina, 
Pierre, que le picaria. 

— Le plus jeune, naïvement : ^s viu ? 

— Le second, la casquette à la main : Calla, quel tnalaré. Deixa 
lo posar. 

— Le plus jeune, en se levant, casse la cruche : Ay ! 

— Le premier : A\i ! que te trucard la mare Silence profond. 

Une automobile passe sur la route. Le plus jeune, oubliant la 
cruche cassée et les Irucs probables de la mère, s'écrie : Taaa ! 
que pois !... Puis il veut courir derrière la voiture avec ses 
frères, mais il perd une de ses espadrilles. L'aîné le fait asseoir 
par terre pour le chausser mais n'y réussit pas très bien : alors 
pour consoler le bambin qui veut courir, il lui dit : ^ts de mat 
calsar, pobrct ! "Espéra, manyach, deixa te calsar y amprès fugirem. 
Puis il menace Jepe qui est déjà loin : Te H vull fumar un muscat, 
an aquell ! Ja ho veuras, quan arribarem à casa ! 

Les trois enfants se dirigent vers la ville et disparaissent 
bientôt derrière le Castillet, Jepe toujours devant. 



A la porte de Canet (i5 octobre 19071. — Deux enfants, à la 
sortie de l'école, se sont arrêtés pour regarder la grande muraille 
restée debout qui aboutissait à la porte fortifiée disparue depuis 
peu : 

« — Fa ! Quines muralles tan altes !... 
— Es En Vauban que les va fer. 

(i) prononcez ; fuy 



- 87- 

— Ja ho se, vès !... Y ara En Bartissols les fa caure. 

— Caldria que En Vauban vinguès ! 

— Ay ! pobret ! Ja veuries En Bartissols com sc'n fugiria !... » 

Les deux enfants continuent à causer en se dirigeant du côte 
du Champ-de-Mars. 

(/l suivre) L. Pastre. 

La Mort y*l Treballadon 

Un vell treballador carregat d'un fagot 

Y mes carregat d'anys, â poc â poc guanyava 

Lo seu fumât casot ; 

Y tôt s'encaminant, sufocat, gemegava. 
Enfi, massa cansat, per lo dolor pressât, 
Deixa caurer la llenya y rumia el passât : 
Quin pler a tingut ell d'ensà qu'es sus la terra ? 

Qui may ha vist mes pobre qu'ell ? 
O jove o vell 
Sempre'l sort li ha fet la guerra ! 
Molt sovint sensé pa ! Cap dia de repos ! 
La dona, los infants, los fôros ; al seu cos 
H an fet suar sanch la mes pura ! 

Y demana la Mort, tant la vida li dura. 

La Mort ve y li diu : « Que cal pel teu servey ? 
— « Res, sino m'ajudar à carregar lo fey. » 

La mort ve sola quan es l'hora. 

Guardemnos de la fer venir ! 

Val millor sufrir que morir. 

Es l'adagi etern, y ningu no l'ignora ! 

Joseph Sanyas. 



Botanique catalane 

T^oms catalans de plantes usités dans la région 

<i^it ùp;ci *ÇCf (Suite) 

BES. — Betula alba. L. Bouleau blanc. 

Bois et écorce très employés. Les feuilles sont sudorifiques. 

BLAT. — Triticum vulgare Vill. L. Blé ou froment commun. 

Céréale très connue donnant la farine, l'amidon, le son, la 
paille. 

BLAT BORT. — JEgylops orata. L. Egilope ou faux blé 
ovale. 

BLAT D'INDIA OU DE MORO. — Zea Mays. L. Zéa 
Maïs. 

Originaire de l'Inde et importé d'Afrique. Grains très nour- 
rissants pour la volaille. 

BLAT NEGRE. — Polygonum fagopyrum. L. Renouée sarra- 
sin. 

Donne pour les bestiaux, des grains noirs, remplaçant quelque- 
fois le blé et le seigle. 

BLEDA RAVE. — Beta vulgaris. L. Betterave commune. 

Racine alimentaire pour les bêtes à corne et servant à faire du 
sucre et de l'alcool. 

BOIX. — "Buxus sempervirens. L. Buis vert. 

Bois et racine durs, se polissant bien ; très employés à Saint- 
Paul pour la fabrication des pipes. 

BOGA. — T^anunculus fJuitans. L. Renoncule flottante. 

Nom donné aussi à toutes les herbes aquatiques des fossés, 
rivières, etc. 

BOLET. — Champignon. 

Nom général donné à tout champignon comestible ou vénéneux. 

BOLET AGRE. — Agaricus slypticus Bull. Agaric styptique. 

Champignon vénéneux des forêts. 



-89- 

BOLET FOLL. — Agaricus acris "Bull. Agaric acre. 

Nom général des champignons vénéneux. Celui-ci serait comes- 
tible. 

BOLET D'ALZINA. — Jlgaricus ilicinus. D. C. Agaric du 
chêne-vert. 

Comestible ; se trouve en groupe au pied des troncs des chênes- 
verts. 

B. DE NOGUER. — Polyporus squamosus. Fr. Polypore écail- 
leux. 

Comestible mais peu savoureux. Vit sur les troncs de noyers. 

B. D'OLIVER. — Jlgaricus olearius. D. C. Agaric de l'olivier. 

Comme le précédent. Se trouve à la base des troncs d'oliviers. 

B. DE SALZE. — Jlgaricus albo-ru fus. Pers. Agaric blanchâtre. 

Comme le précédent. Vit à la base et sur les troncs étêtés des 
saules. 

BORRATXA. — Borrago officinalis. L. Bourrache officinale. 

Feuilles et fleurs très adoucissantes dans les inflammations de 
poitrine, les fièvres, etc. 

BRUCH. — Erica scoparia. L. Bruyère à balai. 

Employée, comme le buis, pour remplacer le houblon. On en 
fait des balais. 

BULLON BLANCH. — Verbascum Thapsus. L. Molène. 
Bouillon-blanc. 

Fleurs adoucissantes ; feuilles contre les brûlures, les panaris ; 
graines enivrant les poissons. 

CAGA-MOXA. — Euphorbia Lathyris. L. Euphorbe Epurge. 

Le suc de la plante est vénéneux. Les feuilles et les fruits sont 
un purgatif peu usité. 

CAGA-TRIPA. — Centaurea Calcilrapa. L. Centaurée Chausse- 
trappe. 

Bonne contre les fièvres persistantes, mais irritant, à la longue, 
le système digestif. 

CALSIDA. — - Cirsium eriophorum. Scop. Cirse laineuse. 

Nuisible. Cependant les tiges jeunes et un peu sèches sont 
mangées par le bétail. 

(A suivre.} L. Conill. 



HISTOIRE LOCALE 

Deux familles catalanes 

=^^ au XVir siècle =^^ 

( Suite et fin) 

Au commencement du mois de septembre i665, Etienne Saboll, 
muletier de Perpignan, reçoit J2 I. i s. 8 d. « per haver traginat, 
ell y SOS companys, ab bestiar, trenta carregas de cibada y dotze 
carregas de ordi del Hoc de Nyls à la vila de Perpinya, y deu 
carregas de blat del mas y hera del senyor Reart à la vila de 
Perpinya en casa de hont esta dita Maria de Aux, que era pro- 
pria de don Emanuel de Aux ». 

Peu de temps après, Antoine Got, orfèvre de Perpignan, 
donne un reçu de 6 1. i3 s. 4 d. à dona Maria de Aux « per sis 
joyas xichas de Sant Joan de or y algunas pedras mocadas presas 
de sa botiga per dita dona Maria de Aux per enviar à don Ema- 
nuel de Aux, son marit, en la occasio qu' es trobabe à Paris, de 
laquai quantitat dita dona Maria de Aux lin feu una polissa de sa 
ma propria firmada de data de 26 de abril i663 ». 

11 y avait à payer aussi des censaux en retard. Dona Maria de 
Aux s'empresse d'acquitter ces dettes. Elle remet : a) 41 1. 2 s. 
6 d. à Antoine Rimbau, chanoine de Notre-Dame de la Real et 
titulaire du bénéfice fondé à l'église de Notre-Dame du Pont par 
Jean Amalrich, bourgeois de la ville de Perpignan. Ce béné- 
fice avait un droit annuel de 5 1. 17 s. 6 d. sur la maison que la 
famille de Aux possédait à la rue dels Peixoners, (1) — b) 55 1. 4 s. 

(i) Reverendus Antonius Rimbau, presbiter et canonicus ecclesias insignis et collegiatae Beatx 
Marise de Regali villas Perpiniani. obtinens beneficum ecclesiasticum fundatum in ecclesia Beatx 
Marix de Ponto extra muros per Joannem Amalrich, burgensem vill-i' Perpiniani, firmavit 
apocham nobili Maria: de Aux vidua: de quadraginta una libris duobus solidis et finitis die seu 
festo Nativitatis Donini proxime venturo ratione illius annui census pentionis annux quinque 
librarum dccem et septem solidorum et sex denariorum quod anno quolibet recipit super 
quadam domo scitt. in vico vocato dets Peixoners, qux fuit nobilis Emanuel de Aux. (A. 
Debadia, not.). 



— 91 — 

à Didace Barrera, prêtre-bénéficier de l'église Saint-Jacques de 
Perpignan et procureur de don Antoine Réart, domicilié à Bar- 
celone (2), — c) 5 1. 5 s. et 6 mesures de froment à François 
Laborda, en ce moment prêtre-bénéficier de l'église de Thuir, 
naguère prêtre-économe de l'église paroissiale de Nyls « per dos 
officis celebrats lo dia de la novena y cap de any en la dita iglesia 
de Nyls per la anima de don Emanuel de Aux, vulgarement dit 
las honras, y per la offerta de pa y bi que se acostuma donar y 
aportar en dits officis » (3), — d) i5 livres à Louis Guilla, notaire 
public de Perpignan et procureur-économe du couvent de Sainte- 
Claire (4), — s) 71 J- 10 s. à don François Ros, consul premier 
de la ville de Perpignan (5). Le domaine de Nyls était grevé, en 
faveur de don François Ros, d'une pension annuelle de 60 1., — 
f) 84 livres au R. P. Nicolas Arnau, prieur du couvent de Saint- 
Dominique de la ville de Perpignan 6), — g) 7 '- )6 s. à Joseph 

(2) Reverendus Didacus Barrera, presbiter et beneficiatus ecclesise parrochialis Sancti Jacobi 
villae Perpiniani, procurator légitime constitutiis ad omnia ab ill" Antonio Reart, domicello in 
civitate Bar"'' domiciiiato, f.rmavit apocham nobili Maria: de Aux de quinquaginta quinque 
libris et quatuor solidis dicto domino principal! suo debitis, videlicet triginta sex libris sexde- 
cim solidos pro duabus pentionibus debitis et finitis die prima mensis julii proxime dimissi illorum 
duorum censualium pent'onis annuae, unius videlicet quaiuordecim librarum et octo solidorum, 
alteriiis vero quatuor librarum quod anno quolibet dictus dominus principalis suu» recepit super 
bonis Emanuelis de Aux, et residuis decem et octo libris et octo solidis in bonum computum 
illarum septuaginta quinque librarum per Emanuelem de Aux dicto domino suo principal! suo 
debere constat cum instrumente recepto penc Josephum Costa, not. publicum villx Perpinian 
j sept. 1663. — A. Debadia, not.). 

(3) Amb. Debadia. not. 

(4) Ludovicus Guilla, not. publicus villse Perpiniani, economus et procurator monasterii et 
conventus monialium divae Clarx ejusdem villas Perpiniani, dicto nomine firmaVit apocham nobilis 
Marias de Aux de viginti quinque libris dicto conventui debitis pro una solutione finita per 
totum mtnsem septembri s proxime elapsi ratione illius debiti facti et firmati per nobilem Mariam 
de Aux dicto conveniui vel ejus économe. — A. Debadia, not.). 

(5) Nobilis dominus Franciscus Ros, in primo gradu consul universitatis villx Perp'",firmavit 
apocham nobili Mariae de Aux viduaz de septuaginta una libris et decem solidis, et sunt in 
bonum computum ominum pentionum solvi cessatarum illius censualis pentionis annuac sexaginta 
librarum quod anno quolibet dictus nobilis Franciscus Ros recipit super bonis don Emanuel de 
Aux et siguanter super quadam hereditate in termino loci de Nyls. — A. Debadia, not.). 

(6) Reverendus Pater frater Nicolaus Arnau, religionis conventuaiis ac prior conventus 
Sancti Dominici villx Perp'", procurator légitime constitutus a dicto conventu, firmavit apocham 
nobili Marix de Aux de octuaginta quatuor libris dicto conventui debitis, scilicet quinquaginta 
quatuor libras ad complamentum omnium pentionum usque in diem solvi cessatarum illius cen- 
sualis pentionis annux sex librar. quod anno quolibet dictus conventus recipit super bonis don 
Emanuelis de Aux et siguanter super quxdam vinea in termino de Sant Genis, sexdecim libras, 
terdecim solidos et quatuor denarios pro caritate et celebratione quinquaginta missarum per 
dictos fratres et religiosos dicti conventus celebratarum in salutem animx dominx Antonix de 
Aux, et residuas quatuordecim libras ad complamentum dictarum octuaginta quatuor librarum. 
— (A. Debadia, not.). 



— 9^ — 
Altisen (i), prêtre-hebdomadier de l'église paroissiale de Saint- 
Féliu-d'Avail (2). 

Le domaine de don Emmanuel de Aux ne produisait pas seule- 
ment du froment et de l'avoine. On y récoltait aussi des raisins et 
des olives. 

En )665, la propriété de Nyls fournit deux charges de raisins, 
— la propriété de Saint-Féliu-d'Avail, seize charges, — la pro- 
priété de Saint-Génis, dix-huit charges, et la propriété du Vernet, 
douze charges (3). 

Pour cueillir les olives et pour les faire moudre, dona Maria 
de Aux remit à Henri Barta 60 1. 9 s. 8 d. Ces olives donnèrent 
« vuit pressas ». L'huile qu'elles fournirent remplit « vuit grosses 
barrais ». 

Il est aisé de constater que dona Maria de Aux administra sage- 
ment les biens dont elle disposait. 

Aussi, quand le moment lui parut favorable, elle se mit en mesure 
d'acquitter les censaux importants qui grevaient lourdement son 
budget. Elle commença par acquitter le censal de don François Reart 
en payant la somme de 897 livres (4). Le lendemain, 1 7 décem- 
bre 1675, elle se libère totalement de la dette qui avait été con- 
tractée à l'égard du couvent de Sainte-Claire. Cette dette concer- 
nait le domaine de Nyls qui avait appartenu à la famille de 

(>) Joseph Altisen était un prêtre savant et distingué. Il avait rempli les fonctions de visi- 
teur apostolique dans le diocèse d'Elne. 

(î) Reverendus Josephus Altisen, utriusque juris doctor, abdomodarius ecclesi:o parrochialis 
Sancti Andre.i- apostoli loci sancti Phelicis inferioris, firmavit apocham nobili Mari:!» de Aux 
de septem libris et sexdecim solidos. et sunt pro tribus pentionibus finitis die décima octob. 1662 
usque in diem decimam octob. ) 665 illius censualis pentionis annuir duarum librarum et duode- 
cim solidorum quod quolibet anno dictus abdomodarius recipit super bonis nobilis Emanuelis 
de Aux et specialiter super heredilate scitt. in terminis dicti loci sancti Phelicis. — (A. 
Debadia, not.). 

(3) Mémorial dels jornals ha vaccat Joan Brau ab cabalcadoras en traginar los rchims de las 
vinyas de la heretat de dom Emanuel de Aux : Per lo port de dos carregas de vrema del terma 
de Nyls vuit reals plata, y dos reals per la entrada de aquells ; 2» per lo port de setze carre- 
gas de vrema del terme de Sant-Feliu-d'Avall seixanta quatra reals plata y setze reals de 
entrada; 3° per lo port de desavuit carregas de vrema del terme de Sant-Genis vint y quatra 
reals plata y desavuit reals de entrada ; 4» per lo port de dotza carregas de vrema del terme del 
Vernet vint y quatre reals plata y dotza reals de entrada. 

(4) Ego dominus Franciscus Reart, Perpiniani populatus, donatarius bonorum omnium domini 
Antonii Reart, patris mei, confiteor dominx Marias de Aux quod dédit et solvit mihi tercentum 
et nonaginta septem libras pro massa, luitione et quitatione duorum censualium impositorum per 
Franciscum Momir. — Testes : Reverendus Didacus Barrera, presbiter et beneficiatus ecclesix 
parrochialis Sancti Jacobi et Bartholomeus Coll not. 



- 93 - 

Senesterra et qui avait été acheté par Emmanuel de Aux (i). Le 
20 juin 1678, dona Maria de Aux acquitte le censal qui était dû 
au couvent de Saint-Dominique (2). 

Le dernier document que je possède sur le compte de dona Maria 
de Aux est un acte d'entente passé, le 29 avril 1682, entre les 
marguilliers de l'église de Saint-Féliu-d'Avall, entre le comte Fran- 
çois de Ros, seigneur du lieu, et dona Maria de Aux (3). Celle-ci, 
en vertu de cet acte, demeure totalement maîtresse d'un patus 
limité par la maison de feu François Momir, par les biens du comte 
de Ros et par la muraille de la localité. 



Au cours de la publication de cette note sur la famille de Aux, 
M. E. Vergés de Ricaudy, le distingué Président de la Société 
d'Etudes Catalanes, nous a communiqué, et nous l'en remercions 

(i) Nos S"'' Hyeronima Antigo, abbatissa. S'"' Raymunda de Guara, viccaria, S"' Antonia 
Régnas. S"' Anna Maria Antigo, S'"' Ursula Salells, S"'' Susanna Blanch, S'"' Madrona 
Carol, S""" Catharina Punyet, S"'" Theresia Puigsech, S"' Angela Reart, S""" Maria Laguardia, 
S'"' Maria Magdalena Segnaleras, S'"' Maria Theresia de Arcos, S'"' Basilicia Bianya, 
S"'' Maria Gratia Salells, Sor Ignatia Mantes, S'"' Joanna Feliu, S"'' Maria Clara Aymerich, S»' 
Veronica Trillas, S'"' Thomasia Garrius, S"'' Joscpha Trillas et S"' Maria Rosa Ferriol, omnes 
moniales professée monasterii et conventus Sancta' Clara' Passionis Perpiniani ordinis Sancti 
Francisci de Observantia, convocatœ et congregatœ ad sonum simbali, ut mos est, intus loqueo- 
rium majus dicti conventus, dictum conventum seu majorem et saniorem partem illius facientes, 
unanimes et concordes confitemur dominx Marix de Aux quod solvit dicto conventui quingentum 
quindecim libras très solides et quatuor denarios (5o5' 3* 4'') pro quitationas illius censualis 
impositi super quadam hereditate in terminis de Anyls quse fuit domini Alexii et dnae Isabelis 
de Senesterra conjugum et dicto Emmanueli de Aux vendita cum onere solvendi dictum 
censuale. - — Testes : Isidorus Vilanova, gramm.aticse studens, loci de Llado, et ego B. Ccll not. 

(a) Nos Patres fr. Raymundus Parent, vicarius in capite, fr. Thomas Cotxes, sacrx Theo- 
logix magister, fr. Philippus Conatger lector, fr. Angélus Viger, fr. Henricus Guardia, fr. Jaco- 
bus Busquet. fr. Dominicus Gazanyola, fr. Ludovicus Planisson sacerdotes, fr. Dominicus Bor- 
das, fr. Franciscus Girbau. fr. Raphaël Balderau, fr. Thomas du Gendre, fr. Hyacinthus 
Bessanyet, fr. Joannes Philippus Barou. fr. Hyacinthus Meyrat et fr. Hyacinthus Cesjuniès 
choristif, omnes religiosi professi et conventuales monasterii Sancti Dominici ordinis Patrum 
Proedicatorum conventus Perpiniani, convocati et congregati ad sonum campans de mandato 
dicti admodum reverendi patris vicarii intus aulam capitularem dicti monasteri, omnes unanimes 
confitemur dominas Maria' de Aux quod solvit dicto raonasterio centum viginti libras iJ2o') 
in quitatione illius censualis impositi super quadam petia terra' de vinea plantata in terminis 
sancti Genesy de continentia duarum ayminatarum terra ,confrontata cum tenentia Antonii Mifre, 
cum tenentia hœredum nobilis don Alexii de Semmanat et de Requesens. — Testes : Nobilis 
don Joseph de Cagarriga, Perpiniani populatus, reverendus A. Albafulla not. — (Joseph 
Ferriol not.). 

(3) Als 29 de abril 1682, dona Maria de Aux y Momir, com fîlla y heretera de Francisco 
Momir, los obrers de la iglesia de St-Feliu d'avall, y lo egregi S'^' don Francisco Ros, comte 
del dit Hoc de St-Feliu, an jurada una concordia en poder de Bartomeu Coll not. de Perpinia, 
ab laquai la dita senyora resta totalment senyora y possessora de un pati que confronta ab la 
casa que fou del dit Momir, ab la muralla y ab dit Ros. 



— 94 — 

sincèrement, l'acte de naissance de l'un de ses ascendants. Nous 
sommes heureux de reproduire cet acte à la suite de notre travail, 
car tous les personnages dont nous venons de parler y sont énu- 
mérés : 

« Vuy, als sis del mes de juliol mil sis cents sinquante y quatre, 
jo Thomas Cavalier, preb. rector del Soler, hé batejat, juxta 
ritum sanct. matr. Ecclesiae, a Joseph, Rafel, Manuel, fill legitim 
et natural de Joseph de Vergés, tinent de cavaills del Régiment 
de don Emanuel de Aux, habitant en dit Hoc del Soler, et Maria, 
muUer sua: foren padrins Rafel de Aux, (i) capita de cavalls del 
Régiment del marquis de Aguilar y la dona Rosa Maria de Aux, 
muller del noble Emanuel de Aux, de la vila de Perpinya ». 

Par conséquent, l'ascendant de M. Vergés de Ricaudy reçoit, 
au baptême, les prénoms de son père, de son parrain et du mari 
de la marraine. 

En i656, Joseph Vergés est capitaine dans le même régiment 
de don Emmanuel de Aux ainsi qu'il est dit dans l'acte de naissance 
de son second fils, qui est encore, baptisé au Soler par Thomas 
Cavailler. 

11 est curieux de constater dans la généalogie de la famille de 
M. Vergés avec quelle fidélité les prénoms donnés à l'enfant 
baptisé en 1654 se sont conservés de générations en générations. 

Un arrière-grand-oncle du Président de la Société d'Etudes 
Catalanes, décédé en i836, était conseiller à la cour de Cassation. 
11 portait le prénom : Emmanuel. 

Compatriote du savant François Arago, il était aussi son ami. 

Un fils vient de naître au célèbre astronome. M. Emmanuel 
Vergés fut son parrain. 

C'est pourquoi l'ancien député et sénateur des Pyrénées-Orien- 
tales s'appelait aussi Emmanuel. 

C'est une parenté spirituelle bien inattendue avec la famille 
de don Emmanuel de Aux ! 

Joseph GlBRAT. 

(1) Raphaël de Aux, capitaine de cavalerie, mourut à Lisbonne. 



Trcs rcys d*Orient 



(rondalla) 



Très reys d'Orient, 

très reys caminavan, 

la corona d'or, 

de lliri la barba, 

lo manto brodât 

d'aucells y de branques... 

Diuhen qu'han vingut 

de la sarralada, 

y jo no ho crech, 

que la gent s'enganya... 



Passen bandolers, 
bandolers d'Espanya, 
portant ganivets 
d'un pam à la faxa. 
Matan los très reys, 
ab una rialla... 
Voreta'l cami, 
los très reys finavan, 
la corona d'or, 
de lliri la barba... 



Ben embolicats 
dins una nevada, 
del cimall del cel 
han fet la baixada, 
ab un sarronet 
d'esteles de plata... 
Très reys d'Orient, 
très reys can\inavan, 
la corona d'or, 
de lliri la barba... 



Y los bandolers 
allavors s'esglayan, 
que del sarronet 
esteles de plata 
fent molta claror, 
cap al cel pujavan, 
y qu'alla d'allâ, 
dins la volta blava, 
très reys d'Orient, 
très reys caminavan î 

Joseph Pons. 






LIVRES <^ REVUES 

"La Tievue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire. •^^§Î3 Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 

Vivo Prouvênço! 

Le numéro de février de Kivo Prouvênço publie le discours du capoulié 
Devoluy aux fêtes montpelliéraines du VI l'^ centenaire de Jaume lo Conque- 
r idor. 



- 96 - 

Bolleti del Oiccionari de la llengua catalana. 

Sommaire: El centenari del reyEnJaume i" — Estada dels celtes à Cata- 
lunya — et diverses notes à l'usage dels « collaboradors qui tenen poca son ». 

Lletres. 

Dans le n° 9 de "Lletres, suite du voyage de Georges Sand àMallorca, de 
Gabriel Alomar et traductions d'Anatole France, Paul Verlaine, et Ibsen. 
Nous ne saurions trop recommander cette Revue à nos lecteurs à cause pré- 
cisément des excellentes traductions catalanes qu'elle contient. Paraît chaque 
mois. Abonnement: « 5 pesetas à l'any » pour l'étranger. Girona, carrer 
del Nort, 1 o. 

Era bouts dera mountanho. 

Nous lisons dans le dernier numéro de cette Revue, le compte-rendu de 
la fête des Jeux floraux organisée à Saint-Gaudens parl'Escolo deras Pire- 
néos, les 1 5 et 16 septembre 1907, accompagné de photogravures représen- 
tant la Reine et sa cour de jeunes filles en costume gascon, l'arrivée du 
cortège, l'Assemblée au Champ de Mars, etc. 

Ce qui nous intéresse surtout dans ce compte-rendu et ce qui nous 
comble de joie, c'est que les enfants des écoles ont pu prendre part à un 
concours de langue gasconne, que vingt-cinq d'entre eux ont pu obtenir des 
prix et que quatre instituteurs gascons ont pu être félicités pour le succès de 
leurs élèves sans que la moindre dépêche ministérielle soit venue troubler la 
quiétude des uns et des autres. Heureux pays de Gascogne ! Heureux Gas- 
cons qui ne connaissez pas les rigueurs de l'article 16 de l'arrêté du 18 jan- 
vier 1887 et de l'article j3 du règlement scolaire!... 

La cascabellada. 

La « cascabellada » est une danse catalane qui, disent les journaux, a 
obtenu un grand succès pendant ce carnaval à Amélie-les-Bains. Les dan- 
seurs et les danseuses en très beaux costumes catalans ont, paraît-il, fait 
preuve d'un vrai talent chorégraphique et se sont montrés infatigables. Bravo 
pour les danseurs et les danseuses d'Amélie-les-Bains. Bravo pour la casca- 
bellada ! Jl nous plait de constater que le Roussillon n'est pas prêt à aban- 
donner les vieilles coutumes du pays. 

Etnpori. 

La revue catalane Empori, publie dans son numéro Vil, des travaux 
remarquables. Nous en conseillons la lecture à nos confrères de la Société 
d'Études catalanes. Empori est peut-être la plus importante des publications 
barcelonaises. Un coup d'œil jeté sur la liste des collaborateurs suffit pour 
se rendre compte de sa valeur littéraire et artistique. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COMET, Rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



REVUE 



N» 16 15 Avril 1908. 

cî§T)sS.c^'>i.c^Osi<$TNi.ct§TNi. cfgONi^^TNi.c^TNS, ttg'^.i^^TNi.CjgTNi C{§T)s&cg'>&C^/>^ <^Tsi.C^TNi^:§TSi. 

Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 

Les Articles parus dans la Revue m^ ^^ ^^K ^m W ^^ I^J ■< 

n'engagent que leurs auteurs. ^S^A Wk A A AAi^A Asik ^ Av 

c^TS&C^'5>&(^'>&c^TN&.c^TNi c^'»>&Ct§TNi.C^TNi c^TNi!î§TNi.t^'»«i. (^-ÎNit^Ovic^TN^ t^'Ss&.c^Ts^c^'ÎN^ 

COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

J^éunion du "Bureau du 23 wiars 1908 

Présidence de M. E. Verges de Ricaudy, président 

M. Vergés de Ricaudy rend compte de sa mission auprès du 
Congrès de toponymie de la Fédération des Sociétés pyrénéistes. 

Le Bureau décide que ce compte rendu sera inséré dans le 
prochain numéro de la Revue avec les mémoires présentés par 
nos confrères, MM. de Lacvivier et Pastre. 

Si notre confrère, M. Ch. Guiu, veut bien nous donner le 
manuscrit de sa conférence du j6 mars à Prats-de-Mollo, elle 
sera publiée aussi. 

Le numéro d'avril sera, dans ce cas, presque entièrement consa- 
cré au Congrès de toponymie, qui est tout d'actualité. 

On s'occupe ensuite de l'impression de la traduction catalane 
d'Athalie, de dom Ribes. 

M. l'abbé Bonafont, qui a des documents sur la genèse de cette 
traduction et sur la représentation d'Athalie, en catalan, à Thuir, 
en 1788, veut bien se charger de faire une préface. Cette pré- 
face sera en français. 

Un prospectus donnant le titre de l'ouvrage, deux pages de 
texte et un bulletin de souscription, sera encarté en supplément, 
dans la Revue d'avril. 

Le prix de l'exemplaire sera fixé quand le nombre des sous- 
cripteurs sera connu. 

Nouveaux Membres 

Admis du 1 5 Mars au 1 5 Avril 1 908 

M. NouGARET Fernand, professeur au Collège, allée Fontaine-d' Amour, 
Perpignan. 



Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 

COMPOSITION CATALANE O 
Le petit poisson et le pêcheur 

Imiter en prose catalane cette fable de La Fontaine. 

N. B. — Nous ferons remarquer aux jeunes gens qui pren- 
nent part à nos concours mensuels qu'il ne s'agit pas ici de 
traduire au sens exact du mot. Ils devront simplement raconter 
cette fable en catalan et introduire même dans leur devoir, toutes 
les fois que cela sera possible, certaines expressions catalanes 
pittoresques usitées en Roussillon. 

Voici la marche à suivre pour bien faire ce devoir : 

)' Lire attentivement la fable ; 

2° Noter les idées principales ; 

3° Fermer le livre et raconter de mémoire en suivant le plan 
et en prenant bien soin de ne pas penser en français. 

Le meilleur devoir sera inséré dans la J^evue catalane du ]5 mai. 

]1 ne sera pas tenu compte, dans l'appréciation, des fautes 
d'orthographe. 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une noie supérieure à la moyenne 
au concours de Mars 

GAT Y RAT (en collaboration), élèves au Collège. . i3 sur 20 

Fernand LAMAYSOUETTE, élève au Collège. ... 121 2 sur 20 

Marcel GUISSET, élève à l'Ecole supérieure 12 sur 20 

Ambroise MALAPLATE, élève au Collège 10 sur 20 

Ferdinand COLL, apprenti typographe 10 sur 20 

LA GUIDETA, modiste 10 sur 20 

Parmi les concurrents qui n'ont pas obtenu la moyenne mais dont 
le travail a cependant une certaine valeur, nous devons signaler : 

Pierre POUDADE, petit facteur télégraphiste 8 sur 20 

MlMl, élève aux Cours secondaires 8 sur 20 

(1) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint- 
Dominique, avant le i*'' mai 1908. 



COMPTE RENDU 

* *^ DES TRAVAUX * * 

du Congrès de Toponymie 

tenu à Perpignan, le 15 mars 1908. 



«Sr-nv*» 



L'Assemblée générale des sociétés pyrénéistes réunie le 
dimanche i 5 mars, à 9 h. 1/2, dans la salle des délibérations 
de la section du Club Alpin Français, section du Canigou, 
s'occupe d'abord avec beaucoup de soin de questions inté- 
ressantes, mais qui ne sont pas du ressort de la Société 
d'Etudes Catalanes. 

A 10 h. I 2, la parole est donnée à M. Vergés de Ricaudy, 
rapporteur des mémoires présentés au Congrès de topony- 
mie par des auteurs roussillonnais. 

Deux mémoires avaient été présentés par MM. R. de 
Lacvivier et L. Pastre, nos confrères. 

Voici le rapport de M. Vergés de Ricaudy : 

Messieurs, 

Dès la fondation de la Société d'Etudes Catalanes, au nom de 
laquelle je suis ici, cette Société s'est occupée de la dénaturation 
des noms de lieux par les géographes français qui ont dressé 
les cartes en général et en particulier celles du Roussillon. 

Personnellement, ayant constaté, en voyage, les inconvénients 
de ces dénaturations j'avais fait, dans la J{evue Catalane, un article 
suivi d'un vœu. 

Aussi est-ce avec plaisir que j'ai vu qu'à propos du Congrès 
Pyrénéiste, un congrès spécial de toponymie devait avoir lieu ; 
et est-ce avec empressement que j'ai accepté la fonction de rapporteur 



que mon sympathique collègue, le Président de la section du 
Canigou du Club Alpin de Perpignan, M. Soullier, m'a invité à 
y remplir. 

Je suis donc heureux d'ouvrir la série de vos travaux, Alessieurs, 
sur une question si intéressante. 

Je vous demande tout d'abord la permission de vous donner lec- 
ture de ma note parue dans la J^evue Catalane du i5 février 1907 
et de renouveler le vœu que j'y exprimais. Espérons que, grâce 
à vous, grâce aux concours que chacun de vous peut, par son 
influence, mettre en jeu, nous arriverons à un résultat satisfaisant. 

(Ici, M. Vergés de Ricaudy lit l'article sur les noms de lieux 
publié dans le numéro de la J^evue Catalane du i5 février 1907, 
que nous nous dispensons de reproduire). 

Nous avons reçu, dés l'annonce de ce Congrès, le savant rapport 
que voici, relativement au nom d'une localité très rapprochée d'ici 
et à côté de laquelle vous passerez en allant visiter le joyau qu'est 
le cloître d'Elne : la commune de Villeneuve-de-Ia-Raho. 



RAPPORT DE M. DE LACVIVIER 



Villeneuve-de-la-Raho 

Le Cartulaire de l'Eglise d'Elne contient la copie d'un acte de donation 
faite en 932 par Simualdus à ladite Eglise d'une terre située : Jn villa nova 
quem vocant T{adom quondam : affrontât in via qux pergit de J^arbona ad ipsa 
Cîusa. i^Cart. fo 48 : Fossa, no 39). 

C'est ce même texte dont s'est très heureusement servi notre ami, 
M. J. Freixe, pour achever et rendre définitive, de manière à emporter la 
conviction des plus hésitants, sa savante démonstration du passage de la 
T'oie romaine par l'Ecluse et le col du Perthus. 

En 1001, l'évêque d'Elne reçoit de l'abbaye d Arles un alleu situé : 
Jntra fines de villa nova velJ^adoni. ( Cart. f"^ i 96 : Fossa, n^ 97). 

En 101 5, Miro et Sunifred donnent à l'évêque un autre alleu : Jn villa 
nova J{adoni. (Cart. f" 111 : Fossa, n^ 104). 

Pendant tout le moyen-àge cette villa est signalée, dans les textes latins, 
sous ]z nom de : Villa nova de T^atione. [\ 2 jb, 1285, 1396, 1410, i420,erc.j 

C'est aujourd'hui le village de Villeneuve-de-la-Raho entre Elne et 
Perpignan. 



D'où vient ce nom de la 7(aho ? Vient-il de la traduction en catalan du 
de ratione latin ? 

On pourrait le croire à l'apparence, ces deux mots ayant le même sens. 
Mais il est aisé de démontrer qu'il n'en est rien. 

Nous savons, en effet, par les textes cités, que le nom primitif de la villa 
était : Villa J{adoni. 

Nous savons, d'autre part, que le mot 7{ado est devenu rapidement d'abord : 
J{azo. par une loi bien connue d'adoucissement, puis : T^aho, par la chute du 
2 remplacé par une simple aspiration, comme dans T^aoul (de Radulphus), 
7{ahim (de Racemus), et, encore iTeure (de Videre), Chines (pour Azines), 
Baho (pour Bazo), etc. 

J{aho n'est donc autre chose que T^ado. 

Et, pour expliquer la provenance du : de T^atione latin, il suffit de rappeler 
que les clercs et les scribes du xiiT siècle, chaque fois qu'ils ont eu à citer, 
dans leur latin, les noms propres de la langue vulgaire, ont constamment 
cherché à les traduire en les interprétant, en leur adaptant, avec plus ou 
moins de sens et d'ingéniosité, une ctymologie latine, souvent à l'aide d'à- 
peu-près et de jeux de mots ridicules : C'est ce qu'on a appelé la loi du 
calembour. De même qu'ils cherchaient un sens latin aux noms du Canigou, 
des Albères, etc., de même qu ils écrivaient Insulse pour Tlle, de tribus 
malis pour de Tresmals, de même le mot T^ado, prononcé J^aho, devint sous 
leur plume : J^atione. 

Plus tard, lorsqu'on n'employa plus le latin, au lieu d'écrire de J^aho, on 
écrivit : de la 7\aho, par une malencontreuse mais instinctive adjonction de 
l'article. 

C'est aujourd'hui le nom officiel et administratif, et aussi le nom courant 
du village. 11 devrait être : Villeneuve de Raho. 

D'où venait, maintenant, le nom originaire de J^ado ? C'est Alart qui va 
nous répondre : 

11 a cité, en effet, un diplôme de 834, de Lothaire, confirmant en alleu aux 
deux frères Wimar et J^ado, ses vassaux, toutes les tenures que leur père 
avait reçues de Charlemagne, par apprision, qu'il avait tirées du désert, et où 
il avait construit la villa dite Killa nova. 

J\ado n'était donc autre chose qu un nom d'homme comme beaucoup d'au- 
tres noms de localités en Roussillon. 

Telle est l'origine de ce nom de Villeneuve-de-la-Raho quel'on est évidem- 
ment tenté soi-même de traduire pompeusement par Villeneuve de la liaison, 
quoique, on le voit, la raison n'ait rien à voir en cette affaire. 

Ajoutons que le nom latin de ratione a donné lieu à une hypothèse assez 
curieuse : Comme ratio signifie aussi compte (d'où : Livre de raison), on a 
voulu voir à Villeneuve, sur la voie Domitia, un poste ou plutôt un bureau 



central de comptabilité des douanes romaines. Mais les textes cités font 
suffisante justice de cette supposition hasardée : J^ado n'a rien de commun 
avec la comptabilité. 

Au risque d'allonger encore cette note, nous ne pouvons la terminer sans 
parler du Cartulaire de l'Eglise d'Elne, pour insister sur les regrets que doit 
nous donner sa disparition, restée mystérieuse. 11 était signalé encore en i836 
à la Mairie d'Elne, où il était déposé; on en a perdu la trace depuis cette 
époque. 

C'était un gros volume en parchemin, contenant 781 chartes que l'Evêque 
Udalgar y avait fait transcrire en 1 140. 

11 existe une copie de 2)2 de ces chartes, au fond Moreau, à la Biblio- 
thèque nationale : ce sont les copies prises par Fossa comme correspondant 
de Moreau, érudit du xviii' siècle, qui fit copier des documents dans toute la 
France pour le cabinet des manuscrits du Roi. 11 existe aussi un double 
de ces copies gardé par Fossa pour son propre compte. 

A voir la richesse des renseignements de toute nature offerts par ces 
textes, on déplore plus vivement encore la perte de ce précieux Cartulaire : 
On se prend à espérer qu'il n'est peut-être pas détruit, qu'il est seulement 
égaré dans quelque collection privée, d'où il pourra reparaître quelque jour. 

Ces quelques lignes ont surtout pour but d'attirer sur ce point l'attention 
dts érudits et des amis du Roussillon. 

R. DE Lacvivier, Etne. 



Je VOUS demande, Messieurs, après avoir apprécié comme il 
convient ce mémoire si documenté de notre distingué confrère de 
la Société d'Etudes Catalanes, M. R. de Lacvivier, d'appuyer le 
vœu qu'il exprime in fine, au sujet de ce trésor archéologique 
qu'est le Cartulaire d'Elne. 

Mais nous n'avons examiné jusqu'à présent que les noms de 
localités; passons maintenant aux lieux géographiques. 

Là, nos cartes fourmillent encore de plus d'erreurs, j'en ai déjà 
signalées quelques-unes, en passant, dans ma note que je vous ai 
lue ; en voici d'autres non moins graves. 

Prenez la carte de l 'Etat-Major, au hasard, et vous constaterez 
les erreurs suivantes : 

Au sud-est de Prats-de-Mollo se trouve un chaînon de monta- 
gnes qui porte sur la carte le nom de la Bague de "Bordeillat ; le 
géographe a traduit le mot catalan Ubaga par la Bague ce qui 
ne veut rien dire, tandis que Ubaga veut dire : exposé au nord, que 



— io3 — 

le soleil ne huche pas, par opposition au sola qui veut dire : exposé 
au soleil. 

Sur la route d'Elne, à côté du champ de tir, se trouve un coteau 
que la route gravit, et que l'on appelle maintenant la Côte du Ser- 
gent. Ce coteau portait autrefois, en catalan, le nom de Serre Joan 
qui veut dire coteau de Jean, (sur la route d'Espagne, il y a encore 
le puig Joan, qui se traduit par sommet de Jean.) Les deux mots 
Serre et Joan sont devenus sergent, et comme sergent ne voulait 
rien dire, on a ajouté le mot côte, de sorte que la traduction 
actuelle de ce mot serait la côte du coteau de Jean. 

Dans les Albères, nous trouvons le Pic des sept hommes. 

Dans le massif du Cambre d'Aze, un Pic de l'homme mort; 

Au nord du village de Ballestavi, nous trouvons aussi un champ 
de l'homme mort. 

Cela fait beaucoup de cadavres, mais, rassurez-vous, il n'y en a 
jamais eu aucun; le géographe a pris le Pirée pour un homme, il 
a traduit olm qui veut dire ormeau par homme. Ce n'est pas plus 
difficile que cela ! 

Un autre ayant demandé, à un indigène, le nom d'un des pics du 
massif du Canigou et ayant sans doute reçu comme réponse très 
vents, a sérieusement écrit Treize-vents sur la carte. Trois vents se 
comprenait, puisque cette montagne en forme de pyramide 
triangulaire reçoit le vent sur chacune de ses faces, alors que 
treize vent est ridicule. 

Cela me remet en mémoire une histoire que me racontait, dans 
le même ordre d'idées, notre distingué confrère M. Mengel, au 
sujet de la carte de l'Algérie. Lorsque, à propos d'un sommet, 
d'une rivière ou d'un autre accident de terrain, le géographe en 
demandait le nom à son guide, celui-ci lui répondait en arabe 
« je ne sais pas », et gravement le géographe recueillait cette 
réponse, en sorte qu'il y a en Algérie des tas d' « Oued je ne sais 
pas » des « Chott je ne sais pas » des « Djebel je ne sais pas ». 
N'est-ce pas drôle? 

Mais je reviens à mon sujet. 

Vous n'êtes pas sans avoir tous lu sur nos cartes françaises, à 
l'extrémité de la chaîne des Pyrénées, le nom de Cap Creux avec 
un X. Cela a dû vous faire sourire, car un cap est un avancement 
de terre sur la mer, le contraire d'un creux. Un creux s'appelle- 



— 104 — 

rait, géographiquement parlant, une crique, un havre, un golfe. 

C'est encore l'ignorance de la langue du pays qui est cause de 
cette anomalie. Le nom de ce cap lui vient de sa configuration 
qui représente plusieurs croix. En catalan, croix se dit creu, dont 
le pluriel est creus ; c'est pour cela que ce cap s'appelle le Cap 
Creus avec une s. Avec un x c'est un barbarisme. 

Et voyez jusqu'où va l'absurdité de la chose, c'est que, au beau 
milieu du cap, sur l'isthme qui le rattache à la terre, vous pouvez 
lire l'indication : Torre de creus, « Tour des croix ». Ce cap n'est 
pas en Roussillon, mais j'ai cru bien faire de le signaler tout de 
même, parce qu'il fait partie de la chaîne des Pyrénées qui est 
cause de nos réunions de ces jours-ci. 

Mais passons : La carte de l'Etat-Major nous indique encore les 
lieux suivants: remarquez-en bien l'orthographe: 

Saint-Féliu-d'Availl, avec ailt, c'est une commune sur la route 
de Prades. 

Mas Lazerme d'Avail, avec ail, c'est une métairie aux environs 
d'Elne. 

Taxo d'Aval avec al, c'est un domaine dans le territoire d'Ar- 
gelès-sur-mer. 

Et Forge d'Abail avec bail, sur la route de Saint-Laurent-de- 
Cerdans. 

Voilà pour le même mot, qui veut dire en aval, en dessous, qua- 
tre orthographes différentes; nous pouvons même dire cinq; car 
il y a quelques années, un décret a été rendu par le ministre de 
l'Intérieur, décret dont il n'a pas été tenu compte du reste, pour 
que Saint-Féliu-d'Availl s'écrive à l'avenir d'Avail avec ail. 

N'y aurait-il pas lieu de faire uniformiser ces cinq orthographes 
différentes? 

Nous voyons encore, dans la montagne de Nyer, un pla de 
Llozès, et dans le massif du Cambre d'Aze un pic de Llouzes, deux 
mots écrits différemment pour exprimer la même chose qui n'est 
ni Llozés, ni Llouzes, mais bien Lloses qui veut dire: Pierres plates. 

Auprès de Banyuls-sur-mer se trouve un hameau que la carte 
appelle : la Rhétorie avec J^hé comme dans le mot Rhétorique ; 
mais la Rhétorique n'a rien à faire dans cette affaire, c'est J^echrie 
que se dénomme ce hameau, Rectorie qui veut dire: habitation du 
recteur, demeure du curé, presbytère. 



— jo5 — 

Nous pourrions ainsi continuer longtemps sans épuiser le sujet, 
Puigsec pour Pi sec, Trépassés pour très passos, mais il faut s'ar- 
rêter pour ne pas allonger indéfiniment cette séance. 

Et je conclus, Messieurs, ne conviendrait-il pas de réagir contre 
cette déformation des noms de lieux? 11 faut, à mon avis, revenir 
aux noms que nos ancêtres ont donné aux lieux qu'ils ont habités, 
surtout quand ces noms ont une signification propre, signification 
que l'orthographe fantaisiste des géographes ignorants de notre 
langue a défiguré à plaisir. 

Comment faire pour cela? 

Notre distingué confrère M. Louis Pastre, instituteur à Per- 
pignan, va nous en indiquer les moyens. Je vais vous donner lec- 
ture, en le résumant un peu, d'un mémoire qu'il a bien voulu nous 
envoyer à ce sujet: 



RAPPORT DE M. LOUIS PASTRE 



Des moyens à employer pour obtenir le rétablissement 
de l'orthographe des noms de lieux. 

Cette question des noms de lieux, qui préoccupe les féJibres et les 
régionalistes, a une importance capitale pour les amateurs d'excursions et 
pour les alpinistes dont le plus grand souci est de posséder une carte bien 
faite et un guide sûr. Elle intéresse même les profanes. 

On ne peut voir en effet que des choses intéressantes dans cette série de 
noms géographiques dont chacun rappelle un souvenir, un détail particulier, 
une situation pittoresque, etc. Fontrabiosa, Fontpédrosa, Ayguatébia, 
Puigvalador, Puigcerda, Cornella, Valmanya, Cabestany, Rivesaltes, Banyuls- 
dels-Aspres, Palau-del-Vidre, etc., n'est-ce pas là toute une théorie de 
jolis noms défilant sous les yeux de l'excursionniste qui interroge sa carte 
et lui disant tour à tour : « C'est ici que tu verras la fontaine furieuse, rapide, 
abondante, ou bien la fontaine pierreuse, ou bien encore la fontaine aux 
eaux tièdes, etc. ?... » 

Aussi est-il profondément regrettable qu'un grand nombre de noms de 
localités, de montagnes, de rivières, etc. aient été complètement défigurés. 
Dans notre Midi, notamment, ces noms ont été estropiés comme à plaisir 
par les géographes « francimands. » 

Mais c'est surtout en Roussillon que le mal s'est plus particulièrement 
fait sentir. Cela tient évidemment à ce que, parmi toutes les langues d'oc. 



— jo6 — 

la langue catalane est celle qui diffère le plus de la langue officielle par la 
prononciation et par l'orthographe. 

Alart et Pierre Vidal ont signalé dans leurs publications un grand 
nombre de noms de lieux dont l'orthographe avait été modifiée et tout le 
monde est d'accord avec eux pour reconnaître la stupidité de ces modifi- 
cations. Mais cela ne suffît pas. 

Ceux qui ont fait et qui font encore des recherches pour découvrir 
l'étymologie, l'origine vraie des noms géographiques ont droit à notre 
reconnaissance ; et pour nous acquitter envers eux nous avons autre chose 
à faire qu'à nous lamenter en protestations platoniques et stériles. Nous 
devons agir énergiquement : ils nous ont signalé le mal ; notre devoir est 
d'appliquer le remède. 



Examinons les moyens dont nous pouvons disposer. Ils sont au nombre 
de trois : 

/ Le pétilionnement 

Nous avons d'abord le moyen du pétitionnement qui a fait ses preuves en 
d'autres circonstances. 

Quant à la difficulté du pétitionnement, il ne faut pas y songer. 11 suffit 
de vouloir pour réussir : le public ne demanderait pas mieux que de donner 
des signatures aux organisateurs. Certains, indifférents pour tout ce qui ne 
rapporte pas un bénéfice personnel quelconque, signeraient sans grande 
conviction, mais signeraient tout de même du moment qu'ils n'y auraient 
rien à perdre. Certains autres verraient là une occasion de manifester leur 
amour pour la petite patrie et signeraient, au contraire, avec enthousiasme. 
De sorte qu'avec un peu d'activité de la part du Comité organisateur on 
pourrait arriver à obtenir les signatures de presque tous les habitants de la 
région. 



2° "L' intervenu on des députés régionalistes. 

Il existe à la Chambre un certain nombre de députés de toutes les opinions, 
de l'extrême gauche à l'extrême droite, qui se déclarent franchement régiona- 
listes et décentralisateurs. 

Nous pensons que si ces députés étaient saisis d'une protestation éner- 
gique venant de tous les points de la France, ils s'empresseraient de faire une 
démarche auprès des pouvoirs publics et que leur action suffirait pour nous 
faire obtenir ce que nous demandons : une décision ministérielle rétablissant 



— 1 07 — 

officiellement l'orthographe des noms de lieux dans les cartes d'état-major, 
almanachs des postes, indicateurs des chemins de fer, etc. 11 n'est pas néces- 
saire pour obtenir cela de mettre en mouvement la machine législative : Une 
simple circulaire peut réparer le mal pour les noms de lieux de montagnes, 
de rivières, etc., mal orthographiés sur les cartes officielles et sur celles en 
usage dans les écoles publiques. 

3° TJenlenle dans les sociétés. 

L'entente dans les sociétés félibréennes, régionalistes, alpinistes, etc., que 
nous avons gardée pour la fin, est le principal moyen ou plutôt le premier 
des moyens à employer. C'est, en effet, dans les milieux le plus directement 
intéressés qu'il faut d'abord commencer à s'entendre pour la campagne à orga- 
niser. La chose est très facile. Mais une fois l'entente faite, il faut en arriver à 
l'organisation du pétitionnemcnt et à l'intervention des députés régionalistes; 
de sorte que les trois moyens se combinent et n'en forment qu'un seul. 

Il n'est probablement pas de département en France qui ne possède soit 
une école félibréenne, soit un groupe d'études locales, soit un groupe d'ex- 
cursionnistes. Le Club Alpin, par ses sections, rayonne partout. Serait-il 
impossible de s'entendre ? 

La difficulté semblerait plutôt résider dans cette question embarrassante : 
quel est le groupement qui prendra l'initiative du mouvement ? Sera-ce le 
Club Alpin ? sera-ce telle ou telle autre Association ? 

A notre humble avis, c'est au Congrès de Toponymie lui-même qu'il 
appartiendrait de prendre cette initiative. Un comité de cinq membres, par 
exemple, serait chargé de se mettre en relation avec les groupements cités 
plus haut et de recueillir les listes de noms de lieux rectifiés que chacun de 
ces groupements proposerait. 

Ces listes seraient ensuite publiées afin que chacun puisse en prendre con- 
naissance et que les personnes compétentes puissent les contrôler. 

Enfin la liste générale serait arrêtée définitivement, après discussion, et 
adressée aux députés régionalistes avec la signature de milliers de personnes. 

La Société d'Études catalanes prépare déjà une liste pour le Roussillon. Si 
dans chaque groupe on en fait autant et si surtout le Congrès de Toponymie 
décide de prendre l'initiative du mouvement, nous aurons la joie de voir 
disparaître à jamais de nos cartes, guides, almanachs, etc.. les dénominations 
absurdes qui y fourmillent et qui constituent, dans certains cas, la plus gros- 
sière insulte au bon sens. 

Le Congrès ferait certainement oeuvre utile en prenant une telle initiative, 

et tous ceux qui. en France, s'intéressent au régionalisme et au félibrige y 

applaudiraient des deux mains. 

Louis Pastre. 



— 1 o8 — 

Je soumets les propositions de A/l. Pastre à l'assemblée. 
11 y a quelque chose à faire si nous voulons aboutir; et ne 
ferions-nous qu'arrêter cette dénaturation, il faudrait encore le faire. 
C'est une œuvre morale de régionalisme à laquelle nous devons 
nous attacher. 

Le rapporteur, 
E. Vergés de Ricaudy. 



Cette lecture terminée à ii h., le Congrès attendu à la 
Mairie où la Municipalité offrait à ses membres un apéritif 
d'honneur, leva la séance. Elle fut reprise, l'après-midi à 
5 h, i 2, sous la présidence de M. Alphonse Meillon, pré- 
sident de la section de toponymie de la Fédération des socié- 
tés pyrénéistcs. 

M. Meillon communique au Congrès les décisions prises 
à l'effet d'organiser et de faire, au point de vue toponymi- 
que, un travail d'ensemble pour toute la région pyrénéenne. 

Cette région serait divisée en quatre parties : i ° les Provin- 
ces basques; s*" le Béarn et le Bigourdan; 3° le Languedoc; 
4° le Roussillon. Dans chacune de ces régions, il y aurait 
une commission ayant à sa tète un délégué ; cette commis- 
sion nommerait à son tour dans sa région des correspon- 
dants auxquels seraient remjses des fiches uniformes à rem- 
plir. Ces fiches seraient soumises à l'approbation de la com- 
mission régionale qui les transmettrait à la section centrale. 

Cette organisation très pratique est acceptée. 

Après quoi l'assemblée approuve les conclusions du mé- 
moire de M. Pastre pour obtenir des pouvoirs publics la 
rectification de l'orthographe des noms de lieu: pétitionne- 
ment, intervention des députés et sénateurs régionalistes, 
entente avec toutes les sociétés et fédérations régionalistes 
et félibréennes, pyrénéistes, club alpin français, etc. 

M. Vidal, bibliothécaire de la ville, et M. Vergés de 
Ricaudy sont officiellement désignés pour l'organisation du 
relèvement toponymique en Roussillon. Le comité de cette 



— 109 — 

région sera formé par la Société d'Etudes catalanes qui a 
des adhérents dans toutes les parties du département. 

Le Congrès s'associe également au vœu présenté par 
M. de Lacvivier, sur le très grand intérêt qu'il y aurait à 
retrouver le célèbre Cartulaire d'Elne égaré sans doute dans 
la bibliothèque d'un archéologue collectionneur tropexclusif. 



Le Congrès des sociétés pyrénéistes s'est ensuite trans- 
porté à Prats-de-Mollo, où il a été reçu avec enthousiasme 
par la société des Touristes du Haut-Vallespir, la munici- 
palité et la population Pratéenne. 

Au cours d'une séance tenue le 16 au soir, notre confrère 
M. Ch. Guiu, receveur de l'enregistrement, en souhaitant la 
bienvenue aux congressistes, a donné une conférence que 
nous sommes heureux de reproduire ici : 

PRATS-DE-MOLLO 

LES FASTES DE SON HISTOIRE. SON AVENIR 

Mesdames, 

Mesdemoiselles, 

Messieurs, 

Les montagnards, quand ils sont assez fous pour nourrir des 
ambitions, ne peuvent nourrir que des ambitions élevées : ils 
dominent de si haut le reste des humains, ils respirent un air si 
pur ; n'est-ce pas pour eux que sont les premiers rayons de 
l'aurore ? pour eux aussi, les premiers grondements des orages ? 

Ce soleil qu'ils regardent en face comme les aigles, ce tonnerre 
dont les formidables échos se répercutent de vallée en vallée pour 
leur prouver le vide des bruits de ce monde ; cet air des hautes 
cimes, dont la fraîcheur matutinale vivifie leurs poumons et rend 
leur organisme plus léger ; cette sobriété, que leur imposent pour 
leur plus grand bien, les conditions même de leur vie laborieuse; 
tout cela exalte leurs facultés, et se sentant capables de faire 



beaucoup et de faire bien, ils ne connaissent plus de bornes à leurs 
désirs. 

C'est ainsi qu'ils avaient espéré qu'un des éminents pyrénéistes, 
que je suis heureux de saluer ici. voudrait bien prendre la parole, 
et que nous aurions cette joie, d'entendre sortir d'une bouche 
autorisée, l'éloge de nos vallées. 

Ils avaient compté que, soit M. le comte de Saint-Saud, le 
cartographe et le conférencier à la compétence si unanimement 
reconnue, soit M. Le Bondidier, mon cher collègue, qui partage 
une admirable activité entre l'administration qui le compte parmi 
ses agents les plus distingués et le culte de la montagne, voudraient 
bien nous dire l'impression faite sur leur esprit et peut-être sur 
leur cœur, par leur traversée du haut Vallespir. 

Alais Perpignan et Amélie-les-Bains nous ont ravi ce plaisir, et 
l'on m'a demandé, à moi très indigne, non point de remplacer l'un 
de ces Messieurs, mais de venir vous dire ce que j'ai trouvé dans 
de vieux documents que, beaucoup par goût et un peu par profes- 
sion, en suivant la voie largement ouverte par mon prédécesseur, 
l'érudit M. Albert Salsas, j'ai eu l'occasion de compulser. 

Ma seule ambition, à moi, qui ne suis montagnard qu'à demi, 
sera d'essayer de dérouler devant vos yeux les titres d'honneur de 
nos vallées, en particulier de ce Prats-de-Mollo, leur capitale, qui 
s'enorgueillit de vous posséder aujourd'hui dans ses murs. 

Je ne risque à cela que deux choses : la première, de retenir trop 
longtemps votre attention et d'abuser de votre indulgence ; la 
seconde, de tromper le désir de mes compatriotes et de ne donner 
à leur piété filiale qu'une partie de ce qu'elle attend. 

Puisque le vin est tiré, nous allons, si vous le voulez bien, le boire 
et le boire gaiement. — Nous ne ferons que deux libations: l'une 
aux mânes des ancêtres, ainsi qu'il convient ; l'autre à l'avenir qui 
s'ouvre devant les hommes de nos vallées. 

Tout d'abord où sommes-nous ? En quels lieux. Mesdames, 
Mesdemoiselles et Messieurs, vous a entraînés votre soif de ne 
rien ignorer de ce qui fait la grandeur et la beauté des Pyrénées? 
Où est donc situé ce Prats-de-Mollo auquel vous faites le grand 
honneur de demander aujourd'hui l'hospitalité ? 

Voici : 

Nous sommes les plus méridionaux des catalans français; nous 



sommes le canton le plus méridional de France ; notre Tech est 
la plus méridionale des rivières, je devrais dire des fleuves, qui 
arrosent la grande patrie. 

Pour nous, Perpignan, Narbonne, Montpellier, Marseille, 
Nice sont au Nord. Plus au nord encore : Toulouse, Bayonne, 
Bordeaux. 

Enfin à l'extrême horizon, la grande capitale, dans unerégion si 
embrumée, spectal ad arctos, que pour vivre elle a besoin de sucer 
le plus chaud et le meilleur du sang de France. 

Revenons vite au pays du soleil : 

Pampelune, Bilbao, Oviedo, la Corogne, San-lago de Com- 
postelle, Parme, Modane, Pise, Florence elle-même, sont moins 
bien placées que nous, sur l'échelle idéale à laquelle l'Equateur 
sert de base. 

Passez sur nous le niveau égalitaire de la latitude géographique 
et vous nous trouverez plus bas que le cap Corse ; à la hauteur de 
Burgos, de Léon et de Lagrono, les Castillanes ; de Rosas, la 
Catalane ; de Sienne et de Pérouse, les Italiennes. 

Nous n'avons qu'à mettre les pieds sur la frontière, pour voi- 
siner avec les perles de la Catalogne transpyrénéenne, Vich, Olot, 
Gérone et Ripoll. Quelques pas de plus, que vous franchirez 
demain, nous sommes à Barcelone, la grande capitale ; Barcelone 
si accueillante aux français ; Barcelone la reine de la Méditer- 
ranée occidentale. 

Défendu au Aord par le Canigou, le grand ancêtre blanc, à la 
rude et puissante sollicitude ; à l'ouest, parles Esquerdes de Roja 
et le Costabonne pyramidal ; au sud, par la ligne de faîte sur 
la frontière de Coll Pragon à Coll de Malrems, par iSoo"" d'alti- 
tude ; à l'est, par Puig Colom et les Baus de l'Ase, si voisins 
l'un de l'autre que le Tech gronde et se fatigue à franchir ces 
défilés qu'il s'est laborieusement creusés, Prats-de-Mollo défie le 
temps, les vents, les hivers et les hommes. 11 a résolu ce problème 
de vivre entre le Canigou et la frontière d'Espagne! et — plutôt 
que de se laisser écraser par l'un ou par l'autre — d'ouvrir ces 
formidables mâchoires, de faire reculer la montagne en lui arra- 
chant, lambeau par lambeau, ses prés, ses champs et ses bois. 

Mais aussi quel soleil et quelle lumière ! quelle fraîcheur et 
quelle verdure ! quelles eaux limpides et bondissantes ! quelle 



112 

atmosphère de cristal ! quelle exubérance de vie sous le climat le 
plus tempéré de France 1 

Rassurez-vous, pour arriver au berceau de Prats-de-Mollo, ce 
ne sera pas à l'époque de la Pierre Polie qu'il nous faudra remon- 
ter, quoiqu'on ait récemment trouvé aux flancs du Mont Falgas 
quelques outils de cet âge reculé. 

Le Vallespir ne doit rien aux Romains, si ce n'est son nom de 
Vallis Mspera, l'âpre et rude vallée. Rien non plus aux Carthagi- 
nois, ni aux Arabes, ni aux Phocéens ni aux Génois, sauf quel- 
ques mots encore en usage dans le catalan moderne. 

Depuis les temps reculés où les Pyrénées cessèrent d'être les 
primitives montagnes du feu pour se couvrir d'épaisses forêts, jus- 
qu'au huitième siècle de notre ère, l'histoire et la légende sont 
muettes sur Prats-de-Alollo. 

Son origine historique, nous la trouvons dans la fondation, par 
les bénédictins de la grande abbaye d'Arles, d'une manse, et d'une 
chapelle dédiée aux saintes Juste et Rufine, les martyres andalouses. 
Là, comme partout à cette époque, les moines mettaient dans les 
mains des paysans, les cognées qui devaient faire les premières 
brèches dans la sylve originelle. 

La ferme primitive s'agrandit, un hameau se forma, la vie agri- 
cole envahit toutes les bonnes terres de la vallée. Le seigle, le 
froment et la vigne couvrirent le pied des coteaux. Et jusqu'à 
l'époque où une peste, un phylloxéra d'avant la lettre, vint détruire 
tous les vignobles du pays, ces trois cultures suffirent à la vie de 
nos ancêtres. 

Un seul nom est parvenu jusqu'à nous, celui de l'évêque Hilde- 
sinde qui consacra la première des trois églises qui se sont succé- 
dées, sur la colline qui domine la ville basse actuelle. 

Mais cette paix, — - fortunatos nimium agricolas ! — était trop 
profonde, la période militaire allait commencer. Nos vallées 
échurent tour à tour à ces princes carolingiens qui laissèrent 
tomber en quenouille le sceptre de Charlemagne ; puis à leurs 
vassaux, devenus suzerains à leur tour, qui se taillèrent chacun une 
principauté à sa taille. 

Toutes les querelles de l'Aragon avec la Castille et avec la 
France, la conquête de Louis XI, la reprise du Roussillon par 



dm l Wm a\ S^ l Ja 

TRADUHIDA EN VERSOS CATALANS 

Per Dont Mjq-uel JiJBES 

Prior de l'Abadîa de Sant- Miquel-dc-Cuxâ 
seguns h manuscrit original de ]J'J4 



"Puhlicat per la primera vegada per la Scdeiat d'Estudis Catalans 

Athalîa 

Era durant l'horror d'una profunda nit ; 
Ma marc JczabeJ à mos uîls s'es mostrada, 
Aixî com quan mon' pomposament parada ; 
La mort no Uevâ rcs de sa ferocitat ; 
Ella portaba encara eix llustrc manllevat 
Ab que no descuydâ de adornar sa cara, 
Per reparar dels anys lo dany qui no 's repara : 
« Tremola, ella m'ha dit, fiUa digna de mi ; 
L'injust Deu dels Juhcus, qui sempre 'm perseguî. 
Te persegueix... ay ! tem sos brassos rigorosos, 
O ma filla ! Acabant eixos mots cspantosos, 
L'ombra sobre mon llit apareix s'acatar. 



Y jo YuU allargar ]as mans pcr l'abrassar, 
Pero no trobo mes, sino una massa horrible 
D'ossos, de carn, de sanch, espectacle terrible! 
De pedassos sangrents, de membres afeats, 
Que 's disputan entre ells molts gossos afamats. 

Abner 
Gran Deu ! 

Athalîa 

Dins eix desordre à mos ulls se présenta 
Un jove infant cubert d'una roba Uuenta, 
Tais que son deis Hebreus los sacerdots vestits. 
Sa vista ha ranimât mos abatuts senîits : 
Pero quan revingut de ma por tant funesta, 
Admiro sa dolsura y sa cara modesta, 
He sentit al instant un matador acer 
Que '1 traydor en mos pits enfonsâ tôt enter. 

D'un somit tant estrany las imatges pintadas 
Per casualitat pcnsau foren formadas, 
Jo mateixa algun temps, confusa de ma por, 
Penso qu'es lo produit d'algun nègre vapor. 
Pero d'aquell recort l'anima previnguda, 
He dos voltas dormint eixa idea tinguda; 

Y dos voltas mos ulls se veren retratar 
Aquell mateix infant à punt per me matar. 
Cansada dels horrors dels quais so perseguida, 
Vull suplicar Baal de vetllar à ma vida, 

Y cercar lo repos prop de sos altars sants. 
Que no pot lo terror sobrs '1 cor dels humans ! 



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— ii3 — 

l'Aragon, les guerres qui ensanglantèrent la moitié orientale des 
Pyrénées, englobèrent nos vallées dans leur flux et reflux perpétuel. 
Qu'il me soit maintenant permis de feuilleter à votre intention 
l'histoire catalane, à chaque page de laquelle — partout où du 
sang fut largement versé pour de nobles causes, — nous sommes 
fiers de lire le nom de Prats-de-Mollo. 

Au fond de leurs vallées, insoucieux et libres, nos ancêtres eus- 
sent entassé, dans la paix de leurs travaux agricoles, printemps 
sur printemps plutôt qu'hivers sur hivers, s'ils n'avaient pas eu 
deux ennemis : le premier, dans leur tempérament belliqueux, si 
unanimement réputé que, dans les armées catalanes, des sept con- 
tingents fournis par les villes royales, c'était le leur qui mar- 
chait en tête, à la suite des enseignes de Perpignan. 

Le second de ces ennemis était la situation de leur pays, au 
carrefour de plusieurs chemins d'invasion. Combien de fois le col 
d'Ares et le col Pragon, les montagnes de Roja et le Pla Gui- 
Ihem ont-ils permis tour à tour aux Français et aux Espagnols, de 
passer de la vallée de la Tet dans celle du Ter, avec équipages 
et canons ? 

Combien de fois ces mêmes cols, et leurs voisins de Bernadell 
et de Malrems, ont-ils livré passage à des armées qui, après avoir 
tourné Prats-de-Mollo, descendaient le long du Tech, jusqu'à la 
plaine ? 

Une période, sur laquelle vous me permettrez de m'arrêter 
davantage, présente une physionomie particulière. Je veux dire la 
résistance de nos ancêtres à la seconde et définitive conquête, celle 
de Louis XIV, résistance acharnée s'il en fut, opposée aux vieilles 
troupes françaises par les miejueleh soulevés au cri de « vive le roy 
et meure le mauvais gouvernement. » 

C'est une curieuse histoire que celle des Miquelets catalans. La 
première mention en est faite au xvi* siècle, et ils paraissent tirer 
leur nom d'un de leurs chefs, Miquel Miquelot, de Prats (Prats- 
de-Mollo?) à la solde de César Borgia, et dont les exploits eurent 
pour théâtre les terres napolitaines. 

Aventureux, indisciplinés, mais très braves et très gais, les Mique- 
lets étaient bien les petits-fils de ces Catalans établis en Sicile qui 
volèrent au secours d'Andronic quand les Turcs parurent aux por- 
tes de Constantinople. Le vieil empire d'Orient, que ces ancêtrer» 



— H4 — 

sillonnèrent dans tous les sens, avait retenti de leur nom. Athènes 
elle-même, alors en la possession du français Gauthier de Brienne, 
les avait vus dans ses murs. Et cette poignée d'hommes eût été 
maîtresse des destinées des peuples qui allaient tomber sous le 
joug musulman si, unie et disciplinée, elle avait su obéir à un 
chef. Des rivalités intestines, qui se vidèrent toujours dans le sang, 
bornèrent son rôle à la garde du duché d'Athènes, sous la ban- 
nière d'Aragon. 

Que devaient être de tels hommes, sur leur terre natale, atta- 
chés au flanc des troupes d'invasion et inaugurant cette lutte de 
guérillas qui usa en des temps plus modernes, jusqu'au dernier 
homme des armées de Napoléon en Espagne? 

En j655, quelques centaines de montagnards, sous la conduite 
de Thomas de Banyuls, se joignent à la garnison de Puycerda et 
s'opposent, dans les défilés de l'Ariège, à l'entrée du Régiment 
de la Reine dans le Capcir ; six cents soldats et tous les bagages 
restent entre leurs mains. 

A quelques temps de là (1667 et 1668), les populations du 
Vallespir, invoquant les constitutions de Pèdre 11 et Jayme 11 
— qui exemptaient formellement de l'impôt sur le sel la Catalo- 
gne, le Roussillon et la Cerdagne — se soulèvent avec un tel 
ensemble que le Gouverneur de la province, le catalan François 
de Sagarra, acquis à la domination française, doit marcher contre 
elles en personne. Massés dans le haut Vallespir, à quatre lieues 
de Prats-de-Mollo, les Miquelets se jettent sur la colonne fran- 
çaise, au moment où elle franchit les défilés du Pas-du-Loup, et 
la rejettent sur Corsavy et Arles. Après un siège de neuf jours 
dans cette dernière place, Sagarra, l'énergique Sagarra lui-même, 
obligé de capituler, s'engage à supprimer les gabelles pour tout 
le Vallespir, jusqu'au pont de Céret. 

Ce traité dut être bientôt dénoncé, car deux ans après, les 
gabelous arrêtent un homme de Prats-de-MoIlo, nommé Just. A 
la tête de cinq cents paysans, Josep Trinxeria, dont cette affaire 
fonda la réputation, se jette dans la place, réduit le Gouverneur 
français à se réfugier dans l'église et ne se retire qu'après avoir 
délivré Just. 

Cet exploit accompli, les Miquelets de Trinxeria, au nombre 
de quinze cents, descendent la vallée jusqu'à Céret, y font prison- 



nière une compagnie de cavalerie et résistent aux colonnes envoyées 
contre eux jusqu'à ce qu'on leur oppose une armée de quatre 
mille hommes, sous les ordres du marquis de Chamilly. 

Ce fut la fameuse révolte des Mngeleh, au cours de laquelle 
les habitants de Prats-de-Mollo, de concert avec les montagnards, 
jetèrent bas leurs murailles et les tours qui les flanquaient. Ces 
fortifications ne devaient être rétablies — par les soins des offi- 
ciers de Louis XIV mais aux frais de la ville — qu'en i683. A 
quelques modifications près, cette reconstruction est l'origine de 
l'enceinte actuelle. 

A peine rejetés en Catalogne, les Miquelets en sortent dès que 
la guerre reprend entre la France et l'Espagne. Ils marchent de 
pair avec les troupes de San Germa. Ce vice-roi leur doit la plu- 
part des succès qui marquent la campagne de 1674. Ils échouent 
néanmoins à l'attaque de Prats-de-Mollo, en dépit des quatre 
canons dont ils disposent et du secours du Gouverneur de Cam- 
prodon. Mais ils rachètent cet insuccès en coopérant au siège de 
Céret, à l'occupation d'Arles et aux nombreuses affaires auxquel- 
les donna lieu l'investissement de Fort-les-Bains. Josep Trinxeria 
se signale comme toujours, en livrant un combat heureux à cinq 
cents hommes qui cherchaient à se jeter dans cette dernière place. 
A quelques jours de là, il fait main basse sur un convoi de cent 
quarante mulets destinés à les ravitailler. 

Cependant, Fort-les-Bains bien défendu ne devait pas succom- 
ber, et le troisième maréchal de Schomberg le délivra. Pendant 
tout le reste de la campagne, les Miquelets parcoururent la Cer- 
dagne et incommodèrent à tel point les Français que Schomberg 
envoya contre eux le général de sa cavalerie, Juan de Ardena. 
Mais ce malheureux officier périt dans une embuscade, de la main 
même d'un émule de Trinxeria, le bailli de Bassagoda, Lambert 
Manère. 

Cet insuccès prouva à Schomberg la nécessité d'opposer mique- 
lets à miquelets. Mais les compagnies qu'il organisa ne semblent 
pas avoir gêné les triomphantes expéditions de Trinxeria à travers 
tout le Roussillon « jusqu'aux portes de Perpignan», dit un auteur 
catalan contemporain de ces événements, Feliu de la P'efia. 

Pour rendre quelque sécurité à la conquête française, il fallut 
que le maréchal de Navailles fît campagne contre les miquelets. Six 



— ir6 — 

semaines durant, il les poursuivit et les rejeta de Cerdagne. Mais 
Trinxeria ne tarda pas à les rallier et Navailles organisa à son 
tour des compagnies de miquelets roussillonnais. 11 n'en retrouva 
pas moins les montagnards au siège de Puycerda, et peu s'en fallut 
que leur bravoure n'empêchât cette place de succomber en mai i 678. 

Le vieux chef catalan, auquel la paix de Nimègue créa des loi- 
sirs forcés, sortit de l'inaction par un coup d'éclat, au printemps 
de 1684, en faisant prisonnière, de concert avec le marquis de 
Leganès, général de la cavalerie espagnole, la garnison que le 
maréchal de Bellefonds avait laissée dans la place de Bascara. 

La longue et belle carrière de Josep Trinxeria devait se termi- 
ner, pour le punir sans doute d'avoir trop vécu, de la manière qui 
pouvait lui être la plus amère : la défection de ses miquelets. La 
prise de Camprodon par le maréchal de Noailles, successeur de 
Navailles — dont l'armée, partie de Prats-de-Mollo, avait trans- 
porté par le col d'Ares, au prix de fatigues inouïes, douze canons, 
dont six de gros calibre, et deux mortiers — fut attribuée à une 
prétendue trahison du vieux chef. La vérité fut, qu'abandonné sous 
un prétexte futile par ses hommes, qui entraînèrent dans leur défec- 
tion les recrues du somaten, il fut mis hors d'état de secourir la ville. 

L'histoire est désormais muette sur Josep Trinxeria, et aussi 
bien que sa naissance, nous ignorons quelle fut la fin de ce vail- 
lant. On ne sait même pas si le Blas Trinxeria, que les miquelets 
prirent pour chef quelques années plus tard et qui commanda 
ensuite les troupes espagnoles de Naples, avec le grade de Mestre 
de Camp, était ou non le fils de Josep. 

Me pardonnera-t-on d'avoir rappelé — avec trop d'orgueil peut- 
être — cette gerbe de souvenirs ? 

Nous comprendrons mieux cette résistance si nous mettons en 
parallèle les franchises de cette république autonome que consti- 
tuaient la ville et le territoire de Prats-de-Mollo sous la domina- 
tion à peu près nominale de l'Aragon, et le régime qui l'attendait 
sous le gouvernement de Louis XIV, centralisateur à outrance, et 
qui refondait alors la France dans un moule qui ne devait pas être 
brisé de si tôt. 

Prats-de-Mollo fut, depuis i32i et quatre siècles durant, avec 
Perpignan et Thuir, l'une des trois villes royales, qui possédaient 
quatre consuls. 



— 117 — 

Ces magistrats, élus pour un an par l'assemblée générale de leurs 
concitoyens, régissaient la cité dans des conditions d'autonomie 
civile, financière et politique que ne connaissent plus les communnes 
modernes. 

Le roi n'avait d'autre représentant dans la région que le baille 
de Prats-de-Mollo; lequel, toujours choisi parmi les notables de 
la ville, jouissait des droits les plus étendus, y compris celui depro- 
noncer une sentence de mort. Les archives de la Commune conser- 
vent la teneur d'un jugement rendu en 1624 par le baille et 
condamnant deux voleurs à la peine capitale; la sentence fut 
exécutée le 21 décembre de la même année. 

Ce privilège exorbitant qui donnait pleine et entière juridiction 
à nos bailles leur fut accordé par le roi don Pèdre le 14 décem- 
bre i36i, et confirmé par l'infant don Juan le 28 juillet 1 385 — 
Ce fut en vain que les gouverneurs et viguiers du Roussillon 
essayèrent de le leur retirer; nous le possédions encore dans le 
courant du xvu' siècle. 

Les vieilles franchises, soigneusement codifiées, étaientobservées 
avec un soin jaloux. Une quarantaine de citoyens, chacun avec 
des attributions spéciales et bien définies veillaient à tous les dé- 
tails d'une administration à laquelle l'Aragon restait étranger. 

On n'a d'autres exemples de l'intervention du pouvoir central 
dans les affaires locales que pour étendre les prérogatives des 
consuls et pour modifier leur mode d'élection. 

La domination française sapa lentement toute cette constitution, 
et tandis que d'autres régions lui étaient redevables de progrès 
sensibles dans la voie des franchises municipales, Prats-de-MoIlo 
descendit d'une quasi indépendance à un régime qu'il taxait de 
tyrannie. De là ses résistances et ses révoltes. 

Nos ancêtres étaient devenus Français de cœur quand la période 
révolutionnaire, en rouvrant le grand livre des guerres qui ont eu 
les Pyrénées pour théâtre, vint les rejeter en pleine fournaise. 

Si le temps me le permettait, je dirais encore un mot de ces 
luttes épiques. Il faut me borner à rappeler pour mémoire les 
deux ou trois nouveaux sièges que soutint encore Prats-de-Mollo, 
les diverses tentatives infructueuses de ravitaillement par le pla 
Guilhem ; et les trahisons qui, par deux fois, firent tomber les 
armes des mains de ses défenseurs. 



— ii8 — 

Les deux dernières invasions, celles de 1793 et 181 5, furent 
fatales à l'industrie de la laine. C'était l'une des deux grandes 
branches d'activité des habitants de Prats-de-Mollo, tous agricul- 
teurs ou drapiers, sauf l'élite, qui, sous la robe du prêtre ou 
l'uniforme du soldat, allait porter au loin le bon renom de nos 
montagnes. Les parayres ou fabricants, qui constituaient une corpo- 
ration florissante, furent amenés en captivité chargés, maîtres et 
ouvriers, de leurs propres pièces de drap. Beaucoup ne revinrent 
jamais. Les rançons que l'on dut verser pour racheter les plus heu- 
reux, les ruinèrent. 

La seconde invasion détruisit le peu que la première avait 
laissé subsister et ce fut une longue suite d'années misérables du- 
rant lesquelles les habitants de Prats-de-Mollo n'eurent pas tous 
les jours assez de pain de seigle et de blé noir pour apaiser leur 
faim. 

Vers i85o, la maladie de la pomme de terre vint aggraver 
encore cette situation. Nous sommes loin, grâce à Dieu, du temps 
où nos agriculteurs étaient réduits à utiliser pour semences les 
pelures des tubercules qui avaient servi à leur nourriture ! 

La conséquence heureuse de ces disettes fut une extension 
considérable du périmètre cultivé, périmètre qui atteignit sa plus 
grande dimension il y a une vingtaine d'années, époque à laquelle 
le développement de l'industrie de l'espadrille vint apporter un 
aliment indéfini à l'activité de nos laborieuses populations, en 
pleine prospérité aujourd'hui. 

Je m'interromprai, un instant si vous le permettez. 

De précieuses bonnes volontés se sont chargées d'illustrer mon 
texte. 

Vous allez entendre dans leur naïve et majestueuse simplicité 
quelques vieux airs catalans £/ Très d'avril et Lo Pardal, qui 
vous donneront une idée de la langue que nous parlons encore. 

D'autre part, grâce à l'un de nos vices-présidents aux T. H. V., 
artiste et photographe, Monsieur Berny, un certain nombre de 
ces paysages que des heures trop brèves ne nous ont pas laissé 
le plaisir de vous faire visiter, défileront devant vos yeux. 



— 119 — 

]] 

Votre rapide promenade dans nos environs, la traversée de 
la pittoresque Ville d'Amont, votre visite de la vieille église 
encerclée dans une ceinture de remparts comme une cathédrale 
fortifiée de ville russe, votre ascension du Fort Lagarde vous ont 
donné une idée du Prats-de-Mollo actuel. 

11 ne nous reste qu'à nous tourner vers l'avenir. 

Cet avenir, je le vois dans la mise en œuvre de trois éléments : 

La salubrité exceptionnelle de notre climat merveilleux ; 

Les richesses naturelles de notre sol ; 

La situation de nos vallées comme centre de tourisme. 

Cet avenir, je voudrais que vous me permettiez de le mettre 
sous votre protection : un phénomène auquel je ne connais encore 
aucune exception est celui-ci : Personne n'a vécu quelques heures 
dans nos vallées sans être pris, je ne dis pas de la velléité, mais 
du besoin d'y revenir. Nos montagnes s'imposent à la mémoire 
de ceux qui les ont vues une fois, comme celles où il est le plus 
agréable de vivre, loin du tumulte de la ville, des jours lumineux, 
dans la paix profonde des vallons recueillis et ombragés. 

Vous n'êtes point pour nous, Mesdames, Mesdemoiselles et 
Messieurs, des passants que le caprice d'un jour égara dans nos 
régions. A l'heure où vos bons génies et les nôtres se concertèrent 
pour diriger vos pas vers le haut Vallespir, vous avez été 
marqués pour y revenir, et pour y revenir bientôt. 

Que ce soit pour des villégiatures, que ce soit au contraire 
pour y passer les mois de l'hiver, touristes, valétudinaires ou 
artistes, un jour sera où vous nous ferez l'honneur de nous rede- 
mander l'hospitalité. 

En vous intéressant dès aujourd'hui aux problèmes qui se 
posent dans nos vallées, vous ne ferez pas seulement œuvre de 
solidarité pyrénéiste, vous multiplierez, s'il est possible, les 
agréments que vous goûterez vous-mêmes dans le haut Vallespir. 

Le premier de ces problèmes est déjà à moitié résolu : celui 
des voies de communication. Sans doute, l'achèvement du chemin 
de fer électrique, en faveur duquel vous venez d'élever énergique- 
ment la voix dans la réunion générale de Perpignan, ne se pour- 



1 20 



suit qu'avec une désespérante lenteur. Sans doute, on fait encore 
cette erreur de le considérer comme une ligne de fantaisie qui ne 
couvrira pas ses frais d'exploitation. Ai-je besoin de dire, à vous 
touristes, à vous savants, à vous ingénieurs, que c'est là une vue 
absolument erronée? 

Que cette crainte se fût élevée au sujet de la ligne des Tram- 
ways du Roussillon, déjà sillonné par trois voies ferrées, nous 
le comprendrions. Mais pour nos montagnes qui attirent de jour 
en jour un nombre de touristes plus considérable ; pour nos mon- 
tagnes qui regorgent de fer, de cuivre et de marbre ; pour nos 
montagnes qui exportent un tonnage considérable de bois et de 
produits agricoles, c'est la plus criante des injustices. 

Bien au contraire, des hommes particulièrement compétents 
ont regretté que la ligne du Haut-Vallespir ne soit pas construite 
à voie normale. Ils voient là une faute lourde qui retardera de 
plusieurs années la jonction par voie ferrée de Prats-de-Mollo à 
Camprodon et Ripoll. 

On criera peut-être à l'utopie. Mais qui avait donc raison, lors 
de la construction de la ligne de Céret, de ceux qui voulaient 
l'arrêter au chef-lieu de l'arrondissement, estimant qu'il suffisait 
de desservir le tribunal, ou de ceux qui avaient pressenti le mer- 
veilleux épanouissement minier et industriel d'une vallée encore 
inexplorée? A quoi doivent leur ouverture les mines de Batère 
et de La Pinouse, cependant connues depuis des siècles, et encore 
celle de Palalda, si ce n'est précisément à cette voie ferrée qu'el- 
les chargent tous les jours d'un merveilleux tonnage? 

Ce qui est l'histoire d'hier pour la vallée inférieure sera l'his- 
toire de demain pour les gisements de fer du Coral et du Thu- 
bert, pour les gisements de pyrites de la Preste. De même les 
beaux granits de la haute vallée ne seront utilement exploitables 
que lorsque la voie ferrée dépassera Prats-de-Mollo d'une dizaine 
de kilomètres. 

Evidemment, nos montagnes recèlent des éléments d'une assez 
grande valeur pour qu'on puisse charger leur exploitation des frais 
de transport en charrette jusqu'à Arles-sur-Tech, la gare-terminus 
actuelle. 

Telles sont les carrières de marbre blanc de la Preste, telles 
encore les diverses mines de cuivre et de zinc de la région, : celles 



du Coral-Cal-Pubill, étudiées depuis i8c)9 par MM. Guiu et Pujol ; 
celles de la Preste, depuis iqoS, par M. Ernest Guiu, celles 
du Thubert auxquelles s'intéresse depuis 1904 M. Berny, 
jusqu'aux filons du Costabonne que M. Carbonneil a commencé à 
faire sonder en 1905. 

J'ai donné tout-à-1 'heure comme probable le raccordement par 
voie ferrée, dans un avenir plus ou moins lointain, de la vallée 
supérieure du Tech à la vallée du Ter, par la construction du tron- 
çon Prats-de-Mollo-Camprodon-Ripoll. 

A beaucoup d'esprits pondérés, ce seul énoncé paraîtra fou. 

Et cependant! le jour fatalement prochain où Camprodon, la 
florissante cité industrielle que nous sommes heureux d'avoir pour 
voisine, sera reliée par voie ferrée à San-Juan de las Abadesses 
et à Ripoll, il suffira d'établir le tronçon insignifiant Prats-de-Mollo- 
Camprodon, pour greffer sur le transpyrénéen oriental une ligne 
perpendiculaire Ripoll-Port-Vendres, qui déviera sur ce port la 
plus grande partie de l'exportation d'une région industrielle très 
étendue. 

A ceux qui ne verraient pas l'immense intérêt que présente pour 
nos voisins d'Espagne cette voie directe sur la mer, je rappellerai 
la lutte formidable qui se poursuit dans l'Europe centrale entre 
les diverses voies de transit international. 

Ceci est le côté industriel. Le point de vue voyageurs et tou- 
ristes est au moins aussi intéressant. N'était-ce pas hier encore que 
le regretté ancien alcade de Camprodon, don Manuel Barnades, 
à chacun de ses fréquents voyages vers Figueras et Gerone, em- 
pruntait l'itinéraire Camprodon-Prats-de-Mollo-Arles-sur-Tech- 
le Perthus, tant il appréciait les moyens de communication du 
territoire français et l'économie du temps qu'ils lui valaient. 

Quand luira enfin le jour où la gare de Prats-de-Mollo déli- 
vrera des billets circulaires dans ce style: Prats-de-Mollo, Cam- 
prodon, San Juan de las Abadessas, Barcelona, Elne, Prats-de- 
Mollo? ou encore: Prats-de-Mollo, Camprodon, Ripoll, Prades, 
Perpignan, Prats-de-Mollo? 

Le premier constituant le périple de la patrie catalane pres- 
que tout entière ; l'autre, un pèlerinage autour de la montagne 
sainte des catalans, dont la couronne porte de nos jours, un fleu- 
ron de plus, la gloire de son chantre, l'immortel Verdaguer. 



A quand l'ascension, par une voie ferrée, de ce majestueux 
Canigou par Prades et le Vernet et la redescente par le pla 
Guilhem, la vallée de la Percigole et Prats-de-Mollo? Ceci est le 
secret de ces Messieurs de la société créée par l'énergique Prési- 
dent Soullier pour l'étude de ce projet grandiose. 

Mais, surtout, à quand la réalisation de l'un des deux projets de 
prolongement jusqu'à la frontière de la route nationale n" i i5? 

Deux itinéraires sont en présence : le grand et le cher, celui qui 
adopte ce col de Barnadeille qui ouvre par i 3oo mètres d'altitude 
une voie plus facile que son voisin, le classique Coll d'Ares; et le 
petit, modeste dans sa dépense comme dans ses dimensions, qui 
utilise la route de la Preste et ne demande plus que sept kilomè- 
tres à flanc de montagne pour atteindre la frontière et le réseau 
des carreteras espagnoles. 

Le tracé Prats-de-Mollo, la Preste, Col Pragon, ne vaut évi- 
demment pas le tracé Prats-de-Mollo, Col de Bernadeille. Son 
défaut capital est de passer la frontière à l'exposition nord, par 
1600 mètres environ d'altitude. Son adoption, en attendant mieux, 
n'en serait pas moins très intéressante et vous joindrez certaine- 
ment votre voix aux vœux que nous faisons pour sa réalisation. 

A cette heure, où le Génie ne s'oppose plus à ce que des voies 
de communication percent la frontière, il est temps que, pour nous 
surtout qui en souffrons, il n'y ait plus de Pyrénées infranchis- 
sables. 

Après le développement nécessaire de nos voies de communi- 
cation, le problème qui intéresse le plus nos vallées est celui cie la 
construction de maisons de campagne dignes des personnes qui 
leur demandent soit un séjour pendant les mois d'hiver, soit une 
villégiature printanière ou estivale. En été, surtout Prats-de-Mollo 
et ses faubourgs s'emplissent à craquer, mais sont loin de suffire 
au flot toujours montant. 

Ici encore, d'heureuses initiatives se sont produites : la société 
Bordelaise des sanatoria et hôtelleries de montagne décidait récem- 
ment la construction, sur sa ravissante propriété de Pareille, de 
deux ou trois premiers chalets. 

C'est là un premier résultat intéressant. 11 sera suivi de bien 
d'autres, dans un pays encore neuf, où des matériaux de premier 
choix et d'excellents ouvriers permettent de bâtir vite, de bâtir 



— 123 — 

bien et même — ce qui est le comble — de bâtir à bon marché. 

La vallée de Prats est grande, le terrain pas cher. Chacun 
peut se choisir un site, une exposition, une fontaine et un bosquet. 
Chacun peut bâtir son nid à la mesure de sa famille, le mettre 
aux portes de Prats ou le percher au flanc d'un coteau. 

Il faut, — ceci est également un décret contre lequel il serait 
inutile de s'insurger — il faut que dans les dix années qui vont 
suivre, vingt de nos visiteurs de ce jour que nous marquons d'un 
caillou blanc aient bâti, aux quatre coins de la vallée, des chalets 
dont le bon goût, la claire et saine disposition, l'élégante simplicité 
servent désormais de modèle aux montagnards que nous sommes. 

La lice est ouverte entre vous, catalans d'Espagne, nos frères 
au cœur chaud et à l'âme élevée, et vous Français des vallées 
Pyrénéennes, Français des plaines gascones, girondines et 
landaises. Venez lutter à qui construira au pied méridional du 
Canigou la demeure la plus artistique, la demeure la plus enso- 
leillée en hiver et la plus fraîche en été, la demeure où l'on se 
recudlle, la demeure où il est le moins dur d'être malade, la 
demeure qui console et qui guérit. 

Ce mot, « la demeure qui guérit », nous avons le droit de le 
prononcer. 

Si je ne puis, en effet, citer qu'en passant le remarquable tra- 
vail que publia naguère sur la climatologie de Prats-de-Mollo, 
notre savant collègue. Monsieur de Careffe, un Bordelais que 
Prats-de-Mollo a adopté après l'avoir guéri. Si je ne puis donner 
que le titre de l'étude approfondie à laquelle s'est livré M. le 
docteur Lamarque, de la Gironde, sur le climat de Prats-de- 
Mollo et du Haut-Vallespir, je dirai au moins ceci : 

Nous recevons ce soir une gracieuse hospitalité dans les bâti- 
ments que la municipalité de Prats-de-Mollo, réalisant le pro- 
gramme tracé en 1901 déjà, par le regretté docteur Carrère, pro- 
gramme patiemment mené à bien par notre distingué président, 
M. \z docteur Guisset, a fait aménager en dépôt de convalescents 
de l'armée coloniale. 

Prats-de-Mollo est fier d'avoir été choisi parmi tant d'autres 
localités qui se croyaient des titres supérieurs. 11 est heureux que 
son air si pur et si calme, que son ciel si lumineux rendent des 
forces à ces fils de France qui sont allés porter le drapeau sur les 



124 — 

plages lointaines ; une bravoure qui se dépense sans compter sous 
des climats meurtriers les a jetés en pâture à l'anémie et à la fiè- 
vre. Un séjour parmi nous de quelque durée revivifie leur sang 
appauvri et Prats-de-MoIlo leur est reconnaissant de lui permet- 
tre de faire quelque chose pour eux. 

11 est grand temps, je crois, que je cède ma place, précisément 
à ces Messieurs de l'Infanterie Coloniale. Vous allez constater 
qu'ils ont plus d'une corde à leur arc et qu'une des formes les 
plus agréables de l'art ne leur est pas étrangère. 

Vous m'accorderez cependant encore quelques minutes : le 
temps d'écouter le plus beau des vieux chants qui célèbrent le 
Canigou, Montanyas regaladas, le temps de vous retremper une fois 
de plus aux sources mêmes de la patrie catalane qui, de part et 
d'autre des Pyrénées maternelles, tient si dignement sa place en- 
tre la grande patrie espagnole et la grande patrie française. 

Charles Guju. 

Divers vœux furent adoptés à la fin de cette réunion, 
puis la représentation donnée aux congressistes, par les sol- 
dats de l'infanterie coloniale, en garnison à Prats-de-Mollo, 
obtint le plus vif succès. 

De retour à Perpignan le mardi 17, après une rapide 
visite de l'agréable petite ville de Saint-Laurent-de-Cer- 
dans, une séance eut encore lieu à 8 h. 12 du soir pour 
le congrès de topographie, auquel prit part également 
M. Vergés de Ricaudy, comme représentant de la Société 
d'Etudes Catalanes. 

Puis les membres des diverses sociétés pyrénéistes se 
donnèrent rendez-vous à Barcelone, où les attendait une 
réception fastueuse de la part de l'Ayuntamiento et du 
Centre Excursioniste Catalâ. 

Là aussi eurent lieu de nouvelles réunions. Au cours de 
l'une d'entre elles, notre confrère M. Pierre Vidal fit, avec 
projections photographiques, une conférence que la longueur 
du présent compte-rendu nous oblige à renvoyer au pro- 
chain numéro. 



TTTmmmmm 



Deux amis des Lettres catalanes 

Nécrologie. — hc ty mars dernier sont morts : à Cologne, 
M. Joan Fastenrath, le promoteur des Jeux floraux de cette ville, 
et à Perpignan, M. le chanoine Boher, l'un de nos catalanisants 
les plus éminents. 

Dans le prochain numéro nous donnerons une courte note bio- 
graphique sur chacun de ces deux amis des lettres catalanes. 

Mais, dès maintenant, nous adressons à leur mémoire un sou- 
venir ému. 

'^(Jû(JûûcJc)(Jûû(Jc)0(J(Jûû(Jc}tJc)ûiJ(JcJûcJO(Jû(JcJ(Jc)cJûiJ(JiJc)ûcJ^m 

La langue catalane populaire 

en Roussillon 

ego 51/77E 

c) Sermons 

SALSES. — Fragment de sermon, par M. l'abbé Castany. 

Hœc est virgo sapiens et una de numéro prudentum. 
Carissims germans, 

Santa Barba de laquai me proposi de vos parlar avuy era filla 
de Dioscore, home noble de la vila de Nicomédie. Son pare era 
tôt â fet (i) supersticiôs, mes ella, ajudada de la gracia de Deu, 
va pervenir per l'aspect de les coses visibles â compendre les coses 
invisibles, y se va llibrar (2) tota entira al servey de Deu. Son 
pare veyent qu'era d'una beutat (3) remarcabla va volguer la pre- 
servar dels dangers 14) que podia corre dins lo mon, y per aixô 
la va tenir enfermada. Barba en va profitar per se llibrar â la 
meditaciô y à les pregaries afi de se rendre (5) agréabla a Deu que 

(1) Mot fr. — (2) mot fr. — (3) mot languedocien. En catalan on dit bellesa. — ■ (4) mot 
fr. — (5) mot fr. 



] 26 

ella havia llestat per lo seu unie espôs. El seu pare li va oferir (] ) 
plusieurs 2 vegadcs bons partits per se casar, mes ella no tro- 
bant cap partit tant gran que lo dcl seu Deu, els-e va mcsprcsar 
tots... (3 . Communiqué par M. l'abbé Castany, curé de Salses). 



EnC 



ONFLENT 



a) Criées publiques 
PRADES (crieur public : M. Joseph Monné.) 

Octobre i ^oy. — Avisi â la gent de Prades que lo nomat Escanda 
de Castres, viatjur(4) de commerce pel drap, la seda y les esto- 
fes, passara avuy à las cases de Prades per pendre totes les 
comandes de la seua clientèla y que'ls-e servira com les altres 
vegades ambe tota confiança. Que s'ho diguin si's plau. 

Octobre i^o-j. — Avuy si, dones, que ven d'arribar un gran 
desballatge de faïança y porcelena, (5) serveys per sala â menjar 
y cambra à cotxar, tais que plats, soupières, vases de Hors y vases 
de dessota '1 llit (altrament dit : pots de cambra). 

Octobre J^oj. — A barâto y grossos ! Qui vulgui crompar peix 
gros y peix petit per fer fregir, rostir y posar en salsa ; si vos 
agrada fresc y a barâto, aneu â la peixoneria. 

Octobre ]()oy. — Bon vi de proprietari â très sous la meytat, â 
la remisa d'en Balen, peixoner â la rota nacionala. (Communiqué 
par M. Jean Calvet, vérificateur des poids et mesures à Prades.) 

VINÇA (crieur public : M. Cazes Jacques.) 

JMovenibre icfoy. — Qui vulgui crompar carn de porc fresc, 
botifara, socissa (61 y greix (7) dolç que s'en vagin â ço d'en Jan 
del Broc que '1 Marra els hi 'n vendra. 

(i) Pr. ofrt. — (2) mot fr. 

(3) Le langage de Salses se ressent beaucoup du voisinage de l'Aude. Les facilités de commu- 
nication avec ce département ont largement contribué à la corruption du catalan dans cette par- 
tie du Roussillon. Le sermon de M. l'abbé Castany nous en donne la preuve. 

(4) Mot languedocien. (5) On dit porcellana en catalan. 

(6) On dit sahitja ou llonganiça en catalan ; socissa est une corruption. — (7) pr. grey. 



— 1^7 — 
JSlovembre i^oy. — Assi son avertits de la part del senyor 
Maire que los que se voldran guanyar les corvades (i ! dels ^2) ca- 
mins(3! que se trobin demâ al mati â la plassa nova que '1 canto- 
nié hi sera. 

JSJovemhrc J^oy. — De la part del cobrador de les talles, que 
demâ sera â la comuna per cobrar los endarrerits. Communiqué 
par M. Barande, instituteur à Joch.) 

OLETTE (crieur public : M.) 

4 Mars i^oy. — Qui vulguin crompar peix 4) de tota manera 
que se 'n vagin â la plassa, que 'Is hi 'n vendran. (5) 

— Séu avertits de la part de Mossiu (6) lo Maire que demâ la 
gendarmaria tira â la cibla al rodai acostumat. 

— Lo qui haura trapat una clâu perduda d'ahir â onse hores del 
mati, perduda del cim de Oleta â la plassa, lo qui l'haura trapada 
que me la donguin an â jo, que 'Is hi donaran calcom de trobes. 

— Lo public es pervingut {7) que â nit, â vuyt hores, al café 
de Fransa, tingut per en Rossinès, hi ha dos cantayres que donen 
una suarada. (8) L'entrada es franca pels consumators. (Communiqué 
par M. Subercaze, instituteur à Olette.) 

b) Conversa lions d'enfants 

JOCH, novembre 190-/. — Dans la cour de l'école (mixte). — 
Des fillettes sont en train de s'amuser. Arrive une bande de gar- 
çons bruyants : 

— A bola ! â bola ! els pellâgos ! les nines, fugiu d'aqui ! 
néu (9) vo'n â la vostra cort lo). Nosaltros, femnos â boles de 
clotet. 

(O Mot français. — (i) Pr. das. — (3) Pr. camis. — (4) Prononcez pey. 

(5) Que'ls hi 'n vendran, mot à mot : qu'on leur y en vendra ; 'Is (à eux), hi (là), 'n (de cela). 

(6) Mossiu, employé dans beaucoup de localités, est un mot catalanisé. Dans certaines com- 
munes de Cerdagne et du Vallespir on emploie le vrai mot catalan : senyor. 

(7) Ce mot est employé pour previngut (verbe prévenir). Ces sortes de métathèses ne sont 
pas rares en catalan. 

(8) Suarada n'est pas catalan. C'est vetllaJa qu'il faudrait dire. 

(9) Pour: Anéu. — (il Cour 



— 128 — 

— L'un des enfants : Me'n vaigi) â fer la rega ; espereume. 
"Un autre : Es torta ! espieu que sap pas fer la rega ; es torta ! 

En Vigô la farâ, que la sap itiHlor fer que tu î 

— Aliseu tots. 

— Ara cal tirar. 

— Aquell es al mitg de la rega ; l'en cal treure amb un gascô. 
Qui trenca'l paga pas! 

— Espieu quin gascô ! 

— Un castanyô ! m'en vaig l'esquerdar ! 

— Som jo el primer. 
- — Ho es pas ! 

— Si. 

— No. 

— Canem ! 

— Nos fassis pas enganys ; ères pas aqui, ères an aquelles fardes. 

— Menti der ! eri tocant d'aqui. 

— Ho es pas ! T'hi faras pas ! 

— M'hi faig 6 destorbi tôt, 6 m'estic al clôt. 

— Ho dire al mestre. Anem-hi tots. 

— Li podeu anar dire... (après un moment de réflexion"). Y bé 
donchs seré darrer. 

Et le jeu continue. (Communiqué par M. Barande, instituteur 
à Joch . 

(1) Pr. bay. 

LIVRES <^ REVUES 

La J{evue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire. '^^^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 

Le Mercure de France. 

Dans le Mercure de France: une excellente étude de M. Marcel Robin, 
archiviste des Pyrénées-Orientales, sur le mouvement littéraire en Catalogne. 

Le Gérant. COMET. 

Imprimerie COMET, Rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



U^ 17 15 Mai 1908. 

c^TN^c^'îv&.c^'^ic^'SNi.t^'asi' c^TNi.c{§Qsi.c^TN^ c^'5vic{§'>ic^'3si. c{g'N&.c^'Ss^t^'»«i c§'>^c^'5s&t^>t. 

Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 



Les Articles parus dans la Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 

<:^>&c^'3Ni.<^TK&t^'ÎNi.tî§'>i c^'Ni.t^'a^i.cJg'Svi c^'5s^c{§'Jsic^'N^ c^'»^c{§T(Ni.c^'3vi <^'a>&c^'>i.t^TN^ 

Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 



VERSION CATALANE O 

La verdadera poesia. 

...S>, la poesia campeja ab tota sa primerenca verdor aJmitx(2) 
del poble. Es ell que recapta ab cuydado las paraulas (3) que 
tant soviny nos faltan ; es lo poble qu'es lo gran poeta, y jo'l 
saludo [4) assi corn lo meu millor mestre. 

Lector amabilissim, vetaqui lo Segre, la Tet, lo Tech y los 
rius que se desayguan |5) de las verdas Albèras, del rônech (6) 
pich de Costabona y del abundadôs Ganigô : ja pots pohar y 
beurer à glopadas. 

Diuhen que, al dematinet, quan lo sol s'aixeca, una vapor 
prima 17) y sedosament envellutada, puja del mar blau : es la flor 
de l'aygua. De l'anima del poble ix (8) també un sentiment suau 

(1) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint- 
Dominique, avant le i'^'' juin 1908. 

(î) Signifie milieu et demi. Ce mot s'écrit aussi mitg, mig ; au féminin le g se change en y 
(milja, mija). 

(3) Certains auteurs écrivent encore les pluriels en as. Mais l'usage des pluriels en es se 
généralise de plus en plus. Les grands quotidiens catalans "La Yeu de Catalunya, El poble 
catald ont adopté les pluriels en es depuis quelques années et presque tous les écrivains moder- 
nes suivent leur exemple. 

(4) saluai, en catalan roussillonnais. 

(5) desayguar, vider, épuiser, dégoutter, dégorger, déverser, s'échapper, se glisser. 

(6) ronech, âpre, aride. 

(7) prima, mince, subtile. 

(8) ix, du verbe eixir qui signifie sortir, au sens propre; et au sens figuré, réussir, revenir, 
paraître, naître, pousser, élire, en finir, se dégager. 



3o — 



y perfumat com una viola boscatana : eix sentiment es la verda- 

dera poesia... 

Lo Pastorellet de la Vall d'Arles. 

[Ays, prôlech, p. xn.i 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une note supérieure à la moyenne 
au concours d'avril 

Jean JOFFRES. d'Estagel 14 sur 20 

Marcel GUISSET, élève à l'Ecole supérieure 14 sur 20 

Ambroise MALAPLATE, élève au Collège 12 sur lo 

Ml Ml, élève aux Cours secondaires 11 sur 20 

LA GUIDETA, modiste 11 sur 20 

Les compositions de MM. Joffres et Guisset ont été notées 14 
sans tenir compte de l'orthographe. Mais pour la reproduction 
dans la T^evue Catalane le jury donne la préférence à la première 
dont l'orthographe est moins mauvaise. 

Nous la publions ci-dessous sans y rien changer : 

Lu peix menut y lo pescayre 

Un cop hi havia un vell pescayre que parant la linya â l'axau 
d'un gurg, va agafa una carpe, laquai hagès tingut dins dal clôt 
de la ma : (axo per dira que havia pas solamen : los caxals de llet 
y qu'el eue que sa bolia enpassâ era casi tan gros qu'ella). 

Bé debia purtan parla, quan lu va escumetra en l'hi dihen : 
« Escoteu, si vos plau, l'amo ; fâ que son ben menudetta y que 
ne tendreu pas per la fart? La vritad ! valdria pas mille que me 
jitessû dins l'aygua y que me tornessû pescà una vegada pesés 
algunas lliuras? quin platâs de bullinade hauriû allavores, y com 
vos regalariû de las meuas mullas. 

— Aquexa ruaria sali pas dal teu tupi, fillet, ets encare masse 
peix de primera escate ; deu ser ta mare que t'ha fet aquesta 
llissô, al cas que te trobesses ennyurpida, d'avuy â l'endemâ... 
Si, ja ting ganas de te llansa, nô dins l'aygua, mé dins l'oli de la 
panna. » 

Yal mes un perdigall en ma, 
Que duas perdius en l'ayre, 

Joan Joffres 

Estagel, carré de Maury. 



^'^^^^m^^m^^Ms&'^^^^^Mis.^^â^ 



Les 

Jeux floraux de Barcelone 

Les fêtes du cinquantenaire de la restauration des Jeux 
floraux de Barcelone auxquelles la Société d'Etudes Cata- 
lanes avait été spécialement invitée ont débuté, le samedi 
2 mai, à 9 heures du soir, par une réception intime à la 
(( Casa de Ciutat », des délégués des pays catalans, des pays 
romans et des sociétés romanisantes d'Allemagne, de Bel- 
gique, etc. 

Ces délégués furent reçus avec l'affabilité la plus grande 
par le senyor don Sanllehy, alcalde de Barcelone et quel- 
ques membres de l'Ajuntament. 

Le lendemain, dimanche, eut lieu, l'après-midi, dans l'ad- 
mirable salle du Palais des « Belles Artes », la distribution 
des prix des Jeux floraux sous la présidence de Mossen 
Collell, chanoine de Vich, assisté de l'alcalde de Barcelone, 
du président de la diputacio provincial : don Prat de la 
Riba, du consistoire des Jeux floraux et de diverses person- 
nalités catalanes, politiques et littéraires. 

La reine de la fête fut une ravissante jeune fille « damisela 
Maria Ricart » dont la proclamation fut accueillie par les 
applaudissements et les acclamations des trois mille per- 
sonnes qui composaient l'assemblée. Et ces acclamations, 
continuées au dehors, ne cessèrent qu'après que la reine eut 
été conduite à son domicile par le senyor alcalde escorté de 
toutes les personnes qui avaient assisté, a titre officiel, à la 
distribution des prix. 

Ce fut une fête admirable, grandiose, éblouissante, dont 
on ne peut se faire une idée. 

L'enthousiasme d'un peuple énergique, laborieux, qui 



— j32 — 

vit de souvenirs et. ..d'espérances, comme ce noble peuple 
catalan, est véritablement émouvant ! 

Un banquet de cent couverts offert aux représentants 
étrangers, servi à 9 heures du soir à la « Maison Dorée », 
suivit cette cérémonie. 

De nombreux toasts y furent prononcés, dont deux spé- 
cialement intéressent la Société d'Etudes Catalanes : celui, 
en catalan, de notre distingué confrère François Tresserre, 
mainteneur de l'Académie des Jeux floraux de Toulouse, 
au nom de cette Académie ; et celui de notre président qui 
avait bien voulu nous représenter à ces fêtes littéraires. 

Nous sommes heureux de reproduire ici ce dernier toast 
qui fut chaleureusement applaudi : 

Honradissims Senyors, 

Lo senyor bisbe de Perpinya, l'ilustrissim Monsenyor de Car- 
salade, tant estimât y apreciat de la nostra banda del Pirineu 
com d'aquesta, me ha encarregat de dir a vostés com li es llâs- 
tima no poguer ser, un tal dia, en mitg de nosaltres. 

Li hagués fet tan gran plaher d'assistir a las festas memorabi- 
lissims de la familia catalana que se celebran avuy pel cinquante- 
nari de la restauracio dels Jochs florals! Perô, cansat per lo llarch 
viatge de Roma qu'acaba de fer, y carregat de Tinmens llevor de 
la seua diocésis, me ha pregat de dar à vostés l'enhorabona amb 
sos molts simpâtichs recorts. 

Deixin, ara, que un fill del Rossellô vos dongui las gracias per 
l'acullida que li feu. 

La Société d'Etudes Catalanes de Perpinya me ten aqui com al 
seu président; y no puch fer menos que recordar que l'any passât 
la nostra representaciô la dugué l'entusiasta y vénérable senyora 
Moncerdâ de Maciâ, que ha estada premiada, una vegada mes, 
avuy. No podré, com ella ho feu, vos oferir un flayrôs ramell 
cullit â l'aybre sagrat de la Poésia, y m'ho escusaran. 

Mes lo que los hi dire, es qu'à Rossellô hi arriba la remor de 
vostres cants, y qu'aqueixa veu misteriosa desperta entre mitg de 
nosaltres l'amor â la llengua catalana, aixis com à punta d'alba lo 
sol fa birbillejar la corona nevada del nostre Canigô. 

Per molts anys ! donchs, brindo â la santa germanor de Cata- 
lunya y Rossellô. 






Congrès de là. FédérArion 

des Sociétés Pyrénéistes 

Conférence de M, Pierre Vidal, À Barcelone 

Nous avions annoncé pour ce numéro la publication de 
la conférence faite par M. Pierre Vidal, le 19 mars, à 
Barcelone ; mais nous n'avons pu nous en procurer le 
texte. 

Ce ne fut pas, en effet, une conférence que fit M. Vidal; 
il fut plutôt, suivant son expression pittoresque : « mon- 
treur de lanterne magique », c'est-à-dire que, à mesure que 
passaient sur l'écran, les projections photographiques des 
vues du Roussillon, il les expliquait avec sa science et son 
humour habituels. 

Explications et projections — celles-ci faites par la sec- 
tion de photographie du Club Alpin de Perpignan — eurent 
le plus légitime succès ainsi qu'en témoigne le compte 
rendu suivant du journal « la Veu Catalunya » du 2 i mars, 
que nous nous faisons un plaisir d'insérer à défaut de la 
conférence elle-même, de M. Vidal. 

M. Pierre Vidal, l'ilustre historiaire del Rossellô, l'erudit arxiver 
y bibliotecari de la ciutat de Perpinyà, començà la seva confe- 
rencia dirigint una germanivola salutaciô a la ciutat de Barcelona, 
que tan generosa y afectuosa hospitalitat els hi donava ; explicà 
l'intens amor que sent per la terra catalana de Catalunya y d'una 
manera entranyable per la de la vessant dels Pirineus, ahont ha 
vist la primera llum. Aquest amor el porta a excursionejar per 
aquells pobles y montanyes, y de son coneixement ne sorti la 
Guîa que publicà anys enrera, que es un resum de tôt lo que s'hi 
veu en aquelles comarques. Va fer un elogi del Bullleti del Centre 



_ ,34 - 

"Excursionisfa de Catalunya, arxiu ahont hi dipositen totes llurs 
observacions y estudis catalans. 

M. Vidal va creure que res millor podria fer devant dels cata- 
lans d'Espanya que ferlos resseguir a grans gambades tota la terra 
rossellonesa. Aquet serîa l'objecte de la conferencia. 

Ab la gran erudiciô, ab ses curioses observacions, ab son humo- 
risme y ab el pintoresch llenguatge català que parlen els nostres 
germans del Rossellé, M. Vidal comensà l'excursiô parlant de 
Perpinyà, passa pel Confient, entra a la Cerdanya, recula cap al 
Canigô, baixà al Vallespir y arribà a la maresma présentant, a 
mida que parlava, mes de cent clixés fotogràfichs, que exibia a la 
concorrencia per medi de projeccions lluminoses, tots ells suma- 
ment pintoreschs y molt notables. 

Ben bé poden dir els que assistiren a la conferencia, que gau- 
diren d'una triada excursiô per totes les comarqxxes rosselloneses, 
veyent tôt lo mes intere-ssant que en elles hi hà, triât per la gran 
experiencia y la fonda erudiciô del conferenciant, que a cada visiô 
fotogràfica hi acompanyava una molt intéressant disertaciô. 

Prop de dues hores dura la conferencia y a tothom recà el que 
arribés el final, esclatant ab un grandies aplaudiment, quan 
M. Pierre Vidal digue que havia acabat. 

El conferenciant rebé afectuoses enhorabones de totes les dis- 
tingides personalitats barcelonines que havien acudit a escoltarlo. 



■r^^^gff- 



Une bonne nouvelle 



La Faculté des lettres de Montpellier vient d'organiser j 
pour les étudiants étrangers, un ensemble de cours qui com- ' 
menceront au mois de novembre prochain. C'est notre 
compatriote, M. Jean Amade, agrégé de l'Université, pro- j 
fesseur au lycée de Montpellier, qui a été désigné pour le 
cours de littérature méridionale (Espagne, Provence, Cata- 
logne). Nos félicitations. 



Le 

Catalan à TÉcole 

Le Conseil d'administration de la Société d'Etudes Cata- 
lanes avait chargé son président de demander à M. l'Ins- 
pecteur d'Académie des Pyrénées-Orientales l'autorisation, 
pour les instituteurs qui le désireraient, de faire dans leurs 
classes, des exercices de traductions de textes catalans. 

Voici la lettre qui fut adressée, le lo décembre 1907, 
à M. l'Inspecteur d'Académie : 

Perpignan, le lo décenxbre 1907. 

AloNsiEUR l'Inspecteur d'Académie, 

Dans la note ministérielle envoyée au mois d'avril dernier par 
Monsieur le Ministre de l'Instruction publique, pour interdire le 
concours de langue catalane, institué par la Société d'Etudes cata- 
lanes, cette interdiction était basée sur : 

1° un arrêté ministériel du 18 janvier 1887; 
et 2" l'article i3 du Règlement scolaire. 

De l'arrêté du 18 janvier 1887, je n'en parlerai pas, bien qu'on 
l'ait enfreint au moins une fois, dans les Landes, comme nous le 
verrons plus loin. 

Mais maintenant que tout le bruit fait autour de cette interdic- 
tion a cessé ; que l'agitation méridionale de ce printemps dernier 
s'est calmée ; que plus personne enfin ne soupçonne les catala- 
nistes roussillonnais d'être des — séparatistes, je me permets, 
Monsieur l'Inspecteur, de venir vous demander, au nom de la 
Société d'Etudes catalanes, de vouloir bien assouplir la rigidité et 
atténuer le rigoureux exclusivisme de l'article i3 du Règlement 
scolaire. 



— i36. — 

Je viens vous demander — et je suis certain en cela de faire 
œuvre utile pour mes concitoyens — d'autoriser les instituteurs à 
faire, dans leurs classes, des exercices de traduction de textes ca- 
talans. 

Dans son remarquable article « Le Catalan à l'Ecole», paru 
dans la J\evue Catalane, un de vos administrés, M. Louis Pastre, 
a magistralement établi l'utilité de ces exercices. Je suis persuadé 
que, dans votre for intérieur, vous avez dû reconnaître la justesse 
de sa thèse ; thèse qui, admise par bien d'autres instituteurs publics 
ou privés de toutes les régions, a été acceptée par plusieurs ins- 
pecteurs d'académie ou inspecteurs primaires qui en ont autorisé 
l'expérience pour les dialectes, ou patois, de diverses provinces. 

Permettez-moi de vous énumérer quelques cas à l'appui de ce 
que j'avance. 

En 1886, M. Ricard, instituteur aux Milles, près d'Aix, pré- 
sentait à l'approbation de M. Cochery un cours de thèmes pro- 
vençaux. — L'Inspecteur d'académie l'autorisa à introduire cette 
méthode de traduction dans sa classe. 

En 1896, M. Cornud, directeur de l'école publique d'Orange, 
écrivait à M. Boyer, inspecteur primaire ; 

Les élèves de l'enseignement secondaire classique doivent une grande par- 
tie de leurs progrès en composition française aux nombreuses versions qui 
leur sont données. — Pourquoi ceux de l'enseignement primaire ne feraient- 
ils pas, eux aussi, des versions ? 

lis parlent généralement deux langues : le français et le patois local. Ceux 
de la région du Sud-Est connaissent plias ou moins le provençal ; ils pour- 
raient donc faire des versions provençales. 

Ayant remplacé une dictée par la traduction d'un morceau d'un de nos 
félibres, que j'ai écrit au tableau noir, j'ai obtenu aussitôt un résultat qui a 
bien son prix, surtout pendant la canicule que nous traversons : La version 
a fait plus de plaisir aux élèves que l'exercice ordinaire d'orthographe. 

Si vous n'y voyez pis d'inconvénient, Monsieur l'Inspecteur, nous conti- 
nuerons de même, une fois par semaine, dans le cours supérieur. 

L'Inspecteur autorisa. 

D'autres instituteurs, MM. Boudon, instituteur à Agen ; Per- 
bosc, instituteur à Comberougère (Tarn-et-Garonne) ; Funel, ins- 
tituteur à Vence (Alpes-Maritimes) ont obtenu, non seulement des 
éloges, mais des encouragements pour avoir introduit dans leurs 
classes cette méthode de traduction. 



- i37- 

Les élèves instruits d'après ces principes fournissent des compositions, 
où Kon trouve des qualités de forme et une richesse de fonds, qui indiquent 
un travail de réflexion personnelle et originale qu'on ne rencontre pas au 
même degré chez les autres élèves. 

Arnsi s'exprime M. Aurouze (i) dans son remarquable ouvrage : 
(( Pédagogie régional iste ». 

En 1896, le ministre, M. Combes, annonça qu'une circulaire 
était à l'étude pour recommander à tous les maîtres de France de re- 
chercher tout ce qui touche à leur pays, à son histoire, à ses dialectes. 

En 1904, le Conseil général des Côtes-du-Nord réclamait que 
le français soit enseigné par la méthode bilingue. 

L'Inspecteur d'académie des Basses- Pyrénées, M. Fauré, auto- 
risa un de ses inspecteurs primaires, M. Bancal, à poser aux con- 
férences pédagogiques de sa circonscription la question « de l'op- 
portunité et de la possibilité de faire au béarnais une place dans 
l'enseignement primaire ». 

Le rapporteur général, M. Lhept, rédigea une réponse magis- 
trale qui fut soumise au Conseil départemental qui émit le voeu 
« que l'article i5 du règlement scolaire des Basses-Pyrénées soit 
ainsi modifié : Le français sera seul en usage dans les écoles ; tou- 
tefois, il pourra être fait des exercices de traduction du béarnais 
et du basque en français, dans les limites du nécessaire, et unique- 
ment en vue de faciliter aux enfants l'étude de la langue nationale ». 

Le jo juillet 1902, sur la proposition de M. Mondiet, inspec- 
teur d'académie, le Conseil départemental des Landes modifiait 
aussi l'article 17 de son règlement en permettant l'usage du par- 
ler local « comme moyen de mieux apprendre le français ». 

La même année, l'Escolo Gaston-Phébus était autorisée à exciter 
l'émulation des instituteurs et des élèves par des concours, non 
hors de l'école comme celui que la Société d'Études Catalanes avait 
organisé cette année à Perpignan, mais dans l'école, avec récom- 
penses en matériel scolaire, en livres de lecture, en livrets de 
caisse d'épargne, etc.. 

La voilà l'infraction à l'arrêté du 18 janvier 1887 ; elle est 
flagrante ! Après cela on ne peut plus s'expliquer l'interdiction 
de notre concours! Espérons qu'une autre fois M. le Ministre sera 
moins sévère pour nous 1 

(1) Cet ouvrage de pédagogie a valu à son auteur la distinction d'officier d'Académie dans 
le courant du mois de mars dernier. 



— i38 — 

Mais je continue mon énumération : 

M. Gazin, successeur de M. Fauré à l'inspection académique 
de Pau, reprit la question avec la même sympathie et les mêmes 
intentions favorables ; le ]" novembre igoS, M. Paul Passy, 
directeur de l'Ecole des Hautes-Etudes, pouvait écrire au Secré- 
taire de l'Escolo Gaston-Phébus : 

Mon cher confrère, c'est avec une vive satisfaction que j'ai lu votre 
bonne lettre m'annonçant que M. l'Inspecteur d'Académie Gazin était décidé 
à autoriser l'emploi rationnel du béarnais (et je pense aussi du basque) dans 
les écoles primaires. 

Je suis arr/vé à me former là-dessus, une opinion catégorique. Je suis 
convaincu, et j'ai déjà eu l'occasion de le dire bien haut, qu'on fait absolu- 
ment fausse route en poursuivant, au nom du progrès, la destruction des 
patois ; je regarde cette oeuvre comme si funeste, qu'elle contrebalance pres- 
que, à mes yeux, les immenses avantages qui découlent de là diffusion de 
l'instruction primaire. Je ne me place pas, en ce moment, au point de vue 
artistique ou poétique (qui, pourtant, ne doit pas être négligé). C'est pour 
des raisons d'ordre intellectuel, moral et social, que je tiens à la conserva- 
tion et au développement littéraire des patois, qui sont l'une des forces 
les plus puissantes pour donner aux peuples des campagnes un point d'attache 
au foyer natal... » 

A l'Exposition de 1900, le jury de l'enseignement reconnais- 
sait la supériorité de cette méthode de traduction au point de vue 
pédagogique. 

En 1902, la question était portée à la tribune de la Chambre 
des Députés. J'extrais du Journal Officiel, séance du lo février 
1902, le passage suivant qui vaut la peine d'être reproduit : 

M. Lemire. — Je sais qu'en m'adressant à M. le rapporteur je parle à 
un ami des félibres. Ce qu'il demande pour sa province, pour toutes ses 
chères provinces du Midi, je le demanderai pour les autres et au même titre. 
Je demanderai que l'instituteur venant en Bretagne ou en Flandre ne se 
présente pas comme un adversaire de l'idiome local, mais comme un homme 
de tact et de sagesse qui sait le respecter et l'utiliser... 

M. LE Ministre. — (M. Leygues) M. Lemire me demande en 

second lieu d'encourager les idiomes locaux. 

M. Lemire. — J'ai parlé de leur utilisation. 

M. le Ministre. — Je suis de ceux qui pensent qu'il faut respecter les 
idiomes locaux. Il vit en eux quelque chose de nos vieilles provinces qu'il 
faut conserver. J'aime beaucoup l'idiome de ma région, je le parle et je lui 
trouve un charme et une saveur particulière. On peut parler le français sans 
cesser de parler le flamand, le provençal, le gascon. (Très bien ! très bien !) 



— i39 — 

M. LE RAPPORTEUR. — (M. Maun'ce Faure). 11 n'y a qu'une langue natio- 
nale, c'est la langue française ; mais plusieurs de nos vieux dialectes peuvent 
utilement en éclairer les origines. (Très bien ! très bien !) 

Je suis absolument d'accord avec M. Maurice Faure ; 11 n'y a 
qu'une langue nationale, la langue française ; mais ce que M. le 
rapporteur admet timidement : « Plusieurs de nos vieux dialectes 
peuvent utilement en éclairer les origines », moi je l'affirme hau- 
tement avec les membres de la Chambre des Députés qui ont 
souligné de leurs : « Très bien! » les paroles du ministre et celles 
du rapporteur. 

Nous possédons des œuvres de toute nature : romantiques, 
philosophiques, poétiques, pédagogiques même, très remarquables; 
notre histoire locale, pendant des siècles, est écrite en catalan. 
Or, le jour où personne ne parlant plus cette langue, cette langue 
étant devenue une langue morte, pour lire les chefs-d' œuvres de 
notre littérature « qui peuvent utilement éclairer les origines » de 
la langue française, il deviendrait nécessaire d'étudier le catalan, 
comme l'on a dû, dans le même but, étudier les langues mortes 
anciennes. 

Il vaut mieux « conserver », « respecter les idiomes » existants 
— c'est le ministre qui le dit — que d'en arriver à cette extré- 
mité. 

C'est en conformité avec tous ces précédents et en vertu des 
raisons exposées ci-dessus que je me permets de vous demander, 
Monsieur l'Inspecteur, d'autoriser ce qui a été autorisé par cer- 
tains de vos collègues dans plusieurs départements : l'usage du 
catalan dans les classes supérieures des écoles primaires pour per- 
fectionner l'étude du français. 

Mais pourriez-yous dire : « En acquiesçant à cette requête, je 
rends service en même temps, qu'au français, au catalan » ; sans 
doute, mais à mon tour, je n'hésite pas à vous répondre que vous 
rendrez service, plus à la langue française qu'à la langue catalane. 

En effet, le seul résultat auquel on soit parvenu après iSo ans 
de pratique du sytème actuel — depuis l'annexion du Roussillon 
à la France, — c'est que: les gens sortis des écoles primaires ne 
parlent plus bien le catalan, et que malgré tous les louables efforts 
de nos instituteurs, ils ne parlent pas encore bien le français. - 

Cela tient à ce que dès le début comme de nos jours, pour 



— 140 — 

hâter la francisation des Catalans, on leur défendit l'usage de leur 
langue maternelle ; ce qui, comme le dit M. Paul Passy fut et est 
encore, à divers points de vue, une grande faute. 

Le jour où par la comparaison, par le rapprochement des deux 
langues : nationale et provinciale, on aura montré, par exemple, 
que l'expression : « Som jo que » doit se traduire par : c'est moi 
qui, on évitera le catalanisme si fréquent : c'est moi que je ; 

Le jour où on aura fait voir aux écoliers que la conjonction 
catalane: « perqué » se traduit parfois, en français par : parce que, 
et d'autre fois par : pourquoi ; et qu'on leur aura enseigné les cas 
où il faut dire l'un ou l'autre, ils ne se serviront plus indifféremment 
ou uniformément, de l'un ou de l'autre, etc.. 

Ce jour-là, et ce sera demain si vous le voulez, Monsieur l'Ins- 
pecteur, les Catalans commenceront à parler correctement le fran- 
çais ; et ils ne le parleront tout à fait bien que lorsque, avec votre 
autorisation, ils auront traduit beaucoup de catalan en français ; 
lorsque, en un mot, ils auront fait avec le catalan, qu'ils savent 
déjà à peu près, la plupart, les études que les élèves de l'ensei- 
gnement secondaire font avec le latin. 

C'est avec infiniment de raison, en effet, et personne ne saurait 
le contester que M. Cornud, directeur de l'école publique d'Orange 
a pu dire que si les élèves des écoles secondaires sont, en général, 
pour le français, supérieur à ceux des écoles primaires, c'est à 
l'étude du latin qu'ils le doivent. 

Or, Monsieur Pastre l'a fort bien dit : Le catalan c'est le latin 
du pauvre. 

Pardonnez-moi cette trop longue lettre. Monsieur l'Inspecteur, 
mais elle était nécessaire pour bien étayer ma démonstration. Je 
voudrais tant vous avoir convaincu ! 

Je la termine en vous disant ce que M. Bayet, directeur de 
l'enseignement primaire, répondait à une délégation venue pour 
lui exposer le procédé pédagogique que je préconise : 

« Je ne vois pas pourquoi un inspecteur ne ferait pas essayer 
ce système, au moins dans le ressort d'une Académie du Midi. » 

Vous êtes l'Inspecteur du département le plus méridional de 
la plus méridionale des Académies, nous vous en prions permet- 
tez à vos instituteurs d'essayer ! 

Pour cela, il ne sera pas nécessaire, pour le moment du moins, 



— 141 — 

que vous consultiez le Conseil départemental et que vous lui 
demandiez, comme le fit votre collègue des Landes, une modifica- 
tion de l'article i3 du Règlement scolaire. 

Nous vous demandons simplement de proposer aux instituteurs 
de faire un essai pendant six mois (ou un an, ce qui serait préfé- 
rable) ; ils rendront compte, ensuite, des résultats qu'ils auront 
obtenus, et vous prendrez alors telle mesure qui vous conviendra 
pour sanctionner ces résultats qui seront certainement conformes à 
nos prévisions. 

Veuillez agréer, Monsieur l'Inspecteur d'Académie, avec mes 
excuses, encore, pour la longueur de ma lettre et mon audace de 
vous l'avoir écrite, 

l'assurance de ma considération la plus distinguée. 

E. Vergés de Ricaudy, 

Président de la Société d'Etudes Catalanes. 



LAS PROFESSONS 

TRIPTYQUE 



Al Pastorellet de la Vall d'Arles, 

HUMIL HOMENATGE, 



I. — Setmana Santa. 

( Tristesa) 

Lo sol s'es amagat. Per la vila endolada. 
De Sant-Jaume, apolit, baixa la professé. 
L'ayre es tôt entristit dels salms de la Passiô, 
Mentres la veu de las campanas s'es callada. 

Vuyt horas han tocat. Com una bruma roja. 
De las atxas lo fum nega los pénitents 
Que fora se'Is hi veu los dos ulls relluhents 
— Dimonis mascarats — , sota la caparotxa. 

Los Misteris, de un â un, arrivan ara : 
Aqui, Nostre Senyor prega â l'hort dels olius ; 
Alla, portant la creu, s'amorra pels cotius, 
Una suhor^|de sanch cobrint sa dolsa cara ; 



— 142 — 

Jésus clavat en creu pels soldats de Pilata ; 

Y la Mare de Deu, los ulls rajunts de plors, 
Su'l seu vestit de dol mostrant las set dolors ; 
Los set punyals que li llardan son cor de plata, 

II. — ' Pascas. 

(Alegria) 

Nang-gue-nang ! Nang-gue-nang ! Las campanas alegras 

Escampan l'Alleluia als ayres del mati, 

Del sallent esclarit d'un blavejant sati 

Fins al ponent, ahont fugen las brumas negras. 

Pascas ! La professé de l'iglesia eix d'hora, 
Passejant pels carrers lo Christ ressucitat, 

— Per dos nins blauvestits à l'espatlla portât — 
Nu de cos, amb un lli brodât que '1 cinta fora. 

Al devant d'Ell pareix, vestida d'una manta 
De blanca seda, ab la corona d'or al cap, 

Y parada de joyas mes ricas que cap, 

— Duta per cuatre minyonas, — la Verge Santa. 

Els ciris llarchs fan un llum prim qu'el vent atuda ; 
Amb l'encens lo J^egina cœli puja amunt... 
Als cantons hom s'arresta y la Reina del Mont 
Se gira, y s'acatant, la Mare al Fill saluda. 

111. — Corpus. 

( Gloria) 

Juny, de sos raigs calents, enlluhenta la plana ; 
De mar â Canigé l'ayre brunsina y viu : 
Es la festa del sol, la festa de l'estîu, 
La festa de l'olendra y de la singlantana. 

Per tôt ahont la professé del Corpus passa, 
Cada casa ha parât llensols sembrats de flors, 
Amb garlandas de boix, banderas de colors ; 
Altars tots florejats s'alsan â cada plassa... 



- 143 - 

Blancas, lo ciri en ma, cent donzellas hermosas 
Per rengleras s'en van. Angels y pastorells 
A punyats gitan flors cap al talem vermeil, 
Embalsamat ralléu de ginesta y de rosas. 

Lo bisbe, â cada altar Huent de mil estrellas, 

Dret, beneheix lo poble agenollat al sol ; 

Y la Custodia d'or, rapetellant lo sol, 

Fa, com un llamp de foch, acatar las parpellas. 

L'Ermita de Cabrens. 



Don Miquel- Victoria Amer 

Le cinquantenaire des Jeux floraux de Barcelone vient de rap- 
peler l'attention sur les poètes de la première heure qui les 
restaurèrent il y a un demi siècle. De ces premiers mainteneurs, 
un seul est encore vivant : c'est le vénérable D. Miquel Amer, 
un aimable mallorquin, maintenant cloué par l'âge, (à Barcelone) 
dans son fauteuil, qu'il ne quitte plus guère. 

Mais, entouré des soins empressés de ses deux filles, Don 
Miquel suit encore, avec enthousiasme, le mouvement littéraire 
auquel il a été mêlé, et malgré ses 80 ans sonnés il compose 
encore, à l'occasion, un quatrain de circonstance. C'est un joyeux 
événement de la vie de famille qui lui a inspiré ses derniers vers, 
que nous sommes heureux de publier : 

MITJ-ANY. 

Per celebrar lo mitj-any 
de mon ben estimât net, 
al bon J'esus qui l'ha fet 
tan hermos, tan axerit, 
que'l preservi de tôt dâny 
1) deman de dia y nit. 
desembre )907.« 

Nous adressons nos respectueux compliments à D. Miquel- 
Victorià Amer, à qui a été conférée la présidence d'honneur des 
Jeux floraux du cinquantenaire. J. Delpont. 



Nous nous faisons un devoir d'insérer dans la J^evue la 
« lletra de Convit » ci-après : 

Congres d'HistoriA de U Corona^ d'Ar^go 

Dedicàf aI Rey en JAUME I y À Ia sua épocA 

Jlb îo patrocini del Excm. Ajunfament de Barcelona 



Convocatoria 

La voluntat ben espontânea y manifesta de tots los pobles que 
estigueren sots governaciô del inclit rey En Jaume lo Conqueri- 
dor, per solemnitzar le Vil' centenari de la sua naxença, al 
pendre gran esclat â Barcelona, ha regonegut com à un dels mes 
apropriats actes que podien dedicârseli, la réunie dels historia- 
dors y arqueôlechs per estudiar lo gran Monarca y aquella 
societat mitjaeval, en los diferents aspectes en que poden, un y 
altre, esser tractats. 

A dit efecte, la Comissiô organisadora de les festes del VIT 
centenari acordâ la celebraciô del présent Congrès d'Historia de 
LA CoRONA d'Arago, que deurâ efectuarse en aquesta ciutat en los 
dies 22, 23 y 25 de Juny prop vinent y per lo quai ha nomenat 
la corresponent Junta promotota. 
Barcelona, 28 de Febrer de 1908. 

Lo Président, Atcalde de Barcelona, 
Domingo Joan Sanllehy. 
Los Secret arts, 
Francesch Carreras Joaquim Miret 

Tresorer de la R. Academia de Bones Lletres. Secretari de la R. Academia de Bones Lletres. 

Les inscriptions au Congrès seront reçues jusqu'au 20 juin 
contre paiement d'une cotisation de 2 pesetas, donnant droit à 
un exemplaire du volume contenant les travaux soumis au Congrès 
et les compte rendus des séances et des fêtes. 

Les congressistes devront envoyer au secrétariat du Congrès — 
Arxiu Municipal de Barcelone — les mémoires et communications 
relatifs à Jaume 1" et à son époque. — Ils pourront être écrits 
en n'importe quelle langue. 






Pages choisies 



rj^o 



Nous avons tenu à offrir, cette fois, à nos lecteurs un extrait 
du Théâtre catalan. Pouvions-nous mieux faire que d'aller le pren- 
dre dans l'œuvre la plus belle, la plus dramatique, la plus expres- 
sive de ce théâtre : Terra Baixa de Guimerà ? Cette pièce, dont 
le succès fut toujours si grand, et qui, comme nous le disions 
naguère, a été traduite dans presque toutes les langues, est une 
magnifique et saisissante évocation de la montagne catalane, un 
symbole admirable de notre race et de notre terre. Dans ce drame, 
l'auteur s'est révélé, en même temps que dramaturge de premier 
ordre, poète de haute envolée... Le passage que nous avons choisi 
et qui ne peut donner, bien entendu, qu'une idée incomplète de 
l'ensemble de l'œuvre, est tout de même l'un des meilleurs, et 
reçoit toujours un chaud accueil au théâtre. Ce sont les premiers 
et naïfs aveux du berger Manelich à celle que lui destine son 
maître comme épouse, (i) 

Manelich 

Espérât. (Ella s'a tura.) Mal geniot ! No me la donguis la ma: 
bueno. CEsîén lo mocador buyt devant d'ella à terra.) Mirât, veus aixô? 
Es una pesseta. CLa tira al mocador.} Donchs va ser la primera que 
he guanyat en ma vida. No la he volguda gastar may, perque fes 
cria : y mirât, mirât si n'ha fet de cria ! Te : totas ! j Buydant al 
mocador las monedas de plata y calderilla (2) que ténia en una ma y con- 
tre '1 pit sostingudas. J{ihent conmogut^ (3). Alla dalt quan las contava 
feyen un altre soroll (4) : ara '1 fan mes alegre. Deu ser perque 
tu hi ets ! Ah ! mirât ! (Buscant entte 'Is diners del mocador. ' Mirât 
aquest duro. Encara te sanch : es sanch meva tota. Me '1 va rega- 

(1) Terra Baixc: (acte 1, dernière scène) (Barcelona, Imprempta La Comercial, San Pau. 96; 
— "904-) A été joué ces temps derniers à Perpignan au théâtre de f'Eldorado par la troupe du 
théâtre Romea de Barcelone. 

(î) Monnaie de cuivre. — (3) Emu. — (4) Bruit. 



— 146 — 

lar un dia l'amo, '1 senyor Sebastiâ : que Deu li pagui. ("La Marta 
çscçUa ara. Te, tôcal, tôcal ! 

Marta 
(Jlpartanlli la ma ara sens odi) No! que no! al veure Manelich 
qu'ella no 7 vol locar, lo besa, y 7 tira al mocador,) 

Manelich 
Bueno. Donchs jo '1 beso... Donchs sâpigas que cada nit venîa 
'1 Hop al ramat y cada matf hi havia un gos pernas enlayre y fal- 
tava una ovella 6 un moltô... que allé 'm dempnava ^ Y aixô du- 
ra... qui sap lo que dura! Fins que una vetlla 'm poso al aguayt 
darrera d'un rocater vora l'escorranch seguit pel Hop quan venia. 
l'Ella s' hi va intéressant. Donchs... afigûrat jo aquella nit quinas 
orellas ! Lo Carro anava passant, passant alla al cel y ja eran las 
dotze, y ja era la una, y escolto, escolto... Els esquellins, l'aygua 
de la neu fosa que s'escorria, l'ayret de la matinada y '1 Carro 
allunyantse, allunyantse... Quan de cop sento fressa y trepitj, y, 
fent un bot com un diable, '1 llop me passa per sobre flayrant 
fort, que la vaig sentir al coll la seva bufera, y 'Is cabells se 'm 
posaren de punta, y aqui dintre uns cops mes forts que m'ofega- 
van (1) !... Totduna à la jassa quins udols (2) y lladruchs(3) y belar 
esgarri fôs (4) de las ovellas, y jo quina râbia à mf mateix per no 
haverlo embestit al lloparro ! Y no se com va ser que 'm planto 
al mitj del camî per ahont havia de passar lo lloparro... Y al entor- 
nai\tse la bestiassa ab la ovella al morro, s'entrebanca ab mi y jo 
ab ell, y m'hi abrahono (5) y li clavo tota aquesta fui la (6) endin- 
tre ; y ell corrent 6 rodolant rostos aval! y jo ab ell ; arrapats 
l'un à l'altre, mossegantlo jo à n'ell y ell à mî, y udolant los dos, 
mes qu'ell, jo cent vegadas, com duas feras salvatginas. (ha Marta 
l'escolta ab interés creixent. Passant ell de la feresa al entendriment. 
Pausa...} Y... à l'endemâ m desperto, 6 vaig tornar à viure, que 
no ho se encara, al fons d'un torrent entre pastors que 'm socor- 
rian, y al mitj de la ovella morta y del llop mort també, que à 
aquestos si que no 'Is van retornar à la vida. A mi 'm dugueren 
à la jassa y ab oli de neu y de llargandaix me xoparan las mosse- 
gades y 'Is trenchs, que pertot n'hi ténia. Y quan ja estava mitj 

(1) Etouffer. — (2) Hurlements. — (3) Aboiements. — (4) Effroyable. — (S) Embrasser 
fortement. — (6) Lame. 



— 147 — 

curât, un dia vetaqui que puja '1 senyor Sebastiâ y 'm dona un duro. 
Y jo ab l'ânsia de besarli la ma 'm vaig tornar à obrir aquesta 
ferida. (Ver la ma seva.) Y li vaig embrutar de sanch la ma d'ell 
y la moneda ; y '1 senyor Sebastiâ 'm va dir : « Per cada llop que 
matis t'hi va un duro. » Y, batùa, per ara no n'he mort cap altre... 

La langue catalane populaire 

en Roussillon 

c^ smTB 

URBANYA, novembre 1907. — Deux fillettes de 4 ans envi- 
ron. Elles ont chacune une poupée : 

— La meua es mes guapa que la teua, ay ! 

— Ho es pas ! es la meua qu'es mes guapa. 

— Oh ! la teua ten pas cabells y ten un bras trencat ! 

— Y la teua que li manca un ull y que porta pas sabatetes !... 

— D'abord (1), la meua es mes grossa y es el meu padrî que 
me la va dur (2) de Perpinyâ. 

— Jo, es la meua mamâ que me la va crompar per la fira, y 
Costa a manta de sôus. 

— En Costa mes la meua. 

— Ets una menti dera ! 

— Tu, n'ets una, de menti dera ! 

— No, ets tu, tu, tu, tu ! 

— Futuda gurmanda (3) ! L'altre dia vas pendre sucre â ta 
mare. Ja li dire. 

— Quina mentiderassa I 

— Ho es. 

— Ho es pas. 

— Si, si, si, jo ho vaig (4) veurer. 

— Donques, té... (elle lui crache au visage). 

(1) Mot fr. (î) Pr. dure. (3) Mot fr. (4) Pr. bay. 



— 148 — 

— Y tu, té... elle lui jette à la face une poignée de terre). 

— Toutes deux s'en vont en pleurant. (Communiqué par 
M. Trouquet, instituteur à llle-sur-Tet). 

c) Sermons 
URBANYA. — Fragment de sermon par M. l'abbé Moner. 

Lo primer obstacle que troba lo nostre bonhur 1) es la sofren- 
cia. Hi ha pas â dire, la sofrencia es pertot. Ella es dins lo ces 
minât per una multitut de malalties ; ella es dins les animes cruci- 
ficades al sovenir (2) del passât, devant los torments del présent, 
de poii (3 de l'incertitut del avenir. Ella es dinstots los atges (4^, 
y del infant dins la seua bressola fins al viellard 5) que ten qua- 
sibé los peus dins la tomba, la vida es una llarga seguida de dolors. 
La sofrencia es dins tots los estats, dins totes les condicions : 
pobres y richs, traballadors dels camps y de les manufactures 6 
traballadors de l'intelligencia (6), justos 6 pecadors, tots tenen de 
portar una creu pesanta, tots tenen de montar un pénible calvari. 
Y, si en aquest moment, m'arrestavi (7) per escoltar la veu sécréta 
dels vostres cors, cadahun de vosaltres me diria : « Es veritat, 
som sofert, sofrexi, esperi la sofrencia. » 

Y bé, que pot fer la ciencia contra la dolor ? Res, 6 ben poca 
cosa. La ciencia nos diu pas perqué dins lo mon existeix aqueix 
gran nombre de gent que sofreixen y que se, demanen lo motiu 
d'aqueixa universala dolor. La ciencia diminueix pas les nostres 
pênes, perqué, si augmenta tant si poch lo ben-estre del nostre 
cos, ella se troba impuissenta (8) â consolar les tristeses de la nos- 
tra anima. Sola, la religiô nos diu que sofrim â causa del pecat, 
per imitar lo Fill de Deu, per guanyar lo Cel. Y certes, hom 
rempleix (9) molt millor los seus devers, hom continua de seguir 
ambe mes coratge la rota dificil de la vida, quan hom sab que 
totes les nostres esprobes (10) suportades ambe resignaciô compo- 
saran la corona de la nostra eternitat. (Communiqué par M. Moner, 
curé d'Urbanya). 

(1) Bonhur n'est pas catalan : On dit benanança, félicitai, sort, prosperitat. — (i) sovenir n'est 
pas catalan : c'est recor/ qu'il faut dire. — (3) pou est un mot languedocien : c'est por qu'il faut 
dire en catalan. — (^]àge se traduit par edat. — (5) mot fr. — (6) on écrit sofrencia, inteltigencia 
mais on ne prononce pas l'a finale. --■ (7) mot fr. — (8) mot fr. 

(9) Mot fr. — (10) mot fr. 



— J49 — 

Ce beau sermon est écrit en un style clair et simple. On sent 
l'homme convaincu qui parle avec son cœur et qui ne désire qu'une 
chose : le bonheur de ses ouailles. Aussi les mots viennent-ils 
naturellement et sans recherche. On dirait un père parlant à ses 
enfants. 11 n'y a dans cette page aucune ambition littéraire. 

D'ailleurs, M. l'abbé Moner est la modestie même. Voici un 
fragment de la lettre qu'il nous adresse et à travers lequel on peut 
deviner l'homme simple et bon : « Je crains que Monseigneur 
l'Evêque de Perpignan ne vous ait quelque peu abusé en me pré- 
sentant à vous comme un catalaniste. Et, en effet, je suis un tout 
petit curé de campagne : dans mes prônes je me contente de prê- 
cher à mes chers paroissiens notre sainte religion en un langage 
que tous puissent comprendre. C'est vous dire que je ne vise 
nullement à l'effet, que je ne recherche pas les expressions savan- 
tes : enfant du peuple, jt m'adresse au peuple en la langue qu'il 
parle tous les jours, sans me soucier du reste ». (C'est bien là ce 
que nous désirions pour notre recueil . 

Plus loin, M. l'abbé Moner ajoute : « C'est le langage du peu- 
ple, c'est la langue du Confient, car, originaire d'Urbanya, j'em- 
ploie uniquement les mots employés dans ma paroisse. » 

Ce document est d'autant plus précieux que M. Moner est 
originaire d'Urbanya et qu'il parle à ses compatriotes. On ne 
pouvait trouver mieux. 

Le Catalan du Confient, comme celui du Roussillon, se ressent 
beaucoup du voisinage de l'Aude et du pays de Fenouillèdes. On 
a pu voir, dans les documents ci-dessus, qu'un certain nombre de 
mots sont français ou languedociens. 

3' En Vallespir 

a) Criées publiques. 
CERET. icrieur public : M. Monné). 

/" décembre i ^ob. — Qui vulguin crompar llus, rojets, palalles, 
â quaranta sous el kilo ; dorades y Hisses â trenta sis ; agullat, 
buldroy 6 raparanyes, rates, cabotilles â vint y quatre ; bogues y 
coquilles â setze sôus, raballa y clavellada â quatorze ; que vagin 
â la peixoneria. 



— )5o — 

4 janvier 1 90J. — Avis. — Es per prévenir el publich que un 
gran debalatge de faldilles y calces per dones, corsets, flanelles, 
mitjes y chaussettes i), sabates à partir (2) de cinquanta nôu sôus, 
y altres articles que séria massa llarch de vos nomar, es estallat (3) 
al boulevard (4 Sant Roch, en faça la gendarmaria. Tôt se ven- 
dra al mes rabaix possible. 

Ho cal veure 
Per ho creure. 
La venda durara fins a quatre hores. 

// février ) Cfoy. — Qualsevol que sigui trapat â travessar 6 â 
cûllir res i5) dins de les propietats de Mossiu Guitard pel guar- 
da-terra 6 testimonis, els hi sera dressât procès-verbal 6 seran 
perseguits al rigor de la lley. (Communiqué par M. Oms, institu- 
teur à Céret). 

SAINT-LAURENT-DE-CERDANS (cricur public : M. Nou 
François. 

27 février 1 ^oy. — Qui vulguin comprar (6) trufes â quaranta (7) 
sôus la mesura que vagin â la plassa. 

/" mars /907. — Qui vulguin comprar toronjes (8) dolces y 
toronjes agrès, pésuls, coliflors, escarola y hortaliça de tota 
qualitat que vagin â ca'n Père Dalmâu, al Moli. 

2 mars 1^06. — Tots los qu'han demanat un securs per vellessa 
y infirmitats s'han de presentar â la Mairie, demâ del mati, de nôu 
hores â déu, per ordre del Senyor Maire. (Communiqué par 
M. Olive, instituteur à Saint-Laurent-de-Cerdans). 

PRATS-DE-MOLLO. crieur public : M. X). 

2 jnars i^oy. - — Qualsevol que vulgui comprar 9) hortaliça de 
tota qualitat que vagi â la plassa grossa que n'hi ha per vendre. 

(i) mot fr. — (2) loc. fr. — (3) )e vrai mot catalan est instalal — (4) mot fr. — (5) res 
signifie alguna cosa. 

(6) Nous trouvons ici pour la première fois le mot comprar qui est devenu crompar dans la 
plupart des localités du département. 

(7) pr. curanla. 

(S) toronjes est ici au féminin alors que dans beaucoup de localités il est du masculin. 
(9) comprar. 



— i5i — 

2 mars i^oy. — Qualsevol que vulgui comprar porch fresch â 
vint y vuyt sôus el kilo, que vagi â ca l'Infant. 

En juin. — Se dona avis de la part del Senyor Maire qu'es 
defès de deixar décombres pels carrers. Qui sera trapat en contra- 
venciô se li adressera procès-verbal. 

En juillet. — Qualsevol que vulgui comprar sarda fresca â setze 
sôus el kilo que vagi â la plassa petita que n'hi ha per vendre. 
(Communiqué par M. Chavanette, instituteur à Prats-de-Mollô). 

ARGELÈS-SUR-MER. {Crieur public : M. Lavail). 

82 juillet i()0']. — Qui vulgui crompar monjetes rosses â quatre 
sôus el kilo que vagi al Portai de Colljure. 

28 juillet 1 cfC]. — El public es avertit qu'aquesta tarda y anit 
\\\ ha balles de franc â mar (1), en faça de l'Hôtel des Pins. (Com- 
muniqué par M. Camredon, instituteur à Argelès-sur-Mer). 

5j juillet j^oy. — Qui tingui pellots, ferro vell, rauxa de botes 
teniuho â punt que la Rosa la pellarotayre passarâ. 

3i juillet /^oy. — Qui vulgui crompar rojets, verats, pajells, peix 
de pinyata y sorells â quatorze sôus el kilo que vagi â la plaça. 

BANYULS-SUR-MER. (Crieur public : M. Saleing). 

2 mars 1907. — Qui vulgui crompar peix de bôu que vagi â la 
plaça. 

4. mars 1907. — El président de la Lliga dels Drets del Home 
fa prévenir tots els membres que'n fan partida qu'a set hores hi 
haura reuniô â la sala del sarâu. 

7 mars 1907. — Qui hagi trapat una clau que tingui la bondat de 
la tornar, (Communiqué par M. Camou, instituteur à Banyuls-sur- 

Mer). 

AMÉLIE-LES-BAINS. (crieur public : M. X). 
'Le crieur public d'Amélie-les-Bains fait généralement les diver- 
ses criées en français. 

(1) a mar pour : a la mar. Prononcer mari. 



— l52 — 

Exceptionnellement, il publie en catalan lorsque la publication 
intéresse plus particulièrement les ménagères, les vrais indigènes : 
vente de poissons, de légumes, ou une trouvaille. 

1. — Qui vulguin comprar (i) peix de tota manera que vagin â 
la Peixoneria. 

2. — Qui vol comprar trufes de montanya que vagi ca'n Joanet 
que n'hi ha per vendre. 

3. — S'es perdut una broche (2) d'or, (3) de la gara â l'hôtel (4) 
dels Banys ; lo que l'ha trobada que vulgui be la dur (5) al cridayre. 
(Communiqué par M. X., crieur public). 

CERBÈRE. (Crieur public : M. X.) 

Cerbère est la localité la plus rapprochée de la Catalogne. Mal- 
gré cela les criées publiques se font toujours en français. Cela 
tient à ce que la gare internationale attire à Cerbère un grand 
nombre d'employés étrangers au département. (Communiqué par 
M, Fortuné, instituteur à Cerbère). 

LE BOULOU (crieur public : M. Coste). 

i5 mars 1907. — El citoyen Maire (6) fa sapiguer al public 
que anit, â 7 hores, el concell municipal se réunira â la sala de 
la Mairia (7). El but (8) de la reuniô es lo project fontinal. 

5 août 1907. — El Président de la Societat de les balles 
l'Uniô Republicana fa sapiguer an tots els seus societaris que 
demâ â la nit, a set hores y mitja hi haurâ reuniô generala â la 
Sala Colomines. Presencia indispensabla. (Communiqué par M. 
Sales, secrétaire de la Mairie du Boulou). 

(i) comprar. — (2) mot fr. — (3) pr. ort comme mari. — (4) mot fr. — (5) dur est bien 
conservé. Dans la plupart des localités on dit portar. 

(6) citoyen Maire, mots fr. — (7) Mairia, mot catalanisé. — (8) mot fr, 

(^ suivre) L. Pastre. 



WWT^^^^^^^n^Wf^^^^W^^WiWfiWTWfiWiWi 



Botanique catalane 

JMoms catalans de plantes usités dans la région 

ù^o <t^ *.^<f (Suite) 

CAMAMILLA. — Jlnthemis nobilis. L. Anthémide ou camo- 
mille noble. 

Les têtes calment les maux d'estomac et de ventre ; elles 
peuvent remplacer le quinquina. 

CAMA-SECA. — Jlgaricus pseudo-mousseron Bull. Agaric faux- 
mousseron. 

Champignon comestible. Le pied mince se tord sur lui-même 
après dessication. 

CAMPANES. — Campanula persicxfolia. L. Campanule à 
feuilles de pêcher. 

Les corolles ressemblent à des cloches. 

CAMPANETES. — Convohulus arvensis. L. Liseron des 
champs. 

Comme la précédente, séchée et réduite en poudre, c'est un 
bon purgatif. 

CAMPA ROL. — Agaricus campestris. L. Agaric champêtre. 

Champignon comestible des champs. 

CANEA/l. — Cannabis saliva. L. Chanvre cultivé. 

Cultivé pour servir à la fabrication de la toile; graines calmantes. 

CANYA. — Phragmites communis. Trin. Roseau commun. 

Tiges pour fabriquer des haies, des nattes, etc. Racines dépu- 
rant le sang. 

CARABAÇA. — Cucurbita maxima. D. C. Grande courge. 

Fruit très rafraîchissant. La graine est employée pour chasser 
le tœnia. 

CARABAÇINA. — Bryonia dioïca. Jacq. Bryone dioïque. 

Racine purgative, mais à employer avec prudence, car elle est 
vénéneuse à forte dose. 

CARDET. — Dipsacus silvesiris. Huds. Cardère des champs. 



— i54 — 

Nuisible par ses piquants. Les capitules peuvent servir à pei- 
gner la laine. 

CARDET BORT. — GalacHtes tormentosa . Manch. Galactite 
laineuse. 

Les capitules ressemblent un peu à ceux de la plante précédente. 

CARLIN A. — Carlina acaulis. L. Carline sans tige. 

Les fleurs s'ouvrent ou se ferment suivant l'humidité de l'air ; 
c'est l'hydromètre des campagnes. 

CARXOFA. — Cynara scolymus. L. Artichaut cultivé. 

Réceptacle comestible. La corolle sert à faire coaguler le lait. 

CARXOFA DE BORRO. — Sihylum Marianum. Gœrtn. 
Silybe ou Chardon de Marie. 

Les réceptacles, comme ceux de la carlina, sont mangés en 
guise d'artichauts. 

CASCALL. — Papaver somniferum. L. Pavot somnifère. 

Les têtes calment les douleurs et procurent le sommeil ; elles 
fournissent l'opium. 

CASTANYER. — Castanea vulgaris. Lam. Châtaignier com- 
mun. 

Fruits sains ; l'eau qui les a cuits guérit les engelures après 
plusieurs immersions. Bon bois. 

CASTANYER D'INDIA. - JEsculus Jiippocastanus. L. 
Marronier d'Inde. 

Originaire de l'Inde. L'écorce du fruit guérit les aff^ections 
pulmonaires des chevaux. 

CEBA. — Alltum Cepa. L. Oignon cultivé. 

Potagère, excitante et diurétique ; cuit, il guérit les panaris et 
les furoncles. 

CENTAURA. — Cenlaurea amara. L. Centaurée amère. 

Nom général des centaurées. Racine très amère, excitant l'ap- 
pétit. 

CENTAURA BORDA. — Erylhxra Cenlaurium. Pers. Eri- 
thrée. Petite centaurée. 

Toute la plante est employée pour préparer, avec du bon vin, 
un excellent fortifiant. 

(A suivre.) L. Conill. 



HISTOIRE LOCALE 

1 LLE et LES AMGELETS 

^ M. Joseph Pons. 

L'Histoire, forcée d'aller aux grands événements et aux per- 
sonnages célèbres, oublie trop souvent de s'arrêter à des faits qui 
n'ont pas eu de retentissement parce qu'ils ont eu peu d'influence 
sur la marche générale des affaires, et qui méritent pourtant d'être 
conservés dans la mémoire des hommes. 11 est juste de remettre 
en lumière les actes de dévouement obscurs, parce qu'ils furent 
d'autant plus héroïques que ceux qui les accomplirent comptaient 
moins sur la récompense habituelle du sacrifice : la renommée et 
la gloire, et faisaient simplement de grandes choses en ne croyant 
faire que leur devoir. Une de nos meilleures et de nos plus com- 
plètes histoires du Roussillon n'a trouvé, dans ses deux gros volu- 
mes, d'autre place pour la défense d'ille contre les Angelets 
qu'une ligne et demie, tout juste de quoi mettre une date et un 
nom. 

Le 3o août 1642, Richelieu écrivait à Louis XI 1 : « Sire, vos 
ennemis sont morts, et vos armes sont dans Perpignan. » Mais si 
La Meilleraie, Turenne et le brave Fabert avaient pu réaliser 
enfin les vœux du Cardinal en arrachant notre province des mains 
de Philippe IV, ces incomparables généraux furent néanmoins 
impuissants à assurer la tranquillité du Roussillon. Pendant près 
de quarante ans, des soldats français et espagnols, se trouvant 
licenciés, formèrent avec quelques mauvais sujets, des bandes de 
brigands qui désolèrent notre pays et rappelèrent par leurs cruau- 
tés les Huguenots, les Vaudois et les Cévenols. 

Désireux d'imposer à ses nouvelles conquêtes l'unité et l'inté- 
gralité des lois françaises, Louis XIV eut, à notre avis, le tort 



— i56 — 

d'enlever sans atermoiement, au Roussillon, ses î/s et Coutumes qu"i\ 
possédait depuis Charlemagne et que les rois d'Aragon lui avaient 
libéralement confirmés. L'exemption des gabelles était, entre au- 
tres, un de ces privilèges que nos pères considéraient comme un 
droit intangible. Le roi ayant donc ordonné de les rétablir, le 
peuple s'y opposa ; on eut recours à la force ; les agents du fisc 
furent massacrés à Prats-de-Mollo et les soldats refoulés au bas 
de la vallée de Saint-Jean-Pla-de-Corts. 

Le chef improvisé de ces révoltés s'appelait Joseph Trinxeria. 
11 était né à Taulis, près d'Amélie-les-Bains. Précédemment, il 
était à la tête des Routiers catalans qui furent une des plaies du 
XVI 1' siècle. « Le routier, dit M. Thiers, appartenait à cette 
race d'aventuriers, moitié voleurs et moitié soldats, toujours prêts 
à guerroyer sous n'importe quelle bannière, pourvu qu'on leur 
laissât la liberté du pillage, se réservant d'arrêter les voyageurs 
sur les routes. Nobles, bourgeois, militaires, prébendes, prêtres, 
laboureurs même, ils n'épargnaient personne. » 

Ces pillards étaient affublés d'une blouse, d'une ceinture et 
d'un bonnet blanc. Par ironie, antithèse ou à cause de leur cos- 
tume, le peuple ne les désigna plus que sous le nom d'Angelets. 

*^ 

Dans son ouvrage sur les Pyrénées (Paris, 1843, in-8\ le baron 
J. Taylor, qui a écrit l'histoire un peu à la façon d'Alexandre 
Dumas dont il était l'ami, donne sur le nom des Angelets une 
singulière origine qui nous paraît être par trop fantaisiste : « Lors- 
que les régiments passèrent à Py, les soldats d'avant-garde furent 
assassinés dans la rue. Tous les habitants avaient pris la fuite ou 
s'étaient cachés. « — Qui a tué ces soldats? demanda le colonel 
à une vieille femme qu'on amena devant lui. — Je l'ignore, répon- 
dit-elle, à moins que ce ne soit un angelet. » La vieille femme, 
toute pénétrée des anciens préjugés contre la France, supposait 
que le ciel envoyait des anges pour combattre les soldats français, 
et comme, en France, on aime à plaisanter sur toutes choses, ces 
soldats appelèrent la révolte des gabelles: la guerre des Angelets. » 

CA9 



- ,57- 

Un acte qui fut rédigé en bonne et due forme à lUe, le j' juil- 
let 1670, par le chanoine Jofre, notaire apostolique et royal — 
acte dont l'original est sous mes yeux — atteste que les Angelets, 
après s'être emparés des vases sacrés des églises de Serrabona, 
de Corbèra et de Belpuix, vinrent surprendre la ville d'ille. On 
sent, à l'abondance des détails dans lesquels entre l'écrivain pu- 
blic, et la terreur qu'inspiraient ces brigands et la sympathie du 
vieux notaire pour ces braves paysans qui défendirent héroïque- 
ment leur vie et leurs foyers. 

Lorsque la sentinelle que ces derniers avaient la précaution de 
placer au sommet du clocher pendant qu'ils travaillaient aux champs, 
sonna l'alarme du plus loin que l'ennemi parut, les paroisses de 
Saint-Michel-de-Llotes, de Bouleternère, de Rodés et de Cor- 
bére se joignirent aux habitants d'ille et se placèrent sous le com- 
mandement du vicomte Joseph de Albert, consul de cette dernière 
ville. 

Entre temps, les Angelets avaient saccagé les maisons de Pierre 
Pavai et de Michel Blanxat et massacré leurs familles. Le trou- 
ble et l'effroi régnaient parmi les habitants ; néanmoins aucun 
homme valide ne se déroba à son devoir: u 7^o hi fallava un 
habitant sinâ que tots eran sobre las armas, de la manera jo los ordeni. » 
Armés de mousquets, d'arquebuses, de pioches, de cognées et de 
cotrets garnis de pointes de fer, tous se lancèrent à l'assaut de 
l'église seigneuriale où l'ennemi s'était barricadé sur le clocher, 
bien à couvert derrière les murailles ; les Angelets tiraient à bout 
portant. Après plusieurs heures d'un combat acharné, ces derniers 
durent pourtant abandonner la lutte, et par la porte abattue de 
l'église, ils se ruèrent, éperdus, et s'enfuirent sur le col de l'Em- 
pelladô. Le lendemain, un secours inespéré arriva aux habitants 
d'ille : deux régiments envoyés par Anne de Noailles, gouverneur 
général du Roussillon, et commandés par le marquis de Chamilly 
poursuivirent les fuyards à travers les vallées de Vinça, de Prades 
et de Py et les refoulèrent en Catalogne. Les Angelets disparu- 
rent à tout jamais. Joseph Trinxeria, condamné à mort et exécuté 
en effigie à Perpignan, se réfugia en Espagne où il trouva bon 
accueil, le grade de général et la fortune. 

Voici le nom de ceux qui, dans le manuscrit, sont mis à l'ordre 
du jour et cités pour leur courage et leur bravoure. Bien des 



i 



— i58 — 

familles de la vallée de la Tet retrouveront ici leurs ancêtres et 
béniront le notaire Jofre d'avoir conservé leur souvenir: « Josep 
de Albert, batlle gênerai del vescomptat de 111a, Antoni Rovello, 
Felip Pavall, Marsal Sujagas, Marsal Bonet, Miquel Pavall, Fran- 
cisco Pavall, menor de dias, Pau Colomer, Jaume Pavall, major 
de dias, Francisco Noell, Josep Verdaguer, Antoni Blanch, Guil- 
lem Munie, Père Vidal, Abdon Montsarrat, Père Castello, Joan 
Mestres, Joan Faliu, Josep Tallaferro, Antoni Manent, Galderich 
Delbies, Estève Boher, Miquel Picamal, Francisco del Solâ, Gre- 
gori Pavall, dit lo fill del Cuix, Josep Bellver y Josep Delamich. » 

Le Roussillon était enfin délivré de la présence des Angelets 
par le dévouement d'une poignée d'hommes. J'ai relevé pieuse- 
ment leurs noms, car l'Histoire doit faire comme ce vieillard des 
tombeaux, qui allait par les montagnes de l'Ecosse, cherchant 
sous la mousse et la ronce les lieux où les saints étaient tombés, 
pour gratter la pierre de leur sépulcre et faire reparaître au jour 
les noms que le temps avait effacés. 

L'abbé J. Bonafont. 

LIVRES c^ REVUES 

La J{evue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire. 'S^^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédar- 
tien et un autre a M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 



La Coopération des idées. 

Nous avons reçu le n 5 de « la Coopération des idées », revue d'éduca- 
tion sociale paraissant le i" et le j6 de chaque mois. Directeur, M. G. 
Deherme, 3o, rue Jacob, Paris VI'"'. En voici le sommaire : 

La cité terrestre, par Ed. Thiaudière ; le Salon des Poètes, par Paul 
Guériot ; les Fonctionnaires, par G. Deherme ; Revue des Opinions, des 
Faits et des Idées, par tous ; les Livres qui font penser, par G. Deherme. 



— - 1 5c) — 
BuMleti del Centre excursionista de Lleyda. 

Sommaire du n" i. — Que sera lo Butlleti ; De historia aragonesa, par 
Rafel Gras ; Lo nostre art antich desapareix, par Alfred Perena ; Notes 
folk-16riques par Estadella Arnô ; Viatje à Vallbona de les Monges, par 
Manel Herrera ; Bibliografia ; Noves. — Carrer Major, 33, Lleyda. 

La Tcrro d'Oc. 

La Terro d'Oc nous apprend la mort du folkloriste lauragais Pau Fagot, 
l'un des vaillants lutteurs de l'Escolo moundino. 

L'art héraldique en Roussilion. 

Notre confrère M. Albert Salsas, receveur de l'enregistrement et des 
domaines vient de publier chez M. Henri Delesques, éditeur à Caen, 34, 
rue Demolombe, une brochure très intéressante intitulée : Monuments figu- 
rés de l'art héraldique en 7(aussillcn. 

Ce mémoire extrait du Compte rendu du LXXIU"" Congrès archéologi- 
que de France (Carcassonne et Perpignan, 1906) et honoré d'une médaille 
d'argent par la Société française d'archéologie pour la conservation des 
monuments, mérite d'être consulté par tous ceux qui s'intéressent aux choses 
du passé. 

11 comprend l'énumération et la description des portes armoriées, des 
clefs de voûte, des Croix de chemin, bénitiers, cheminées, sarcophages, 
dalles tumulaires, tombeaux arqués, cavités dans les murailles, sceaux, etc. 

Nos félicitations à M. Albert Salsas. 

La Sardenya Catalana. 

Nos frères de la Sardaigne, les Catalans d'Alguer, désireux de prendre, 
eux aussi, leur place au grand jour du mouvement littéraire, viennent de 
fonder une revue mensuelle et illustrée. 

Le premier numéro est des plus intéressants ; il comprend : 

Texte. — Ai nostri concittadini. — ■ Regole principali per leggere il catalane 
e l'algherese, de Giovanni Pais. — Joseph Franck, precursor del renaixement 
catala a l'Alguer. — En mort de ma filla, poésie de Franck. — Impressions 
de mi viatje al Alguer, del Doctor Rubiô y Lluch. — Retorn d'un Alguerès 
à Calalunya. — Sem vius, poésie de Ramon Clavellet. — Notes folklori- 
cas. — Cronica algueresa. 

Illustrations. — Joseph Franck. — Vista de l'Alguer. — Literats algue- 
resos (Pais, Dore, Palomba, Clavellet). — Tipo del Burch. 

Administraciô de La Sardenya Catalana : l'Alguer, via Gilbert Ferret, 32. 
— Inscripcio, 3 pessetes (3 lire) l'any. 



— i6o — 

Lou Félibrige 

Cette revue nous signale un « Pare nostre » datas le Manuale rituaiis 
"Eccîesiœ et dicecesis Elnensis, imprimé à Perpignan par Alzine en 1801, qu'il 
faut ajouter à ceux déjà cités par M. Louis Pastre dans son étude sur la 
Langue catalane populaire en l^oussillon. 

Autonomia. 

Nous avons reçu le numéro d'avril de ce périodique catalan. En voici le 
sommaire : Aclaracions, par J. M. Roig ; Vida del Centre, par J. A. y C. ; 
Els catalanistes â la comissiô de Foment ; Junta de defensa ; Noticies. 

Journaux locaux- 

Les journaux locaux ont pendant quinze jours invité le public à aller enten- 
dre et applaudir la troupe catalane du Théâtre Romea à l'Eldorado et ils 
ont eu mille fois raison. Les artistes se sont montrés excellents dans l'in- 
terprétation de Terra Baixa, El mistich, la Dida, la Passiô, etc. 

L'Indépendant. 

Los Goigs dels Ous. — Les groupes de chanteurs ou de musiciens par- 
courant les divers quartiers de la ville et chantant les Goigs dels Ous devant 
les maisons hospitalières étaient, assez nombreuxla veille de Pâques. 

La tournée des troubades perpignanais commença vers sept heures ; elle 
ne se termina que très tard. 

On a beaucoup remarqué VEstudiantina des Montagnards, de fondation 
récente, qui faisait, sa première sortie en faisant entendre dans les rues 
de la ville « los Goigs » d'après les textes anciens. 

L'interprétation d'une mélodie catalane « Rosa y Donzella » suivit l'au- 
dition des « Goigs » . 

Bravo à tous les musiciens et chanteurs qui surent faire revivre la 
vieille coutume ancestrale. 

Nos félicitations à notre confrère M. Trenet, directeur de l'Estudiantina. 

Le Réveil libéral 

Ce journal a eu l'heureuse idée d'introduire dans ses colonnes une 
(( Partida catalana » ; mais pourquoi dit-il que « per facilitar tothom sera 
escrit lo catalâ en dos modos : verdader espanyol y popular del Rossellô » ? 
Nous craignons bien que l'orthographe d'Oun Tal vienne jeter une ombre 
sur le tableau. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COMET, rue Saint-Dominique. 8, Perpignan. 



N° 18 15 Juin 1908. 

<^Qsi.c^TNi^^Ovi.t^>&c^TN&. C^TNi.c^T)si.ct§Ovi. t^TN&CjgTS&C^TNi, Ctg'îvi.ctgQsi.c^'asi, C^Qvic^'>4.tî§'>i. 

Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 



Les Articles parus dans la Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



<^'>i<^'^i.<^TNi<^'>i<^TNi. <^TN&i^>iC^TN^ C^TNi-t^^N^t^Osi c^>>it^TNS.<^'>^ c^'J^ic^'Js^'îst 

Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 

CONVERSATION CATALANE O 

Vous êtes allé vous promener au marché et vous avez 
écouté attentivement les conversations entre « hortolanes » 
et acheteuses. Tâchez de rapporter exactement celles de ces 
conversations qui vous ont paru le plus pittoresques. 

N. B. — Chaque concurrent peut rapporter trois conver- 
sations au plus. La meilleure sera insérée dans la J{evue 
Catalane du i5 juillet. Il ne sera pas tenu compte de 
l'orthographe. 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une note supérieure à la moyenne 
au concours d'avril 

Louis GALTÉ, de Saint-Estève i 5 sur 20 

J. COMES, élève au Collège i3 sur 20 

Ml Ml, élève aux Cours secondaires i3 sur 20 

Fernand LAMAYSOUETTE. élève au Collège. ... 12 sur 20 

LA GUIDETA, modiste 11 sur 20 

Francesch RIBERA, de Barcelone 10 sur 20 

1 

H[ (1) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d Etudes Catalanes, 8, rue Saint- 

^B Dominique, avant le i''' juillet 1908. 

l 



Notions d'Histoire 

de U Littérature CatAUne 

AVANT-PROPOS 

Je causais dernièrement avec un professeur de l'une de nos 
facultés des lettres; c'est un «philosophe», grand admira- 
teur de Kant, de Hegel et de la langue allemande. 

J'avouai humblement que je connaissais fort peu ces 
grands hommes, et encore moins l'idiome dont ils s'étaient 
servis pour écrire leurs ouvrages, mais que la littérature 
catalane m'intéressait bien davantage. 

— 11 y aurait donc une littérature catalane? 

— Sans aucun doute. Le catalan est un idiome, une 
langue fixée, ayant des grammaires, des dictionnaires. 

— Vous n'ignorez-pas qu'une littérature est l'ensemble des 
productions littéraires d'une nation, d'un pays. Où est la 
nation catalane? Où est le pays catalan? Où sont les pro- 
ductions littéraires de cette nation, de ce pays? 

— Vous me demandez bien des choses à la fois. Monsieur 
le Professeur ; c'est tout un cours d'histoire politique et 
littéraire que je devrais faire et que vous devriez subir ; 
d'ailleurs, le temps me manquerait pour répondre convena- 
blement à vos questions. 

Il y a une nation et un pays catalans. 

La « Marche hispanique », créée par Charlemagne, se 
composait de plusieurs comtés parmi lesquels figurent ceux 
de Barcelone, d'Urgell, de Bésalu, de Cerdagne et de Rous- 



— i63 — 

sillon. Les comtes rendirent leurs offices héréditaires dans le 
courant du x^ siècle et devinrent tout à fait indépendants. 

Successivement, ces territoires passèrent sous l'autorité de 
la Maison comtale de Barcelone. La Catalogne forma dès 
lors un pays, une nation avec une langue particulière qui 
s'appela « le catalan ». L'un des comtes de Barcelone devint 
roi d'Aragon, et, de ce jour fut consommée l'union du 
royaume d'Aragon et du Principat de Catalogne sur la base 
d'une complète autonomie des deux pays. Jacques i" enleva 
aux Arabes Majorque et Valence, pays de langue catalane, 
et les réunit à la Confédération Catalano-Aragonaise. 

Les rois d'Aragon se servirent du catalan comme langue 
officielle, non seulement avec les agents royaux et les admi- 
nistrations locales de la Catalogne, de la Cerdagne et du 
Roussillon, mais encore — et ceci ne manque pas d'impor- 
tance — avec les souverains étrangers. 

— Voudriez-vous me citer quelques noms d'écrivains 
catalans, quelques titres d'ouvrages qui soient en réputa- 
tion ? 

— N'avez-vous jamais entendu parler de Ramon Lull, de 
Ramon Muntaner, de la Chronique de Jacques j^'' le Conqué- 
rant, des poésies d'Ausias March, du roman de Martorell 
intitulé Tirant lo Blanch, des poésies de Garcias, le joyeux 
curé de Vallfogona, de Rubio y Ors, de Jacinto Verdaguer, 
de Guimerâ ?... 

— J'avoue que ce sont là pour moi des inconnus, sauf, 
toutefois, le roi Jacques i ^"^ et Ramon Lull, que nous appe- 
lons Raymond Lulle en français ; mais le roi Jacques était 
espagnol, et il écrivit en espagnol ; Raymond Lulle était 
espagnol, et il écrivit en latin. 

P — Tout cela n'est pas exact. Monsieur le Professeur : 
Jacques-le-Conquérant était catalan, et il écrivit l'histoire de 
son règne en langue catalane ; Ramon Lull était catalan, et il 
écrivit ses ouvrages philosophiques et ses poésies en langue 
catalane. 



— 1 64 — 

— Vous me surprenez Dites-moi, a-t-on publié des 

études sur la littérature catalane ? 

— Un très grand nombre, qu'il me serait impossible de 
citer ici de mémoire ; je me contenterai de vous indiquer les 
principales ; il y en a en catalan, en castillan, en italien, en 
allemand, en français. 

En Catalogne, l'un des meilleurs livres qui traitent de la 
matière porte ce titre un peu long : Memorias para ayudar a 
format' un diccionario critico de los escritores catalanes y dar 
alguna idea de la antigua y moderna literatura catalana, 
imprimé à Barcelone en i836. L'auteur, Félix Torres Amat, 
fut évêque d'Astorga ; il écrivit son livre en castillan. 

Un érudit de tout premier ordre, Manuel Milâ y Fonta- 
nals a donné d'excellentes études sur la langue catalane : il a 
écrit une bonne J{esenya histôrica y critica dels antichs poetas 
catalans et publié un T^omancerillo catalan accompagné de 
très judicieuses observations sur la poésie populaire de la 
Catalogne. 

Nous devons à l'un des meilleurs élèves de Milâ, à Don 
Antonio Rubio y Lluch devenu, à son tour, un maître émi- 
nent, un Sumario de la historia de la literatura espanola où 
se trouve un « sommaire » très complet de la littérature 
catalane. 11 faut connaître surtout son Diseurs inaugural lle- 
git en la sessiô d'obertura del curs académich de 1901-19023 
l'Université de Barcelone. 

M. Rubiô y Lluch ne s'y occupe point de la littérature 
catalane moderne ; mais vous en trouverez une excellente 
esquisse dans le tome 1 1 1 de La Literatura espanola en el 
siglo X7X publiée à Madrid, en 1896, par le P. Francisco 
Blanco Garcia. 

Un américain, G. Ticknor, a consacré deux chapitres du 
tome 1 de son Histoire de la Littérature espagnole aux écri- 
vains catalans du moyen âge qu'il considère d'ailleurs comme 
des «provençaux ». C'est lui qui a émis l'idée saugrenue que 
le catalan n'est qu'un dialecte provençal transporté en Espa- 



— i65 — 

gne au viiie siècle ; or, le catalan n'est tout simplement que 
l'une des formes du latin vulgaire ou « roman », et il s'est 
formé sur place comme les autres « langues romanes ». 

En Italie, M. E.-G. Parodi, G. Morosi, P.-E.Guarnerio, 
Enrico Cardona ont beaucoup étudié la littérature catalane, 
et ce dernier a publié à Naples, en 1878, un livre fort inté- 
ressant qui a pour titre Dell' Jlntica letteratûra catalana. 

— Je sais que les Allemands étudient beaucoup notre 
vieux français et le provençal ; pensez-.vous qu'ils aient écrit 
sur l'histoire de la littérature que vous appelez « catalane » ? 

— Je connais le titre de quelques ouvrages écrits en alle- 
mand, et qui ont, paraît-il, de la valeur. Et, tout d'abord, 
un travail de M. Helfferich, J{aymund Lull utid die Jlnfaenge 
der catalanischen Liferatur, publié à Berlin en i853. 

— Diable ! Voilà qui est caractérisque : « Raymond Lulle 
et le commencement de la littérature catalane ». 

— Parfaitement. En voici un autre qui est encore plus 
typique, si j'ose dire : c'est une « Introduction à l'histoire 
de la littérature catalane ancienne », 'Einfuhrung in die Ges- 
chichte der ait catalanischen Literatur, oeuvre de M. Otto 
Denk, publiée à Munich en 1893. 

Cette même année, un français, M. Alfred Morel-Fatio, 
professeur à l'Ecole des Chartes, publiait en allemand un 
rapide mais très important exposé de l'histoire de la littéra- 
ture catalane, J^atalanische Literatur. Vous le trouverez dans 
un recueil très connu des romanistes intitulé Grundriss des 
7(omanischen Philologie, ce qui veut dire, je crois, « fonde- 
ments ou principes de la philologie romane ». 

— Et il n'existe pas de version française de cette Littéra- 
ture catalane de M. Morel-Fatiô ? 

— Je n'en connais pas. 

— C'est bien dommage. La conclusion de tout ceci est 
que pour se faire une idée juste de la littérature catalane, à 
laquelle je suis bien obligé de croire maintenant, il faut 
savoir le catalan, l'italien, l'espagnol et surtout l'allemand. 



— i66 — 

— Le fait est que nous possédons très peu de rudiments 
écrits en français. Le seul qui existe est un Essai sur l'his- 
toire de ta littérature catalane par Cambouliu, qui fut profes- 
seur de la faculté des lettres de Montpellier. Cet Essai ne 
manque pas de mérite, mais il est fort incomplet et bien 
vieilli, car il a paru en iSSj. 

11 faut consulter les études et les documents publiés par 
Alart dans la J{evue des langues romanes et un tableau de la 
poésie catalane moderne mis par M. Savine en tète de sa 
traduction de Y Jîtlanlida de Jacinto Verdaguer. On peut 
avoir recours aussi, pour l'ensemble, à un excellent article 
publié en 1 886 dans la T{evue des Deux-Mondes par M. J . M. 
Guardia, qui, soit dit en passant, n'est pas tendre pour les 
poètes contemporains de la Catalogne. Et c'est tout, ou à 
peu près. 

— Ce n'est pas suffisant. 

— Je suis de votre avis, et c'est pourquoi je songe depuis 
longtemps à tracer une esquisse de la littérature catalane ; 
je condenserai de la manière la plus claire possible ce qu'on 
ne trouverait qu'avec beaucoup de travail dans les ouvrages 
spéciaux et probablement difficiles à se procurer. Ce serait 
tout à la fois un programme et un guide destiné aux 
personnes qui veulent aborder l'étude de la littérature 
catalane. 

11 est bien entendu que cette esquisse s'adresserait plus 
particulièrement aux personnes qui, sans avoir le temps ou 
la faculté d'étudier en détail l'histoire des pays catalans et 
de leur littérature, désirent en avoir quelques notions 
d'ensemble. 

11 faut avoir ici des prétentions fort modestes et s'ef- 
forcer de rendre cette étude élémentaire ; c'est, avant tout, 
un livre d'enseignement destiné à des jeunes gens et à des 
commençants. De là, forcément, des lacunes pour lesquelles 
il faudra solliciter l'indulgence des romanistes ou des lecteurs 
savants ; il est à peine besoin d'ajouter que le caractère même 



— 167 — 

de la publication et ses dimensions me défendent tout 
appareil scientifique. 

C'est pourquoi je ferai peu de bibliographie ; j'indiquerai 
donc seulement, pour chaque écrivain, l'édition la plus 
récente, celle qu'il est le plus facile de se procurer. 

Je donnerai des fragments des écrivains catalans. Pour 
les premiers siècles, avant la fixation de la langue, il suffira 
de quelques citations traduites mot à mot. Une traduction 
fidèle accompagnera les morceaux des prosateurs et des 
poètes des xiv' et xv' siècles ; quant aux extraits tirés des 
auteurs modernes, il suffira d'expliquer les phrases les plus 
difficiles et les mots archaïques. 

Pour chaque époque, je ne mentionnerai que les hommes 
et les oeuvres qui la réprésentent avec le plus de sincérité 
et d'éclat. Sans doute, il serait facile d'entasser plus de noms 
et de faits; mais l'attention du lecteur serait fatiguée sans 
profit par de telles énumérations. 

— 11 ne vous reste plus qu'à vous mettre à l'œuvre. 

C'est, en effet, à la suite de cette intéressante conversa- 
tion que j'ai entrepris de rédiger les présentes J\otions 
d'histoire de la littérature catalane. 

A suivre Pierre Vidal. 



Extraits de mil y un pensaments 
de C. Gumà 

Si las ocas tinguessin enteniment, elevarian un monument al 
inventer de las plomas d'acer. 

♦ 

De totas las veus del ser huma, la ùnica que no ' s pot fer 
callar es la del ventrell. 

♦ 

La llum eléctrica ha venjat el oli de la mala passada qui li va 
jugar lo gas. 



LO BONICH 

et les petits Danseurs catalans 

Quel est le vrai Roussillonnais qui n'a pas éprouvé une 
douce émotion à la vue des petits danseurs catalans du brave 
Canal, dit « lo Bonich, » un jour de fête, dans les rues de 
notre ville ? 

Qu'ils sont gentils ces garçonnets en costume traditionnel, 
ceints d'une « faixeta » et la « barratina » ccarlate fièrement 
campée sur l'oreille ! 

Et comme elles sont mignonnes, ces fillettes, leurs cava- 
lières, parées du fichu ancien aux couleurs éclatantes et 
portant à ravir leur petit « escofiô de punta » à la mode 
roussillonnaise ! 

Au milieu de tout ce charmant petit monde qui provoque 
l'enthousiasme de nos compatriotes, le vieux Canal, le 
brave, l'infatigable professeur de danse, toujours « bonich » 
et toujours « aixurit » malgré son grand âge, dirige les mou- 
vements et en surveille la régularité avec un soin jaloux. 

Ceux qui n'ont pas eu l'occasion de voir ce groupe d'en- 
fants exécuter le « contrepas » ou le « bail de Serrallonga » 
sous la direction de leur maître ne peuvent pas se faire une 
idée exacte du spectacle charmant qui s'offre aux yeux du 
spectateur. 

Que l'on se figure une quinzaine de petites catalanes, 
toutes plus joliettes les unes que les autres, et une quin- 
zaine de petits catalans à la mine éveillée, placés sur deux 
lignes se faisant face, puis, sur un signal du maître, exécu- 
tant les évolutions les plus gracieuses aux sons entraînants 
d'une cobla de jutglars ; que l'on se figure surtout ces 
danseurs minuscules soulevant, à un moment donné, leurs 



— 169 — 

danseuses qui s'embrassent par dessus toutes les têtes et 
l'on aura une idée de ce spectacle charmant où chacun 
prend son rôle au sérieux et qui nous permet d'entrevoir 
par la pensée les joyeux ébats de nos pères, dans un cadre 
à peine transformé, aux sons de la même musique nasil- 
larde de nos braves jutglars. 

Cette ardeur juvénile déployée par le professeur Canal 
dans son oeuvre de conservation de nos vieilles danses 
populaires, mérite l'admiration de tous les vrais Catalans. 
Il est juste de féliciter aussi le groupe de bons Roussillon- 
nais qui s'est formé autour de Canal et de ses petits danseurs 
et qui constitue comme une sorte de comité de patronage 
des danses catalanes. Grâce à eux l'œuvre de Canal sera 
continuée. Puissent-ils arriver un jour à faire revivre ces 
vieilles danses populaires, auxquelles on préfère, hélas ! des 
sauteries dépourvues de grâce et d'où le véritable art est 
absent, (i) Marguerite Ripoll. 



Francisco TramuUes 

Nasqué a Perpinyâ a principis de! sigle XVI 11 y mon' a Bar- 
celona als 56 anys d'edat. Fill del esculptor Llatza Tramulles, 
autor de très retaulas de la Cartuixa de Scala Dei y part del 
Sagrari d'aquest monestir, estudiâ la pintura ab En Viladomat, 
passant després a Paris a completar sos estudis, d'ahon va anar a 
Madrit a estudiar las obras dels grans mestres, sent admés en la 
Academia de Sant Ferràn. Haven tornat a Barcelona establî una 
academia a casa seva, de la que'n sortiren bons deixebles. Las 
obras mes notables son : Casament de Sant Juliâ y Sanfa Basilissa ; 
Sant Mgusti escribint ; Sant Père plorant (existents a Perpinyâ); 
Quadros de la vida de Sant Esteve y de Sant March ; ta Mare de Deu 
del Carme y algunas pinturas al fresch (a Barcelona) y l'Alegoria de 
l'infantesa de VEscola de las très nobles arts a Barcelona (Academia 
de Sant Ferrân, a Madrit). 

(1) M. Canal n'est pas seulement un maître de danse diplômé; il est, de plus, agriculteur et 
SCS produits ont été récompensés dans plusieurs expositions. 



Quelques 
Expressions catalanes 

Nous nous proposons de recueillir de temps à autre dans cette 
T^evue quelques-unes de ces expressions si usitées dans notre langue, 
qui donnent au catalan sa couleur, sa vigueur, son caractère propre. 
La collaboration de nos lecteurs eux-mêmes nous serait, en cette 
matière comme en bien d'autres Folk-lore catalan, vieux docu- 
ments en langue catalane, traditions locales, etc.), infiniment pré- 
cieuse. 

♦> ♦ ♦ 

Le catalan possède un très grand nombre de comparaisons. 
Dans ses Espigas y flors i , Justin Pépratx en a réuni près d'une 
centaine ; et ceci n'est rien en comparaison de ce qui reste encore. 
Nous n'avons pas la prétention d'en réunir autant en une seule 
fois ; en voici cependant quelques-unes. 

A côté de aixerit corn un pesol [remuant comme un pois', donné 
par J. Pépratx, il y a aixerit coin un p^sse/e// (dégourdi comme un 
passereau). 

A côté de blanch corn la llet (blanc comme le lait), il y a blanch 
com un glop de llet (blanc comme une gorgée de lait), qui est très joli. 

A côté de brut com una aranya (sale comme une araignée), brut 
com una barra de galliner (sale comme un bâton de poulailler), et 
brut com un f-orat de ayguera (sale comme un trou d'évier), il y a 
également, et surtout, brut com una xinxa (sale comme une punaise), 
qui est très expressif. 

A côté de mes dolent que un gat borni plus méchant qu'un chat 
borgne), nous avons dolent com la grel-la (méchant comme la grêle), 
qui est presque un gallicisme, et rabiàs com la pedra (mauvais comme 
la grêle), qui est plus catalan. 

A côté de sort com una campana sourd comme une cloche), et de 
tnès sort que un timbal plus sourd qu'un tambour , il taut mettre 

(>) "Espigas y flors (Perpinyâ 1884, Latrobe). pp. 27, 28, 29. 



— 171 — 

sorf corn una caveca (sourd comme une chouette), et sort coin un 
paroi (sourd comme un chaudron), expressions qui s'emploient très 
fréquemment. 

A côté de mes tossut que un ase (plus têtu qu'un âne), celles de 
hssut corn un matxô têtu comme un mulet), qui est peut-être plus 
usitée, et surtout tossut com un marrà ou tossut com unes banyes de 
marra (têtu comme un bélier, ou têtu comme des cornes de bélier). 

Après ces comparaisons, par lesquelles nous avons voulu com- 
pléter la liste elle-même de J. Pépratx, il conviendrait de citer 
aussi les suivantes, qui émaillent toutes nos conversations et font 
partie intégrante de notre langue : 

Besti com un cuxi de fer puntes bête comme un coussin pour faire 
de la dentelle. — Besti com un pot (bête comme un pot). — Besti 
com un cabas bête comme un cabas . 

7^01^ com una pevrina (rouge comme un piment). 

Yell com un escàn (vieux comme un banc en bois). 

Espantat com una bagra (effrayé comme un chevesne, poisson 
de rivière). 

Verinôs com una ceba (piquant comme un oignon). — Yerinôs com 
la tinya (mauvais comme la teigne. En français : méchant comme 
la gale). 

Vesa com un ase mort\\\ pèse comme un âne mort). 

Salta com un cabrit {]\ saute comme un chevreau). 

Canta com un rossinyol \\ chante comme un rossignol). 

Ti com un gat fagi frusé comme un chat sauvage). 

T^egre com la pega moir comme la poix). — ■ INegre com una panna 
(noir comme une poêle). 

Llengut com una marallenga (bavard comme une mésange. En 
français : bavard comme une piei. 

Lie tj com un pecat (laid comme un péché). 

J^uat com una guilla (rusé comme un renard). 

Tuig com un cd llebrer (il fuit comme un lévrier). 

11 en est bien d'autres encore ; nous y reviendrons. 



♦I* ♦!♦ ♦!♦ 



D'une personne qui est un peu simple d'esprit, ou dont le 
caractère est si faible qu'elle se laisse facilement dominer par les 



J 72 — 

autres, on dit : hi farian batejar una teula on lui ferait baptiser une 
tuile', ou bien : hi farian creurer que la Mare de Deu se diu Joana 
(on lui ferait croire que la Vierge s'appelle Jeanne ; c'est-à-dire, 
en français : on lui ferait prendre des vessies pour des lanternes;. 

Quand une femme se marie avec un homme qui n'est pas beau, 
elle répond à ceux qui le lui font remarquer : Es pas per posar 
sobre l'escudeller (il n'est pas destiné à être mis sur l'étagère ; ou 
ceci encore : De la guapesa no s'en tira cap tros d Voila ide la 
beauté, on ne jette aucun morceau dans la marmite, c'est-à-dire 
la beauté ne fait pas vivre . 

D'une personne vraiment très laide et dont la laideur impres- 
sionne, on dit : Es un motllô de fer caretes c'est un moule à faire 
des masques, ou même, ce qui est plus fort : Ten una cara d 
desmamar criahires il a une tête à sevrer les petits enfants . 

De figas s'en va d rahims il va de figues à raisins , s'emploie en 
parlant d'une personne qui, dans sa conversation, passe sans transi- 
tion et à tout bout de champ d'un sujet à l'autre. 

ha lluna se l'ha begul (la lune l'a bu , s'applique, dans certaines 
parties de la Catalogne, à une personne qui, après avoir séjourné 
dans un pays, disparaît tout à coup sans laisser de trace, sans 
qu'on sache pourquoi ni comment. « Ni vu ni connu » serait peut- 
être la traduction française de ces quelques mots. 

Quand nous avons grand faim, et commençons à sentir des 
tiraillements d'estomac : hes raies me comensan de correr (les rats, 
commencent à courir au-dedans de moi . Nul n'ignore chez nous 
non plus les termes de : Tinch una fam que m'esquerda j'ai une 
faim qui me fend , ou : Ten una fam que l'aixeca en l'ayre il a une 
faim qui le lève en l'air . 

De quelqu'un qui mange d'ordinaire avec un bel appétit, et se 
fait ainsi remarquer de tout le monde, on dit : se menjaria Sani- 
Joan pie de pd y de socissot il mangerait Saint-Jean rempli de pain 
et de saucisson! ; ou : se menjatia Barrabam y Santés Creus il 
mangerait Barrabam 7 , ou Barrabas, et les saintes Croix . Faire 
un bon repas se traduit parfois par : se îreure una rufa del ventre 
s'enlever une ride, ou un pli, du ventre . 

Jai entendu quelquefois l'expression suivante ; elle est char- 
mante, à mon goût, et me paraît bien catalane : me sembla que les 
llebres me llepin il me semble que les lièvres me lèchent), ce qui 



- '73 - 
signifie : je me repose à merveille après une longue fatigue, et me 
trouve très agréablement dans mon lit. 

Ja t'espolsaré el pruner (je te secouerai le prunier i, s'écrie, par 
exemple, un père de famille en s'adressant à son fils qui ne veut 
pas suivre ses conseils, ce qui est plus pittoresque sans doute que: 
je te tirerai les oreilles. "Espolsar el pruner veut dire aussi : se 
confesser. 

Quand on veut reprocher à quelqu'un de s'emporter trop vite, 
de s'irriter trop facilement, de se mettre en colère pour le plus 
léger motif, on le lui fait remarquer dans les termes que voici : 
Arreu eh al cim del perer tu es tout de suite au sommet du poirier). 

Jlb una pedra ma far dos pardals (avec une pierre tuer deux moi- 
neaux traduit d'une manière plus vivante, plus concrète, plus 
imagée, l'expression française de faire d'une pierre deux coups. 

Sempre tornas el dit al mateix forai (tu mets toujours le doigt 
au même trou, c'est-à-dire tu reviens toujours au même sujet, ou 
tu t'obstines toujours à faire la même chose, alors qu'on t'en a 
déjà fait l'observation. 

J^atolinejar per la casa est une expression à peu près intradui- 
sible en français. Elle signifie trotter ou trottiner en furetant dans 
la maison, à la manière des souris (ratoli, ratolins). 

Les rates seràn pas salvades pel palier les rats ne seront pas en 
sécurité dans le grenier à paille , s'emploie quand on veut parler 
du danger que vont courir certaines personnes et du trouble où 
elles vont être pendant quelque temps, par suite de poursuites 
exercées, par exemple, contre elles. 

Cassar una agulla en un palier (chercher une aiguille dans un 
grenier à paille), c'est vouloir faire quelque chose de très difficile, 
réaliser un projet irréalisable. 

Tots els mosquits volen pendre tabaco tous \cs moucherons veulent 
prendre du tabac , est l'expression dont on se sert à propos des 
enfants qui veulent imiter les grandes personnes. 

Testejaria un broch que portés cakes elle courtiserait un bâton, 
s'il portait des culottes), se dit d'une jeune fille qui veut à tout 
prix faire la cour à quelqu'un. Jean Amade. 






k^f^^J?SK= 



En Quim y les Portayrcs 
de la Sileta 



Al meu oncle, en Joan Guiu, 
Penyora d'agrahit y sincero afecte. 

Dins nostres pobles ajeguts a la falda de) Canigô, quart algii 
s'ha mort, lo costum es que sis homes, ni un mes, ni un menos, 
duen l'atahut al cementiri ; se pagan, sigui convidantlos â la bre- 
nada fêta després de l'enterro â la casa del mort, y quai los pa- 
gesos anomenan : « Al ce! lo vegem ! », sigui dant dues pessetes 
a cadascû. Afegiré qu'aqueixes homes prefereixen los diners a la 
brenada ? poden ne fer lo que volen ; rares vegades los posan a 
la caxa d'estalvis ; sabeu : Lo qui vé cantant, ballant s'en torna. 
Nostres portayres esmersan llurs sous, fent plegats una bona 
« baqueta » a la vora del foc quan es a l'hivern, o bé a l'istîu 
menjant una espessa xocolata, â l'una d'eixes fonts gemades y 
régalades com ne remorejan a pertot alla. 

Donchs, la Sileta, majordona de Mossen Benêt, el Rector, 
havia tornat a Deu la seua dolsa animeta y potser era lo primer 
dia que descansava lo seu cos, up ! ab cinq pams de terra sobre 
del cap. Mossen Benêt, no gayre désemparât, fora de la boisa 
(com se pot costar tant car per morir ?) va entregar dotze pessetes 
al seu nebot en Quim pera pagar los portayres. 

Quin profit ne retiraràn ? pensa l'encarregat. Beuràn, menjaràn, 
agafaràn lo gat y n'estaràn malalts ! vaidria millor llensar los di- 
ners a la ribera... Rumià, rumià aqueixa idea y tant neci com 
pareix, mireu quina una va concebrer y realisar!... 

Tothom deixa les dotze pessetes a l'un dels portayres qui les 
reparteix als seus companys. En Quim volgué, ell mateix, los pa- 
gar tots sis. Hi havia Bernât lo sabater, Jaume lo sastre, Guillem 
lo flequer, Pep lo carnicer, un pages Quelillo y un obrer Lluch. 
Se va recordar qu'en Guillem ténia alguna obligaciô al seu oncle 
y per ell va comensar la seva passejada. Se présenta a la seva casa, 



- ,75- 

une pesseta de quarante sous als dits. Guillem cercava llenya (se 
preten qu'en Quim ho sabi'a); se dirigeix a la dona, la Mundeta : 

« Vinc a vos remetrer los quarante sous d'haver, lo vostre ma- 
rit, portât l'atahut. » 

« Guillem es fora... » 

« Dubto que los prengui... » 

« Potser no... » 

« Sempre Mossen Benêt s'ha portât bé per ell... » 

« Ay si î si !... » 

« Vetaqui los quarante sous... » 

« Guillem los pendra si vol, jo, no!... » 

« Crée ben bé que Guillem no los voldra... » 

« Donchs, gorda-ls... » 

«Gracies!... » fa lo nostre Quim, y amagant la pesseta, arriba 
a ca '1 sastre. Jaume era assentat sobre dels talons, les cames 
replegades a la manera dels japonesos, maniobrava les estisores : 

« Salut, en Jaume! aci tens los quarante sous d'haver portât la 
Sileta... » 

« Bé », contesta lo sastre qui posa les estisores sobre d'una 
cadira y allarga la ma. 

« Vinc de can Guillem, insinua en Quim, y no m'ha volgut 
rès... » 

« Caram ! si Guillem vos ha pas volgut rès, jo tampoch... » res- 
p6n en Jaume tornant a pendrer les estisores. 

« Sou una bona gent », déclara en Quim a passar lo llindar de 
la porta, apretant la pesseta dins del puny tancat. 

Truca a ca '1 sabater, la dona lo rebé : 

« Teresina, es aqui en Bernât que lo vuy pagar d'haver dut la 
Sileta al clôt? » diu en Quim, ensenyant los quarante sous. 

« No, es a l'hort, pero si no vols tornar..., ell y jo, ja tenim 
la mateixa caxa... » 

Sensé li contestar, s'exclama : 

« Quina curiositat ! en Guillem y en Jaume no los han vol- 
guts... » 

« Mare de Deu ! fa la Teresina, nosaltres tampoc... » 

« Suposeu qu'en Bernât los refusara?» pregunta ell, ab tota 
ingenuitat. 



— 176 — 

« Ah! n'estich segura, n'en parlem pas mes... » 

« Hasta a una altre vegada!... » 

Y nostre home persegueix lo seu cami fins al masot d'en Que- 
lillo, un xich apartat del poble ; el troba dins d'un camp, cavant 
trunfes ; lo pages dexa caurer l'axada, s'axeca, axugant ab la ma- 
nega de sa camisa los seus pélsos amarats de suor ; pensa ab los 
quarante sous que va à rebrer y una rialleta li apunta als llabis. 

« Que tal, en Quim? » 

« Te porti los quarante sous de l'enterro... » 

« Ben fet, home!... » contesta en Quelillo, tôt prenent la pes- 
seta y la ficant de seguida a la hutxaca de l'armilla. A l'acte, en 
Quim se queda désorientât, un xich atontat ; pero la pesseta no 
havia tocat lo fons de la butxaca que s'exclama, gratant lo seu 
front : 

(( Té! hi ha fora tu que los ha presos!... » 

Arreu, en Quelillo : 

« Com ? com ?... » 

« Si ! no se perqué, tothom los ha refusats... » 

« Allavors, te los vaig a retrer... », feu lo pobre Quelillo tôt 
apurât y ab un suspir de recansa ; pero, Quim era sensé pietat... 

Quinta estaciô, a can Pep, lo carnicer ; l'home matava un bou, 
ey ! un bou femella ; la muller despedia una bona mossa, molt 
guapa, als ulls lluminosos y trahidors ; en Quim li cantà la ma- 
teixa cansô : 

« Bé ! bé ! fa la Carmeta, sempre diners son de bo pendre... » 

« Ay ! y de mal donar!... » va reflectir en Quim, callant l'acu- 
dit. Eli oferia la pesseta, la Carmeta l'agafà y la posa a la but- 
xaca del devantal ; ell temé molt de no la reveure, mes no l'aban- 
donà sensé una probatura : 

« Quina mala carallada me passa avuy ! Ni lo flequer, ni lo sas- 
tre, ni Quelillo, cap dels portayres ha volgut d'aqueixos diners... » 

La rubor de la vergonya pujà a les galtes de la Carmeta : 

« Alarià Santis!... jo tampoch, no los acceptaré pas. Precisa- 
ment, el senyor Rector es cosî germa del papa. Que pensaria de 
nosaltres? espereu que vos torni la pesseta... » 

Pero la pesseta s'havia barrejat a la butxaca am tota mena de 
coses, sous, claus, didal, botons, y se feya fonedissa ; en Quim 



,— '77 — 
va tenir un moment d'ansia ; si la Carmeta no la trobava, gosaria 
demanarne una altre? 

« Vetolaqui ! preneu, preneu, Quim ! lo senyor Rector no dira 
que som menos honestos que los altres. » 

En Quim amagà la seva alegria y donades les gracies, eixit al 
carrer, barbotejà entre si : 

« Cinc son pagats, ara al sise. » 

Com los altres, lo sise, l'obrer en Lluch vegé la pesseta passar, 
6 millor fugir devant per devant dels seus ulls, y com los altres, 
desprès de l'haver tocada dels dits, se cuità de l'abandonar com 
si cremava, ruhenta... 

Qui n'estigué content? Lo senyor Rector ; ell replegà los 
dotze francs ab la mateixa alegria que lo pare de l'Evangéli à la 
girada del fill prôdich. Era un bo capellâ, pero se feya vell y cada 
dia l'apretava mes la temor del insegur lendemâ, cada dia tivava 
mes los tirants de sa boisa. 

Qui n'estigué molt enutjat? cada hû dels portayres y tots pie- 
gats... Al mati de l'enterro s'havian fet afeytar, al temps de l'ofici 
havian begut un cop, havian perduda la mitja-jornada... y també lo 
spertinar que s'havian proposât per lo diumenge siguent. 

Se van cercar y s'enrahonar : 

« Com s'ha passât? perqué no has volgut los diners?... » 

Axis van posar en clar les trassas y manyas d'en Quim y tots 
van agafar contre ell una rabia de mal pahir ; Guillem sobretot 
era furios, perqué l'havia fet ballar el primer y s'havia valgut del 
seu suposat refus per enganyar als companys. Va trobar l'astut a 
la plassa y li va cridar los set salms de la penitencia, devant de 
tothom ; en Quim era apurât com una mona, quasi bé hauria plo- 
rat, va ser obligat de fugir. 

Allavors, algù de demanar a Guillem : 

« L'altre dia, no has fet dir una missa al senyor Rector?... » 

« Si, lo cantar de la padrina vella. » 

« Y l'has pagat? » 

« No !... » 

« Donchs, diguès-li, tôt li ensenyant una pesseta de dues: Miri, 
lo senyor vicari no me fa pagar may, vos tampoch, fa?... » 

« Cah ! cah ! me respondria: si lo vicari vos dona ses pregaries 



— 178 — 

de franch, es lo seu afer, pero jo, sensé quartos, no pue cantar, 
tinc la veu rogallosa y la garganta me dol !... » 

Vetaqui la rondalla que se conta per ara, dins d'un poblc, 
assentat al mitg d'un pendent escabros, enfront d'una vall aixam- 
plada, verta, fresca y regalada, les cases espargides entorn d'un 
campanar romanich, com les ovelles d'un remat entorn del pastor, 
dret, apoyat sobre del seu gayato. Emili Leguiel. 

LE DOCTEUR JEAN FASTENRATH 

T^emsheid, 3 mai 1839 — Cologne, \6 mars 1908. 



L'Allemagne et le monde littéraire, tout spécialement la Cata- 
logne, pleurent la perte irréparable du docteur Jean Fastenrath, 
l'illustre fondateur des Jeux floraux de Cologne. 

Pendant neuf ans, Fastenrath dirigea ces assises de la littérature 
romane avec une merveilleuse maestria. 11 leur donnait chaque 
année, un incomparable éclat, dans la grande salle gothique de 
Giirzenic, transformé en parterre de fleurs vivantes, où brillaient 
les dames de l'aristocratie de cette ville dans leurs plus riches 
atours, faisant un délicieux cortège à la Reine, femme de minis- 
tre ou de général, quand elle n'était pas souveraine régnante. 

C'était comme le rendez-vous des grâces et des beaux esprits 
de l'intelligence et de la beauté. 

Depuis 1899, sur cette illustre ville de Cologne qui possède 
les corps glorieux des trois Rois Mages guidés vers la crèche 
par l'Etoile mystérieuse, il avait fait briller cette magnifique 
étoile des Jeux floraux qui éclairera désormais sa mémoire 
immortelle. 

Mais l'Assemblée générale de mai 1907 surpassa les précé- 
dentes en splendeur et en majesté par la célébration du septième 
centenaire de la grande Elisabeth de Hongrie. 

Le Souverain Pontife lui-même voulut y participer par le don 
d'un crucifix artistique destiné au lauréat le plus digne qui aurait 
le mieux exalté la céleste Duchesse. 



— 179 — 

Pie X semblait traiter de puissance à puissance avec le Prési- 
dent des Jeux floraux qui, bien que luthérien, écrivait à ce 
moment, par cet acte unique, une des plus belles pages de 
l'Histoire de la Sainte. 

Quelle autre couronne eût été digne de lui ? 

Dieu a, sans doute, voulu que ce conquérant pacifique fût 
enseveli dans ce magnifique triomphe, comme dans une dernière 
et sublime victoire. 

L'auteur de ces lignes a déjà payé son tribut de reconnais- 
sance et d'admiration au Fondateur des Jeux floraux, — plus grand 
encore par le cœur que par l'esprit, — qui daigna l'honorer de son 
amitié, avec tant de bonté, de distinction et de délicatesse î 

11 était de cette race supérieure d'hommes qui est l'aristocratie 
du genre humain. Son nom est à jamais gravé dans son coeur. 

C'est aujourd'hui au nom de la J{evue Catalane que nous lui 
adressons l'hommage de notre douleur et de notre admiration et 
que nous saluons ce Roi de la pensée qui repose près des Rois 
de la crèche, laissant, lui aussi, le souvenir d'une brillante étoile 
qui éclait;era toujours sa tombe et sera le signe de son immortalité. 

Nous envoyons l'expression la plus émue et la plus respec- 
tueuse de nos condoléances à Celle qui, entourée des célébrités 
catalanes : Verdaguer, Oller, Collell, Mestres, Guimera, etc., 
fut, un jour, dans le Palais des Cent, la Reine adulée des Jeux 
floraux de Barcelone (i) : à la veuve vénérée, compagne et inspi- 
ratrice de ce sage — dont la gloire rejaillira sur elle — que nous 
pleurons avec nos frères de Catalogne. 

Et puisque nous avons prononcé le nom de Verdaguer, qu'il 

nous soit permis d'appliquer au docteur Fastenrath, dont il fut 

l'ami, les vers par lesquels celui-ci terminait sa poésie à propos 

de la mort de l'illustre Balmes : 

Lo sol tramonta la serra 

Plorau campanas de Colonia 

Per Espanya y per Europa 
(^uc negra baixa la nit..,. 

La voix du Génie Catalan nous fera pardonner nos pauvres 

paroles et ira réjouir dans un monde meilleur, où la jonction doit 

être opérée, la belle âme du docteur Jean Fastenrath. 

Augustin Vassal. 

(i) Mme Fastenrath vient de consacrer sa royauté d'un jour et la mémoire de son illustre 
défunt par une magnifique générosité à l'égard de la Société des Jeux floraux de Barcelone. 



LE CHANOINE BOHER 

La vie n'est pas assez longue et l'on ne se méfie pas suffisam- 
ment de la brièveté de l'heure. On remet au lendemain certains 
actes, certaines paroles, et le temps passe ; on n'a rien fait ; on 
n'a rien dit : ce qui, plus tard, cause des regrets. 

Un écrivain vient de disparaître auquel j'avais souvent rêvé de 
témoigner mon admiration sincère. Mais à quel propos ? 11 eût 
fallu une heure opportune, un prétexte d'actualité. 

Hélas 1 voici le prétexte ; l'heure a sonné, funèbre, la dernière. 
L'auteur de La Inmaculada est mort. Et cet hommage tardif, que 
j'aurais voulu lui offrir de son vivant, j'en suis réduit à le déposer 
tristement sur une tombe à peine fermée. 

M. le chanoine Boher était né à Prats-de-MolI6, le 16 sep- 
tembre 5820 ; il est mort presque nonagénaire le 17 mars 1908. 
Tour à tour vicaire à 111e et à la Real, professeur au Grand- 
Séminaire, aumônier du Collège, curé d'Elne, chanoine titulaire, 
supérieur à Prades, il occupa tous ces postes avec le succès que 
lui assuraient ses facultés éminentes, soutenues par une incroyable 
passion du travail. Durant toute sa vie, il a cultivé avec un goût 
égal la théologie et les études littéraires ; c'est vers ses années 
d'enseignement et de labeur opiniâtre que l'abbé Boher, dans ses 
derniers jours, reportait ses regards avec le plus de complaisance. 
« C'était le beau temps ! » disait le vénérable chanoine, avec cet 
enjouement et cette simplicité gracieuse qu'il savait merveilleuse- 
ment allier aux plus hautes manifestations d'une intelligence supé- 
rieure. « C'était le temps du travail acharné où, réservant le jour 
à mes élèves, je donnais la nuit à mes propres études ». 

C'est à cette période de la vie de l'abbé Boher que se rappor- 
tent la composition et la mise au point de ses principaux ouvrages: 
"Les harmonies eucharistiques, la Dévotion et la fondation du "Bulle- 
tin de la Cour de Marie. 

Des travaux d'une nature si spéciale n'absorbaient pas tellement 
ses facultés puissantes qu'il perdît de vue les matières littéraires 
et locales pour lesquelles il éprouvait un si vif attrait. A l'occasion 



— i8i — 

du Congrès archéologique de France tenu à Perpignan et à Elne, 
en 1868, il prononça un discours que l'abbé Pottier qualifiait de 
« monument historique ». 

Vinrent les belles fêtes de Banyuls et l'inauguration de la 
Vierge d'Oliva : ho Certamen literari de "Banyuls, m'écrivait-il 
alors, fou la forla y decisiva sacudida que vingué à me despertar ab 
mes vivesa y mes fervor que may. Las produccions poeticas que's depo- 
sitâren en eix fralern ajuntament als peus de la Verge, eran graciosas 
y bonicas ; si, mes obretas de curta aie, floretas d'un tnali, fullas lleu- 
gerasy voladissas. Et, d'arrache-pied,'il composa pels Catalans de 
Transa y d"Espanya son poème, en dix chants, ha Jnmaculada. 

11 publia, entre temps : ha llegenda de Sant-Guillem de Combrel, 
lo T^och del Tarare, la Cardina, lo J^oure desfullat, las Alabansas à 
T^ostra-Senyora del Paradis, de Cornelld-del-Vercol, eî ha Verge 
Maria fenl endormir l'Infant-Jesûs, dont les vers sont faciles, mélo- 
dieux, très doux et très caressants. 

Sa lettre de seize pages au Vaslorellel de la Vall d'Arles, qui ouvre 
la Garbèra Catalana, a été reproduite par tous les périodiques de 
Provence et de Catalogne. 

Le dernier poème du chanoine Boher : JNind, est encore à l'état 
de manuscrit. La T^evue Catalane aura-t-elle la bonne fortune de 
pouvoir donner plus tard à ses lecteurs cet ouvrage posthume que 
connaissent seuls les amis intimes du grand poète roussillonnais ? 
J'aime à l'espérer. Dès aujourd'hui et comme pour prendre date, 
je me permets d'en extraire le portrait de JNind, si coloré et si 
beau : 

Dins son jardi reclos, senzilla, prega y canta. 
Tôt fentse un ramellet, Nina, de cada planta, 
De cada brot, cullint la mes hermosa flor. 
Nicefora, de lluny, ab goig que no té mida, 
La mira, se la bada, y dins son cor ii crida : 
« Bé n'ets de boniqueta, ô Nina, mon amor ! 

« Cull, si, llesta't à pler, de totas las mes bellas ; 

« Barreja, en ton ramell, las blancas, las vermellas ; 

« De bonicas com tu, no'n floreix lo jardi, 

« Al veure't de tant prop, mira, s'avergonyeixen ; 

« De cada una'ls colors los mes vius s'enfosqueixen, 

« Del lliri la blancor, de la rosa '1 carmi ! » 



— l82 — 

Dels quinse anys, per Nina, floreix la primavera ; 
Son bell cos té 1 balans suau de la palmera ; 
Sas galtas son clavells espellits sus la neu ; 
Sos ulls son dos safirs robats à l'estelada ; 
Es d'àngel lo mes pur, lo brill de sa mirada ; 
Del ce! un dois éco, la mûsica... sa veu. 

Tant bell es lo palau, que sera la regina ! 
Enclou en cos hermôs, Nina, anima divina. 
De celica esplandor banyada com cristall. 
Lo Deu qui l'ha criada, y que la veu tant pura, 
Reflectint en sa Hum son eterna hermosura, 
A veure's se délecta, en tant fidel mirall. 

Lo Pastorellet de la Vall d'Arles. 



Textes catalans 

La 7{evue se propose de publier une série de petits textes en 
catalan usuel des xiv' et xv^ siècles, tirés des registres des notaires 
ou des archives du département et qui nous sont obligeamment 
communiqués par notre confrère et ami, M. R. de Lacvivier. 

Voici, en attendant, une page intéressante quoique n'étant, 
cette fois, qu'un extrait d'un mémoire du xviii' siècle, et en fran- 
çais. Nous le donnons parce qu il précise certains détails peu 
connus de Thistoire et de la topographie d'Elne. 

C'est une requête adressée le 9 octobre 1729 par le gardien 
des Capucins d'Elne pour demander à l'Intendant du Roussillon, 
Orry, un subside pour la reconstruction du couvent, à la place 
qu'il occupait précédemment, à Notre-Dame de Belloch. 

*♦• *♦* *♦* 

1729. — C. 759. 

(6 nov. 1729). Les Pères Capucins de Catalogne s'établirent à 
Elne en 1590. Le couvent fut bâti à une portée de fusil hors la 
ville (ij. Mais quelques années après, on fut obligé de quitter 

(1) Le point où les Capucins étiient venus s'établir, en 1601, à côté d'Elne, était l'antique 
chapelle de 7V.D. du Pont, déjà signalée, à cause de son nom très significatif, au sujet de 
quelques recherches sur les divagations du cours du Tech. (Revue d'Hist. et d'Arch. du Rous- 
sillon. T. 1 , p. 146). 



— i83 — 

cet endroit à cause des guerres : le couvent fut démoli, et l'église 
servit longtemps à mettre les fourrages pour les troupes : ayant 
donc esté forcés de quitter cet endroit, ils firent leur habitation 
dans le palais Episcopal, pendant lequel temps ils bâtirent par 
les aumônes des fidèles, un autre couvent dans la ville, joignant 
Nostre Dame de Bellhoc, ancienne église ou paroisse. 

Les Pères Capucins de Catalogne demeurèrent dans ce cou- 
vent nouvellement bâti depuis le 14 septembre 1645 jusques à 
l'année i663, temps auquel le Roy ordonna, pour des raisons 
d'Etat, que tous les supérieurs de tous les ordres fussent français, 
et que leurs couvents ne dépendissent plus de la province de 
Catalogne, mais de celle de Languedoc, ce qui fut exécuté ladite 
année j663. 

Le 25' de may 1674, les Pères Capucins de Languedoc 
furent encore obligés de quitter Elne, à cause que le couvent fut 
entièrement démoli par l'ordre de M. de Schombert, général des 
troupes du Roy dans le Roussillon. [L'ordre du maréchal est du 
24 may i6y4). Le reste du couvent 'qu'on avait destiné à mettre 
le fourrage pour les troupes, feut brûlé, le feu ayant pris au 
fourrage, pendant notre absence, qui feut près de 35 années. 

En 1704, nous fumes forcés de retourner à Elne par les 
prières des habitants, nous représentant les besoins qu'ils avaient 
de nous, et l'on nous plaça, par deffaut de couvent et de l'église 
entièrement abattue, dans l'hôpital, jusqu'à ce que, par la charité 
du peuple, nous eussions fait relever le couvent et l'église. 

En 1712, nous prîmes possession du couvent, où l'on avait 
fait bâtir 8 chambres pour l'habitation des religieux, et formé 
une petite chapelle au bas du couvent pour pouvoir dire la messe 
jusqu'à ce que l'église feut achevée ; cependant, depuis 1712, 
on travaille à remettre ledit couvent et ladite église ; mais la 
charité des fidelles s'ettant tellement ralentie qu'il est impossible 
de pouvoir finir ledit travail, je viens supplier votre Emincnce 
de nous faire aider de quelque secours.,.; Je crois que 2000 
livres suffiraient pour finir la maison de Dieu et loger les pauvres 
religieux. A Elne, ce 9 octobre «729. 

Fr. Léon de Pézénas, 

Prêtre capucin et gardien. 



La langue catalane populaire 

en Roussillon 

c^ smTE 

b) Conversation d'enfants 
LE TECH. Entendu à la sortie de l'école : 

— Venes, Jep ? 

— Anhont ? 

— A doctrina. (i) 

— No, hj vulj pas anar ! Ja en se prôu. Val millor que vinguis 
ambe jo cap al serrât. Nos farem a la clic. 

— Aixô no que m'hi faré pas ambe tu. Ets massa embolicayre. (2) 

— Torna-ho dire, si goses ! 

— Si, si ! Tots els nins d'estudi ho saben. 

— Mentider ! mes que mentider ! 

— Ja veuras, ho vull dire al meu pare. 

— Y jo ho dire â la meua mare y al mestre també. 
(Communiqué par M. Gineste, instituteur à Rivesaltes.) 

c) Sermons 

SOREDE. — Fragment d'un « Panégirich de sant Assiscle y 
santa Victoria » par M. l'abbé Vilar. 

Eritis odio omnibus hominibus propter nomen meum et capillus de capite 
vestro non peribit. (Saint Luc, 21.) 

Carissims germans, 
Sereu abhorrits de tots los homes per causa del meu nom y no 
se perdra ni un cabell de vostre cap. 

Que diferentes y oposades son entre elles les vistes de Deu y 

(1) Pr. dutrina. — (a) Brouillon, chicaneur. 



— i85 — 

dels homes carnals ; les maximes de) Evangeli y les del mon ; la 
prudencia que dicta nostra sagrada religio, de la que governa los 
mondans. Aquestos, los fills de Egipte, tenint llur cor y los ulls 
enterament estacats â la terra, no consideran, no desitjan, no apre- 
cian los bens del Cel, no cantan en lo catalogo dels que preco- 
nisan per ditxosos, sinô aquells que llibrament se passejan per los 
prats de la riquesa y delicies de la terra, que satisfan totes les 
concupicencies, que regalan tots los apetits y no senten ombra de 
pena ni dolor. Oh ! si ! desenganyauvos, deixebles y esclaus del 
mon ; esta terre que te enfelisat vostre cor, es ingrata, sentireu lo 
dolor de ses espines, es un desterro plé de cadenes mes pesades 
quel plom, es una figura, una ombra que passa, y no passaran 
aixis les terribles amargures que esperan sos amadors. 

Al contrari, Jesus-Christ no canonisa per ditxosos sinô los que 
ploran, los que pateixen persecuciô per la justicia, los pobres d'es- 
perit, los que son calumniats y malehits del mon, losque prodigan 
assi baix fins llurs animes per les retrobar en lo cel, los que 
viuen com crucificats ab ell per ressuscitar triomfants ab ell. Eix 
froment abscondit y molt baix en la terra es lo que se multiplica 
en lo règne de Deu, eixes pedres vives fabricades â grans cops 
de martells, torments y pênes son les que perpetualment resplen- 
diran en lo edifici de la celestial Jérusalem. 

Es entre aquestos que jo contempli y admiri los nostres invin- 
cibles mârtirs sant Assiscle y sa germana santa Victoria, honor de 
la religiô catôlica, que avuy, segons vostre piadôs costum, Parro- 
quia ditxosa de Sorèda, venereu d'un culte especial... 

Le catalan du Vallespir, comme on vient de le voir, est plus 
pur que celui du Roussillon et du Confient. Le Vallespir, le 
Haut-Vallespir surtout, est, avec la Cerdagne, la région où le 
catalan s est le moins altéré. 

Après ce beau sermon de M. l'abbé Vilar, nous allons citer 
encore le discours de M. l'abbé Bonafont prononcé à Saint- 
Marsal à l'occasion du baptême d'une cloche. On nous accusera 
peut-être d'entrer un peu trop dans le domaine de la littérature, 
mais tant pis ! Nous ne pouvons résister au désir de citer ce beau 
discours. 



— i86 — 
SAINT-MARSAL. — Discours de M. l'abbé Bonafont (i). 

Gracias y Benvinguda : 

Al senyor canonge Vixeille, degâ d'Arles ; à la corona de vint- 
y-dos sacerdots ; al padri y à la padrina ; al conseil de Fâbrica ; 
al senyor y à la senyora Joseph Delmas de Bonnefoy ; à las 
vint-y-quatre minyonetas que cantâren : Al mïtx de la foscor... ; 
al poble de Sant-Marsal. 

La Campana 

La campana, B.-G-, es pas may estrangera à las nostras emo- 
cions. Del bressol à la tomba, ella se barreja a la vida Humana 
per ne consacrar los plahers, per ne plorar los dolors, per ne 
recordar los debers. N'hom diria l'Angel de la Guardia que la Fe 
nos mostra al costat de cada home, guiant los seus passos, inspi- 
rant lo seu cor, se compartint las suas penas y las suas alegrias. 

En entrant en aquest mon, ella nos saluda amorosament y anun- 
cia ab sos alegres trontolls un fill à la casa payral, un soldat à la 
pâtria, un elegit per lo cel. 

Recordeuvos, B.-G., lo dia indescuydable de'la vostra primera 
comuniô. Oh î côm enteniau be, à las horas, la veu de las campa- 
nas que repicavan de valent y que vos deyan que lo cel anava 
baixar sobre la terra ! Côm lo vostre cor s'aixamplava, assedegat de 
la vinguda de Jésus I 

Festas de la religiô, festas dels pobles, nits de Nadal, dias 
solemnes de Corpus, hont séria vostra alegria sensé aqueixa dolsa 
veu d'aram que uneix totas las animas dins una mateixa ardalesa, 
mateixos sentiments ! 

Pintarem ara aqueix encant dels recorts, aqueixa dolcesa de 
piadosos afectes que se descapdellan als bruigs de la campana? 
Demanem al jove soldat que torna de l'armada ; demanem-li perqué 
lo seu cor va mes rabent, perqué los seus ulls humitejan de llâgri- 
mas, tan aviat com al mitx de las vostras fajosas y castanyeredas, 
al cim de la fumatera dels terrats, ell ha vist lo campanar que ' Is 
seus somnis li han tant de vegadas représentât en los llarchs dias de 
l'absencia, y quan arriban à la sua orella lo trillejadis d'aqueixa 
campana que crenyîa tant de no may mes ohir ! Ah ! es que à 

(i) Nous respectons l'orthographe de l'auteur. 



- ,87- 

n'aqueix campanar havia ell demanat ombra pels jochs de .la sua 
infancia ; es qu'aqueixa campana l'havi'a cridat à las Hissons del scu 
Pastor, l'havia convidat à la santa Taula ; es qu'havi'a plorat ab ell 
al llit de mort del seu pare y gemegat sobre d'un clôt hont se 
tancava la meytat de la sua vida ! 

Oh ! campana, retrunyen, retrunyen avuy encara al fonso, al 
bell fonso del meu cor de sacerdot y de fill, los ultims tochs ab 
losquals vares acompanyar al cementeri los que som estimât mes 
en aquesta val! de llâgrimas ; mes aqueixos tochs endolats han fet 
pujar per ells al cel pregàrias ardents que han segurament atudat 
las flamas del Purgatori. 

Dins una parrôquia com la de Sant-Marsal ahont tôt se passa 
en familia, hi ha dins l'any horas que escruixessen lo pobre cor 
huma. Un malalt es estes sobre del seu llit de dolors. Lo sacerdot 
arriva, portant lo pa dels Angels al que se'n va partir per l'eter- 
nitat. Aviat l'agoniase déclara ; al mitx d'un silenci misteriôs, res 
no s 'ou que los sanglots de la campana, y a las horas, quins senti- 
ments de religiô y d'espant s'obreixen un pas dins lo poble ! Lo 
pecador tremola ; ell se veu à la vora del infern ; mentres lo just, 
dins aqueix acte del poder de Deu que mana à la vida y à la mort, 
troba una fortalesa inconeguda per realsar la sua confiansa. 

En aquest mon, B.-G-, n'hom pot naixer, viurer, sufrir y morir 
desamparats de tothom. Mireu al vostre entorn : n'hi ha que 
ramassan lo pa ab llâgrimas de fel ; que senten la buydor dintre 
de l'anima y l'anyorament dins lo cor ; que caminan perduts pels 
hi mancaruna estela que guihi llurs passes, una veu amorosa que'ls 
aconsoli en llurs desventuras ; lo caliu d'un amor ahont pugan se 
reviscolar y buydar llurs penas, quan lo gel dels desenganys de 
la terra los fâ tremolar de fret. Desvariejant, ellos moren ; de 
corre-cuyta, una ma foras tera tança llurs ulls ; ningii pensa ab ells ; 
mes ohiu?la campana plora y'is seus planys despertan dins lo 
poble un recort ; una llâgrima'ls hi sera pas negada, y la caritat 
d'una pregâria seguirâ llur anima devant del jutge soberâ. 

Mes, he pas encara dit tots los benfets de la campana. Ella 
conjura los temporals (i) y f^ tornar seré lo cel ara de poch encara 

(i) La voix suppliante de l'airain est impuissante à arrêter les phénomènes naturels. Les 
obstinés sonneurs de cloches, en temps d'orage, en ont fait bien des fois, hélas ! la triste 
expérience. L. P. 



— i88 — 

negre.de nubols. Ella es la régla, la guia del habitant de cam- 
panya, Ella que marca lo temps y la diferencia dels dias feyners 
y de festas. Très cops lo dia, nos recorda lo gran misteri d'un Deu 
vingut sobre la terra per la salvaciô dels homes. Es una centinella 
que vetlla nit y dia : que l'enemich se mostri, que se posi foch en 
una casa, ella jita lo crit de sometent per cridar totas las forsas 
sobre del lloch amenassat. 

Dins un moment, per lo poder que'ns ha tant amistosament 
entregat lo senyor bisbe de Perpinyâ, anem à batejar, à benehir, 
à consacrar, à donar una anima, un nom à la nostra nova campana. 

O Rosa de Sant-Marsal i , fassi lo Cel que sian verdaderas las 
paraulas que portes ab tû escritas : « Ego Rosa, narrabo et annun- 
tiabo, et populus Sancti Martialis exaudiet vocem meam. » Oh ! si, 
canta las alabansas de Deu; anuncia las solemnitats religiosas; di'gas 
al home, als sants dias de festa y feyners, que tinga pas los ulls 
acîtats à la terra, mes qu'espie lo cel ; fes-li entendre que dins los 
seus treballs, las suas desditxas, las suas amarguras, ell s'exclame 
soviny : Encara un dia passât, encara un dia que me rapropa de la 
mort y del Deu que sera per jo un Pare 6 lo Jutge lo mes à cre- 
nyer : Fes que'l poble de Sant-Marsal escolte sempre la tua 
veu : ut populus SancH Martialis exaudiat vocem tuam. 

Ves, puja al campanar prop de ta veila germana, d'aqueixa ger- 
mana que desde l'any i6j6 escampilla, alegre, los seus sons angé- 
licals. Enmanlleva-li calcomdela sua veu: te dira ellâ,ladevociô del 
Angel Delpâs y dels senyors de Sant-Marsal que l'han assentada 
dins los ayres ; la Fé dels nostres passats ; l'ardalesa santa d'aquesta 
parrôquia per lo que pertoca lo servey de Deu ; demanali com 
s'hi prenia la campana que rcmplassarâs per fer dir als christians 
quan ohian los seus cants tant clars : « 'Lœtatus sum in his quse dicta 
sunt mihi, in domum Domini ibimus : Es ab alegria que senti que me 
dihuen : Anem à la casa del nostre Deu. » Y totas dos, oh ! des- 
perteu, desperteu l'indiferencia que gibra alguns cors ! Desperteu, 
desperteu en ells remordiments nous y rosegadors afi qu'ai igual 
del infant prôdich, tornin prop de llur Pare y acabin santament 
llur vida. 

Que'l teu padri 2 y la tua padrina que tant generosament 

(1) La padrina se deya la senyora Roia Barnèdes. 

(2) Lo padri tra lo senyor Joseph LIense. 



— i8c) — 

t'han donat una veu, que ' 1 Conseil de Fâbrica de Sant-Marsal que 
adorna ab bon zel l'iglesia que t'en vas à sobrepujar, qu'aqueixa 
blanca corona de vint-y-dos sacerdots que t'entornejan, que tots 
trobin en tû alegrîa, consolaciô y agrahiment. 

Y per mi, oh ! tu que seras per jo com una filla espiritual, deixa 
fer meuas las paraulas qu'un chor de verges te cantarân dins un 

moment : 

Sona, sona, ô campana, 

En lo llarch de ma vida... (i) 

mes que m'acompanyin dins lo cel ab totas las animas à n'a mi 
confiadas afi que, remat y pastor, no fem qu'una sola veu per 
alabar per sempre lo nostre Deu, per la gloria del quai mirarem 
de fer tôt sobre d'aquesta terra. Aixi sia ! 

Le poète se révèle dans ce beau discours où se marient agréa- 
blement la simplicité et l'élégance du langage. Le sujet se prêtait 
d'ailleurs merveilleusement aux belles envolées. Aussi le Pasto- 
rellet n'a-t-il pas manqué l'occasion de faire admirer son véritable 

talent. 

(M suivre) Louis Pastre. 



Rondalla 

LES TRES NINETES 

Si n'eren très ninetes Si jo 'n sigués, 

Très eren très. Quin tip de menjar sucre 

Diu la mes gran de totas: ^^^^ ^^ I^^" '• " 

— Mare de Deu I Y diu la mes petita 

Si jo fos rica, rica, De totas très : 

Dels meus diners — Si jo fos rica, rica, 

M'en compraria joyes Tôt pels pobrets. 

D'or y d'argent. gj ^,^^^^ ^^^^ ^.^^^^^ 

■ — Jo, respén la mitjana, Très eren très. 

J. Alcovero. 

(Rondalles y Faules de cayent popular.) 

(i) Eixa cantata, obra de Mossen LIense y del Pastorellet fou acompanyada 'al piano per 
la senyora Joseph Delmas de Bonnefoy. 



Botanique catalane 

JSorns catalans de plantes usités dans la région 



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\ s. ( 



(Suite) 



CEP. — Vitis vinifera. L. Vigne porte-vin. 

Arbrisseau bien connu dont les fruits servent à la fabrication 
du vin. 

CEP. — Boletus edulio. Bull. Bolet ou cep comestible. 

Un des meilleurs champignons comestibles des forêts. 

CEP-FOLL. — Boletus cyanescens. Bull. Bolet violet. 

Champignon vénéreux dont la pulpe blanche devient d'un bleu 
vert lorsqu'on la coupe. 

CERFULL. — Cerefotium sativum. Bess. Cerfeuil cultivé. 

Potagère stomachique. Calme l'inflammation de la peau et des 
yeux. 

CIBADA. — Avena sativa. L. Avoine cultivée. 

Nourriture des chevaux. Donne une tisane adoucissante et 
calmante. 

CIRERER. — Cerasus avium. DC. Cerisier des oiseaux. 

Fruits rafraîchissants. Les queues, en infusion, calment les 
catarrhes pulmonaires. 

CIRERER DE LA MARE DE DEU. — Cratœgus Oxya- 
cantha. Aubépine commune. 

Forme des haies ; bois dur. Les fruits sont astringents. 

CIRERER SELVATGE. — Cerasus acida. Gœrtn. Cerisier 
aigre. 

Fruits aigres servant à faire une confiture excellente pour 
l'estomac. 

ClURO. — Cicer arietinum. L. Cicer pois-chiche. 

Cultivé pour ses grains mangés après dessication. 

CLAVELLINER SELVATGE. — Dianthus proliferus. L. 
Œillet prolifère. 

Les fleurs, petites, sont semblables à celles des œillets des 
jardins. 



— 1(^J — 

CODONYER. — Cydonia vulgaris. Cognassier commun. 

Fruits au goût agréable. Les pépins donnent un bon mucilage 
pour les inflammations. 

COGOMBRE. — Cucumis sattvus. L. Concombre cultivé. 

Fruit comestible. La pulpe sert à faire un cosmétique et une 
pommade adoucissante. 

COHA DE CAVALL. — Equisetum ramosissimum. Desf. Prêle 
rameuse. 

Ressemble à une queue de cheval. Employée contre le pisse- 
ment de sang du bétail. 

COHA DE GUILLA. — Vuîpia myuros. Gmel. Vulpin queue- 
de-rat. 

Ressemble grossièrement à une queue de renard. Fourrage 
médiocre. 

COL. — Brasstca sativa. Clav. Chou cultivé. 

Potagère rafraîchissante ; le suc est laxatif; les feuilles cuites 
soulagent les points de côté. 

COLXICH. — Coîchicum autumnate. L. Colchique d'automne. 

Vénéneuse. Bulbe employée contre leshémorrhoïdesjes verrues, 
la gale des animaux. 

CONSOLDA. — Symphytum tuberosum. L. Consoude tubéreuse. 

Les racines écrasées soudent les bords des coupures, guérissent 
les gerçures de la peau. 

CORNELLER. — Cornus sanguinea. L. Cornouiller sanguin. 

Arbuste à bois dur peu employé. Fruits indigestes. 

CORRETJOLES. — Convolvulus sepium. L. Liseron des haies. 

Attache les plantes comme avec des courroies. Purgative comme 
les campanetes. 

CORRIOLETA. — Jlgaricus prunulus. Scop. Agaric mousseron. 

Champignon comestible des prés, des talus, des lisières des bois. 

COSCOLL. — Tlngelica silveslris. L. Angélique des bois. 

Odorante. Les tiges, mangées en salade, sont très stomachiques. 

CREXENS. — J\ashortium officinale. R. Bn. Cresson officinal. 

Dépuratif du sang. Employé contre le scorbut, le rachitisme, 
la bronchite. 

CUCUMELLA. — Agaricus vaginatus. Bull. Agaric à chapeau. 

Champignon comestible des bois. 
[A suivre) L. Conill. 



ù^L^ôfù^ô^ù^ôoù^ùoLoôyuyL^ 



LIVRES (^ REVUES 

La T^evue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire. ^^^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 

Coleccion diplotnatica. 

Notre distingué confrère, M. Monsalvatje, vient de publier chez Juan 
Bonet, libraire, Calle Mayor, 3, à Olot, le tome XV delà Coleccion diph- 
mdtica del Condado de Besalù, un fort volume de 458 pages, véritable travail 
de bénédictin, comprenant une quantité de documents extraits en grande 
partie des Archives de la Couronne d'Aragon. Nos félicitations au vaillant 
« escorcollador. » 

Ce nouveau volume, que nous avons à peine eu le temps de feuilleter, 
continue la série si intéressante et si érudite des publications historiques de 
l'auteur ; nous aurons l'occasion d'y revenir. 



Revista vegetariana. 

La l.liga vegetariana de Catalunya nous a fait parvenir son bulletin men- 
suel (avril, mai et juin). Cette revue illustrée s'occupe exclusivement de 
végétarisme. 

Butlleti del Centre excursionista de Catalunya. 

Très jolie revue, illustrée de photogravures d'une finesse irréprochable 
parmi lesquelles nous remarquons quelques vues de Nuria. 

BoUeti del Diccionari. 

Mossen Alcover y critique la « Gramâtica pedagôgica de la llengua 
catalana d'en Joan Bardina, director de l'Escola de Mestres. » 

Bulletin Pyrénéen. 

Le numéro 68 (mars-avril) de ce bulletin contient le compte-rendu du 
Congrès de Perpignan par M. le Comte de St-Saud. 

Bulletin de la section du Canigou. 

Le numéro du 3i mars contient plusieurs articles relatifs au VIJJ" Con- 
grès de la Fédération des Sociétés Pyrénéistes. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COMET, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



N« 19 15 Juillet 1908. 

c^>4.c^'S>.i.«t§Qv&c^TNi.c{8TNi. c^TNi-c^'TNi.t^'Ni. t^TNi.C^TN&.ctg'^vi. c<8'>^t^'>&C^TN& (t8'*ic^>&.<^>v& 

Les Manuscrits non insérés ^^ ^F^W W 4 ^P^ 

ne sont pas rendus. J^T W^ ^^ I I m^ 

Les Articles parus dans la Revue ^^^ ^^ ^1^ ^^ m ^m B^J Wm 

n'engagent que leurs auteurs. ^v^A A A A A Ai^A •■ Jk ^9 Aê^ 

(^TNi.ct§TNi<^TN&c^'Ss&<^TN& c^TN&c^^c^Tlsi c^'5v^c^'>^(^TN& c^'Jsi.c^TNi.c^'Jsi, <^TNi.ct§'>ic^'Svà. 

Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 



VERSION CATALANE O 

Melges y cirurgians 

Els metges els-e cal pagar y ben pagar. Y, ben mirât, que voleu 
qu'hi sapiguin els metges de la vila amb els mais dels pagesos ? 

Desseguit vos parlen de begudes qu'amarguen com un fel, de 
purgues que vos escorreganten y de vesicatoris que vos s'emporten 
la pell... Y per mes desgracia vos parlen un francès tan recargolat î! 

Ah ! si eren els cirurgians d'anvantes ? encara, encara. Aquells 
amb una sangria y un pareil de pegats vos enllestien un malalt ; 
enrahonaven com hom y, per paga, se contentaven d'un amarell 
de segle 6 d'un xayet ben tendre. Hom n'era ben servits y may, 
amb ells, calia treure diners de la butxaca. Y, si els hi demanaveu 
de quin mal patia el malalt, al lloch d'anar cercar, com els metges 
saberuts del dia d'avuy, unes paraules que ningû no enten, vos 
responien ambe tota franquesa : « El fetge se li menja la frixa » 
6 « La sanch se li rabeja amb els nervis ». 

La gent se morîa, mes hom sabîa com y perqué. 

(E. Caseponce, Contes Yallespirenchs.) 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une note supérieure à la moyenne 
au dernier concours 

UN VINYADERO.. - j 5 sur 20 

EN PEPET I 2 sur 20 

LA GUIDETA, modiste 11 sur 20 

EN GALDRICH i 1 sur 20 

(1) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint' 
Dominique, avant le i"'' août 1908. 



Anthologie catalane 



Une Anthologie n'est certes pas une chose facile à faire; 
elle est d'autant plus difficile que les ouvrages à analyser sont 
plus rares. Mais M. Amade qui déjà, dans un volume pré- 
cédemment publié : (( Etudes de Littérature Méridionale » ( i ) 
a donné la mesure de son talent, a su vaincre cette difficulté, 
et son « Anthologie Catalane » qui paraît en ce moment (2) 
sera pour les amis du Catalan et des Langues Romanes une 
véritable révélation. 

M. Amade ne s'est occupé, pour cette fois, que des 
auteurs Roussillonnais qui ont écrit en catalan au dernier 
siècle. De plus, restreignant encore son champ d'étude aux 
poètes, il a, après une courte notice biographique et biblio- 
graphique sur chacun d'eux : Courtais, Talrich, Bonafont, 
Boher, Jofre, Saisset, Boixéda, Delpont, etc., donné un 
choix de leurs meilleurs morceaux avec, en regard, pour 
les profanes, la traduction littérale. 

L'anthologie proprement dite est précédée d'une magis- 
trale introduction dans laquelle l'auteur, inspiré par son 
amour profond pour la langue « payral », manifeste son 
admiration pour ces contemporains presque, qui ont parti- 
cipé à la renaissance catalane dans notre petite patrie, et 
explique en même temps son but, ses aspirations, ses 
désirs. 

C'est un court fragment de cette introduction que nous 
publions aujourd'hui. Elle aurait mérité d'être publiée 

(1) Toulouse, Edouard Privât, 1907. 

(î) Perpignan, J. Cornet, 8, rue Saint-Dominitjue. 



— 195 — 

in extenso dans la J{evue Catalane mais elle est trop longue. 
11 nous suffira de l'avoir signalée pour que chacun veuille 
se procurer l'ouvrage de M. Amade, ouvrage qui est le pre- 
mier de la série d'une bibliothèque catalane que son au- 
teur vient de fonder. E. Vergés de Ricaudy. 

INTRODUCTION 

Quand nous avons manifesté l'intention de consacrer le premier 
volume de notre anthologie catalane aux poètes roussillonnais, on 
nous a demandé s'il était possible de tirer de leurs œuvres une 
matière suffisante aussi bien comme qualité que comme quantité. 
Certes, la poésie catalane n'a pas trouvé dans le Roussillon le 
même développement que dans la Catalogne espagnole ; et qui 
donc s'en étonnerait? Mais si les conditions où s'est réalisée et 
se réalise encore notre poésie, si la grande importance prise chez 
nous par le français, si les préjugés, le dédain et l'oubli dont est 
de plus en plus victime, dans certaines classes de la société, le 
catalan du Roussillon, n'ont pas permis et ne permettent pas à 
cette poésie de franchir certaines limites, comment nier cepen- 
dant que, dans les limites mêmes où elle se voit jusqu'ici conte- 
nue, elle soit parvenue déjà à des résultats fort remarquables, et 
d'autant plus remarquables à vrai dire qu'il lui était plus malaisé 
d'y parvenir ? Si nous n'avons jamais eu un Balaguer ou un Ver- 
daguer, si nous n'avons pas aujourd'hui non plus un Mossen Costa, 
nous trouvons cependant parmi ceux qui ont eu le courage et le 
mérite de cultiver la poésie dans nos régions quelques hommes 
d'un talent peu commun dont le nom est à retenir et dont cer- 
taines oeuvres mériteraient même une des meilleures places dans 
quelque anthologie générale des poètes catalans. 

En ce qui concerne la poésie roussillonnaise, deux anthologies 
au moins avaient été publiées avant la nôtre : la Garbera catalana 
de Lo Pastorellet de la Vall d'Arles (1884), et les "Flors rossello- 
neses de Jules Delpont (1899-1902). Mais, si ces deux recueils, 
qui jouèrent leur rôle, certes, et vinrent à leur heure — le pre- 
mier surtout — représentent deux louables tentatives, ce ne sont 
encore, il faut bien le dire, que des essais. Depuis la publication 
du premier, des oeuvres nouvelles ont paru, le mouvement a pris 



— 1 96 — 

plus d'extension ; le second enregistre déjà des productions plus 
encourageantes et laisse soupçonner un fonds assez abondant. 11 
était possible maintenant et il devenait même nécessaire de faire 
de plus longs et plus nombreux extraits, de donner à la matière 
plus d'ampleur et aussi des bases plus solides. Mais il fallait 
introduire quelque ordre dans ce choix, ranger les pièces par 
auteurs afin d'obtenir plus de clarté, exclure les poètes de la 
Catalogne espagnole auxquels ces deux recueils avaient accordé 
une certaine place, ne pas mêler la poésie populaire à la poésie 
artistique, le genre bouffon au genre sérieux, ou encore la prose 
au vers, comme il avait été fait. Ce n'est pas tout ; il fallait 
encore que le lecteur pût se former une idée du vieux théâtre 
catalan, aujourd'hui si peu connu, et eût à sa disposition une 
bibliographie aussi complète que possible non seulement des œu- 
vres diverses de la poésie catalane en Roussillon, mais des études 
ou des articles qu'elles avaient pu susciter. 

Nous tenions enfin à joindre au texte catalan une traduction 
française ; et cela, aussi bien pour mettre à la portée des étran- 
gers les poètes du Roussillon que pour aider nos compatriotes 
cux-mênries dans l'intelligence de ce texte, leur rappelant certaines 
expressions qu'ils pourraient avoir oubliées, et les encourageant 
ainsi à mieux connaître leur propre langue. Ce n'est pas, cepen- 
dant, que notre traduction doive satisfaire tout le monde. Ceux 
qui y chercheraient, par exemple, une élégance et une correction 
soutenues, seraient bien vite désillusionnés ; de même, nous n'avons 
pas eu la prétention de rendre toutes les nuances de ces vers. 
Nous nous sommes efforcé d'être aussi exact que possible, sans 
trop faire violence à la langue française. C'est une traduction litté- 
rale qui ne se propose point d'embellir le texte, mais simplement 
de le respecter. Malgré tous nos efforts et les nombreuses garan- 
ties dont nous nous sommes entouré, nous sentons bien qu'elle lui 
est parfois inférieure : le catalan, resté langue populaire, offre de 
sérieuses difficultés au point de vue de la traduction. Mais certai- 
nes gaucheries, telles platitudes, l'incohérence de quelques passa- 
ges, viennent peut-être moins du traducteur que des auteurs eux- 
mêmes. Tout compte fait, nous avons l'espoir qu'avec ses imper- 
fections notre traduction pourra rendre cependant quelques 
services. 



— 197 — 

En entreprenant la publication de cette anthologie, il eût fallu 
songer peut-être en premier lieu à la poésie populaire ? N'est-elle 
pas, en effet, la première dans le temps ; et, même alors que ce 
qui nous en reste encore ne représente le type primitif que d'une 
manière assez incomplète et sous une forme probablement très 
corrompue, les caractères de cette poésie, sa fraîcheur et sa sim- 
plicité, son expression naïve et sincère, la spontanéité des senti- 
ments qu'elle traduit, ne la recommandaient-elle pas avant toute 
chose pour un choix pareil ? C'est donc à elle que nous aurions 
dû consacrer le premier volume de cette collection. Alais en ne 
le faisant pas, nous avons obéi à des considérations que le lecteur 
comprendra sans aucune peine. 

Nous voulions tout d'abord montrer aux Roussillonnais, qui 
n'ont guère à ce sujet que des idées fausses ou insuffisantes, et 
même au reste du public étranger à notre province, qu'il a existé, 
qu'il existe encore chez nous une poésie ; que la langue catalane 
employée dans le Roussillon pouvait servir de véhicule aux plus 
belles idées comme aux plus purs sentiments ; que cette langue 
était, en même temps que pittoresque et sonore, assez riche et 
assez souple pour devenir une langue littéraire. On verra plus bas 
comme nous envisageons personnellement cette question, d'appa- 
rence assez complexe, et quelle devrait être selon nous la tâche 
des poètes nouveaux. 

Nous voulions, d'autre part, offrir à ces Roussillonnais un 
recueil de lecture agréable, qu'ils pussent feuilleter aux heures 
de loisir, soit qu'éloignés de leur petite patrie ils voulussent 
reprendre contact avec l'âme roussillonnaise et réchauffer la leur 
à ce foyer réconfortant, — soit qu'ayant le bonheur de jouir des 
paysages roussillonnais ils sentissent le besoin d'entendre chanter 
en une langue familière tout ce qu'ils éprouvent devant eux, les 
joies ou les douleurs de la vie, et les idéales consolations. On a 
déjà montré, par d'excellentes raisons, comment le catalan pour- 
rait, si on savait bien l'employer, rendre les plus précieux services 
pour l'enseignement de la langue française (i). Pourquoi dans nos 
familles la poésie catalane ne jouerait-elle pas un rôle plus impor- 
tant encore ? Est-ce que la lecture et la récitation des oeuvres de 

(i) Louis Pastre : Le catalan à l'école (J{evue catalane, nos des iS janvier, i5 février et 
i5 mars 1907). 



— 198 — 

nos meilleurs poètes risqueraient d'affaiblir chez nos enfants le 
sentiment de la plus grande patrie, et de leur faire oublier plus 
tard leurs devoirs de citoyens français ? Qui donc oserait le sou- 
tenir ? 

Nous ne voyons pas au contraire aujourd'hui de plus sûr 
moyen pour combattre certaines inquiétudes de 1 âme française 
contemporaine que de cultiver avec soin dans chaque province 
chez les jeunes générations, l'amour de la terre natale et de 
l'idiome local. Il n'est pas à nos yeux de base plus solide pour 
le développement harmonieux de notre pensée, pour une saine 
direction de notre vie sentimentale. Oui, nous sommes bien 
convaincus qu'en apprenant à nos enfants roussillonnais à lire et 
réciter de beaux vers catalans où sont célébrés tour à tour, non 
pas seulement notre ciel pur, nos fraîches montagnes, notre mer 
mélodieuse, nos plaines et nos vallées verdoyantes, mais les 
grandeurs du cœur humain qui bat dans la poitrine de tout 
Catalan, nous leur apprendrons par là même à comprendre et à 
aimer plus profondément, plus fidèlement, ce ciel et ces monta- 
gnes, cette mer, ces plaines et ces vallées, mais nous leur appren- 
drons aussi à trouver dans cet amour de choses tangibles, qu'un 
idéal sans cesse embellit, et dans ces élans généreux de l'âme 
catalane devant toutes les réalités, l'un des remèdes les plus 
efficaces aux monotonies, aux laideurs et aux tristesses de l'exis- 
tence. 

C'est, on le voit, un but éminemment moral que nous poursui- 
vons, tout autant qu'un but artistique et littéraire ; et, si nous 
avons, hélas ! quelque scepticisme sur l'empressement de nos 
compatriotes à suivre de pareils conseils, nous ne saurions douter 
un seul instant de la bonté du remède... 

Tout cela, nous étions résolus à le faire sans aucun retard ; car, 
à la vérité, l'heure ne nous sembla jamais plus propice. Nous 
devions profiter, pour mieux atteindre notre but, de ce réveil de 
l'âme roussillonnaise que nous annoncent déjà quelques signes 
certains, encourager dans le Roussillon ce mouvement littéraire 
catalan qui commence à s'y dessiner à nouveau. Nous devions 
proposer aux derniers venus à la fois des modèles et un enseigne- 
ment : des modèles, parce que, dans notre recueil, à côté de 
pièces de valeur moyenne, il y en aurait de vraiment remarqua- 



— 199 — 
blés comme forme et comme pensée ; un enseignement, parce 
que nous espérions que la lecture attentive de ces oeuvres et 
aussi nos observations en ce qui touche par exemple le voca- 
bulaire et la langue poétique, les aideraient à comprendre assez 
clairement les erreurs de quelques-uns de leurs devanciers... 

Jean Amade. 

Fête littéraire à Carcassonne 

A l'occasion de l'inauguration à Carcassonne du buste d'Achille 
Mir, VEscolo Audenco organise une grande fête littéraire dont 
voici le programme : 

1° jo heures du matin, inauguration du buste d'Achille Mir 

au Square Gambetta. 
2° Midi, banquet félibrécn. 
3° 1 h. 1 2, séance littéraire. Distribution des récompenses 

aux lauréats du concours de VEscolo Audenco. 
4' 5 heures, représentation de la Tille de J^oland au théâtre 

de la Nature de la Cité de Carcassonne. 
5° 9 heures, embrasement de la Cité, spectacle merveilleux 

et unique au monde. 

«^â^— 

NOS HOTES 

Nous avons eu, le mois dernier, l'agréable visite de notre 
confrère M. Jean Badôa (En Joan de la Sanya, pour ses amis), 
un roussillonnais de la Salanque, habitant Paris. 

L'auteur de Ma Terra et Thalles a bien voulu nous promettre 
quelqu'une de ses poésies pour la J{evue Catalane. Esta bé ! 

11 est venu aussi, à Perpignan, le jeune tarragoni En Joan 
Tarafa ; cet enthousiaste catalaniste a soumis à nos bibliophiles 
le spécimen typographique de la Cronica del rey En Jaume, dont 
une luxueuse édition est en projet à Tarragone. 



AMOR 



Que diu l'abella â la rosa 

Per qu'ab plcr 
Un gros bès, la flor hcrmosa 

S' dcixi fer ? 
Que diu â les campanetes 

Del jardî 
Lo papellô, ab ses aletes 

De satî ? 
Que diu â la riereta, 

Tôt volant, 
Aqueixa dimoseleta 

Zumzejant ? 
Que diu, la nit, â l'estrella 

El rossinyol, 
Xiulant sempre sa cantarella, 

Planyvol ? 
Que diu al sol la cigala, 

Fent xiu-xiu ? 
Y l'aucellet, quan escala 

Vora '1 niu ? 
Lo que diuhen eixos besos ? 

Eixos cants ? 
Diuhen l'AMOR. carinyosos, 

Sens descans. 



Algù. 



^>Jc^l:Mû^k>s 



McMcMc>k^(c^c^t\ 



Pages choisies 



Francesch Matheu pourrait être appelé le poète de la passion. 
Son œuvre entière est animée et comme soulevée par de grands 
sentiments : l'amour, la foi, le dévouement à la patrie. L'âme 
ardente de la Catalogne respire, en effet, dans tous ses vers. 
Voici, par exemple, pour donner une idée du grand talent de ce 
poète, un hymne chanté par les enfants des orphéons et des écoles 
de Barcelone lors d'une « fête nationale catalane » qui eut un 
certain retentissement. 



fc 



HIMNE 

cantat per \o\s els noys dels orfeons y escoles 



De l'avuy ve '1 demà ; 

som la llevor, (j) som el gra, 

som la cullita que vindrà. 

Som petits, petits, petits, 
de l'alçada y de la pensa, 
peré obrim els cinch sentits 
à la vida que comença. 

Som petits. 
Ja veurèu quina ufanor (2) 
quan els noys tornaràn homes ; 
ja veureu quina ufanor ; 
som petits com la lle.vor. 

En el nostre cos de noys 

hi ha una sang que fa buUida, 

plena d'ansies y alegroys 



que 'ns empeny cap à la vida. 

Som petits. 
Esbravantla (3) en jochs y cants, 
creixerèm tots en bon' hora, 
esbravantla en jochs y cants 
serèm forts y serèm grans. 

Per nodrirns l'enteniment 
cercarèm el pa de l'aula (4): 
sera llum pel pensament 
sera foch per la paraula. 

Som petits. 
Del cervell en la fornal 
tota idea hi farà calda, 
del cervell en la fornal 
forjarèm nostre idéal. 



(1) Semence. — (2) Beauté, splendeur. — (3) Répandre, dépenser. — (4) Classe, ensei- 
gnement. 



Obrirèm nostre esperit 

que s'abeuri als quatre cayres() 

ab clarors de l'infinit 

y ab perfums de tots els ayres 

Sorti petits. 
Y encendrèm la voluntat 
ab la fe que tôt ho aplana, 
y encendrèm la voluntat 
ab un clam de llibertat. 

Som petits, petits, petits, 
perô som una creixença, 



202 — 

una onada (2) de délits, 
) potsé una era que comença. 
Som petits. 
L'era nova que vindrà 
l'era nova que s'acosta, 
l'era nova que vindrà 
del reyalme català. 

De l'avuy vé '1 demà, 
som la llevor, som el gra, 
som la cullita que vindrà. 

(Francesch Matheu.) 



C^^^^^^4^^k^ 



Pensatnent de tarder 



c|d 



(3) 



La tristesa de la tarder 
Cobreix l'anima d'un vel gris. 
Sensé sol y sens gôjos crits, 
Lo campcstre es dins l'aflicciô. 

Els camps inmensos desflorits 
Ens donen â tots l'amargor. 
La tristesa de la tardor 
Cobreix l'anima d'un vel gris. 

Lo vent fret, com una cremor, 
Malmet, desafeyta '1 brancam, * 
Despuès escampilla '1 fullam 
Y sempre canta, en sa remor, 
La tristesa de la tardor. 



Algû. 



(1) Angles. — (2) Vague. 

(3) Traduit de Maurice Gaillard avec autorisation spéciale de l'auteur. 



Textes catalans 

Bolet, notaire d'Elne. — i8 février 1395. (Jlrch. Dép,, l^olule 
n° 685, couverture). 

Le Procureur Royal ayant réclamé le cens sur des vignes, 
situées à Argelès, et qui avaient été vendues comme étant en 
franc-alleu, les acquéreurs protestent contre leur venderesse et 
chargent le notaire Bolet de dresser acte de leur appel en 
garantie. 

Celui-ci consigne d'abord, dans son préambule en latin, qu'il lui 
a été remis, pour en faire la notification : « Quamdam papiri 
cedulam istius seriei. » 

« Davant la presencia de vos, Madona Guillerma, muler d'en 
Arnau Rog, d'Elna, quondam (1), constituyt en Arnau Vicens, 
del loch d'Argilers, diu e notifica a vos que, axi com vos ben 
sabets e no podets ignorar, vos avetz venuda al dit Tatzo alguna 
vinya laquai es al terme de Argilers en lo delmar (2) de Santa 
Maria d'Ultrera confrontada segons que en les cartes d'aquen (3) 
fêtes se conten, per preu de XLl llibres Barceloneses de terno, 
laquai li avets venuda per alou franch... Hon (4), com l'onrat en 
P. Vidal Procurador Reyal des Comptats de Rossello he de Cer- 
danya haia convengut 5 lo dit Fatzo, mostrant per los capbreus 
del Senyor Rey que la dita vinya es de la masada d'en Vidal 
Calasill, condam, del dit loch, e fa de cens cascun any, en la festa 
de Nadal, vuyt diners, per laquai cosa lo dit Tatzo es estât fors- 
sat de reconexer la dita vinya e lo dit cens al Senyor Rey. Per 
tant vos requer en aquests scrits que en les dites coses vos deiats 
opposar e informar e ministrar deffensions al dit Tatzo per ques 
puxa excusar de la dita questio, so es que la dita vinya no sia de 
la dita masada lei no sia tenguda al dit cens. En altra manera, 
protesta contre vos he vostres bens de la dita eviccio e de la 
menys valença de la dita vinya, laquai se enten de retenir del 

(i) Défunt. — {2) Décimaire, territoire où se perçoit la dîme. — (3) De là, de cela. — 
(4) De là, c'est pourquoi (de : unde). — (5) Poursuivi. 



— 104 — 

preu de aquella... protestant aximatexs de tots dans, messions e 
intérêts fets e fasedors sostenguts e sostenidors per occasio de les 
causes damont dites. » 

Le notaire fait la notification requise, et il insère à la suite la 
réponse suivante, qu'il reçoit, aussi par écrit. 

« Diu e respon la dita Guillerma hesta en ver que ela ha venu- 
des les dites vinyes... per fiu i franch alou, sens neguna servitut 
he carregament de cens ni de forischapi : He com los dits J. 
Garau 121 he Tatzo Vicens aien de fet, per lur volentat he propri 
motiu, censse neguna requesta d'aqui fêta, ni apelada la dita Guil- 
lerma, laquai causa segons forma de dret fer se dévia, carregades 
he sotsjugades ha servitut les dites vinyes, qui eren francs fius 
alous... sens negun strep 3 ni scriptura d'aqui fêta segons forma 
de dret, per simple paraule del dit hon en Pe Vidal afermantse 
Procurador Real, la dita Guillerma no y pot als (41, cor (5i cas- 
cun pot fer a ssa gisa, ho sotsjugar so del seu, he de franch alou 
fer servitut : Per que, si han per lur ignorancia he altra calsevoll 
rao regonegudes en los capbreus del Senyor Rey les dites vinyes 
qui eren fiu franchs alous per la masada d'en Vidall Calasills, 
laquai causa nultemps no fo trobat sots carregament he servitut 
del dit cens, paguen : So cor lur ignorancia he negligencia ad ells 
se imputa, he non ad altre, ni per conséquent daqui avant la dita 
Guillerma no deu esser ni es tenguda de neguna eviccio ni de 
menar lur questio. cor fora es del mig, per so cor 6 abans han 
regonegut los dits vuyt diners de cens, que no han intimât ni pro- 
testât a la dita donà Guillerma quels defeses del dit cens he se 
opposas a la dita questio a ells moguda sobre les dites vinyes per 
lo Procurador Riall. 

Laquai resposta requer ladita Guillerma que sia mesa he incer- 
tada en la carta de la dita protestatio, per vos notari. » 

(Suit la clôture de l'acte, en latin : Acta fuerunt hœc, etc.i 

(1; Fief ? — (1) Autre acquéreur dans le même cas. — (3) Formalité judiciaire (strepitus). 
— ■ (4) Autre chose, rien. — (5) Car. — (6) Parce que. 



b o£ cQooâoco ocDOQo oâiaâ uxccô oôo 



La langue catalane populaire 

en Roussillon 

CçD SUITE 

4 En Capcir 

Pour bien faire comprendre à nos lecteurs la prononciation 
capcinoise nous avons dû adopter une orthographe particulière. 

C'est ainsi, par exemple, que nous écrivons eu pour u dans 
certains mots comme eun, habiteual, digueus, etc. 11 ne faut pas 
confondre, en effet, cet u capcinois, qui se prononce comme eu 
français, avec le u catalan qui se prononce comme u allemand. 

Nous écrivons de même iu pour jo, uc pour si, etc. Quand 
les sont sourds nous les représentons par le son u catalan. 
Enfin nous écrivons les finales en as quand cela est nécessaire. 

a) Criées publiques 

LES ANGLES. — ^Crieur public : M. Buscail Pierre). 

3 Janvier i cfoy. — Dimengi à deu huras de mati raeuniû gene- 
rala â la mairie de tuts lus membres de la sucietat. 

26 Tévrier J^oj. — Aleussieu le maire vus fa avertir que'l par- 
ceptu sera â la mairie dijous de nou huras de mati â unze huras 
per crubar las tallas e lus rôles. 

25 Aoiit i^oj. — Qui vulgui crumpar rims, figas, tumatas e 
anciam anèu â la plaça que hi ha'l marxant. 

ij Octobre t^oj. — Demà '1 mati â set huras que tuthom se 
trapi â la mairie per penre lu billet de la Cupa del Sanascal. 

7 JMovetnbre '^oy. — Qui hagi trubat eunas ascadenas que'lshe 
turni al Ribellat que'ls hi dara calcom de trobas. 

8 Septembre i<)0-]. — La jeunesse que vol fer partida de la 
meusica de Sant Miquel que se trapi â nit al café del Mariât. 

(Communiqué par M. Taja, instituteur aux Angles). 



— 2o6 

MATEMALE. — (Crieur public : M. X...) 

i6 Décembre i^oy. — Qui vulgui crumpar vi que vagin de 
seguit â la plaça, que'l marxant se'n vol anar. Abaratarâ(i) ambe 
trufas e cibada. 

— Demâ el preceptu sera aqui de nôu huras e mitja â unze 
per crubar las tallas e els rolles. 

— Tuts lus qu'han pas feyt las jurnadas de prestaciu se tenen 
de trubar demâ à set huras al pont de la Alulina ambe l'axada (2) 
e la pala, per (3) l'ordre del Maire. 

— Qualsevulgui que hagi trubat eunas ascadenas del pont de la 
Mulina à la Plaça que'ls he turnin al Lluis que'ls hi dunarâ cal- 
com de trobas. 

— Demâ el capellâ sera al Castell que benehirâ lu besriâ que 
s'engegarâ (4) â la muntanya. 

(Communiqué par M. Tolza, instituteur à Matemale). 

b) Conversation d'enfants 

LES ANGLES, 7 décembre 1907. — A la sortie de l'école, 
deux enfants, deux frères, s'amusent devant la porte de la maison 
de leurs parents : 

— Quan de cascarinas tenes, Asidru (5i ? 

— Teni (6) dutse cascarinas e très cristallas. 

— Veyam, juguèm. Tira per qui va primer. 

— Sun primer e tu ets darrer. Plaça-te, Jaume. 

— Aqui. 

— Ay !... te sun anat ben aprop. 

— Quin cluse que te vull sacutre 7 . 

— Mancat ! es â iu 8 . Ets mort. 

— Vull la ravenja : uo ! 9 . Plaça-te. 

— Aqui. Si me manques, iu te mancaré pas. 

(i) ]) échangera. — (i) Hoyau. — (3) Pr. : pa. — (4) engegar signifie délier, détacher, 
lancer, pousser. Ici il faut entendre : le bétail qui sera conduit, dirigé vers la montagne. 

(5) Asidru pour Isidro. — (6) Teni, pour tinch, est un mot languedocien. — (7) Sacùtre 
signifie donner. — (8) Cette corruption de jo est due au voisinage du Languedoc. — (9) En 
Capcir, on dit uo pour dire oui. 



— 207 — 

— Croc ! Hi ets î Turnemhi. 

— Sentes pas la mamâ que'ns he crida ? 
Cuyta, currim ! Ens hi farem amprès. 
(Communiqué par M. Taja, instituteur aux Angles). 

c) Sermon 

LES ANGLES. — Extrait d'un sermon de M. l'abbé Sou- 
bielle. 

Lu sembrayre que sali per sembrar lu siu grâ es Jéseus-Christ. 
Mes d'ahunt es sallit, diu Sant Juan Chrysostôme, aquell que es 
présent pertut e que rempleix tut ? Quan s'es aprupat de nusautris 
per la siba incarnaciu hu ha pas feyt, diu aquell payre, en passant 
d'eun endret â eun autre, mes en se fent home y en se randent 
visible â nusautris. 

Cun lus nostres pecats nus empatxaben d'anara Diu es vengueut 
ell mateix. Es vengueut, nu pas per perdre la terra qu'era cuberta 
de runces y d'espinas ; ni per peunir lus llaurayres que las habian 
dixadas creixer en négligent de la queultivar ; mes es vengueut per 
la llaurar ell mateix, per la rendre fertila e per hi sembrar la siba 
paraula cuma euna semença de virteut e de pietat... 

(Communiqué par M. l'abbé Soubielle, curé des Angles). 

Conte capcinois 

Eun (1) cop hi havia eun home que venia de la llénya. Vetaqui 
que, en sallén del bosc, trapec (2) eun astrangé que cercava cario- 
les (3) ; e quell meussieu (4) l'aspiec (5; cun si may nu havia vist 
digueus (6). 

Lu pobre traballadu se revirec (7) alsuras (8) cap al siu gujat (9) 
que ténia lu pal de la mecanica e li diguec (10) : « Vesesis (11) 
aquell que se passéja, tandis que nusautris ens he cal fer de bunas 
farts de traballar ? Creguis pas que sigui hurus ; te penses billéu(i2) 
qu'es sensé cap d'ernye ii3 . Qui hu sab ? En tut cas li brataria 
pas las mibas terras pals sibis sôus. M'empatxerien pas de m'aneu- 
jar (14) e me farien mûrir deu anys mes aviat. lu que sun habi- 
teuat al traball de la terra sâurii pas que devenir si tenii pas res 

(i) Pr. un comme en français. — (i) ]1 trouva. — (3) Mousserons. — (4) Pr. comme 
momieur en français. — (5) Le regarda. — (6) Personne. — (7) Se retourna. — (8) Alors. — 
(9) Fils. ■ — Cio) Lui dit. — (111 Vois-tu. — (la) Peut-être. — (i3) Aucun souci. — (14) 
M'ennuyer. 



— 2C8 — 

à fer. Miqui perquc te cunselli pas de quitar la terra ; state i ', 
al cuntrari à Ilaurar lus camps que te dixaré : aqui seulament seras 
hurus e cuntent cun pardal !... » 

Sun pensât forcis cops en aquellas paraulas sallidas de la buca 
d'eun home que sap pas de lletra e veni a cunpenre que te rasu z . 
Suvinv val millu s'astar à siba casa qu'anar curre cl mun. 

Communiqué par M. l'abbé Pcsqué. chancelier de l'Evèche 
de Perpignan . 

Comme on vient de le voir par ces documents, le catalan du 
Capcir est très curieux. M. Sarrohiandv. professeur au lycce de 
Versailles, très connu dans les milieux catalanistes, en a fait, sur 
place, une étude approfondie qu'il a promis de publier dans la 
7{evue Calalanc. Nos lecteurs auront probablement bientôt le 
plaisir de lire ici même cette étude. 

5 En Cerdagne 

a) Criées publiques 
LATOUR-DE-CAROL. — Crieur public : M. Fo dit Gil . 

yeiUe de Pâques. — Avis al public ; Pcr ordre del senyor 
Maire, per Pasques, los carrers que siguin ben nets, y cada festa 
es defés de tirar aygues brutes per les Hnestres. Qui no s tindra 
pas amb aqueix ordre, el guarda-terra passara v els hi fara un 
procès-verbal. 

Pertes. — Avis al public : Qui hagi trobat un porta moneda 
amb deu pessetes, de la rota fins a la plassa que 1 portin à meva 
casa que li daran calcom de trobes. 

— Qui hagi trobat una clau que me la portin que li daran cal- 
com de trobes. 

Arrivée d'un marchand de primeurs. — Avis al public : Qui vulgui 
comprar rahims. figues, cireres y tota classa de fruyta que vagins 
â la plassa que hi trobaran lo marxant. 

— Avis al public : Qui vulgui comprar ails, scbes, cols, carotes, 
tomates, pebrots y de tota classa d'hortaliça que vagins â la plassa 
que hi ha '1 marxant. 

^i) Reste.— (î) Raison. 



2 09 

Touîe% lei %emaine%. — Avis al public : Qui vulgui comprar 
bacaJlâ \), savé, petrol, oli, sucre, que vagins à la remisa de cî> '1 
Pelegri que hi ha 1 marxant. 

— Avis al public : Qui vulgui comprar cantis, plats, topins, 
escudelles, de totes classes de terrissa ô baratar 2 amb pellots y 
pells de llapins, a la plassa trobareu lo marxant. 

y^rrrvee c/'un acrohale ou d'arU%les de passage. — Avis a) public : 
■à nit, a vuyt hores <ie nit, â la sala del baix de ca '1 Damia hi ha 
comedî, joc de mans y l'entrada : très sous los grosses y dos 
sôus los petits- 
Communiqué par Puig, instituteur a Latour-de-Carol . 

SAILLAGOUSE. — Les criées publiques sont faites par un 
gamin d'une douzaine d'années et n'ont aucun cachet local : * Hor- 
taliça à la plassa, peix à la plassa *. C'est tout. 

'Communiqué par M. Badie, instituteur a Saillagouse . 

h/ Ccnrver salions d'enfanh 

LATOUR-DE-CAROL 4 décembre 1907- — Dans la cour 

de l'école des garçons : 

— Qui vol jogar ? 

— Jo î jo ! jo I 

— An a que jogarem ? 

— A salta-moltô 3 , si vols. 

— Fem la pedra î 

— Tu pares. 

— No, no, no, no î 

— Si î pela ! pela î pela ! 

— No î te die. No î Ho dire al mestre 1 
- Quem p>ot fer, si tu pares î 

L un des joueurs voyant arriver un camarade qui était absent 
en classe la veille : 

f Ole! 0;e: Que taJ ? 

(<y Mont. Em BiiimiMnw o* dk pdiama — 2 "Baratar *tfffiiiSic iAamfpt. — (9j) ff—i 



210 

— Bé, bé. 

— Perqué no vas venir ahir â estudi (i) ? 

— Estabi constipât '2). Que vareu fer â estudi? 

— Varen posar l'estufa i3) â les onze. 

5 Décembre 1907. — 11 neige. 

— Noys ! com neva 1 

— Sera un nevas ! 

— Ja ho deya el pare â la vetllada : los galls canten, tendrem 
neu. 

— Los nens de la montanya vendran pas â estudi. 

— Ja t 'ho pots pensar... 

— Ques quedin en cami com l'altre any 1 

Conversation entendue dans la salle de bal de Latour-de-Carol 
(entre un jeune homme et une demoiselle) : 

— Que tal Francisqueta ! Com ho passes ? 

— Bé, bé ! répond celle-ci avec froideur. 

— Sembla que siguem renyits ? 

— Si t 'ho sembla ho deu ser. 

— Quem fas ballar la pôlka? 

— No. Som compromesa (4). 

— El Chôtis ? (5) 

— No pot ser. Balli am folanu 6). 

— Vaja ! Que t'apreti 7 , de no volguer ballar am mi? 

— Ja ho saps ! y no es menester d'hi tornar. 

Un autre cavalier enlace la Francisqueta pendant que Don 
Joan mâchonne rageusement son cigare espagnol et roule des 
yeux féroces. 

(Communiqué par M. Puig, instituteur à Latour-de-Carol). 
(M suivre) Louis Pastre. 

(1) Pr. : â studi. — (2) Enrhumé, courbaturé. — (3) Le poêle. — (4) Engagée. — (S) 
Schotisch. — (6) Un autre. — (y) Jlprelar, serrer. 



Quelques poésies populaires 
catalanes à Alghero 

Tout le monde voit combien il est intéressant, à plusieurs points 
de vue, de recueillir toute manifestation de l'âme populaire, 
qu'elle soit exprimée sous forme de chansons ou de proverbes, 
ou qu'il s'agisse de coutumes, de jeux, etc. 

Cela a été très bien compris par les savants des nations les plus 
avancées, lesquels, dans des publications particulières ou périodi- 
ques, recueillirent, illustrèrent, confrontèrent tout ce qui est 
patrimoine du peuple. 

11 serait inutile de mentionner aux lecteurs de la T^evue les 
travaux déjà classiques de Pelay Briz, de Milâ y Fontanals, de 
D. Francisco de S. Maspons y Labrôs, qui explorèrent soigneu- 
sement et savamment le champ de la littérature populaire catalane ; 
j'aime seulement à citer ces noms insignes pour justifier en quelque 
manière ma prétention de soustraire un peu d'espace aux travaux, 
toujours importants, qui se publient dans notre T^evue. 

Mon intention est de présenter ici un petit recueil de poésies 
populaires d'Alghero, que je dois à la courtoisie de mon ami 
M.. Jean Palomba, qui les recueillit chez quelques hommes du 
peuple de sa ville natale. 

Alghero, comme l'on sait, est une oasis catalane dans l'île de 
Sardaigne. M. Eduart Toda, dans un livre qu'il consacra tout 
entier à cette ville, a parlé d'elle avec son habituelle érudition (i). 

Dans cet ouvrage, l'auteur, avant de donner un résumé de l'his- 
toire d'Alghero depuis ses origines jusqu'à nos jours, consacra un 
chapitre aux usages, à la langue du peuple alguerais, en repro- 
duisant aussi quelques morceaux choisis des compositions popu- 
laires. 

Toutefois, comme il ne put pas, pressé par d'autres occupations, 

(i) Un poble catalâ de Italia « L'Alguer », Barcelona 1888. 



212 — 

mener des recherches longues et minutieuses, son recueil de 
chants populaires n'est pas trop riche, et je crois que mon inten- 
tion d'augmenter ledit recueil sera agréable aux lecteurs de la 
7{evue Catalane. 

En outre, la poésie populaire algueraise a une importance qui 
dépasse les limites du folk-lore exclusivement catalan. 11 se ren- 
contre, en effet, à Alghero, à cause des conditions tout à fait 
particulières de race et de situation de la ville, trois courants 
divers : le catalano-castillan, le sarde et l'italien commun ; par 
conséquent la matière algueraise est très précieuse pour les études 
comparées. 

La première composition de notre recueil est la seule dont j'aie 
pu connaître le nom de l'auteur, et elle est due à un paysan illettré 
Murgia Gaetano. Elle a été écrite pour la perte d'un chat (gatoiî) 
et est une véritable plainte mêlée d'imprécations. L'auteur, comme 
l'on peut voir par le développement de ses idées et aussi par 
l'exactitude métrique de la composition, possède une remarquable 
disposition à la poésie. 

1. LU GATORl (i) 

Qui s'ha robat lu meu gatori 
Lu trobin al carrer estirrigat. 
Lu canâu 11 si posi lu boci 
D'aquellos que lu tenen amagat. 

Ma sogra me l'havia régalât 

P'estar en pau finsament a mori (r) (i) 

Lu trobin al carrer estirrigat 

Qui s'ha robat lu meu gatori. 

Qui s'ha robat lu meu animal 
No pugui tendre repos en Hoc 
A pitancias vus fassin com la cal (3) 
Pc mes troment vus gitin al foc. 

Tôt aixo que vus die jo es poc 
Ama (4) bé lu pogueu resenti (r) 
Lu trobin al carrer estirrigat 
Qui s'ha robat lu meu gatori. 

()) Dans l'incertitude actuelle ele la graphie catalane, je suis le système le plus commun dans 
les oeuvres modernes. 

(î) r final est muet en ce cas et dans les autres ou on le trouvera entre parenthèses. 
(3) Cat. carn. — (4) Cat. ab. 



— 2l3 — 

Qui s'harobat lu gatori meu 
Que vagi pe lus litos gitant veu ; 
Sigui canongie, sigui capellâ 
Lu gatori meu lu pugui escanâ. 

La seconde poésie que nous oflFrons à nos lecteurs, et dont, 
comme pour toutes celles qui suivent, je n'ai pas réussi à savoir 
les noms d'auteurs, n'est pas aussi régulière au point de vue du 
schème métrique. Aussi bien que dans la plupart de la lyrique 
populaire de chaque nation le sujet est amoureux, mais nous 
n'avons pas ici, à mon avis, un travail tout à fait populaire. Il 
s'agit probablement d'une amplification littéraire sur une primitive 
chaîne populaire. La même chose se retrouve dans plusieurs chants 
qui courent parmi le peuple. Nous verrons aussi que d'autres poé- 
sies de notre petit recueil offrent les mêmes caractères et cela ne 
doit pas nous étonner : même à Alghero il doit être arrivé ce qui 
arriva dans le reste de la Sardaigne et ailleurs où, selon M. D'An- 
cona « sonosi tra loro confuse la poesia popolare e la poesia dia- 
lettale e il volgo ha fatto sua gloria délie rime vernacole dei dotti 
poeti » (ij. 

11 

Una rosa hé vist l'altro maiti 
Tota de llet y sanc pintirinada ; 
Si no arribessi a me la colli (r) 
Presto (2) la vida mia fora acabada. 

Ni n'hé vist ni ne veuré (3) 

Que giressi lu mond deu mil voltes ; 

A una capelia la voria pintâ (r) 

Pé la véra (4) almanco un'altra volta. 

Es morta la sua companyona, 
Lu sol ama la lluna raios i dona, 
y dona raios pé l'encoronâ (rj 
Adios regalate finsa demi (5). 

(i) La poesia popolare italiana. Livorno, Giusti, 1906, page 365. 
(1) Italianisme. Cat. lego. 

(3) Ici il n'y a pas de rime. Ce mot a, peut-être, remplacé une autre forme qui, originaire- 
ment, rimait avec pintd. 

(4) Veure. Forme très usitée à Alghero. 

(5) Cette strophe, comme le montre surtout le dernier vers, doit avoir appartenu à la poésie 
que nous publions au numéro Vil. 



— 214 — 

Y pe t'encoronar ja te dona Humera 

Que SCS mes bella de la Pasqua de Nadal ; (i) 
Quant ixis al carrer, tu palmavera, 
Ne restan encantats finsa Is pardals. 

Y de veure una cosa tanta bella 
Ne restan encantadas les estrelles. 

La troisième, quoiqu'il lui manque au moins un vers, est suffi- 
samment bien conservée. 

Parmi les vieux d'Alghero, quelqu'un peut-être se souviendra 
d'elle parfaitement, mais la femme qui la récita à M. Palomba ne 
réussit pas à la réciter entièrement. 

Son caractère est plus populaire que celui des autres composi- 
tions, pour son allure générale et pour sa forme métrique. 

111 

Comare, mia comare, 
De l'afcto meu in prova 
Venc a vus dar una nova, 
La mes bella y la mes bona 
Particolar a la fadrina : 
Sabeu que la mia Rosina 
Ha trobat un bell marit. 
Gracies, bell y pulit 
Que no hi es lo companyô. 
No es vell y ni minyô 
Qu'es jove de prime oel ; 
L'assimitx a San Rafel 
Qu'es pintat a la Mercet (2). 
Camina mes presto ret 
Ama bella compostura. 
Blanc jâ es de natura 
Assimija al Bambi 



(i) Ici il s'agit de la Noël, mais cela me fait souvenir du J{i$pello marchigiano cité par 
M. D'Ancona, op. cit. p. 243 : 

La Demeneca puo' quanne te veste, 
Ecche la Pasqua chen tutte li feste; 
La Demeneca puo' quanne tadorne, 
Ecche la Pasqua chen tutte li fronne. 
(1) Une des églises d'Alghero. 



— 2)5 — 

Lu que porta Sant'Antoni. 
Lu cap com un' angioni 
Lus cabells arrufurats 
Y jâ vôran pentinats 
Ama pintes de or. 
— Deh ! comare ]o tenc por 
Sol que l'aria l'estropigui 
Presto Rosina s'estigui 
Viuda sensa sogecio ; 
Que jove de primé pel 
No es vell y ni minyô. 

Cette seconde partie, à partir du i3' vers jusqu'à la fin, qui 
paraît être la réponse de la seconde comare, doit être incomplète. 
Cependant je n'ai pas pu en avoir une rédaction plus longue, 
quoique M. Palomba, sur ma prière, ait obtenu une seconde réci- 
tation de sa vieille compatriote. 

La composition suivante est un dialogue entre le galant et 
l'amoureuse, genre très commun dans la lyrique populaire. 

Nous en avons deux versions : l'une plus régulière mais plus 
courte est publiée par M. Toda (i), l'autre, moins parfaite, est, 
cependant, plus longue. 

Afin que les lecteurs puissent en faire la comparaison nous 
reproduirons ici les deux versions. 

Voici le texte de M. Toda : 

— Ay lo meu cor 

de) babu y de la marna jo tinch p6r. 

— No tingas por coloma, 

que so lleuger y porto alas de ploma 

— Vina a hora feriada 

que no nos vegi llengua mal parlada. 

— A l'hora que vindré 

ja trobaré adormit tôt lo carré. 

Ecco ora quella délia nostra raccolta : 

— Oy lu meu cor ! 

Del babu y de la marna jo tenc por. 

— No tenguis por coloma, 

Que ses lleugera y tens alas de ploma. 

(i) Op. cit., page 33. 



2 1 6 

No tenguis por coloma. 

Que so a la tua porta musicant. 

Tants abrucius de poma 

A l'apusento t'estas aixecant 

Si vols a te Is ensiri 

No avisis a ningii sol que a mi. 

— A tu avisaré 

Que ses capâs y me Is ensiris bé. 

A hora feriada 

Que no s'abigi (i ) calqui llengua mala. 

Même l'hymne suivant est d'un caractère certainement popu- 
laire, et il fut probablement composé pour célébrer la Vierge 
qui, sous le nom de Madona de Vaivelf, est vénérée, dans une 
petite église à six kilomètres de la ville, au milieu d'une vallée 
solitaire et verdoyante. 

C'est une composition peu régulière au point de vue de la 
métrique et de la syntaxe. 

V. LA REYNA UNIVERSAL 

En lu cel y en la terra 
Seu la dilicada gloria, 
Seu sempre la vitoria 
Contra les batalles giierra ," ( i ) 
La tua virtut en la terra 
Forsa de candida armada, 
La Reyna universal 
Ses Maria ]macolada. 

Seu del fiero serpent 

Lu Rey lu cap li ha esquixat, 

Lu bon Deu t ha colocat 

En un trono eminent ; 

Ses del sol mes resplendent. 

De lus angiols sublimada, 

La Reyna universal 

Ses Maria Imacolada. 

(i) Sardisme correspondant au cat, adonarse. Voir à ce propos le volume des Actes du 
Congrès de Barcelona, p. 177. 

(1) Variante : Contra l'usbelt guerra. 



— 217 — 

Tu concepida ses plena 

De gracies y de virtut ; 

De la divina salut 

Sola com un 'eroina 

Sensa culpa y sensa pena 

Esënta de la cadena 

Del Vaidé la fabricada (i) 

La Reyna universal 

Ses Maria Imacolada (2), 

Seu del Pare Criador 
La criatura seu mes rara, 
Sempre vergine (3 ) y la mare 
Seu del Fill Redemptor : 
De l'Espirit Sant la cara 
Esposa bella y sagrada, 
La Reyna Universal, 
Ses Maria Imacolada. 

En parfaite antithèse avec la précédente est la poésie suivante. 
En effet, tandis que dans la première on célèbre pieuseusement 
les gloires de la Vierge, dans celle qui suit il y a beaucoup d'al- 
lusions obscènes quoique cachées sous de fausses apparences. 

On peut dire donc que dans ce petit recueil de poésies sont 
représentés tous les genres de lyrique populaire ou semi-populaire. 
J'ai dit semi-populaire, parce qu'il me semble que, même ici, 
nous nous trouvons en présence d'un autre cas de production 
littéraire qui est ensuite devenue domaine du peuple. 

11 est facile, en effet, de voir les vestiges d'élaboration savante, 
même à travers les incorrections dues au remaniement auquel a 
été exposé notre poésie dans son passage de bouche en bouche. 

VI. AL GlARDl NOU 

Al giardi nou han pintat les estrelles 
Pe quant voran fer festes y alegries ; 
Tôt es enguiriat de roses belles 

(1) Vaidé, abréviation de Vaivelt-Valvert. 

(2) Cette strophe contient un vers de plus que les autres, et elle n'offre pas une parfai 
régularité de rime entre les vers 1 et JV«. 

(3) Italianisme ; cat. verge 



2l8 — 

y violetes de cada genia. 
Aixi les fades y acurrin arreu 
Un giardi de espasso i de recreo ; 
Aixi les fades y acurrin a vols 
Gantant en pari ama lus rossinyols. 
Sirena colorida y desitjosa, 
Que abita en aqueix giardi, 
Si fossim sols ama la giardinera 
Mus mangirariem tota la sirera. 
Qui entra en aqueix giardi. 
Ne fa la gana 

Lu sol hi balla com la Palmavera 
A mitj e mit] hi ha una fontana ; 
Salta d'aquellos abres de sirera 
Que hi ha una pastera a mitj a mitj. 
Algua bona beguda en desitj 
Algua bona passada en canal 
Salta d'aquelles venes cristallines 
En-alli fânen musicas lus pardals 
Hont se hi apentan dames y reynes. 
Jo seré l'anima de totes les fadrines 
Com una badessa al monasti ; 
Jo seré lu gall y elles les gallines 
Que totes estarien ama mi. 
Un giardi aixi ben assegurat 
Am parets de or es ben tancat. 

La chanson intitulée : Adios regdlate est très importante à plu- 
sieurs points du vue. On doit certainement y voir la main d'un 
poète savant, soit pour la régularité des rimes et des vers — (ceux 
qui ne sont pas précisément correspondants au schème, auront 
été, comme il arrive souvent, endommagés par le peuple; — soit 
pour l'artifice qu'on y rencontre. 

En effet, dans le cinquième vers de chaque strophe on trouve 
la rime à la moitié du vers et chaque strophe commence en répé- 
tant tout entier ou en partie l 'avant-dernier vers du couplet 
précédent. De tout cela résulte une espèce de chanson conti- 
nuée, qui est une forme de lyrique tout à fait littéraire. Un 
autre témoignage qui appuie notre conviction à propos de l'origine 
littéraire de cette poésie est fourni par la longueur de la com- 
position. 

[A suivre) 



Un précis de Grammaire Catalane 
à Tusage des Roussillonnais 

Nous apprenons que M. Py-OIiver, libraire à Perpignan, et 
membre de la Société d'Etudes Catalanes, se propose de publier 
par souscription un « Précis de Grammaire Catalane à l'usage des 
Roussillonnais ». 

Nous ne saurions trop applaudir à cette heureuse initiative. 

Tous ceux qui regrettent, et avec raison, de ne plus trouver la 
petite grammaire de Puiggari dans le commerce, seront enchantés 
de pouvoir, enfin, se procurer celle de M. Py-OIiver. 

Les jeunes gens (filles et garçons qui suivent nos concours 
mensuels seront également heureux d'avoir un guide sûr, qui jus- 
qu'ici leur avait manqué. 

La T^evue Catalane regrettera de n'avoir pas été l'éditeur de ce 
petit ouvrage ; mais sans jalousie aucune, elle sera heureuse de 
contribuer à sa diffusion. 

Elle se met, dès maintenant, à la disposition de ses lecteurs 
qui voudront y souscrire i . Leur inscription en grand nombre 
sera un précieux encouragement pour son auteur : un anonyme, 
aussi membre de notre société, qui est un de nos plus fervents 
catalanistes. E. Vergés de Ricaudy. 

(i) ? e prix de cet ouvrage est de i franc. 



Société internationale 
de Dialectologie romane 

Nous signalons à nos confrères la Société internationale de 
Dialectologie romane qui se propose d'assurer aux patois des pays 
romans la place importante qu'ils doivent occuper dans les recher- 
ches de linguistique. 

S'adresser à M. Schaedel, membre de la Société d'Etudes cata- 
lanes, professeur à l'Université de Halle, 43, Richard Wagners- 
trasse (Allemagne). 






Botanique catalane 

'Noms catalans de plantes usités dans la région 

*^ ù^ *|o (Suite) 

CUCURULLES DE LA MARE DE DEU. — Dactyle glo- 
merata. L. Dactyle aggloméré. 

Panicule à épillets en forme de petits bonnets. Fourrage 
médiocre. 

CUCUT. — Antirrhinum latifolium. DC. Muflier à larges 
feuilles. 

Nuisible. Ce nom est aussi donné à la primevère. 

DENT DE LLEO. — Tafaxacum officinale. Web. Pissenlit 
officinal. 

Les feuiles dentelées aiguës, mangées en salade, sont diuréti- 
ques et dépuratives. 

DIDALERA. — Digitalis lutea. L. Digitale jaune. 

Vénéneuse ; les fleurs ont l'apparence de dés à coudre. Feuilles 
régularisant la fonction du cœur. 

DOLCETA. — V alerianella olitoria. Poil. Mâche potagère. 

Les feuilles donnent une salade douce et rafraîchissante. 

DONZELL. — Artemisia Ahsinthium . — L. Armoise absinthe. 

Entre dans la composition de l'apéritif : l'absinthe. Feuilles ver- 
mifuges et fébrifuges,. 

EBOL. • — Sambucus Ebulus. L. Sureau Yèble. 

Toutes les parties de l'arbuste sont purgatives, diurétiques et 
sudorifiques. 

FABA. — Vicia Taba. L. Fève cultivée. 

Potagère. Grains nourrissants mais un peu indigestes. 

FAI G. — Tagus silvatica. L. Hêtre des bois. 

Ecorce fébrifuge. Fruits goûtés de la volaille. Bon bois de 
menuiserie. 

FAJOL. — Voir Blat nègre. Sarrasin. 

FALGUERA. — PolysHchum Pilix-mas. Roth. Polystic Fougère- 
mâle. 

Racine employée contre les vers et le tœnia. Non général des 
fougères. 



221 

FANALETS. — Voir Corretjoles. Liseron des haies. 
Les fleurs sont suspendues à la tige comme des fanaux servant 
à l'éclairage. 

FARIGOLA. — Thymus vulgaris. L. Thym commun. 
Odorante, excitante et apéritive ; elle éloigne les mites des 
étoffes. 

FARRATGE. — Trifolium incarnalum. L. Trèfle incarnat ou 
du Roussillon. 

Originaire du département. Bon fourrage à consommer vert et 
sur place. 

FENOLL. — Anethum fœniculum. L. Aneth Fenouil. 
Stimulante ; augmente la production du lait ; calme les coliques 
venteuses. 

FENOLL DE BOU. — Conium maculatum. L. Ciguë tachetée. 
Très vénéneuse. Les sommités vertes, écrasées en cataplasmes, 
chassent le lait. 

FIGUERA. — 'Ficus Carica. L, Figuier commun. 
Fruits savoureux et nutritifs. Sucre laiteux employé contre les 
cors et les verrues. 

FIGUERA D'INDIA.— Cactus Opuntia. L. Cactus ou cierge 
raquette. 

Fruits ressemblant à des figues ; les débarrasser de leurs poils 
irritants. 

FORQUETES. — Géranium T^obertianum. L. Géranium de 
Robert. 

Fruits pointus comme les dents d'une fourchette. Feuilles gué- 
rissant les coupures. 

FREXE. — Traxinus excelsior. L. Frêne élevé. 
Sève laxative ; écorce fébrifuge, feuilles purgatives et estimées 
du bétail. 

FUMOSTERRA. — Tumaria officinalis. L. Fumeterre officinal. 
A détruire dans les champs. Employée contre la jaunisse, la 
gale, les dartres. 

GAHONS. — Ononis procurrens. "Wallr. Ononis Arrête-bœuf. 
Racine pour la gravelle. Nuisible dans les prés où elle blesse 
les animaux. 

GARRONADA. — Calendula arvensis L. Souci des champs. 
Emblème de l'infidélité. Fleurs sudorifiques et emménagogues. 



GARULLA. — Quercus coccifera. L. Chêne au Kermès. 

Feuilles ayant des galles rouges produites par un insecte. 

GENSANA. — Gentiana lutea. L. Gentiane jaune. 

Racine apéritive, tonique, fortifiante ; c'est le quinquina des 
pauvres. 

GERSERA. — J^ubus Jdœus. L. Ronce framboisier. 

Fruits nutritifs et laxatifs ; feuilles employées en gargarismes. 

GINEBRE.^ — - Juniperus communis. L. Genévrier commun. 

Baies aromatiques, digestives et diurétiques. Bois dur. 

GINESTA. — Sarothamnus scoparius. Koch. Genêt à balai. 

Feuilles diurétiques ; graines purgatives. Nourriture d'hiver 
pour le bétail. 

GINESTROLA. — Cantharelluscibarius.¥x. Chanterelle comes- 
tible. 

Champignon comestible. Se trouve dans les lieux couverts de 
genêts, les bois. 

(A suivre.) L. Conill. 



Jeux |1 oraux de Cerdagne 

La ville de Puigcerdâ organise pour le i5 août prochain une 
fête littéraire à laquelle sont conviés les écrivains catalans roussil- 
lonais et languedociens. 

Dans la liste des prix à accorder nous remarquons : 

j° un volume richement illustré offert par notre confrère 
Monseigneur de Carsalade, évèque ds Perpignan, au meilleur 
travail sur « les coutumes et traditions religieuses de la Cerda- 
gne. » 

2° une collection de livres sur la Cerdagne et le Roussillon 
offert par notre confrère M. Emmanuel Brousse, député des 
Pyrénées-Orientales, au meilleur chant sur « la Fraternité des 
peuples » 

Nous avons également le plaisir de constater qu'une place a 
été réservée parmi les membres du jury à notre confrère 
M. Tresserre, mainteneur des Jeux floraux de Toulouse. 



tù'tùoù'tùoMÙoMÙ^L^ùjù^ 



LIVRES ^ REVUES 

La J{evue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire, ^sv^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 

Papellones. 

M. J. Plana y Dorca, le poète catalan bien connu, nous envoie ses 
« Papellones », recueil de sonnets originaux « sonets que ho semblen y so- 
nets que no ho szmblen. » 

L'un de ces jolis sonnets intitulé Simils est dédié à notre ami M. Calmette, 
professeur à l'Université de Dijon. Le voici : 

Sota un roure poderôs, 
Brolla, pura, una fontana, 
Dins la verda filigrana 
De l'herbey, tendre y xamôs. 

Un aucell, ben joguinôs, 
Se rabeja en l'aygua sana. 
Que reflecta, sobirana, 
L'esbeltesa del seu cos. 

Es, el roura, la Natura 
Que 'ns cobeja ab son halè ; 

Corn la font, que raja pura, 
Es de l'anima 1 sabè ; 

Y l'aucell, la criatura 
Que s'ajusta â son volé. 

Papellones est en vente chez M. Fidel Girô, carrer de Valencia, 2 33, à 
Barcelona. 

Recort dels Jochs florals de Barcelona. 

A l'occasion du cinquantenaire des Jeux floraux de Barcelone, l'enthou- 
siaste docteur Benêt R. Barrios a fait éditer un album de cartes postales 
des plus artistiques. En voici les sujets : 

Autographe du félibre Roumieux, composition de Padrô. — Les sept 
fondateurs du félibrige. — Groupe de félibres, à Font-Segugne. — Escol- 
tant calendau. — Portrait de Mistral. — La Coupo Santo. — Groupe de 
félibres à Montserrat (1868). — Portraits de Verdaguer ( i 865- 1901 j. — 
Groupe de félibres à Mallorca (1887). — Groupe de félibres dans le cloître 
d'Elne (i883). — Mossen Verdaguer (1877). — Groupe de catalanistes 
(i883). — Groupe de Valencians du Rat-Penat (1 907). — Cort d'amor 



224 

de Cl^'mence Isaure. — En Milâ y Fontanals. — En Joan Fastenrath. — 
Medalla dels Jochs florals de Barcelona. — Medalla dels Jochs florals de 
Tolosa. — Insignes du félibrige. — Segells dels Jochs florals. — Segells 
dels cinquantenaris. 

La couverture de l'album porte cette inscription : 

Si t plauen aquestes fulles, guarda-les. 
Si no, escampa-les ; mes no les llencis, 
Son de l'arbre de la Patria. 

(En vente, à 2 fr. 5o — Edition de luxe, 4 fr. 5o^. 

Guilhem de Toloza d'Antonin Perbosc 
Ce poème historique, en langue d'oc, a obtenu le prix Pujol (i5oo fr.) 
aux Jeux floraux de Toulouse ; ce nous est une nouvelle occasion d'adresser 
à l'auteur les félicitations de ses amis les catalanistes du Roussillon. 

La Tcrro d*Oc. 

Nous lisons dans le numéro de mai de cette Revue un article de A. Ban- 
cal, extrait du Manuel général de l'Instruction primaire, et dont le titre « C'est 
la faute au patois » a attiré notre attention. 

Nous en détachons ce qui suit : 

« A l'école de M..., le maître a l'habitude de faire exécuter à ses élèves 
des traductions françaises littérales et littéraires de morceaux à leur portée 
écrits en langue romane. On se tromperait grandement si on croyait que 
cette méthode dispose les enfants à émailler leurs devoirs ordinaires de fran- 
çais d'expressions empruntées au parler local. C'est tout le contraire qui se 
produit et en voici une incontestable preuve. En comparant les notes de 
composition française au certificat d'études obtenues par les élèves de l'école 
de M... avec les notes données à leurs camarades du canton entier, on cons- 
tate que, pour une période de dix ans, les premiers ont invariablement de 
I à 3 points de plus en moyenne que les seconds qui, eux, ne font pas de 
traduction. » 

BotUeti del diccionari de la Llengua Catalana. 
Dans le dernier numéro de ce Bulletin, deux articles copieux de Mossen 
Alcover : le premier sur la pronunciaciô llatina entre catalans le second sur 
Milâ y Fontanals. 

Nouvelles publications reçues. 

E/ Palleter, periodic regionaliste carregat de sofre. Valencia, carrer de 
Baix, 10 y 12. 

Terra Talenciana, publicaciô del centre regionaliste. Valencia, carrer de 
San Cristôfol, 2. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COMET, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



NO 2Ô 15 Août 1908. 

c^>A,<^»^,<^TNS*<^TNi^^TNi. c^TNi^^TNi.c^TNS» c^>.i^^TNS.<^>&. c^TNS»(^'J>S,C^'5si. <^>i.t^TNi^^>i. 



Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 



REVUE 



Les Articles parus dans la Revue M "^ ^^ ^W^ ^^ W ^^ 1^3 ■? 

n'engagent que leurs auteurs. ^V^A A A A WkMumA Wk Jk ^ A^ 

<$>&c$'>v&c^'>^c$'>&($'ï>& c$'>Àc$'9s&.<{§Os& <$'3s^<^'3v&<^'ï>& c$'^&c^'3s&.c$'9>& c$>&(^'V&c$'d>& 



Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 

VERSION CATALANE O 

El ferrer de Figuères 

El bon ferrer era tan recontent que ni solament sabia d'hont li 
venia el goig ; n'era ell mateix tôt estranyat. També, calia veure 
quins refilets amb el porro 1 Se feya puja'l ratjoli vermeil nas 
amunt, entre les cilles y fins al cim del front amb uns xirriquets 
qu'haguesseu dit, ara el trilleig del rossinyol, y ara el murmureig de 
l'aygua que eau de la fresca font del bosch sus de les pedres del 
riu. Res que del veure fer donava ganes de beure un tragu^t. 

(E. Caseponce, Contes Vallespirenchs.) 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une note supérieure à la moyenne 
au dernier concours 

Fernand LAMAYSOUETTE, élève au Collège. ... 14 sur 20 

MlMl, élève aux Cours secondaires i3 sur 20 

Ambroise MALAPLATE, élève au Collège i3 sur 20 

LA GUIDETA, modiste 12 sur 20 

Francesch RIBERA, de Barcelone 11 sur 20 

(1) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint- 
Dominique, avant le i*>' septembre 1908. 



L'Hort del Riberal 

Je garde pour vous seule un amour immortel 
ô beauté des jardins, indolente et suave ! 

(Comtesse Mathieu de Noailles : 'L'Ombre des Jours). 

Es semblant a los del vehinatge. No hi ha rcngleres de 
rosers. No hi hâ un bassî d'aygua verdosa. Tan sols ma 
germaneta hi té lo seu jardî petitet, al recô, pfop de la 
barraca, un jardî de violes y jonquilles nevades en hivern, 
de clavells y pensaments los mesos de primavera. 

A un altre recô, ella, la fantasiosa, ha fet plantar un 
avellaner. 

Es un hort de pagesos. S'hi crîen monjetes tendres, â 
l'ombra dels presseguers que la tramontana vincla. Avans, 
tôt lo llarch del caminet, hi havîa una vora de xiprers. Ja 
l'han treta. Feya nosa als perers, posats â la filada, com los 
nins que van â estudi. 

A l'altra banda, un canyis s'acata sota '1 feix d'una parra. 
Lo meu hort del riberal es com un hort de pagesos. 

Lo veig per tercera vegada. La primera, en hivern, â les 
hores del cap-vespre, era tôt despullat y atormentat. Anyo- 
ravi que no hf hagués algun toranger, alguna palmera de 
vanos vernissats. La segona, als primers dies d'abril tôt just 
los presseguers, ab una mitja rialla de verges primaveren- 
ques, deixaven caurer sos mantos acoloiats. Ara, es el juny. 
Los lliris y les maduixes embalsamen lo meu hort. 

Per flayrejar los lliris, m'he assentat entre 'Is lliris, per 
los flayrejar y ohir ensemps les refilades dels rossinyols. 



— 11'J — 

Dins los horts vehins, ne veya d'altres, platejats y junts. 
Me semblava que de Uarch â Uarch deJ caminet passaven 
Mossen Cinto y sant Francesch. 

Després, m'he entrât â l'hort d'en Jan, que la porteta 
sempre n'es oberta. 

L'hort d'en Jan es mes retirât, mes atapahit. Allî, he vist 
qu'una faxa roja s'enrotUava sus de les branques d'un pres- 
seguer. En Jan l'havîa posada per allunyar los passarells de 
les maduixes. Y després, he travessat lo caminet, ab el xano- 
xano de Mossen Cinto y sant Francesch, ab el xano-xano 
del cap-vespre en les diades de juny. 

Dins la Bosqueta, sota la Font d'en Ribalta, alla s'hi troba 
lo meu hort. Derrera '1 fullâm, sorolleja la ribera, y n'hom 
veu, entre 'Is xiprers, les tristes garrigues de la gabatxerîa. 

Al mitx-dîa, lo cel es barrât per les muralles d'Jlla, que 
grisejen, de la Rodona fins â l'iglesia Sant-Esteve del Pe- 
dreguer. 

Sus del teulat de la primera s'enlayra una platana y la 
torre geganta de Sant-Esteve se destaca al mitx de les bla- 
vors canigonenques. 

Alla, dins la Bosqueta, sota la Font d'en Ribalta, alla, 
ab els seus lliris blanchs com les encantades del somni, he 
deixat lo meu hort del riberal. 

Joseph Pons. 

Illa, 7 juny «908. 
«^^^ 

Le i5 novembre 1408 eut lieu, à l'église de La Real, l'ouver- 
ture du Concile que présida Benoît Xlll, auquel assistèrent 4 car- 
dinaux, 3 patriarches, 8 archevêques, 33 évêques et 80 abbés ou 
chefs d'ordre. A l'occasion du cinquième Centenaire de ce Con- 
cile, la J{evue Catalane d'octobre publiera un article spécial que 
nous devons à la plume autorisée de notre nouveau confrère 
M. l'abbé Capeille. 



Textes catalans 

If 

Convention écrite de la main du vendeur et authentiquée par 
P. Bolet, notaire d'Elne, par acte du i3 novembre 1405 (Arch. 
Dép., J\otule n° 6^4). 

Convengut es entre en P. Blan, Senyor de Buassa, en Beringer 
des Vivers e son fil, en G^uillemi, axi com a Senyores d'Alanya 
e lurs suchseszidors, quis que fos ne sia Senyors d'Alanya o quis 
quels arendara lo dit Alanya ab tota lauraszo qui sia en cantitat 
de L ayminades de tera, pusquen tener e pexer de nits e de dies 
tots los bestiars groses e menuts e de cal manera de bestiars se 
vulen, septat porchs que nols hi pugen pasquerar per tôt lo terme 
de Buassa si no segons lur us veszinal (i), en tôt loch que sien 
deveszes a no deveszes, cotius, prats e tots ahres lochs on aien 
pastures per menjar a bestiar, exseptat pero ques réserva lo 
dit P. Blan que les desus dits ni lurs suchseszidors ni rendei's 
no li aien a mètre deguns bestiars als prats quel dit P. Blan 
tindra closes de tôt l'any ni en aquels qui no seran closes 
que sen comensen de gordar del Jorn de Senta Maria de Febrer 
fins a Sent P. e Sent Feliu, e asos fasa cascun any, Pero que si 
abans de la dita festa n'era livada l'herbe, que, en aquel cas, los 
desus dits hi pugen lur bestiar mètre en poxer en aquels que no 
seran closes. 

Item se réserva lo dit P. Blan que si los dits bestiars li fayen 
taies en blats o feratges o lobins o vinyes o en olivers, os menja- 
ven les olives ni brotines o plantes de bosch o de cadenes de 
posessions, que los desus dits li aien a pagar la tala que li auran 
fêta, a conexensa de dos homens, los cals juraran que be e lial- 
ment judicaran, los cals ommes seran elegits lo 1 per la part del 
dit P. Blan e l'altre per la part del desus dits, e si aquels no sen 
esdevenen, que aien a judicar los consols o sindichs de Tesza o 
de Salelles. 

(1) Us veynal, règles te usages du parcours et de la vaine pâture. 



229 — 

Item que los gardians dels desus dits hi pusquen tenir lo lur 
bestiar ab los gardiats dels desus dits, pero que sien gordians que 
prengen soldada hi proveszio dels desus dits. 

Item que les desus dits pagar.in de présent al dit P. Blan per 
les coses desus dites, saxanta floiins. 

Item es entes quels dits prats sien closes en tal manera que 
bestiar exarat (i) no y pogues intrar. 

Item que per les coses desus dites se réserva lo dit P. Blanc 
e vol que puga apesquerar e vendre lo dit pesquer, a 1 persona 
c moites, en aquela gissa ques voira : Pero es entes que, 
posât que lo dit P. Blan vena lo dit pesquer, que ges per 
axo lo bestiar dels desus dits no estiga de pasturar per tôt lo dit 
terma, en la manera desus dita e dejos escrita. 

Item es entes quel dit Berenger e en G (uillem) son fil senyors 
d'Alanya, e lurs ereters e suchseszidors e renders damont dits e 
lurs pastors e gardians de cal se vol bestiars exseptat porchs sino 
per la forma desus dita, pusquen mètre hi trer lurs bestiars per cal 
se vulle terme o termens al dit Buassa totas vegades hi cantes se 
volraii, hi aquels bestiars tenir, pexer hi pasturar e jaure de nit e 
de dies per tôt lo dit terme del dit Buassa, hi en aquela part o 
parts que los sera pus profites, sens contredichsio del dit P. Blan 
e de SOS suchseszidors en lo dit Buassa, sens corre en bans ni 
pênes, exseptat en los prats si '"o en la manera desus dita. 

Item que, per aquest derer c,\pitol, lo dit P. Blan no s'estreyn 
que Ino puscha vendre lo dit pesquer en quis voira, en la manera 
desus dita. 

(Suit la formule : Quae fuerunt acta et laudata... etc.) 

f^^S» 

DE PASSAGE 

Nous avons eu l'agréable visite du poète Antoni Ciuffo, un 
catalan de l'Alguer île de Sardaip^ne'. 

Venant de Barcelone, Antoni Ciuffo a traversé le Roussillon 
pour se rendre en Cerdapne, d'où il rentrera en Catalogne par 
Ripoll et Vich. 

Bon amich, fins a reveurer I 

(i) Alzarat, aventureux, égaré. 



Quelques poésies populaires 
catalanes à Alghero 

zj^jffg:^ SUITE ET rm 

VJl. ADIOS REGALATE 

Adios regâlate finsa a demà. 
So vengut a te diure bene meu, (i) 
Lu tou modo, la gracia, '1 parla (r j 
Es dô y fada que t'ha dat Deu. 
Ni se ne veu y ni se ne veurà 
Adios regâlate finsa a demà. 

Ni se ne veu y ni se ne troba una 
Que l'estimin o que li volguin bé ; 
Companyona vols esser de la lluna, 
Que ixi de llevant y de sol vé. 
De qui te veuré jo abrassà, 
Adios regâlate finsa a demà. 

Qui sa l'abrassada en aqueixa prenda [i) 
Qu'es de las capitanas vellorosas, 
Poe emporta que tenguis acienda 
Que ses bastanta bella y graciosa ; 
Fés-te amorosa y vina a me besà (r), 
Adios regâlate finsa a demà. 

Fcs-te amorosa de qui te festeja 
Sensa ningun enterès ni por ; 
Tota la gent del mond justifiqueja 
Que llueixas mes de la plata y de l'or. 
A la que ador so vengut a cantà (r). 
Adios regâlate finsa a demà. 

A la que ador a cantar so vengut, 

Si donc enfaro, que tenguin paciencia ; 

Deu te dongui fortuna y salut 

De poguèr viure ama gran convenencia. 

La coneixencia la deus de porta (r). 

Adios regâlate finsa a demà. 
(i) Phrase sarde. 

(î) Forme syncopée, prendre, très usitée à Alghero. Peut-être est-elle due à l'analogie ave 
trende, où est arrivée la métathèse : tendre) trende avec e atoniquf, a. 



— 23l — 

La coneixencia y l'estimaciô 
La deus de portàr que Deu la dona. 
Rosa blanca encarnada de colô (r). 
De clavels te mereixes la corona. 
Barcelona (H no basta a te vanta (r), 
Adios regâlate finsa a demà. 

Barcelona tu sola es la que vanta 
Per ésser sanc tou y natural ; 
De la bellesa que tu tens bastanta 
Te cridan Pasqua alegra de Nadal (2). 
Que un altra igual no n hi aura 
Adios regâlate finsa a demà. 

Toutes les compositions que nous avons présentées jusqu'ici, 
qu'elles aient été formées par le peuple ou qu'elles lui soient 
parvenues d'après une source littéraire, ont, comme caractère 
commun, une indiscutable catalanité. Je ne veux pas dire par là 
qu'elles aient été portées à Alghero des terres catalanes de la 
presqu'île ibérique ; ce serait une question très difficile à résou- 
dre, et je n'ai personnellement ni les moyens ni l'autorité suffi- 
sante pour cette entreprise. Toutefois, dans le cas où elles seraient 
venues à Alghero apportées par les premiers colons de Barcelone, 
ou encore dans le cas où elles seraient sorties ensuite du cœur de 
leurs descendants, nés et grandis dans ce coin de la Sardaigne 
occidentale, elles ne révèlent, à mon avis, aucun vestige d'influence 
castillane. 

Je l'ai déjà dit, à Alghero le courant catalan a subi des influen- 
ces castillanes en outre d'influences italiennes et sardes. On en a 
les preuves dans les trois chansons suivantes, à propos desquelles 
quelqu'un des lecteurs de la J^evue fera, je l'espère, des observa- 
tions bien plus savantes que les miennes. Du reste, même sans 
avoir des témoignages positifs, il suffirait de connaître l'histoire 
de l'île de Sardaigne. 

On sait fort bien que parmi les monuments les plus importants 
de la littérature poétique castillane, il y a les J^omanceros, c'est-à- 
dire les recueils de chansons, la plupart anonymes, composées de 
vers où la rime est remplacée par l'assonance. 

(i) Le nom de Barcelona pourrait nous aider à établir l'origine catalane de cette chanson, mais 
il faut se souvenir qu'aux xiv« et xv^ siècles, Alghero était appelée même Barcelona et Barceloneta. 

(i) Entre ISadal et natural il y a rime parfaite, car-ti-ainsi que-/- intervocalique se prononce 
r. V. G. Palomba « Grammatica del diaJetto algherese odierno » Sassari 1906 p. 1. 



232 

Or, les poésies qui suivent me paraissent du même genre que 
les "Romances castillans, soit pour le schème métrique et pour les 
assonances, soit pour les nombreux mots castillans qu'on y aper- 
çoit, et je regrette vivement que, faute d'aides bibliographiques, 
je n'aie pas pu approfondir cette recherche très intéressante. 

Les trois chansons, et le lecteur le verra bien, sont très incor- 
rectes et parfois même inintelligibles. 

VlU. MARIA FLORES DE CASTILLA(i) 

— Marido que in Francia vas, (2) 
Portami una caotiva, (cautiva, prigioniera ?) 
No sia mora ni vana " 

Senyora de gran valia ; 

Que sia rica y contessa 

Ne viene de vallenia. — 

A la fin de la semana 

Y l'astrolico venia ; 

La contessa era pregnada, 

La reyna '1 presentia : 

La contessa y la reyna 

Parirân tôt en un dîa, 

La contessa fera un ninyo (3) 

La reyna fera una ninya. 

Al parto de la reyna 

Sons y musicas hi havia : 

Al parto de la contessa 

Llantos y sospiros hi havia. 

— Algua santa, mi senyor, 
Algua santa li daria, 

Si fossi a la mia terra 

Que nombre li posaria ? (4) 

— Nombre de una hermana mia (5) 

Maria Flores de Castilla. 

(1) A Alghero, l'on dit que cette chanson appartient à l'époque des Maures; mais à que) 
temps précisément? Même en Espagne, comme dit M. D. J. Quintana, les romances les plus 
beaux sont d'argument moresque. 

(i) Même un autre chant populaire alguera,is, rapporté par M. Toda, op. cit. p. 34, com- 
mence : « Mariner, bon mariner — que Deu vos donga bonansa — i vist haveu y conegut — 
al meu amador de Fransa ? » 

(3) Forme évidemment castillane. Cat. minyô. 

(4) Castillanisme. Cat. nom. 

(5) Castillanisme. Cat. germana. 



— 233 — 

Acollint roses y flors 

De un giardi qu'ella ténia. 

De minyona de quinz' anyos (i) 

Lu Rey moro la teni'a. 

Torna a dir la contessa, 

Ben inteso non l'havia : 

— Se fossi a las mies terres 
Que nombre li posaria ? 

— Nombre de una hermana mia 
Maria Flores de Castilla. 
Acollint roses i flors 

De un giardi qu'ella ténia, 
De minyones de quinz' anyos 
Lu rey moro la ténia. 
Jo dient qu'era una esclava 
] era una hermana mia. 

Tout le monde voit comme cette poésie présente des vestiges 
très remarquables de dérivation castillane. D'autres diront d'où 
elle dérive. Plus compréhensible est la suivante, laquelle présente 
aussi des traces visibles d'influence ou, à dire vrai, d'un substra- 
tum castillan. 

IX. AGADETA 

Très filles teniva '1 Rey 
Totes très com una plata. 
La mes qu'estima '1 Rey 
Agadeta se Uamava. (2) 

— Agadeta de mi (3) vida 
Agadeta de mi aima. 
Seras-tu mullër de un pare, 
Madrasta de tan germana ? 

— No permite Deu del Celo, 
Ni la Verge soberana 
D'esser moquer (4) de un pare, 
Madrasta de man germana. 

(1) Castillanisme. Cat. anys. 

(1) Castillanisme. Catalalan alguerais dieva. 

(3) Castillanisme. Cat. mia. 

(4) Je reproduis ainsi ce mot qui maintient dans la prononciation les preuves de sa casUUanité. 
Le catalan, même celui d'AIghero, dirait muller. 



- 234 - 

— Preniu Agadeta 

Y tancaula en presô. — 
Se fa a la sua ventana ( i ) 

Y veu a la sua germana : 

— Germana de mi vida, 
Germana de mi aima, 
Fes-lo per l'amor de Deu, 

De me dar un poc d'algua ! — 

— Cosa vols qu'el Rey es lu nostro pare 
L'algua la té conservada, 

L'algua de dà heure a tu 
Es de l'algua envelenada. — 

— O babo de mi vida, 
O babo de mi aima, 
Fassi pe l'amor de Deu 

De me dar un poc de algua ! — 

— Seras-tu mullë de un pare 
Madrasta de tan germana ? — 

— ]o seré mullé de un pare 
Madrasta de man germana. — 
Devallan camarels, 

Devallan bicers de plata 
Pé dà a beure a Agadeta, 
Que sera mullé de un pare. 
Legu que ha begut l'algua 
Agadeta es mancada. 

— No me desplau de morir 
Tants de morir tenîa 

Lu que me desplau 

Que Agadeta no es confessada. — 

Respôn una veu del Cel : 

— Agadeta es confessada. — 
Campanes del Cel sonavan 
Pe Agadeta resonavan ; 
Campanes de l'infern sonavan 
Y pe 1 rey resonavan. 

Voyons maintenant la troisième entre les chansons catalano-cas- 
tillanes, laquelle est la dernière de notre recueil. 

Cette chanson est attribuée, à Alghero, à l'époque des Maures 

(i) Castillanisme. Cat. finestra. 



— 235 — 

et, comme M. Palomba vient de m'écrire, l'on conte que le roi 
voulait forcer le comte Flores à tuer sa femme et à épouser la 
fille du roi même, laquelle était éprise du comte dès quinze ans. 

Du reste, je soupçonne que la veuve Capais, c'est-à-dire la 
vieille qui récita ces poésies à M. Palomba, soit pour son âge, 
soit pour d'autres raisons, a confondu en partie la chanson sui- 
vante avec celle que nous avons donnée au numéro VUl. 

En effet, l'on y trouve presque les mêmes rimes et les mêmes 
assonances, et jusqu'à trois vers identiquement répétés. 

Du reste, entre des compositions du même mètre, de sujet ana- 
logue, commises seulement à la mémoire d'une ou de quelques 
personnes, il pourrait bien s'être produit ce que les Latins auraient 
appelé la contaminatio. 

X. DEL CONTE FLORES 

Malalta era l'infanta, 
Malalta que se moria, 
Perque '1 Rey no l'ha casada 
Tal cuydado no ténia. 

— Sol era el bon Conte 
Que jo genio II ténia 

De minyona de quinz' anyos 
La fé mi prometeria — 

— Va a llamar el bon Conte, 

Va a llamarlo in questo ( i ) dia. — 
No es tanta la llamada 
Com es pronta la venida. 

— Bones dies tengueu Rey ! — 

— Conte ben venudo sias ! 
Senta tu en la mia silla 

En silla de meravilla. — 

— Jo no so diny de seure en silles 
En silles de meravilla. — 

— Tu has prometit la fé 
A la ninya infanta mia, 

De minyona des quinz' anyos 
La fé le prometeria. — 

(i) Italianisme. Cat. aqueix. 



— 236 — 

— Jo no promit] la fë 

Ni que dona al mond sia : 

Sola era la Contessa 

Des quinz' anyos la ténia. — 

— Jo ti mando que la matis 
Très oras avant del dia, 

E si tu no la mataste (i ) 

Cabeza (3) ti orqueria (2). — 

Ja se parte el bon Conte, 

Ja se parte y ja va via, 

Con la llagrimas a los otxos (4) 

Pe la cara li corrian. 

— Cosa tienis tu bon Conte 
Cosa tienis aima mia ? — 

— Quel (5) que tenc la Contessa 
Diure no si po diure. (6) — 

— Dimi a me el bon Conte 
Remediarse si podia. — 

— El Rey me manda a matarte 
Très horas avant del dia 

Y si jo no te mataste 
Cabeza me orqueria. — 

— Mandame a las mias terras. 
Pare y mare jo ténia ; 
Posame al monastir 

Y que 1 Rey no lu sabia. — 

— No lu posso (7) la Contessa 
No lu posso aima mia. — 

— Jo no sento de morir, 
Tanto de morir ténia, 
Sento de los sete minyos 
Pare y mare no ténia ; 



(1) La terminaison aste qui manque au catalan est propre à la 2" personne du singulier du 
passé défini castillan. 

(1) Castillanisme. Cat. cap. 

(3) Forme incertaine. Peut-être le sarde oquire qui signifie : tuer ? 

(4) Italianisme ou castillanisme. Cat. ulls. 

(5) Italianisme. Cat. aixô. 

(61 11 manque la rime. Peut-être y avait-il, à l'origine, une forme qui rimait avec mia e 
podia ; probablement le conditionnel pogaria. 

(7) Italianisme. Alguerais, pue. 



— 237 — 

Sento de lus piu (i) pequinyos (2) 
Tita de alguno volia. — 
Devallan camareros 
Que la Contessa es morint, 
^ De un gran mal qu'ella tcnia ; 

No era mal qu'ella ténia 
Culpa del Rey o del Conte séria. 
A la fi de l'any 
Totes très en companya, 
El Conte sia perdonat 
E '1 Rey y la filla no sia. 

Et, à présent, qu'il me soit permis d'exprimer un vœu. 

11 est impossible qu'il ne survive encore à Alghero quelqu'un 
de ces bons vieux, fidèles conservateurs des traditions de ses 
ancêtres, qui gardent en leur mémoire les chansons apprises et 
chantées dans les beaux jours de la jeunesse. Certaines rues de la 
ville, comme disait M. Toda, il y a vingt ans, sont encore suffi- 
samment exemptes d'influences sardes ou italiennes et là, peut- 
être, l'on pourrait faire des recherches fructueuses. 

Mais il faut se hâter car, malgré l'opinion contraire de quelque 
optimiste opiniâtre, l'italien prend chaque jour de plus en plus le 
dessus ; et surtout certaines traditions particulières, certains usa- 
ges, certaines légendes et chansons qui formaient le patrimoine 
des colons catalans d'AIghero s'éteignent même dans les quartiers 
populaires. 

Quant à des productions nouvelles, il y a bien peu à espérer. 

Les chansons populaires viennent presque toutes de Naples et 
comme observait même M. Toda : « la poesia popular se troba 
millor en lo recort dels vells qu'en la memoria dels joves y se pcrt 
rapidament (3) ». 

Grosseto (Italia), 3o maggio 1908. 

Venanzio Todesco. 

(1) Italianisme. Cat. mes. 

(2) Castlllanisme. Cat. petit. 

(3) Op. cit. p. 26. 



La langue catalane populaire 

en Roussillon 

cS^ sviTE ET rm 

SAILLAGOUSE, décembre 190^. — A défaut de conversations 
d'enfants, notre collègue de Saillagouse nous a adressé quelques 
expressions locales très pittoresques, recueillies dans diverses con- 
versations, et dont la plupart sont inconnues en Roussillon. Les 
voici : 

j. Me som enxupat. (Signifie : j'ai mis le pied dans l'eau ou en- 
core : je me suis saoulé.) 

2. A4e vol ficar una caxalada. (11 veut me mordre). 

3. Galetejar. (Boire à la régalade.) 

4. Em ()) se destenir quan convé. (Je sais me retenir quand il con- 
vient.) 

5. Anem, vès tirant (2). (Allons, tire, jette, joue.) 

6. N'hi ha una xica (3). (11 y en a un peu.) 

7. Rentar l'eynam. (Laver la vaisselle.) 

8. Hont van tan cremats? (4) (Où vont-ils si pressés?) 

9. Es un xic poderoso (5). (Puissant.) 

»o. Ambe molta prestesa. (Avec beaucoup d'agilité, de rapidité, 
de prestesse. 

I). Tenir bonica prestesa (6). (Avoir un maintien imposant, des 
manières élégantes, avoir de la prestance.) 

1 2. Bellugadis de meynada. (Mouvement d'enfants.) 

i3. Es flongôs. (Souple, moelleux, spongieux.) 

14. Lo bach ou la baga. (Le côté qui est à l'ombre.) 11 serait 
mieux de dire : l'obach ou l'obaga qui signifie : opaque, om- 
breux, sombre, ténébreux. 

{)) E/n pour me. — (2) Expression bien catalane. 

(3) 'Xica, lorsqu'on parle d'une chose du genre féminin, et xic lorsqu'il s'agit, au contraire, 
du masculin. On emploie aussi poc ei poca pour traduire peu. 

(4) Cremats est ici employé au figuré et exprime une idée d'impatience. 

(5) Poderoso est un mot castillan. C'est poJercs qu'il faudrait dire. 

(6) Prestesa signifie prestesse. Ici il est mis pour prestance. C'est donc prestança ou mages- 
tat qu'il aurait fallu dire. 



— 239 — 

i5. El solâ ou la solana. (Le côté exposé au soleil.) 

16. Ragantar. (Vomir.) 

17. Nafrar. (Faire une plaie, blesser.) 

18. Fangar un hort. (Bêcher un jardin.) 

1 9. Quines cardades de neu eau ! (Quels flocons de neige il tombe !) 

20. Llampeguejar. (Faire des éclairs.) 

2J. El som avergonyit. Je l'ai rendu honteux.) 

22. Mal hajaiO qui t'ha parit ! (Maudit soit celui qui t'a donné 
le jour î^l 

23. Los quins (6 les quines) han vingut. (Ceux (ou celles) qui sont 
venus.) 

24. Enlluhernat. (ébloui.) 

25. Es un lloch molt fresquivol. (C'est un lieu très frais.) 

26. Quines ansies ne passes de joî (Quel cas tu fais de moi I) 

27. Es un deixat. (C'est un nonchalant.) 

28. Els -e va penyorar. (11 les mit à l'amende.) 

29. Una dona mal garbida. (Mal accoutrée.) 

30. Estar plegats. (Etre rassemblés, réunis.) 
3j. Frajar. (Hésiter par ennui ou paresse.) 

32. Una pila de coses. (Beaucoup de choses.) 

33. Es arropat. 12) iBien couvert, chaudement vêtu.) 

34. Una clatellada. (Un coup sur la nuque.) 

35. Una morrada. (Coup donné avec le museau en parlant d'un 
animal. Coup donné avec la face en trébuchant.) 

36. Esgarrifôs. (Horrible.) 

37. El sometent. iLe tocsin.) 

38. Estar constipât. (Etre enrhumé.) 

39. Fer vinyeta. (Goûter.; 

40. Transitar. (Aller et venir.) 

4J. No he menjat sino que la sopa. (Je n'ai mangé que la soupe.) 

42. Fer xuc y mulla. Tremper du pain dans le vin.) 

43. Qui va ab côix, côix ven. iQui fréquente le boiteux, boiteux 
devient.) 

44. Desacupar. (Accoucher.) 

45. Es tip. 11 est rassasié.") 

46. El fan enfadar. (Ils le font mettre en colère.) > 

(i) C'est l'expression castillane : mal haya. En catalan, on dit plutôt : malehit lia. 
(2) Arropat signifie aussi en Cerdagne : semblable au vin cuit. 



— 240 — 

47- Fâstich. (Dégoût.^ 

48. Soroll. (Bruit, vacarme. 

49. Una congesta de neu. fUn amoncellement de neige . 

50. El pâ es estobat. (Le pain est levé.) 
5i. El pâ es gôrt. Sec, tassé. 

52. Te bon bebent. Est plaisant à boire.) 

53. Te gratilla. Ça lui démange. 

54. Son gent de bones ansies. Qui prennent leurs aises, noncha- 
lants.) 

c) Sermon 

PALAU-DE-CERDAGNE. — Sermon de M. l'abbe Sar- 
rète, curé. 

« Benaventurat l'home que no ha seguit lo consel 
dels impios, que no ses fixât dins lo cami dels peca- 
dors, ni assentat dins la catedra de pestilencia... » 
(Ps. I, V. I y segiients.) 

Carissims germans, 

En aqueix psalm, lo profeta David ens parla del felis estât del 
home just que ama Deu y de l'infortunada situaciô del pecador 
que lo te per abhorrit, no tement res. De l'un y de l'altre, ens 
fa una tanta verdadera pintura, que no es cosa dificil reconeixer 
en ella la descripciô menudament representativa de l'irreligiô, com 
tambe del llibertinatge de tots los temps passats y présents so- 
bretot. 

En el sentit del real Profeta, per los impios se deuen enten- 
drer tots los homes inquiets, inconstants, puix que aqueixa idea 
es lo carâcter molt expressat, molt singular dels enemichs de la 
nostra santa religiô. Elis no tenen, en efecte, cap principi de 
doctrina segura, alterats que son de novedats estranyes ; ells no 
tenen d'altre cuydadô sinô que per acumular nûvols y juntarlos 
contre les nostres mes clarissimes veritats christianes ; y ademès, 
per dirho millor, ells no persegueixen que un sol objecte, ço es : 
tôt destruhir y no res edificar. 

Perô que deuse entendrer per « la catedra de pestilencia » de 
laquai ens parla l'inspirât psalmista? Aqueixes paraules deuen 



— 24' — 
explicarse del modo segiient : bastantament elles signifiquen, segons 
los autors molt ben apreciats, la catedra dels burladors, puix que 
los mes pestiferosos d'entre los impios son aquellos ques burlen 
de la lley de Deu y de sua doctrina santa ; y per aixô, tais homes 
son consemblants, en tots modos, â certes persones contagioses 
de lasquals hi ha grandfssima nécessitât apartarse com d'una pes- 
tilencia. Llâstima séria caurer en el contagi d'un leprôs. Perô, 
quan mes llâstimosa cosa séria caurer entre los llâssos dels ende- 
moniats heretges ! Ara donchs, apartauvos, benamats germans 
meus, apartauvos de prompte de tais perversos enemichs, si voleu 
ser tots bons christians y mantenirvos dins lo amor y lo servey de 
Deu, puix que ellos, tant maliciosament y ab tanta hipocrisia, fan 
â nostra santa Fé una guerra verdaderament danyadora. Preser- 
vauvos de aqueixos novells doctors de falsedats, afi de millor 
alcansar, al surtir de aquesta vall d'afanys y de llâgrimes, los pre- 
mis eterns que Deu concedeix y réserva â tots los seus fehels y 
valerosos servidors. Aixi sia ! 

M. l'abbé Sarrète, en nous adressant ce sermon, nous affirme 
que c'est exactement le catalan qu'on parle à Palau-de-Cerdagne. 

Cette allocution est écrite en un langage simple que tous les 
Cerdans de Palau ont parfaitement compris. 

A ceux de nos confrères de la Société d'Etudes Catalanes 
qui s'étonneraient de voir dans la T(evue Catalane un texte dont 
le ton cadre mal avec les principes de tolérance généralement 
admis parmi nous, nous ferons remarquer que le fond nous im- 
porte peu, qu'il ne s'agit ici que de la forme, c'est-à-dire de la 
langue catalane elle-même et non des idées que cette langue ex- 
prime. 

11 est certain, cependant, que M. l'abbé Sarrète aurait pu faire 
un meilleur choix et que le cri de haine du prophète David ne 
vaudra jamais la parole d'amour du Christ, si souvent oubliée : 
« Aimez-vous les uns les autres » ni la belle « Prière à Dieu » de 
Voltaire, qui respire l'amour du prochain, et qui est bien de 
nature à effacer chez certains la mauvaise impression produite par 
le texte catalan de M. Sarrète. (i) 

(i) Prière à Dieu. — O mon Dieu... daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre 
nature : que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous a point donné un coeur pour 



— 24^ — 
Cerdagne Espagnole 

Notre travail ne serait pas complet si nous n'indiquions, par 
quelques documents, comment parlent les Cerdans d'Espagne. 
Voici d'abord quelques criées publiques de Puigcerdâ. 

PUIGCERDA. — Crieur public : M. X. 

Jlvril /907. — Catôlichs, christians, s fa saber que'l culto par- 
roquial tributarâ â la Vergen Maria, lo segùent : 

j° Complètes, la vespra ; 

1" Comuniô gênerai â les vuit ; 

3' A dos quarts de deu, oficio i : solemno 2) ; ocuparâ la cate- 
dra del Esperit sant ; 

4° Paga al senyor X. ; 

5° A les dos, vespres ; â les quatre, professé ; â les set, besa- 
manos (3). 

Jlvril içoy. — Dévots christians y christianes, confrares y con- 
fraresses de la soci del Carme. 

S fa saber que dignin â fer creus en los libros (4) de dita con- 
fraria com se costuma à fer tots els anys. 

Jlvril I çfoj . — S fa saber que : 

En el cotxe de les sis 

Arribara de précis 

Peix fresch y bô 
^ Pescat à Matarô 

Qui 'n vulgui comprar 

A cal Girvasi en trobarâ. 
(Communiqué par M. Saboya, instituteur à Perpignan.) 

Voici trois autres criées qui nous ont été communiquées par 
notre collègue espagnol de Puigcerdâ : 

nous haïr, et des mains pour nous égorger : fais que nous nous aidions mutuellement à suppor- 
ter le fardeau d'une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui 
nous couvrent, entre tous nos langages insuffisants, entre toutes nos opinions insensées ; que tou- 
tes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de 
haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer sup- 
portent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil. 

Voltaire. 

(1) (2) (3) (4) Mots castillans. 



- 243 - 

20 mars JCfoy. — S fa saber 

Que aquet mati ha arribat aquell valenciâ que ve tots els diu- 
menjes ab un carro carregat de ails com la mostra, â dos rais 
forch : qui vulgui comprarne aixis com olives sevillanes, toronjes, 
broquils, y altra hortaliça, que vagi al cap de vall de la plassa 
que comprarâ â preus baratos. 

— S fa saber 

Que ab el cotxe de aquesta nit ha arribat peix fresch de mar 
de varies classes : qui vulgui comprarne que vagi al carrer de 
Santa-Maria â cal Toma-caldo que 'n trobaran. 

— S fa saber 

Que qui necessiti una dida bona y tendrera, que vingui ab mi 
que 'Is ne trassaré una. 

(Communiqué par M. Augustin Gibert, instituteur à Puigcerda.) 

Enfin, pour terminer, nous donnons la copie d'une affiche cata- 
lane (j) placardée sur les murs de Bell ver, Das et Puigcerda, 
annonçant trois meetings catalanistes septembre 1907 : 

CATALANS DE CERDANÏA 

L'ASSOCIACIO NACIONALISTA de Dasd'acord 
ab la Honorable Uniô Catalanista de Barcelona, ha orga- 
nisât pera 'Is di'es 14 y i5, très grans MEETINGS, de 
propaganda nacionalista, en els quais y 2 i serân exposades 
per distingits oradors de la Uniô Catalanista les démocra- 
tiques y libertadores doctrines del Nacionalisme Catalâ. 

Els meetings se celebrarân ab el segiient ordre : 

Dissabte, di'a J4 ; â la nit, â BELLVER. 
Diumenge, dia i5 ; âla tarde, â DAS. 
Y el mateix diumenge; à la nit, â PUIGCERDA. 
CERDANS: no manqueu â n' aquets actes! 
VISCA CATALUNYA! 

El Concell Directiu de lASSOCJACIO NACIONALISTA de Das. 

( I ) Nous avons conservé autant que possible à cette affiche son aspect typographique. On 
remarquera que les mots Catalans Je CerJanya sont imprimés en très gros caractères comme 
pour donner plus de force à l'appel de l'Association nationaliste. 

(î) Incorrect. C'est ht qu'il fallait écrire. 



— 244 — . 



CONCLUSION 



En parcourant nos textes le lecteur a dû être frappé du grand 
nombre de mots français qui se sont peu à peu introduits dans la 
langue catalane. 

Nous dirons donc, en concluant, que le devoir de tous ceux 
qui aiment cette langue et qui désirent sa conservation est de 
faire aux mots français une guerre sans merci. 11 est triste de 
penser, en eflFet, que ce pauvre catalan, francisé en Roussillon et 
castillanisé en Catalogne, soit condamné à devenir un jargon franco- 
espagnol d'où seront exclus les mots vraiment catalans et les 
tournures vraiment catalanes. 

11 n'y a pour éviter cela qu'un remède : remonter à la source, 
c'est-à-dire au catalan ancien. C'est ainsi que l'on pourrait retrouver 
la pureté de la langue et que l'on arriverait à écrire et à parler 
un catalan bien distinct à la fois du castillan et du français. 

Nous ne voulons pas dire par là qu'il serait désirable de voir 
les écrivains de nos jours employer le catalan du moyen-âge. Loin 
de nous cette pensée. Le catalan archaïque est aussi ridicule sous 
la plume d'un écrivain du XX'^ siècle que le catalan francisé ou 
castillanisé. 

Ce que nous demandons, c'est que les auteurs contemporains 
s'appliquent à substituer à chaque mot castillan ou français qui 
s'est introduit dans notre langue le vrai mot catalan qui lui corres- 
pond, ce mot fût-il ancien. 

« En fait de langue catalane, écrivait Alart, je préfère sans 
doute celle que parlaient nos pères parce que j'en ai fait une étude 
exclusivement historique, mais ne croyez pas que j'approuve quel- 
qu'un qui voudrait l'écrire aujourd'hui. J'estime que l'ancien cata- 
lan doit rester dans les vieux écrits ou dans les dictionnaires (i), » 

Nous sommes absolument de l'avis d'Alart. Mais là où nous 
ne l'approuvons plus, c'est lorsqu'il ajoute : « Le Perpignanais qui 
voudrait aujourd'hui écrire en catalan devrait employer l'idiome 
parlé à Perpignan en i86i (2). » Nous estimons que les écrivains 
catalans ne doivent pas se laisser dominer par la langue populaire, 

(i) Pierre Vida), notice sur Alart. 
(1) Alart écrivait cela en 1861. 



24^ 

mais qu'au contraire ils doivent la dominer et lui servir de guide. 
Nous estimons que leur devoir est de faire dans leurs écrits une 
guerre sans trêve à la corruption du catalan et de montrer au 
peuple (ce grand coupable), qu'il est encore temps pour lui de se 
ressaisir. 

S'ils ne faisaient pas cela, s'ils consentaient à écrire le chara- 
bia populaire qu'on entend tous les jours dans la rue ou dans 
les halles, comme hélas ! Saisset l'a fait, il ne nous resterait plus 
qu'à prendre le deuil de la langue catalane. 



Nous ne saurions terminer ce recueil sans adresser nos plus 
sincères remerciements à nos collègues et à toutes les personnes 
qui ont bien voulu nous procurer des textes (criées, conversations 
d'enfants, sermons catalans, etc). 

Nous adressons à tous, en même temps que nos remerciements, 
l'expression de notre très vive reconnaissance. 

Louis Pastre, 
Instituteur à Perpignan. 

Botanique catalane 

J^oms catalans de plantes usités dans la région 

*?* *î* *t* (Suite) 

GIBERT. — Petroselinum sativum. HoflFm. Persil cultivé. 

Utilisé par les ménagères. Aromatique, stomachique et diu- 
rétique. 

GINJOLER. — Zizyphus vulgaris. Lam. Jujubier commun. 

Fruits adoucissants dans les rhumes, catarrhes, enrouements. 

GIRASSOL. — Jieliolropium Europœum. L. Héliotrope d'Eu- 
rope. 

Fleurs se tournant du côté du soleil. Inutilisée. 

GREVOL. — Jlex aquifolium L. Houx à feuilles piquantes. 

Baies purgatives. Ecorce donnant la glu. Bois se polissant bien. 



— 24^ — 

GROSÉLLER. — T^ibes rubrum. L. Groseiller rouge. 

Baies acides, mais nutritives, rafraîchissantes et diurétiques. 

GUIXA. — ■ Lathyrus LaUfoliu. L. Gesse à larges feuilles. 

Espèce fourragère donnant, par la culture, de bons rendements. 

HELRA ou EURA. — Ttedera hélix. L. Lierre des murs. 

Baies purgatives. Feuilles calmant les brûlures ; mangées par les 
moutons. 

HERBA A TRES CLAUS. — Xanîhium spinosum. L. Lam- 
pourde épineuse. 

Tige garnie de stipules épineuses à trois pointes. Inutilisée. 

H. CAMIN ADORA. — Polygonum aviculare. L. Renouée 
des oiseaux- 
Rampe sur les chemins. Rafraîchissante ; calme l'hématurie des 
vaches. 

H. CAXALERA. — Tiyoscyamus niger. L. Jusquiame noire. 

Vénéneuse. Feuilles, en cataplasmes, calmant les maux de 
dents, les douleurs. 

H. CLIQUERA. — - Santolina chamœcyparissus. L. Santoline 
cyprès. 

Graines employées contre les vers des enfants. Chasse les 
teignes des armoires. 

H. DORMI DORA. —Voir CASCALL. — Pavot. 

Procure le sommeil. 

H. LLETERA. — Sonchus asper. Ail. Laiteron rude. 

Sève blanche comme du lait. Nuisible aux cultures. 

H. MOLLA DE PRAF. — Holcus lanatus. L. Houlque 

Graminée laineuse à odeur agréable ; estimée du bétail, 
laineuse. 

H. PULMONERA. — Pulmonaria officinalis. L. 

Adoucissante pour les catarrhes pulmonaires, les maladies de 
poitrine. 

H. SABONERA. — Saponaria ûjficinalis. L. 

Mousse et enlève les taches comme le savon. Active la guéri- 
son des plaies. 

H. TERRESTRA. — Glechoma hederacea. L. Glicome, lierre 
terrestre. 

Tiges rampant sur la terre. Bons effets sur les organes respira- 
toires et digestifs. 



— 247 — 

H. DE MAR. — Algues de mer. 

Nom général des algues. Fournissent l'iode, la soude ; sont 
un bon engrais. 

H. DE PARCH. — Lolium perenne. L. Ivraie ou gazon 
vivace. 

Très employé pour formes des pelouses ; constitue d'excel- 
lentes prairies. 

H. DE PARET. — Parietaria ojficinalis. L. Pariétaire offi- 
cinale. 

Vit surtout sur les murs. Bon diurétique ; feuilles calmantes. 

H. DE PRAT. — Poa pratensis. L. Pâturin des près. 

Se trouve dans tous les prés. Fournit un assez bon fourrage. 

H. DE SPANT. — Voir ARNICA. — Arnica. 

Une infusion ranime une personne venant d'éprouver une 
frayeur, une émotion, etc. 

H. DEL BRI. — Yincetoxicum nigrum. îs\2Lnc\\. Dompte-venin 
noir. 

Racine anti-venimeuse et nettoyant les plaies. Feuilles vomitives. 

H. DEL FETGE. — Tlepalica triloha. DC. Hépatique à 
3 lobes. 

Autrefois employée dans les maladies de foie. Feuilles pour 
les maux d'yeux. 

H. DEL GAT. — T^epetacataria. L. Nepète des chats. 

Les chats se roulent sur cette plante dont ils aiment l'odeur. 
Emménagogue. 

H. DEL MORO. — J{eseda Phyteuma. L. Réséda raiponce. 

Importée par les Maures. Autrefois employée comme calmante. 

H. DEL P AST ORET . — Capsella Bursa-Pashris. N{2Lnch. 

Souvent vue par le berger. Arrête les crachements et vomisse- 
ments de sang. 

H. DEL TALL. — Jlchillea milîefolium . L. Achillée mille- 
feuilles. 

Employée contre les coupures, les contusions. Calmant du sys- 
tème nerveux. 

H. DEL TRAHIDOR. — Brunella vulgaris. L. Brunelle vul- 
gaire. 

Tisane donnant du courage au traître (légende). Améliore les 
clous et furoncles. 



— 248 — 

H. DEL ENAYGAMENT. — Scabiosa succisa. L. Scabieuse 
succise. 

L'infusion combattrait la langueur, la tristesse. Bonne pour les 
maladies de peau. 

H. DE LA IRA. — Voir H. CAXALERA. — Jusquiame. 

Calme la rage, la colère causées par les maux de dents. 

H. DE LA MARE DE DEU. — Voir H. DE PARET. — 
Pariétaire. 

Les feuilles s'accrochant sur les draps blancs, forment des or- 
nements religieux. 

H. DE LA MELSA. — Scolopendrium officinale. L. Scolopen- 
dre officinale. 

Feuilles sudorifiques ; contre les engorgements de la rate et du 
foie. 

H. DE LA PEDRA. — Tierniaria glabra. L. Herniaire 
glabre. 

Diurétique ; employée dans les hernies, pour dissoudre les 
calculs de la gravelle. 

H. DE LA TRINITAT. — Viola Mcolor. L. Violette ou 
pensée tricolore. 

Trois couleurs comme la Trinité comprend 3 personnes. Dépu- 
ratif du sang. 

H. DE LAS ENCANTADES.— Circœa luletiana. L. Circée 
parisienne. 

Aimée des fées ; appelée aussi, en France, h. aux sorcières. 
Inutilisée. 

H. DE LAS GOTAS. — Arishhchia rotunda. L. Aristoloche 
ronde. 

Vin arrachant les gouttes de sueur. Racine fortifiante et emmé- 
nagogue. 

H. DE LAS SCROFULES. — Scrofularia aquatica. L. Scro- 
fulaire aquatique. 

Cicatriserait les tumeurs scrofuleuses. Purgative et vomitive, 
mais inutilisée. 

H. DE LAS TALPES. — Batura Stramonium. L. Datura 
Stramoine. 

Vénéneuse. Son odeur repoussante chasserait les taupes. 

(A suivre). 



HISTOIRE LOCALE 

Figures 
d'Evëques Roussillonnais 

Pierre de Çagarriga 

Évêque de Lérida (1403-1407) 
er archevêque de Tarragone ( 1 407- 1418) 

François de Çagarriga qui, vers le milieu du xiv*" siècle, 
fut successivement châtelain d'Opol (1) et viguier de Rous- 
sillon (2) eut trois fils : Raymond, François et Pierre, Cha- 
cun d'eux occupa dans la société une situation élevée. L'aîné, 
seigneur de Pontos, Crexell et Baraça exerça les fonctions 
de gouverneur des comtés de Roussillon et Cerdagne, de- 
puis 1387 jusqu'en 141 1 (3). Le cadet, qui était seigneur de 
Corbère (4) fut tour-à-tour châtelain du château royal de 
Perpignan (5) et gouverneur de Sardaigne (6). Pierre, le 
plus jeune, entra dans les ordres. Son nom, ses titres, ses 
qualités le désignèrent au choix de ses supérieurs qui lui 

(i) Archives des Pyrénées-Orientales, B. i33. 

(2) Id.. B. 121. 

(3) Id., B. 174, 187 et 2o3. 

(4) Une notice biographique sera spécialement consacrée à ce personnage 
dans l'Tiistoire du Château de Corbère que je me propose de faire paraître 
incessamment. 

(5) Archives des Pyrénées-Orientales, B. 181. 

(6) Id., B. 192. 



-i 25o — 

firent gravir les plus hauts degrés de la hiérarchie ecclésias- 
tique. C'est ainsi qu'il fut mêlé aux plus importants événe- 
ments religieux et politiques de son siècle. 

/. — Chanoine et archidiacre de Venasque 

En embrassant l'état ecclésiastique, Pierre de Çagarriga 
se pourvut du double diplôme de licencié en droit civil et 
canonique. 11 obtint successivement deux canonicats, l'un 
dans l'église d'Elne et le second dans celle de Maillorque ( i ). 
Lorsque Pierre de Luna fut élu pape sous le nom de Be- 
noit XI II, Pierre de Çagarriga était titulaire de l'archidia- 
coné de Venasque, dans le diocèse de Lérida. Le nouveau 
Pontife attacha le jeune archidiacre à sa cour, comme 
camérier. 

A peine fixé dans le palais d'Avignon, Benoit XI 11 en- 
voya des lettres apostoliques à François-Clément, chanoine 
de Barcelone, pour l'investir du titre d'administrateur-géné- 
ral des dignités et bénéfices ecclésiastiques qu'il possédait, 
lorsqu'il portait le titre de cardinal de Sainte-Marie-en-Cos- 
medin. 11 le chargeait, en même temps, de recueillir toutes 
les sommes appartenant à la Chambre apostolique. Pour le 
seconder dans cette lourde charge, François-Clément s'ad- 
joignit comme substitut l'archidiacre de Venasque (2). 

Pierre dje Çagarriga défendit dès lors avec ardeur la 
cause de son maître. 11 mit au service du parti de Pierre de 
Luna un zèle actif et désintéressé, 11 lui prêta l'appui de sa 
personne, le concours de son influence et de sa fortune, 
avec une persévérance et une fidélité qui ne se démentirent 
jamais. 

11 entre ostensiblement en scène au mois de décembre 
1398. Un concile réuni à Paris, au mois de mai précédent, 

(1) Villanueva, Viaje liierario a las igtesias de Espana, t. XVI 1, p. 26. 
( 2) Archives des Pyrénées-Orientales, B. 171. 



— 25l — 

avait décrété le retrait d'obédience au pape d'Avignon, et 
les cardinaux avaient supplié le maréchal de Boucicaut de 
leur prêter main-forte contre Pierre de Luna. Sur les or- 
dres de Charles VI, Boucicaut vint assiéger Avignon où 
Benoit XJIl se tenait bloqué avec trois cents Aragonais 
que commandait son propre neveu, Rodrigue de Luna. 

Voyant le pape dans cette extrémité, Pierre de Çagarriga 
n'hésite pas un instant à voler à son secours. Il équipe à ses 
frais une flotille et, du 9 décembre 1 398 au 2 janvier suivant, 
reçoit à Collioure les engagements de plusieurs cheva- 
liers catalans. Parmi eux, il convient de citer François de 
Pau (i), Raymond de Stanybos (2), Ferrer de Sant- 
Marti (3), Bernard de Vilacorba (4), Pierre d'Ortafa (5) qui 
partirent en guerre avec un certain nombre de leurs hommes 
d'armes. Jean de Rivesaltes, sacristain de l'église Saint-Jean 
de Perpignan et frère Arnald, abbé de Saint-Jean-des- 

(1) François de Pau joua un certain rôle au palais des papes à Avigrton. 
11 fut à la tête des escortes qui accompagnaient les ambassadeurs envoyés 
par Benoit XI 11 à ses compétiteurs. A l'extinction du schisme, on le retrouve 
à Collioure où il percevait des rentes sur les leudes de cette petite ville 
maritime. (Archives des Pyrénées-Orientales B. 201 et 233). 

(2) Raymond de Stanybos devint viguier de Confient. ( B. 209). Son 
père, Pierre-Guillaume de Stanybos avait été camérier de la reine Eléonore 
d'Aragon (B. 100) et viguier de Roussillon (B. ii5). H obtint par la 
suite les seigneuries d'Espira-de-l'Agly et de N.-D. de Pena. 11 habitait 
Rivesaltes et y possédait des moulins (B. 118). 

(3) Ferrer de Sant-Marti était seigneur de Maurellas (B. 21 5). 

(4) Bernard de Vilacorba acquit la chàtellenie d'Opol, par voie d'achat, 
de Berenger de Perapertusa ( B. i53). Celui-ci l'avait aussi achetée à 
François de Çagarriga. Plus tard il démissionna en faveur de Pierre d'Or- 
tafa qui avait épousé une de ses nièces (B. 253). 

(5) Pierre d'Ortafa, troisième fils de Berenger V d'Ortafa et d'Aldonsa 
de Cruilles, se maria à Isabelle Sa Portella, héritière de la seigneurie de 
Théza. Châtelain d'Opol, il guerroya dans le royaume de Naples, sous les 
ordres d'Alphonse V en même temps que son frère Jaufre, gouverneur de 
Minorque (B. 268). En 1462, il délivra la reine d'Aragon assiégée dans 
Gerone par les catalans révoltés et commandés par le comte de Pallars 
( B. 292). Son fils Pierre, qui fut un des héros du siège de Perpignan en 
1475, fut nommé gouverneur des comtés de Roussillon et Cerdagne en 
.494 (B. 357). 



2D2 



Abadesses firent aussi partie de l'expédition (i). Cette flotille 
débarqua aux Bouches-du-Rhône au mois de janvier i 399 et 
suivit la double rive jusqu'à Fourques. Le sénéchal de 
Beaucaire réunit ses forces et fondit en vain sur les catalans. 
Après quatre mois de luttes et d'efforts, sur un commande- 
ment reçu du roi de France, Boucicaut leva le siège pour 
faire simple garde autour du château. Dans la nuit du 
12 mars 1403, Pierre de Luna s'échappa du palais d'Avi- 
gnon par une brèche pratiquée aux murs de Notre-Dame des 
Doms et parvint sans obstacles jusqu'à Château-Renard, 
sous la garde du chevalier François de Pau. 11 erra pendant 
quelque temps en Provence, passa successivement à Car- 
pentras, Marseille et Tarascon, cherchant à se procurer 
l'auréole qui s'attache aux grands fugitifs. 

JJ. — Évêque de LérUa 
(1403-1407) 

C'est de Tarascon que Benoit XI II lança, le 3 décem- 
bre 1403, la bulle nommant Pierre de Çagarriga à l'évêché 
de Lérida. L'historien Villanueva affirme avoir lu dans les 
archives capitulaires de Maillorque l'original de la lettre que 
l'évêque-élu écrivit au Chapitre de cette Eglise pour lui faire 
connaître sa promotion à l'épiscopat. Les chanoines lui firent 
une réponse conçue en termes affectueux et flatteurs, au dire 
du même historien (2). 

Pierre de Çagarriga prit possession de son siège, le 1*' jan- 
vier 1404, par l'intermédiaire de deux procureurs: Bernard 
de Sos, citoyen de Barcelone, et Bernard Mascadi, bache- 
lier en droits. 11 leur avait transmis ses pouvoirs dans une 
lettre qu'il leur avait expédiée de Tarascon, le i3 décembre 
précédent. Comme don de joyeux avènement, le duc d'Or- 

(1 ) Archives des Pyrénées-Orientales, B. 171. 

(2) Villanueva, Kiaje Uterario a tas iglesias de Espana, t. XVI 1, p. 26. 



— 253 — 

léans, qui défendait alors le parti de Benoit XIII, remit ce 
jour-là au nouvel évêque de Lérida six tasses d'argent. 

11 fut toujours éloigné de son diocèse. L'administration 
ecclésiastique fut laissée entre les mains de son vicaire- 
général Jean Anglade, archidiacre de Tarrantona. Quant à 
lui, il prenait une part active aux négociations qui se pour- 
suivaient péniblement entre les antipapes dans le but de met- 
tre fin au déplorable schisme d'Occident. 

JJJ. — Jlmbassadeur à J{ome 
( ' 404) 

De l'abbaye de Saint-Victor-de-Marseille où il avait fixé 
sa tésidcnce, Benoit XI 1 1 s'occupa, dès le mois de mai 1 404, 
de frayer le chemin à quatre légats qu'il désirait envoyer à 
Rome, auprès de Boniface IX, son rival. Ces quatre pléni- 
potentiaires étaient avec Pierre de Çagarriga, Pierre Revat, 
évêque de Saint-Pons, Antoine, abbé de Saint-Facond-de- 
Sahagun, et Bertrand Raoul, procureur de l'ordre des Frè- 
res-Mineurs. 

Le 16 août 1404, Boniface IX accorda un sauf-conduit à 
l'ambassade et à son escorte composée de soixante cavaliers 
et de vingt hommes de pied, sous la conduite du chevalier 
François de Pau. Ce cortège arriva à Pérouse le i 2 sep- 
tembre, et repartit le lendemain pour Rome. 

L'accueil que Boniface IX lui fit ne laissa rien à désirer. 
Deux évêques s'avancèrent hors des murs pour saluer, de la 
part du Pontife de Rome, les envoyés de Benoit XIII. Il 
fut convenu qu'une audience serait accordée à ces derniers, 
le 22 septembre suivant. 

Durant l'entrevue, Pierre de Çagarriga mit en avant, 
comme excellent moyen de terminer le schisme, la solution 
suivante : un projet de rencontre entre les deux papes. Bo- 
niface IX fit attendre huit jours la réponse à cette pro- 
position. L'Abbé J. Capeille. 
[Jl suivre). 



LIVRES ^ REVUES 

La J{evue catalane fera connaitre a ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire. ^^^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 

Publications reçues : La T'eu de Catalunya, El Pobte català, La Coopéra- 
tion des idées, "BuHleti det Centre excursionnista de Lleyda, Cu-cut, "El Puigmat, 
Terra "Valenciana, Enciclopedia catalana, Gent "Nova, La Cigalo Uenguadou- 
ciano, f^evista vegetariana, En Patufet, La Terro d'Oc, T^evue du Iradilion- 
nisme. 

Enciclopedia catalana. 

Nous avons reçu le numéro 12 de cette intéressante publication que nous 
recommandons à nos lecteurs. 

Anthologie catalane 

Notre ami Jean Amade, professeur agrégé au Lycée de Montpellier et 
secrétaire de la Société d'Etudes catalanes, vient de faire paraître son antho- 
logie catalane (1 ' série : Les poètes roussillonnais) avec introduction, biblio- 
graphie, traduction française et notes. Perpignan, J. Comet, 8, rue Saint- 
Dominique, 3 fr. 5o. 

Nous avons donné (T^eviie Catalane, j5 juillet 1908) une partie de l'intro- 
duction où l'auteur, après avoir expliqué son but, adresse un vibrant appel 
aux jeunes poètes roussillonnais et passe en revue tous les efforts littéraires 
de leurs devanciers. 

Nos principaux poètes y sont appréciés comme il convient. Mais l'auteur 
insiste surtout sur deux d'entre eux, Saisset et Bonafont et l'on sent qu'il 
éprouve autant de regret à critiquer le premier que de plaisir à faire l'éloge 
du second. 

Cet éloge et cette critique sont également mérités : Oui, il est vrai dédire 
de Saisset que « s'il n'eût pas douté de sa langue et — on peut bien le dire 
malgré tout — s'il eût moins douté de lui-même, il aurait pu laisser dans 
les lettres roussillonnaises un plus grand nom, à la postérité une oeuvre plus 
pure. » 

II est vrai de dire de lui qu'il « a été un mauvais éducateur artistique de 
la foule » ; qu'il a « rendu un mauvais service à la langue de sa province » 
parce qu'au lieu de « la protéger contre la corruption dont le français la 
menace, au lieu de stimuler ses forces de résistance en écrivant des œuvres 
plus conformes à son génie, il a facilité cette corruption » ; enfin qu'il a 
commis une erreur en employant une orthographe qui « déforme les mots. 



— 155 — 

les rendant méconnaissables et barbares à l'aide de procédés souvent contra- 
dictoires et toujours puérils. » 

Mais malgré tous ces reproches mérités à l'adresse de Saisset, on sent, 
entre les lignes, que l'auteur éprouve une secrète sympathie pour le poète 
qui a su non seulement faire rire le gros public « par la nature bouffonne des 
sujets et le caractère plaisant ou ridicule des personnages, par les réflexions 
drôles et les bons mots, par une langue familière et imagée » mais aussi faire 
sourire les délicats « par des scènes de vie et d'observation, par l'exactitude 
impeccable des types, fidèlement dépeints dans leur langage même et dans 
leurs gestes coutumiers, par des traits d'esprit qui portent juste, par un 
choix minutieux et avisé de pittoresques épithètes et de justes comparaisons, 
enfin, chose très importante, par une versification ingénieuse et souple qui 
s'adapte à merveille à chaque sujet. » 

Pour M. Bonafont (Lo Pastorellet de la Vall d'Arles) les éloges succè- 
dent aux éloges, et c'est justice. « Lo Pastorellet est le poète le plus complet 
et le plus digne du nom de poète, c'est-à-dire à la fois le plus éloquent et le 
plus délicat, le plus vigoureux et le plus sensible qu'ait produit la terre rous- 
sillonnaise. 11 personnifie par ses œuvres la renaissance catalane en Roussillon ; 
il en est le point culminant et son nom mérite de passer les étroites fron- 
tières de notre province. » 

Dans le poème biblique ou évangélique, sa poésie exhale « je ne sais quels 
purs et mystiques parfums de livres sacrés » et dans le poème historique ou 
national « où son âme de Catalan a frémi de belle indignation au spectacle de 
sa terre foulée aux pieds par le vainqueur, sa strophe semble se dresser tout 
en armes pour la défense et le châtiment. » 

Mais le Pastorellet est aussi et surtout un élégiaque. « Il s'afflige avec nous 
sur le sort de cette pauvre mère courbée par la douleur près d'un berceau 
vide ; il verse des larmes sur le tertre d'un ami ou de la femme qui lui donna 
le jour ; la feuille dont se joue la tempête, le chêne dépouillé, le mélancolique 
rouge-gorge, l'hirondelle victime du cruel hiver, tout arrache des accents 
plaintifs à sa muse tendre et sensible. » 

On a reproché au Pastorellet, comme d'ailleurs aux Talrich et aux 
Pépratx, d'avoir emprunté certains mots au catalan d'Espagne et à la langue 
catalane ancienne. 

M. Jean Amade reconnaît, en effet, que ces poètes « auraient peut-être 
évité une bonne part des critiques s'ils s'étaient maintenus avec plus de per- 
sévérance, chaque fois qu'ils en ont eu l'occasion, dans le domaine propre- 
ment roussillonnais de la langue contemporaine ». 

Après cette longue, mais très intéressante introduction, et une bibliogra- 
phie très complète des poètes roussillonnais, vient l'anthologie proprement 
dite qui contient les meilleurs extraits des œuvres d'Antoine Jofre, Justin 
Pépratx, Albert Saisset, Pierre Talrich, Jacques Boher, Joseph Bonafont, 
etc., et qui se termine par des extraits de l'ancien théâtre catalan en Rous- 
sillon. 

L'anthologie de notre ami Jean Amade se distingue des anthologies pré- 
cédemment publiées : i par le choix des morceaux qui sont tous d'auteuts 



— 256 — 

roussillonnais ; 2° par la traduction française des textes qui permet de faire 
connaître aux étrangers les poètes du Roussillon ; 3° par l'importance donnée 
à la partie bibliographique ; 4° par les extraits de l'ancien théâtre catalan. 
A ces divers titres, la nouvelle anthologie réalise un progrès, et nous ne 
saurions trop féliciter l'auteur pour cette oeuvre de propagande régionaliste 
aussi bien comprise. 

L'Imprimerie à Perpignan- 
Nôtre confrère M. Comet vient de publier un ouvrage très intéressant, 
auquel il travaillait depuis plusieurs années : c'est l'Histoire de l'Imprimerie à 
Perpignan depuis les origines jusqu'à nos jours. 

]] faut longtemps, en effet, pour recueillir les notes qu'il a accumulées en 
visitant de nombreuses bibliothèques, en fouillant dans diverses archives, 
tout en s'occupant de fonctions absorbantes. 

Mais il est parvenu, nous devons le reconnaître, à nous donner la chaîne 
ininterrompue des imprimeurs, depuis les célèbres copistes et les contempo- 
rains de Gutenberg jusqu'à leurs modestes successeurs de nos jours. 

L'imprimerie Arbus, notamment, qui avait été fondée en i585 par un 
Barcelonais, existe encore à Perpignan : c'est celle que la famille Reynier 
a conservé près de deux cents ans et qui est aujourd'hui entre les mains de 
M. Rondony. 

Dans une deuxième série défilent de curieuses figures, parmi lesquelles 
Guillaume Agel, de Thuir, à la fois instituteur, greffier, juge de paix et 
homme politique de l'époque révolutionnaire, qui imprimait de ses mains 
les oeuvres les plus diverses. 

Ce livre constitue un chapitre de l'Histoire du Roussillon écrit par un 
homme du métier. 11 intéressera vivement tous les bibliophiles. 

Vallée de Cauterets 

M. A. Meillon vient de publier un ouvrage très intéressant intitulé 
"Esquisse toponymique sur la vallée de Cauterets, un vol. in-8° de 396 pages, 
prix 6 francs, par la poste, 6 fr. 5o, librairie Tholabot, a, place Saint- 
Martin, Cauterets (Hautes-Pyrénées), ou chez l'auteur, 5, rue de Gon- 
taut-Biron, Pau. 

M. A. Meillon qui a présidé la Commission de Topographie et de 
Toponymie au Congrès de la Fédération des Sociétés pyrénéistes à Perpi- 
gnan, a arrêté les détails d'organisation du travail de rectification des noms 
de lieux pour chacune des vallées des Pyrénées. Le livre concernant la 
vallée de Cauterets peut servir de modèle à des études du même genre sur 
les autres vallées pyrénéennes. Ce volume est donc intéressant, non seule- 
ment pour la vallée de Cauterets, mais aussi pour toute la région des 
Pyrénées. 

Nous le recommandons à ceux de nos confrères qui s'occupent de topo- 
nymie. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COMET, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



N» 21 15 Septembre 1908. 

<^>^<t§TNi.t^T)>&c^TN4.c^'>i ct8'3>4.<^TSi.<^TNi. C^'>&.c{§TNi.c^'3vi. C{8TN&.(^TNi.C^TNi (î§Os&C^TN&t^TNS. 



Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 



REVUE 



Les Articles parus dans la Revue M '^ ^^ ^^^ ^^ T ^^ l^J ■? 

n'engagent que leurs auteurs. ^■^Aflk A A A A^ A A A ^ 4L# 

c^'Jsi.c^TNicfg'JviC^'Jsi.t^'Svi, C{g'^^i,c^'^^C{§'î^i, ttgTNi.cJg'J^i.t^TNi, C^'Bsi.ctgTSicJg'ÎNi c^'5vic^'î>S,C^'3>& 

Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 

VERSION CATALANE O 

L'estany de Carança 

L'estany de Carança î... res al mon de mes trist ! 
iVlolts son desencantats desprès de l'haver vist. 
Les congestes (2) de neu, profondes, infusibles ; 
Uns précipices alts, â l'home inaccessibles ; 
Montanya sens verdura y tenint front pelât ; 
Ninguna trassa Humana, un désert en pobresa, 
Tôt vos serra lo cor y vos dona tristesa ; 
S'aparten los remats d'aqueix lloch de horrors ; 
La miseria y la fam hi derrâman (3) llurs plors. 
Si per cas l'aucell roda en aquesta montanya, 
Es qualqu'aucell de nit vingut de terra estranya. 

(Antoine Jofre, Les bruxes de Carança). 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une note supérieure à la moyenne 
au dernier concours 

Jean DE TRUCALEMBUT 14 sur 20 

Ambroise MALAPLATE, élève au Collège i3 sur 20 

Ml Ml, élève aux Cours secondaires 12 sur 20 

LA GUIDETA, modiste 12 sur 20 

Francesch RIBERA, de Barcelone 10 sur 20 

(i) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint' 
Dominique, avant le i«i' octobre 1908. 
(2) Amoncellements. 
(3 ) Répandent. 



AVIS IMPORTANT 

Dans l'article de M. Pastte Lût langue catalane populaire en T^ous- 
sillon, paru dans le dernier numéro de la T^evue, il s'est glissé un 
commentaire désobligeant pour M. l'abbé Sarrète, et certains de 
nos confrères nous en ont fait l'observation. Le Bureau déclare 
qu'à l'avenir, bien que les auteurs soient seuls responsables des 
opinions émises dans leurs articles, il veillera à ce qu'un incident 
aussi regrettable ne se renouvelle plus. N. D. L. R. 



Aux Jeux Floraux de Puigcerda 

m 

Notre confrère et ami, M. François Tresserre, a prononcé 
aux Jeux Floraux de Puigcerda (i) un discours d'une magni- 
fique envolée. Par ce discours, prononcé en catalan, l'excel- 
lent poète qui manie si bien la langue de Musset, a voulu 
prouver à tous qu'il n'avait pas oublié la langue de sa chère 
Cerdagne et qu'il savait s'en servir, au besoin, pour chanter 
la petite patrie en des tirades aussi harmonieuses que pro- 
fondément émues. 

Les journaux locaux ont donné la traduction française du 
discours de M. François Tresserre. Mais nos lecteurs nous 
en voudraient si nous ne leur procurions le plaisir d'en 
savourer le texte. Aussi nous empresssons-nous de le publier. 

sobirana gentil, 
Dames y Cavallers. 

Acabada la festa, desfet jà '1 pomell de Hors, emmudits els 
cants melodiosos, me toca a mi cumplir un dever — un dever 
qu'es una gran honor per mi — el de remerciar â tots els qui heu 
contribuhit â fer d'aquest admirable aplech un goig de l'anima, 

(i) Voir T^evue Catalane n° 19, page 222. 



— 259 — 

una joya pe'ls uUs, y pera nostra cara Cerdanya una d'aquelles 
dates solemnes que la Musa, ab son estilet d'or, gravarà en les 
planes de marbre de l'Historia Literaria entre les Corts d'amor 
del rey Renat, els jochs dels Trobadors en els jardins de Clé- 
mencia Isaure, y el Cinquantenari dels Jochs florals que feren 
esplendir, en el Maig d'enguany, â Barcelona, y per Catalunya 
tota, l'aurora brillantissima d'un nôu Renaiximent. 

Comenso per acatarme devant la Sobirana gentil que presideix 
aquest acte remerciantli fondament d'haver vingut â representar 
entre les garlandes de flor, la mûsica y les estrofes, aqui entre 
nosaltres, l'etern Idéal. 

Que es, sino la poesia ? Abans que jo, ho ha dit un gran poeta 
de ma terra : « La poésie, c'est une femme et des fleurs. » Y vos, 
gentil Sobirana, nos heu acullit ab l'esquisit somriure de la dôna, 
y els poètes, y cadahu de tots nosaltres, ha descovert que vostra 
anima, Senyora, té tôt el perfum d'una flor... 

Haig de remerciar també als molt distingits concellers d'aquest 
Ajuntament, y en particular al simpàtich Alcalde que goberna 
aqueixa noble y herôica vila. Gracies â ells, Puigcerdà ja no sera 
tan sols la capital d'aqueix trocet de Paradis que 's diu Cerdanya; 
la vila dels Héroës ho sera també dels poètes ; y si jo haguès de 
dibuixar per son blasé armes parlantes, al escut de Puigcerdà hi 
gr^varia : una espasa victoriosa engarlandada de xucla-mel y jas- 
semins. 

Mercès també als ofertors de premis, qu'han omplert la cistella 
de la Musa cerdana ab flors d'or y d'argent, volums preuhats y 
bronzes. Gracies â 'n aquests Mécènes generosos, perdurarâ à la 
taula ahont el poeta somnia y treballa una memoria ; memoria que, 
en les hores de lassitut y descoratge, li recordarâ l'actual diada y 
se reencendra ab l'entusiasme de nostra fé en l'avenir y ab l'amor 
que tots sentiû per les terres d'Occitânia. 

Vull remerciar ademès â les altes personalitats espanyoles y 
franceses, que de Girona, de Barcelona, de Ax 6 de Perpinyâ son 
vingudes â honrarnos y â transformar aquesta réunie en un véri- 
table parlament d'Animés, ahont lluny de contingencies politiques 
6 socials, vindran â trenarse les intrencables aliances dels esperits 
y dels cors ; y permeteume saludar particularment: 

— A M.Delcassé, illustre inspirador d'aliances y tractats y, per 



— 260 — 

la Cerdanya, de) ferro-carril quai nom figurarà indubtablement en 
l'Historia, y qu'hauria vingut â fer lluhir encara mes aquesta Jor- 
nada de gracia y poesia, si no'l retinguessen â casa seva preocu- 
pations d'ordre familial... 

— Als senyors diputats. 

— A don Eusebi Bertran y â don Emili Junoy que tant se des- 
viuhen per tôt quan pûga mellorar la Cerdanya. 

— A don Isidro Riu, fill de Puigcerda, président actual de la 
Diputaciô provincial de Girona, pera qui aquesta diada es una 
vera festa da familia, 

— Al gênerai de Ribera, actual gobernador militar de la Pro- 
vincia, que'ns visita cada any y que may ha olvidat el temps 
aquell, en que passejava pel carrer de sancta Maria els galons de 
tinent qu'un dia havian de cambiarse ab la faixa de gênerai. 

— Als senadors francesos, MM. Pams y Vilar, cerdans abdos 
adoptiiis que fins els nostres pagesos de montanya reconeixen al 
passar. 

— Y al meu amich particular M. Emmanuel Brousse, el bril- 
lant diputat dels Pirineus-Orientals que, de tant temps hà, con- 
fraternisat ab nostres germans els catalans de Catalunya y sembla 
haver près per devisa de conducta els célèbres versos del gran 
Lamartine : 

L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie, 
La fraternité n'en a pas. 

Remercio igualment als Illustrissims senyors bisbes d'Urgell y de 
Perpinyâ. La Dur presencia entre 'Is padrins dels Jochs florals 
qu'acaban de naixer té una explicaciô natural. A tôt bateig hi cal un 
sacerdot. Nosaltres hi tindrem dos bisbes. L'infant forsosament 
ha de creixer, y devant son bressol ovira ja un bell parvenir... 
Ademès, que no abundan pas a una y altra banda de frontera 'Is 
poètes d'armusa y de bonet ? Aplaudiu, donchs, els noms prou 
coneguts de mossen Jaume Collell, illustre président actual dels 
Jochs Florals de Barcelona, de mossen Costa y Llobera, el savi 
prosodista de les Tioracianes ; ploreu â mossen Boher, l'autor de 
yjnmacuîada y al mes gran de tots, aquell que 's destaca sobre tots 
els poètes com un altre Montserrat al mitg de les valls dels Llo- 
bregat : Jacinto Verdaguer, el geni de l'Atlantida y del Canigé... 



— 261 — 

Gracies encara aïs nostres companys de la Prempsa espanyola 
y de la Prempsa francesa, que enamorats de la llum, â l'avant- 
guardia de les idées, van sempre a la conquesta d'una civilisaciô 
mes pura, y que, com els soldats de Gedeô, dirian que marxan al 
combat brandant una atxa encesa... 

Pcr fî, remercio als poètes qu'han vingut de les quatre parts 
de! horitzô â magnificarnos la beutat de la petita Pâtria que sin- 
tetisa y serva totes les beutats eternals : une estrella per si sola 
proclama tôt l'infinit ; totes les remors de la terra canten en el 
brancâm d'un sol pî ; tôt l'orgull d'una naciô planta en un sol clo- 
quer. La Cerdanya — meytat de Fransa, meytat d'Espanya — 
havia trobat ja en el patriota Francesch Matheu son Rouget de 
risley saMarsellesa,comab el meu volgut amich Narcis Oller havia 
trovat jà també '1 pintor pintoresch y tendre de ses costums, de 
SOS usatges, de sos horitzons ; demà tindrà la Cerdanya, gracies 
als Jochs Florals d'avuy, cent poètes y novelistes que descriuran al 
mon enter, aquest meravellos pais de cels serens, de verdor y de 
frescura que vetlla '1 Puigmal y el Segre rega. 

Els poètes cantarân... mes, per venturâ?no canta ja la Cerdanya? 
per si sola ? per tôt aquell qui sab veure y compendre ? un poema 
y una filosofia... Sos estanys tenen la candor somniosa dels idilis; 
la cansô de sos torrents ritma, segons las faysons mes classiques, 
nostres meditacions y pensades ; dirien que l'angel dels seus cels 
d'estiu escriu alla dalt ab les lettres d'or de les estrelles els grans 
problèmes de la vida y del desti ; y si escaleii les altures que'ns 
rodejen — de les que apar que tôt se fa, en una suprema har- 
monia, — la veu de la solitut nos dona savis conseils de moderaciô y 
avinensa, mentres qu'ai cim de les superbes rutes qu'atravessen les 
collades fent via vers el pais del Cid, 6 al de Voltaire, el Pro- 
grès, de peu dret, somriu â la fraternitat dels nostres pobles 
vehins mogut al impuis d'antigues simpaties y d'aspiracions comuns. 

Y ara, ja, Poètes, a reveurer î a reveurer, vosaltres que 'ns heu fet 
somniar y viurer aquesta jornada de l'Edat d'or. 

A reveurer fins à la vinenta ! Vosaltres, oh. Dames ! que sôu pels 
somniadors l'inspiracio y la consciencia de la beûtat y qu'ab un 
moviment de vano, un mot 6 un somris, ens torneu diariament la 
realitat viventa de les Muses, filles dels Deus immortals. 

François Tresserre. 



VS!^^J'0S^^J"^IS^^JV!!^^i''J'^S^^J'0S^^J 



Le Carnaval d^autrefois 
à Prats-dc-MoUo 






(Souvenirs de ma belle-mère) 



Dédié à tous les amants fidèles du Haut-Vallespjr. 

Le prologue du Carnaval se jouait le lendemain de la Noël : 
« Louera-t-on les musiciens?» demandaient les demoiselles aux 
garçons, qui répondaient affirmativement. Ceux qui voulaient entrer 
dans le comité des danses, devenir « pabordes », se réunissaient 
dans une auberge, de préférence chez les Susplugas ; plus ils 
étaient nombreux, plus ils étaient contents, car ils assuraient plus 
facilement l'éclairage, un de leurs gros soucis. Maintenant, l'élec- 
tricité chasse régulièrement nos ténèbres, mais alors, pour éclairer 
la place toute une soirée, deux hommes devaient aller sur le Ca- 
nigou, vers Py, chercher des « télls » et des « ginebres », des 
tillaux et des genévriers, deux arbrisseaux au bois très inflamma- 
ble ; dans les fermes, on les brûlait comme des chandelles ; pour 
la ville, on les taillait en morceaux qu'on entassait dans quatre 
grilles, quatre paniers en barres de fer, suspendus aux quatre 
coins de la place ; deux hommes étaient chargés de les allumer 
et d'entretenir le feu ; les morceaux qui tombaient à moitié con- 
sumés s'amoncelaient sur le sol et, tout en regardant danser, les 
vieux de la ville haute se chauffaient à ce brasier. 

Comme aujourd'hui, les musiciens faisaient régulièrement, le 
midi avant dîner et le soir après souper, un « passeville » à tra- 
vers les principales rues ; pour les éclairer à la nuit, quatre hom- 
mes les escortaient, portant une «paella castanyera», une «poêle 
à griller les châtaignes», pleine de «télls» et «ginebres» incan- 
descents. 

La nuit du premier de l'an se passait presque toute entière en 



— 263 — 

sérénades ; un vieux, une lanterne à la main, accompagnait les 
musiciens et les « pabordes », frappant à toutes les portes ; la 
« cobla de joglars », la musique jouait un morceau plus ou moins 
court, plus ou moins joli, suivant la position des habitants, la 
beauté des filles, les sentiments qu'elles inspiraient aux « pabor- 
des » ; puis notre homme souhaitait à tous la bonne année : chez 
nous, par exemple, il criait: « Senyor Joan Guiu, vos desitjem 
un bô principi d'any, en companya de la familia », « Monsieur Jean 
Guiu, nous vous souhaitons un bon premier de l'an, à vous et votre 
famille ». 

Le premier de l'an et le dimanche gras, les « pabordes » et les 
musiciens effectuaient et effectuent encore le « llevant de taula », 
le « lever de table », c'est-à-dire qu'ils passent dans les maisons, 
à la fin du dîner, au dessert, vraie signification des mots « llevant 
de taula » ; les musiciens jouent un morceau aux convives pendant 
que les « pabordes » font une quête ; qui ne veut rien donner 
ferme sa porte, mais, sauf pour les familles en deuil, le fait est 
très rare ; les plus pauvres considèrent comme un honneur de ver- 
ser leur obole. Cette quête est une des principales recettes, les 
autres se composent du prix des danses, des abonnements et des 
offrandes aux « balls de confits y de ramellets », aux « danses de 
dragées et de bouquets ». Le « llevant de taula » prend beaucoup 
de temps ; pour l'abréger, les intéressés se divisent en deux grou- 
pes qui visitent chacun une moitié de la ville. 

On dansait chaque dimanche, mais mon père ne nous laissait pas 
sortir le soir avant le dernier vendredi ; à notre grand dam, nous 
restions à la maison, nos amies nous rejoignaient et dans une salle 
immense, une vraie salle de bal, nous organisions toutes sortes de 
jeux, nous chantions, nous courions, nous sautions, nous dansions 
même ; hélas î malgré les amusements que nous inventions et que 
mon père tolérait, si bruyants qu'ils fussent, quand nous enten- 
dions la musique battre en quelque sorte le rappel au « passeville », 
nous nous croyions en pénitence. Avec quelle impatience nous 
attendions, avec quelle joie nous saluions l'aurore du dernier ven- 
dredi, le « divendres del bail de la posta », le « vendredi de la 



— 264 — 

danse de la planche », danse spéciale à ce jour-là et au lundi sui- 
vant. Mais, n'anticipons pas... 

« La Mare de Deu Candelera », la Chandeleur ou Purifica- 
tion (2 février) doit m'arrêter d'abord ; c'est ici « lo dia dels ôssos », 
« le jour des ours », une coutume fort originale que nos temps 
destructeurs ont respectée. Moyennant « un douro y un pareil 
d'espardenyes », « cinq francs et une paire d'espadrilles « quatre 
ou cinq hommes de la « Vila d'amont » (le haut quartier) se réjouis- 
sent de faire les « ours » ; ils s'enduisent de suie le visage et les 
mains, s'habillent de peaux épaisses, chaussent des gros sabots, 
prennent un long bâton de frêne, quittent la ville vers onze heures 
et gagnent, par le Yerger, les bois « del Castell », du Fort la 
Garde ; là, on leur sert un copieux dîner, très largement arrosé, 
car pour bien remplir leur rôle, ils doivent être « un xic engatats », 
« un peu gris ». 

Vers deux heures, ils descendent vers la ville ; ceux qui les accom- 
pagnent les précèdent pour annoncer leur arrivée ; au « Firal », 
« Foirail », des curieux les attendent, presque exclusivement des 
hommes et des jeunes gens ; quelques-uns, armés de vieux fusils à 
piston, sont les chasseurs. Quand les ours s'approchent, titubant 
et s'appuyant sur leurs longs bâtons, une clameur s'élève, les fem- 
mes et les jeunes filles, s'il s'en trouve, fuient à toutes jambes, 
les hommes désarmés se tiennent dans l'expectative, prêts à décam- 
per, les chasseurs posent des capsules et arment leurs fusils. Les 
ours accourent, le bâton menaçant ; les chasseurs les attendent à 
portée, épaulent, visent, tirent ; si la capsule éclate, l'ours consi- 
déré comme tué, doit tomber et tombe de tout son long, sans 
souci de l'endroit ; par contre, si la capsule « fa figa », « n'éclate 
pas », l'ours lance son bâton de toutes ses forces, en travers, 
dans les jambes du chasseur ; à celui-ci de se garer. 

Les ours tués se relèvent un moment après, repartent avec leur 
bâton ; les gens sortent pour les agacer, restant prudemment hors 
de leur atteinte ; quelqu'un se laisse-t-il saisir ? tant pis pour lui, 
les ours le secouent, le bousculent, le noircissent sans pitié ; les 
jeunes filles subissent le même sort, sont lutinées consciencieuse- 



— 265 — 

ment, en dépit de leurs plaintes et de leurs supplications. « Les 
ours ! les ours ! » entend-on de toutes parts, mais on les croit loin 
et ils sont près, ils ont contourné des rues pour surprendre leur 
monde ; ce sont des courses, des poursuites sans fin, des grogne- 
ments féroces et des cris d'épouvante. L'on s'excite mutuellement 
et chacun finit par croire que « c'est arrivé », on entre si bien 
dans la peau des personnages — et des bêtes, qu'on la quitte avec 
peine et regret. La bagarre, quel nom convient davantage ? la 
bagarre dure souvent jusqu'à cinq heures. Un contrepas la termine 
qui réunit côte à côte les ours, les chasseurs et les acteurs mascu- 
lins, c'est-à-dire toute la population, car nul divertissement ne lui 
est plus agréable. 

Jadis, le dernier jeudi avait aussi ses coutumes ; elles furent 
abandonnées pendant mon enfance, mais ma grand-mère me les a 
souvent racontées. Jusqu'au milieu du xix' siècle, Prats fabriquait 
des draps renommés ; une maison, aux portes de la ville, sur l'an- 
cienne route de la Preste, garde encore le nom significatif de 
de « Noch », « moulin à drap » ; tous ceux qui se livraient à cette 
industrie étaient les « Parayres », les « pareurs ». Le jeudi-gras, 
les patrons offraient un grand dîner à tous leurs ouvriers ; le 
menu se composait invariablement d'una (i ollada d'arros am botî- 
farrons », « d'une soupe de riz avec des petits boudins », et d'une 
blanquette de côtelettes de porc avec des pommes de terre, rien 
de plus ; les ouvriers mangeaient avec leurs habits de travail rem- 
plis d'huile et c'est dans la même tenue qu'en sortant de table, 
ils allaient danser « lo bail dels cornuts », «la danse des cocus » ; 
on qualifiait ainsi leurs ébats chorégraphiques. 

Nous arrivons au vendredi ; dès cinq heures du matin, un ou 
deux tambours parcouraient les rues, annonçant la mascarade ; 
vers neuf heures, les travestis sortaient de toutes parts ; les dégui- 
sements attestaient peut-être plus d'esprit que de bon goût, ils 
provoquaient le rire, ils n'avaient pas d'autre but. Un comparse 
montait à cheval, la tête tournée vers la queue, c'était le docteur 
de la troupe ; à certains carrefours, les gens s'assemblaient et 
notre cavalier débitait des vers, catalans bien entendu, souvent 



— 266 — 

faciles et pleins de verve, parfois un peu libres et mordants, mais 
« En carnaval, tôt se val », a En carnaval, tout est permis » ; on 
était indulgent et les personnes visées étaient les premières à s'es- 
claffer, avec une bonne grâce au moins apparente. 

Père Garra, le sergent traditionnel de tous ces divertissements, 
annonçait alors la course de taureaux pour deux heures de l'après- 
midi, sur le Foirail ; il ajoutait que les absents paieraient « très 
Iliures de pega », « trois livres de poix » et tous les enfants de lui 
répondre : « Merda mastega ! merda mastega ! », grossières paro- 
les qui n'ont pas besoin d'être traduites. 

A l'heure de la course, Père Garra se présentait un sabre de 
bois à la main, il allait regarder les boeufs enfermés dans une 
écurie, au fond du Foirail, il entrouvrait à peine la porte, la 
refermait vivement et il s'enfuyait au galop, ne s'arrêtant qu'à la 
porte de France, simulant un si grand et si naturel effroi que tous 
riaient aux éclats. 

La course elle-même n'a pas changé de caractère, les bœufs ou 
les vaches qui font l'office de taureaux, prêtés par les propriétaires 
de la vallée, préféreraient retourner à leurs pacages que trotter 
dans le Foirail soigneusement enclos ; il en est cependant d'hu- 
meur peu souffrante, batailleuse, que les cris, les rires, les bravos 
des spectateurs, les piqûres des banderilles, les agaceries des pica- 
dors rendent furieux ; picadors improvisés, l'arène est libre, y des 
cend qui veut, l'on ne tue pas l'animal, on se borne à lui attacher 
des rubans aux cornes ou à les lui planter au front, le vainqueur 
est celui qui les enlève sans dommage, il fait hommage de sa con- 
quête aux personnes qu'il veut honorer, généralement aux autorités 
qui le récompensent libéralement. Parfois un maladroit, un imprudent 
se laissent attraper, rouler sur le sol ; accoudés aux fenêtres, postés 
dans les jardins, grimpés sur les murs, juchés sur des échafaudages, 
les assistants font monter vers le ciel de formidables clameurs 
d'angoisse, l'on voit des femmes se voiler la face ; plus de peur, 
plus de bruit que de mal, les accidents sont rares, se bornent à 
des chutes sans gravité, des écorchures vite cicatrisées. 

Après la course, on danse « l'encadenat » et « lo bail de la po?ta », 



— 267 — 
faut-il traduire « la sardane enchaînée » et « le jeu de la planche » ? 
Ce sont deux danses traditionnelles, d'origine inconnue, qui res- 
tent vivaces dans notre petite cité. Voici la musique du Bail de 
VEncadenat : 



Metr. J =r 58 



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i"-" Fez et secunda 



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D. C. p. finir 



Musique recueillie par 
M. l'abbé Augustin Puitg. 



(Jl suivre) 



Textes catalans 

En 1415, la Fabrique de l'Église d' El ne dût faire consolider le 
clocher, où s'étaient déclarées quelques lézardes. {Voir 7{evue d'His- 
toire et d'Archéologie du T^oussillon. Tome ii, p. 2o5). 

C'est la date du gros empâtement en pierres de taille qui se 
voit à sa base encore aujourd'hui. 

Le livre de comptes des trésoriers d'alors nous a été conservé 
(Archives Départementales, G. 1 1 1 ), et voici, par extraits et choi- 
sis parmi les plus intéressants, quelques-uns des articles de dépense 
qui y figurent : 

♦ ♦ ♦ 

Primo, a un del mes de aprill... done an Blay Gravel per fer 
dos pareyls d'ales d'angels, per son trebayl e per les colors que 
mcster hi havien, e per la fuyla (i), 1 11. vnn sous. 

Item... compre de madona Polverela dos canes de tela quen 
fiu fer 1 susari per fer la representatio de la Resurrechtio 
( 7 sous). 

Item... per les dites aies, quatre brasses de corda lampassera (2) 
(4 diners). 

Item... a mosseny Jac. Bernills quen havia engranada (3) la 
sgleya la vespre del Cynet 4) 1 sou). 

(1) Fulla : Bois mince. Souvent aussi lame (d'épée, de poignard). 

(2)...? La J{evue invite ses lecteurs à donner leur collaboration en indi- 
quant le sens des mots non traduits ici et qui seraient connus d'eux, et même 
en rectifiant, s'il y avait lieu, les traductions indiquées ici. 

Une tribune leur est, du reste, ouverte pour toutes communications ou 
demandes mutuelles de renseignements se rapportant aux objets des études 
de la Société. 

(3) Balayer. 

(4) Nous retrouverons une deuxième fois pareille mention. 11 s'agit évi- 
demment d'une fête particulière de l'église d'Elne, ou du moins, d'une 
appellation familière d'une fête, de même que nous trouvons, ici aussi : Lo 
dia del Corpus pour : le jour de ta "Fête-Dieu. Le mercredi de la quatrième 
semaine de Carême avait pris le nom de Cœci nati à cause de l'Evangile 
de l'aveugle-né, qui se lit ce jour-là : Cynet ne serait-il autre chose qu'une 
corruption populaire de Cœci nati ? 



— 269 — 

Item, a xxi del dit mes, que ère Dimenge, vench Mestre Quil- 
lem, peyrer, ab un massip (r per enguardar se que havien mastcr 
a la obra del cloquer : dona li a dinar mosseny Harnau Albert : 
pagueli la carn del dinar 1 sou 1111 diners). 

Item, a xxvi, que era la translatio de sancta Eulalia e sancta 
Julia, fiu engranar (2) les claustres 8 deniers^ 

Item, a xxvn, ana mosseny P. Guarrejat ab mosseny Harnau 
Albert à Perpanya per comprar les plates del plom que mestcr 
havien a les barres del ferre que meteren a les bigues del royre 
del cloquer : compran très rohes e xvi liuresper preu de xxxini sous 
lo quintar : costaren 1 11. viiii sous (3). 

Item... logue la mula de mosseny Ffranches Sa lia, a mosseny 
H. Albert per anar a Parpanya per comprar les dites plates del 
plom : Costa m sous. 

Item, fou la dita mula de massio (4^, vin diners. 

Item... vench Mestre Guillem, peyrer, per comensar la obra del 
cloquer ab (dos) massips seus : e comensaren de fer los primers 
trauchs, un meteren les primeres bigues del royre, e Mestre Guil- 
lem tornassen per la vespre a Perpanya : preseren quascun per 
jornal nn sous. 

Item... per fer los parestatges en que stiguessen los dits mases- 
tres (5 sous), 

Item... per fer ditz trauchs e forats (8 sous). 

Item... per descausolar les bigues ab que havien apontolat lo 
cloquer per veser si staven ferm (6 deniers). 

Item done an Johan Riera, peyrer, per la massio (4) que fesia 
als dits mestres, 1 11. 

Item ana en J. Riera a Coblliure ab lo rossi d'en Benêt R°, ten- 
der, per comprar una sparcina de cambje (51 : costa un 11. xv sous. 

Item lo dit rossi costa 11 sous vi diners. 

Item près en J. Riera per son trebayl o jornal, m sous. 

(i) Serviteur, ouvrier. 

(2) Balayer. 

(3) 11 résulte de ces données que, le poids du quintal étant de 100 livres, 
le poids de la 1{ohe (Rove, Robe, Arrobe) était assez exactement de 2 3 livres 
(d'environ 400 grammes) : Ces poids ont eu, du reste, des variations. 

(4) Dépense. 

(5) Cable, cordage de chanvre. 



— 270 — 

Item foren dos massips de Mestre Guillem per fer los trauchs 
o forats al cloquer on van mètre les dites bigues Quascun nii sous). 

Item, a x (de Maig) ana en Johan Riera a Coblliure ab l'ase 
d'en Lopia per comprar o per mallevar dos tayles (i)...e aporta 
y tresses de sogues (2) de cambje que havia a la casa de la obra 
per vendre, e tornalessen que no les poch vendre : costa lo dit 
ase de loguer 1 sou. 

Item fou en Ffranches Safont per arrencar les caussols de les 
bigues que havien feyts a pera e a cals quant apontalaren lo clo- 
quer : près m sous. 

Item... vench Mestre Guillem per montar les primeres bigues 
del royre (4 sous). 

Item... (dos) macips per traucar los dessus dits trauchs e per 
ajudar a montar la dita bigua (quascun un sous). 

Item... per amorterar caus e per tirar aygua e per servir lo 
mestre (x sous vin diners). 

Item compre seu per ensevar les tayls ! 1 ' ab que montaven les 
bigues, e vench un ca quel sa menja : costa ini diners. 

Item... tornen comprarseu : 11 diners. 

Item, a xnii del dit mes, fo Mestre Guillem a la dita obra per 
montar la 11^ bigua, e van la asseure ab aquela que havien montada 
lo dia dessus dit : près mi sous. 

Item... per mètre les barres del ferre al cap de les bigues 
(8 SOUS). 

Item... compre un cabas per montar guys amont al cloquer 
(1 sou 4 deniers). 

Item... per splegar (3) de tapar lo forât e per desfer los pares- 
tatges (5 sous). 

Item... per quatre perns de ferra a les dites bigues... pasavan 
xxii lliures e 1 carto : costaren 1 11. 11 sous. 

Item per v dotzenes e nou mes de puntes (4) de les martels e de 
les parpals i5 per traucar les forats en que meteren les bigues : 
montan, a un de la dotzena 6 , m sous x diners. 

(1) Poulie. (2) Câbles, cordes. (3) Achever. (4) Refaire les pointes. 

(5) Pointerolle. 

(6) ... ? — 11 faut peut-être lire : a vuyt (diners) de la dotzena : car, à ce 
tarif, le compte ci-dessus est vérifié, 72 pointes coûtant exactement 46 deniers. 

(^ suivre) 



ELS LLIRJS GROCHS 



*^ é^ _£jût 



Un dia d'estiu, algun temps despres de la sega, batian les nos- 
tres garbes y tota la gent del mas eran â l'era â trevallar. Entorn 
dels cavalls y 'Is matxos que trepitjavan, xaforosos, voltant els 
llurs guardians, hi havia prou vint homes ambe los brassos arre- 
mangats que caminavan al pas, dos â dos, quatre â quatre, y regi- 
ravan les espigues ô treyan la palla amb forques de fusta. Aqueix 
bonich trevall el feyan alegrament, ballant al sol, descalsos, sus 
del grâ batut. 

Al cim de l'era, portada per les très cames d'una cabra for- 
mada de très bitlloques, estava penjat el crivell. Dos o très mi- 
nyones o dones gitavan a descades dedins del cercle del crivell el 
blat rabejat ambe les arestes ; y i'amo, el meu pare, fort y ait, 
movia '1 crivell al vent, fent pujar per demunt les maies granes 
aplegades ; y quan el vent minvava 6 per moments deixava de 
bufar, el meu pare, amb el crivell immovil entre ses mans, se 
tornava cap al vent, y sériés, ambe l'ull dins l'espaci, com si 's 
dirigis â un deu amich, li deya : 

— Anem, bufa, bufa, minyô î 

Y '1 mestral, caram, obehint al patriarca, alenava de nou, s'em- 
portant la pois ; y '1 bonich blat benehit queya en rossa pluja 
sus del munt conich que creixia, â vista d'ull, entre les cames del 
crivellador. 

Despres, â la tarde, quan havian apilotat el grâ ambe la pala y 
que 'Is homes, pies de pois, anavan à 's rentar al pou 6 â treure 
ayga per les besties, el meu pare, â pas tirât, mesurava '1 munt 
del blat, hi fent una creu amb el manech de la pala, y dihent : 

— Que Deu te multipliqui ! 

Una bonica tarde del temps del batre, — jo encare duya fal- 
dilles : no ténia que quatre 6 cinq anys, — despres de m'haver 
prou rodolat, com fa la maynada, per la palla nova, me vaig enca- 
minar tôt sol cap â la bassa del Pou de la roda. 



— 27^ — 

Hi havia uns quants dies que les boniques flors de Iliris grochs 
començavan a 's badar, y les meues mans neguitejavan per anar a 
cullir uns d'aquells bonichs ramells d'or. 

Arribi â la bassa ; â poch â poch baixi à vora l'ayga ; estiri la 
ma per agafar les flors... Mes, com eran massa lluny, me decanti, 
m'allargui, y patapom ! dedins : cauhi dins l'ayga fins al coll. 

Cridi. Ma mare acort, me treu de l'ayga, me dona algunes cla- 
tellades y, devant d'ella, mullat com un tiro, me fa filar cap al 
mas : 

— Que t'hi torni â veure, pillart, cap â la bassa î 

— Anavi â cullir Iliris grochs. 

— Si, ves, tornahi à cullir els teus Iliris grochs, y encare 'Is 
teus Iliris grochs. Donchs, que no ho sabes que dessota l'herba hi 
ha una serp, una grossa serp que 's xucla 'Is aucells y 'Is nins, 
pillart? 

Y me va despullar, me va llevar les sabatetes, els mitjons y la 
camiseta, y per secar la roba trempada d'ayga y la calçadora, me 
va calçar els esclops y,me va ficar la roba dels diumenjes, dihent : 

— Al menos, mira de no t'embrutar ! 

Y vetemaqui altre cop a l'era, fent algunes cabrioles sus de la 
palla nova ; veig una papillona blanca que voleteja per un rostoll. 
Corri, corri al darrera, flotant enlayre, fora de la gorra, els 
cabells rossos, y paf î vetemaqui encare cap a la bassa del Pou de 
la roda... 

Oh ! les meues boniques flors grogues ! Eran sempre aqui, 
superbes, al mitj de l'ayga, me fent mostra, â tal punt que 'm va 
pas esser mes possible de me détenir. Baixi ben â poch â poch, 
ben â poch â poch pel bancal ; posi 'Is peuhets ben â ran de l'ayga ; 
allargui la ma, m'estiri tan com puch, y patapom ! me fiqui fins al 
darrera dedins del fanch. 

Ay ! ay ! ay 1 al meu entorn, mentres miravi les bombolles de 
l'ayga y entre les herbes creya entreveure la grossa serp, sentia 
cridar à l'era : 

— Mestressa ! corriu de pressa ! Crech que '1 petit ha tornat â 
caure â l'ayga ! 

Ma mare acort, m'agafa, m'arrenca tôt nègre fora del fanch 
pudent, y la primera cosa, arremangant ma robeta, pim ! pam ! 
me fica una trempellada sorollosa. 



- .73 - 

— Hi tornaras, tossut, cap als lliris grochs ? Hi tornaras, per 
te negar?... Una roba tota nova, vetelaqui perduda 1 Trenca-tot, 
poca-vergonya ! me mataras d'ansies... 

Y fangos y plorant, retorni al mas amb el cap baix, y de nou 
me despullan, y aquesta vegada 'm posan la roba de les festes. 
Oh ! la roba galana ! Encare la veig ambe ses regues de vellut 
nègre, puntejada d'or sus d'un fons blavench ! 

Nies, a la fi, quan vaig tindre ma bonica roba de vellut: 

— Y are, vaig dir a ma mare, que faré? 

— Ves a mirar les gallines, que no vagin a l'era... Y tu, que 
t'estiguis a l'ombra. 

Pie de zel, voli cap a les gallines que rodaven pels rostolls, 
picant el blat deixat pel respall. Tôt gordant, vetaqui que una 
polleta tofalloda (es pas singular, aixo?) comença a perseguir, 
sabeu que? un pallegosti d'aquells que tenen les aies rojes y bla- 
ves... Y totes dos, y jo al darrera, que volia veure '1 pallagosti, 
cop de saltar pels camps, tant y tant que arribem a la bassa del 
Pou de la roda. 

Y vetaqui encare les flors d'or que s'emmirallavan dins el rech 
y que despertavan al meu desitj, mes un desitj apasionat, délirant, 
excessiu, que 'm feya descuydar mes dos capbussades dins la bassa. 
— Oh! d'aquesta vegada, me vaig dir, cauràs pas! 

Y, baixant el bancal, entortolligui a la ma un jonch que creixia 
aqui, y me décantant sus de l'ayga ambe prudencia, probi de nou 
d'atenyer ambe l'altre ma les flors de lliris grochs... 

Malany ! El jonch se trenca, y ves a te passejar : capbuci de 
cap al mit) de la bassa. 

M'aixequi com puch, cridi com un perdut, tota la gent de l'era 
acort : 

— Es encare aqueix dimoniot que ha caygut a la bassa. Ta 
mare, aquesta vegada, pillart enrabiat, va à te fuetejar com cal I 

Y be ! no; en el cami, la vaig veure venir â la pobreta, tôt 
plorant y dihent : 

— Deu meu ! vull pas el tustar, que podria tindre un « acci- 
dent ». Mes aqueix nin. Verge santa, es pas com els altres : no 
fa que correr per cullir flors ; pert totes ses joguines, anant pels 
blats a cercar ramellets selvatjes... are, per demès, eau très vega- 
des en menos d'una hora à la bassa del Pou de la roda... ay ! 



— 274 — 

détente, matate pel netejar ! Qui li 'n tindria de robes? Y ben 
ditxosa encare ! Deu meu, vos doni gracies de que no s' hagi 
negat ! 

Y aixis tots dos ploravam tôt lo llarch de la bassa. Desprès, 
un cop al mas, la santa dona me va treure '1 vestit, me va aixu- 
gar nut amb el seu devantal ; y de pou d'un esglay, me va fer 
pendre una cullerada d'un matacuchs y me va allongar al bressol, 
ahont, cansat de plorar, amb una estona me vaig adormir. 

Y sabeu que vaig somiar ? Es clar : les flors de lliris grochs. 
En un bonich corrent d'ayga que serpentejava entorn del mas, 

limpit, transparent, blau com les aygues de la Vont de la y aucluse, 
hi veya belles tofes de grossos y verts gladiols que mostravan 
enlayre una maravella de flors d'or. 

Senyoretes d'ayga venien a se posar sus d'elles ambe llurs aies 
de seda blava, y jo nadavi nut dedins de l'ayga riallera ; y cullia 
a grapats, a brassades les flors rosses de lliris. Mes ne cullia, 
mes ne sallian. 

Tôt d'un cop senti una veu que 'm crida : Frederich I Me des- 
perti, y que veig? Un gros punyat de flors de lliris d'or que 
ror.sejavan sus del meu llitet. 

Eli meteix, el patriarca, l'amo, el meu senyor pare, les havia 
anades a cullir les flors que 'm feyan goig ; y la mestressa, ma 
bella mare, les havia posades sus del meu Hit. 

Tirât de les Memories de Mistral 

traduhides al catala per Mossen Blazy. 



-f^^^^= 



Extraits de mil y un pensaments 
de C. Guma 

Pera coneixe si un home es sort, no hi ha com fer trincar 
prop séu una moneda d'or. . " 

♦ 
Del carbô la cosa la mes negra, ne surt la Hum del gaz, la cosa 

la mes blanca. 

♦ 
Si 'Is llamps son câstichs de Déu, colocar un para-rayos es un 
acte de insubordinaciô. 



?*A 



Pages choisies 



Nous choisissons cette fois une poésie populaire que nous 
croyons encore inédite. Elle a été recueillie à Céret, en même 
temps que les deux chansons de la Saint Jean publiées dans l'un 
des précédents numéros de notre Revue. 1 1 ) Elle ne nous paraît pas 
très ancienne, du moins dans sa forme actuelle ; certaines vulga- 
rités lui enlèvent, d'autre part, ce qu'elle pourrait avoir de poé- 
tique. Nous l'avons jugée cependant assez intéressante pour la 
faire connaître à nos lecteurs. C'est un dialogue entre un sei- 
gneur et une bergère. 



La Lionor 



— Bon dia, Lionor ; 
som ass) per vos dire 

lo que '1 meu cor sospira, 
per vos aymar d'amor. 
Vostra fortuna es fêta 
si vos n veniu ab mi : 
vos seu amoroseta, 
sereu gracioseta, 
jo no crech de mentir. 

— Salliume de! devant, 
vostre diseurs m'enfada, 
ne som tota cansada : 
per mi seu massa gran. 
Jo no som pas senyora 
per nar viure en ciutat, 
som simplement pastora 
y '1 meu pastor m'adora 
d'una grande amistat. 

(i) Numéro du i5 mars 1908, page 73. 



— Jamay del teu pastor 
seras tan estimada 

ni tan ben regalada 
com sérias amb jo. 
Te faré 'nar vestida 
ab diamants y brocarts, 
cofada à la maligna ; 
d'un prince seras digna 
en fente jo costat. 

— Jo, las vostres rahons 
no las escolti gayre, 

son vents que van en l'ayre, 
volan com los coloms. 
L'amor de la noblesa 
envist la pobre gent 
ne son falsas promesas, 
perque tantas grandesas 
s'enfugen com lo vent. 



De passada 

(JSotes de oiatge) 



Perpinyà, 14 d'agostde j^o8. — A 1 i hores del matî nos n'anem 
amb el trinch, cap a Gerona. 

Elne, Port-Vendres, Cerbère, passen com un llucet. A Port- 
Bou es d'un pler de se trobar amb las dones, hortolanes y peixo- 
nères, que se'n tornen, carregades de panyères, descas y filats, 
cap als pobles de la costa, LIansa, Culera, VilajuJga. Nos admi- 
rem els garda-civils, relluhents, que van y venen à la vora del trinch. 

Tigueras. — Al nostre vagô hi entra una colla de monges fran- 
ceses, are establertes à Massanet-de-Cabrenys ; se'n van à n'un 
altre llur convent, à Caldas-de-Malavella ; las acompanyen al 
trinch aixurides ninetes ampurdaneses y la superiora. Pobrcs 
dones, desterrades del nort de Fransa ! May s'haguessen pensât 
de se venir arremir à n'un recô del Pirineu ! Are ja entenen el 
catalâ y el castellâ. 

Gerona, 3 hores de tarde. — Deixada l'estaciô, pujem pel 
bonich pont sobre l'Onyar, nos remirem la pintoresca renglera de 
cases de l'antiga ciutaty, passats à la fonda, seguim per plasses y 
carrers cap à la Catedral. 

S'hi canta las vespres de la vigilia de la Mare de Deu ; nos 
escoltem las mélodies del gran orga, tocades de ma de mestre. 
Veyern ninetes qu'ai entrar à l'iglesia se posen mantellina 6 moca- 
dor sul cap, d'altres s'hi posen el devantal, à tall de caputxeta, y 
fins hi ha colles de très 6 cuatre nines que se posen, totes, el cap 
sota del mateix devantal. 

A n'un moment s'ôu un gros rebambori de campanetes ; es un 
escolar que remôu, à brassats y à salts, una roda posada en l'ayre, 
à la paret, y qu'hi penjen aqueixes eynes. 

A deu hores de nit hi ha gran gentada per la Rambla, al entorn 



— ^77 — 
de la musica de) 55' d'infanteria ; y al cap d'un poch, vingui tocar 
sardanes. Els ballayres se posen à rotllos, à tôt arreu ; tothom 
s'hi dona la ma, joves y vells, homes y dones, minyôns y ninetes; 
es de veurer el posât y el bon gust del bail de la sardana, y l'ale- 
gria y l'aficiô qu'hi tenen els gironins. Son ayres bcn especials, 
les de la sardana ; n'hi havia una, amb un cant de saxofone, que 
era repicada. 

Dissapte, tS d'agosl. — El mati, lo firal de la vora de l'Onyar 
es plé de gent pagesa y de bestiar ; es dia de mercat. La Rambla 
es plena, també, de parades de tota mena ; pagesos, criades, 
menestrales s'hi méuhen amb prôu pena. Es un quadro animât y 
que fa goig. 

6 hores de tarde. — La professé de la Mare de Deu sali de la 
Catedral, recorra la ciutat, y se'n torna xano-xano cap amont. 

6 hores y milja. — Desde que la professé ha acabat de passar 
per la Rambla, la gent s'hi aplega, la musica del régiment també 
hi es, y vingui ballar un pareil de sardanes, en mitg de l'alegria 
de tothom. 

10 hores de nit. — Hi ha concert à la Rambla, perla musica del 
55' ; toca un pareil de pesses, d'allo millor, sobretot una Jota 
ben ensertada. 

Diumenge 1 6 d'agost. — Avuy fa el centenari del aixecament del 
siti de Gerona, pel i8o8. 

A deu hores de mati la gent s'arotlla al devant de la Casa Con- 
sistorial ; arriben una companya del 55' régiment, amb bandera y 
musica, el cos de somatents, tots amb la barretina y l'escopeta, y 
las autoritats militars y civils ; son una colla. Se fa els honors à la 
bandera del siti, que fou del régiment d'Utonia, y se va à missa 
à la Catedral. 

Quan las dues banderes pujen la setantena d'amplissims grahons 
que fan d'entrada à la Catedral, lo cop d'ull es vistos. Dita la 
missa, fet un petit sermô pel senyor vicari-general, la comitiva 
se'n baixa ciutat avall per anar à n'un baluart, cap à l'estaciô del 
cami de ferré. Aqui, els somatents fan descargas de fuselleria, y 
al mitg de la plassa, un orfeo canta lo Gloria à Espanya, amb 
acompanyameut de la musica militar. Es un bossi ben afinat y 
ben tret. 



— 278 — 

( 
2 hores de tarde. — Hi ha pas mes dingus pels carrers, las boti- 

gas son tancades, quatre gats se passèjen per la Rambla ; ja se veu 

qu'es un dia de se l'acampar pel defora. 

5 hores, — Lo trinch passa, que se'n va cap à Barcelona. Agra- 

dosa Gerona, à reveurer 1 Es Ell. 

Botanique catalane 

J^oms catalans de plantes usités dans la région 

*^<r i,^ *çô (Suite) 

H. DE LAS TORES. — JlconitumKapellus L. Aconit Napel. 
Vénéneuse. Eloignerait les taupes-grillons ou courtilières. Com- 
bat l'enrouement. 

H. DE LAS VERRUGUES. — Chelidonium majus L. Grande 
chélidoine. 

Suc employé contre les verrues et les cors ; calme les maux 
d'yeux. 

H. DELS VERMENS. — Sedum acerh. Orpui acre. 

Chasse les vers. Nom donné aussi à la Tanaisie {h. de santa 
Maria) . 

H. DE JOB. — Clematis Vitalba L. Clématite des haies. 

Irrite la peau en produisant des plaies ; employée comme vési- 
catoire. 

H. DE SANT ANTON! . — Epihbium pariflorum Schreb. 
Epilobe à petites fleurs. 

Nuisible par sa facilité de reproduction ; à arracher avant la 
floraison. 

H. DE SANT BENET. — Geum urbanum L. Benoîte des 
villes. 

Racine fébrifuge. Bon fourrage pour les moutons. 

H. DE SANT DOMENECH. — Tencium Chamadrys L. 
Germandrée petit-chêne. 

Aromatique et amère. Employée contre les fièvres, la goutte, 
le scorbut. 



— 279 — 

H. DE SANT GUILLEM.— ^^n/HO/j/^ Eupatoria. L. Aigre- 
moine Eupatoire. 

Feuilles pour les maux de gorge ; guérit la clavelée des mou- 
tons, le mal de garot des chevaux. 

H. DE SANT JOAN. — Tfypericum perforatum L. Milleper- 
tuis perforé. 

A les propriétés vulnéraires de l'arnica ou h. despant. Vermifuge. 

H. DE SANT PAU. — Primula officinalis Jaca. Primivère 
officinale. 

Appelée aussi h. de sant Père et quelquefois cucut. Calmant des 
nerfs. 

H. DE SANTA BARBA. — Erysimum J{uscinonensis Jord. 
Vélar du Roussillon. 

Nuisible dans les champs. Employée contre l'enrouement, la 
toux. 

H. DE SANTA MARIA. — Tanacetum vulgare L. Tanaisie 
commune. 

Appelée aussi h. de los vermens. Chasse les vers, le tœnia ; fébri- 
fuge. 

IRATGÉST. Tamus communis. L. Tamier commun. 

Guérirait les contusions des femmes battues, les plaies, les 
ecchymoses, etc. 

JASSEMl, — Jasminum officinale L. Jasmin officinal. 

Aromatique' Usité contre les toux opiniâtres. 

JASSEMl DE BORRO. — Clematis flammula L. Clématite 
flammette. 

Feuilles ressemblant à celles du jasmin. A les propriétés de 
Vh. de Job. 

JONCH. — Juncus glaucus Ehrh. Jone glauque. 

Nuisible dans les prairies par ses piquants et ses tiges dures. 
Liens pour les fagots. 

JONCA. — Cyperus longus L. Souchet odorant. 

Nuisible dans les prés. Racine odorante employée dans la par- 
fumerie. 

JONQUILLA DE PRAT. — ^JardssusPseudo-narcissusT.T. 
Narcisse faux-narcisse. 

Ses belles fleurs jaunes la font remarquer dans les bois et les 
prés. 



— 28o — 

JULIVERT. — Voir GIBERT. 

JULIVERT BORT. — JEthusa Cynapium L. Etuse petite 
ciguë. 

Vénéneuse. Ressemble au persil mais n'a pas une bonne odeur. 

LIQUEN. — Lobaria pulmonaria DC Lichen pulmonaire. 

Vit sur les chênes, les hêtres. Adoucissant dans les rhumes et 
bronchites. 

LLADONER. — CelHs australis L. Micocoulier austral. 

Fruits astringents. Bois souple très employé pour les fouets, 
cravaches-cannes. 

LLENGUA-RODONA. — Voir H. DE LAS COTES. — 
Aristoloche. 

Feuilles ayant vaguement la forme d'une langue à bout arrondi. 

LLENGUA DE BOU. — Anchusa Jtalica Retz. Buglosse 
d'Italie. 

Feuilles ressemblant à une langue de bœuf. Propriétés de la 
horralxa. 

LLENGUA DE CA. — Cynoglossum officinale L. Cynoglosse 
officinale. 

Feuilles longues et rugueuses comme la langue de chien. Con- 
tre les scrofules. 

LLENCUA DE VACA. — Voir CONSOLDA. — Con- 
soude. 

Feuilles ressemblant à une langue de vache, 

LLENTIA. — Yicia Lens Coss. et Cerm. Vesce. Lentille. 

Cultivée pour ses graines. Donne un bon rapport dans les ter- 
rains les plus pauvres. 

LLEPARASSA. — happa communis L. Bardane commune. 

Racine sudorifique et dépurative. Feuilles servant de vésica- 
toires. 

LLET DE GALLINA. — Ornithogalum umbellaîum L. Orni- 
thogale en ombelle. 

Contient un suc laiteux. Inutilisée. 

LLETEÇA. — 'Euphorbia segetalis L. Euphorbe des moissons. 

Suc laiteux, vénéneux. Fruits purgatifs ; à employer avec pru- 
dence. 

LLETUGA. — Lactuca lenerrima Pourr. Laitue délicate. 

Suc laiteux narcotique. Feuilles calmant les douleurs de ventre. 



— îSi — 

LLI. — Linum usitalissimum L. Lin usuel. 

Cultivé pour la fabrication de la toile. Farine des graines adou- 
cissante. 

LLI RI. — Lilium Martagon L. Lis Martagon. 

Belle plante de niontagne. Les fleurs du lis blanc des jardins 
sont calmantes. 

LLIRI BLAU. — Jris Germanica h. Iris d'Allemagne. 

Le suc de la racine insensibilise les dents cariées ; purgatif 
violent. 

LLIRI GROCH. — Tris pseudacorus L. 

A les propriétés du hliri blau, mais n'est pas si aromatique. 

LLISTO. — Brachy podium ramosum R. et Sch. Brachypode 
rameux. 

Les tiges sont très raides. Nuisible dans les herbages. 

LLORER. — Laurus nobilis L. Laurier noble. 

Feuilles toniques et aromatiques employées en cuisine. Chasse 
les mouches. 

LLUFA. — Lycoperdon bovista L. Lycoperdon du bœuf. 

Champignon qui, écrasé, laisse échapper ses spores sous forme 
de poussière. 

LLUISSO. — Lupinus albus L. Lupin blanc. 

Bon fourrage d'hiver. Graines vermifuges ; contre la claveléc 
des moutons. 

MADUXERA. — Tra^aria vesca L. Fraisier commun. 

Fruits savoureux et laxatifs ; combattent la gravelle et la goutte. 

MAGRANER. — Punica Granalum L. Grenadier commun. 

Graines rafraîchissantes et diurétiques. Ecorce et racine contre 
le tœnia ou ver solitaire. 

MAJORANA. — Origanum vulgare L. Origan ou marjolaine 
commune. 

Tonique et emménagogue ; quelquefois employée en guise de 
thé. 

MAL D'ULLS. — Ticaria grandiflora Rob. Ficaire à grandes 
fleurs. 

Suc irritant les paupières. Autrefois employée contre les affec- 
tions scrofuleuses. 

(A suivre.) L. Conill. 



HISTOIRE LOCALE 

^^ 

Figures 
d'Evëques Roussillonnais 

(SmTE) 

Le 29 septembre, il ne parla que pour objecter le mau- 
vais état de sa santé. 11 ne lui permettait aucun dépla- 
cement. 

Pierre de Çagarriga et ses collègues eurent beau insister 
et prier Boniface IX de proposer un expédient lui-même, 
il demeura inflexible, se refusant d'entrer en pourparlers 
avec un compétiteur qu'il jugeait à peine digne du pardon. 
La conférence se clôtura péniblement, sur un échange de 
paroles aigres. Boniface IX enjoignit même aux mandataires 
de Pierre de Luna de partir sans retard. Mais un coup de 
théâtre ne tarda pas à se produire : la mort subite de Boni- 
face, survenue deux jours après l'audience. 

L'évêque de Lérida avait demandé aux cardinaux un asile 
sûr pour lui et ses compagnons, lorsque dans l'après-midi 
du i^r octobre, Antonello Tomacelli, parent du pape défunt 
et châtelain du fort Saint-Ange, trouva bon de s'emparer de 
leurs personnes. Le Sacré-Collège qui déplorait ce fâcheux 
incident envoya des délégués au châtelain pour obtenir l'élar- 
gissement des détenus. 

Mais Tomacelli, qui entendait tirer profit de l'aventure, 
réclama aux ambassadeurs le payement d'une rançon de dix 
mille florins d'or ; après de longs marchandages, il consentit 



— 283 — 

à la réduire de moitié. Avancée par les Florentins, la somme 
fut dans la suite remboursée par Benoît XII J. 

Pour se procurer les fonds nécessaires à l'amortissement 
de cette dette, Pierre de Luna lança une bulle aux fidèles de 
son obédience, le i3 janvier 1405. Elle partit de Nice et 
prescrivit à Aymery, abbé de Saint-Sernin de Toulouse, 
d'aller solliciter auprès des clercs et des laïques de Langue- 
doc des prêts hypothéqués sur les collectes des provinces 
de Narbonne, Toulouse et Auch, ainsi que des diocèses de 
Rodez et du Puy. A la date du 9 mai 1405 le payement de 
la rançon était effectué. 

L'emprisonnement de Pierre de Çagarriga et des autres 
envoyés du pape d'Avignon n'avait duré qu'une dizaine de 
jours. Le 1 2 octobre, les ambassadeurs avaient recouvré 
leur liberté, quand neuf cardinaux rassemblés près de Saint- 
Pierre, dans la maison de l'archiprêtre, mandèrent auprès 
d'eux les évêques de Lérida et de Saint-Pons. Ceux-ci re- 
présentèrent aux cardinaux romains, de la part de leur chef, 
les maux qui résulteraient de la prolongation du schisme, et 
les conjurèrent, en conséquence, de ne point donner un 
successeur à Boniface IX. Ils ajoutèrent que Benoît Xlll 
était disposé à accepter une discussion contradictoire entre 
les deux parties pour aboutir à la découverte de la vérité. 

Pierre de Çagarriga et les autres mandataires de Pierre 
de Luna quittèrent Rome après l'audience du 12 octobre, 
sous la protection d'une escorte fournie par le Sacré-Collège 
et cherchèrent un asile dans le château de Soriano, tandis 
que les cardinaux, sans se soucier des ouvertures des évê- 
ques de Lérida et de Saint-Pons se décidèrent à entrer en 
conclîive. Ils attendirent sept jours la réponse des princes de 
l'Eglise. La nouvelle qui leur parvint fut celle de l'élec- 
tion d'un nouveau pape. Innocent VII. L'ambassade de 
Benoît Xlll se retira alors à Florence. 

Au lendemain de son élévation au Souverain Pontificat, 
Innocent VII fit écrire aux nonces du pape d'Avignon 



— 284 — 

pour les inviter à revenir à Rome. Sa conviction était que 
l'entente finirait par s'établir entre les deux partis. 11 pro- 
mettait de leur donner un sauf-conduit. Mais lorsque ceux- 
ci se présentèrent, le nouveau pontife avait changé d'avis. 
11 refusa de le leur délivrer. 

Dès le 22 novembre, Pierre de Çagarriga et Pierre Ravat 
avaient fait renouveler leurs pouvoirs par le pape d'Avi- 
gnon. Sur ces entrefaites. Innocent Vil convoquait un 
concile à Rome pour le j^r novembre 1405 et retardait jus- 
qu'à cette date toute résolution. En présence de cette déter- 
mination, les évêques de Lérida et de Saint-Pons ne crurent 
mieux faire que de rentrer auprès de leur maître. 

Leur retour fournit à Benoît XI 11 l'occasion de lancer 
une bulle qu'il écrivit de Nice, le 11 avril 1405. 11 y flé- 
trissait la perfidie des Romains et l'obstination de son rival. 
Quelques jours après, il quittait Avignon et partait pour 
l'Italie, dans le but de se rapprocher d'Innocent Vil et de 
tenter une suprême entrevue avec lui- 
Mais Rome était alors déchirée par les luttes des factions 
et le Pontife de la Ville éternelle ne tarda pas à descendre 
dans la tombe (6 mars 1406). Le peuple cherchant un chef 
pour défendre la cité, demandait à cor et à cris un succes- 
seur au pape défunt. Un vieillard de soixante-dix ans, 
Ange Correr, patriarche de Constantinople, fut élu sous 
le nom de Grégoire XI 1. 

Ce dernier désirait ardemment l'union. 11 écrivit à 
Benoît Xlll, au roi de France, aux princes et aux univer- 
sités des lettres pressantes pour arriver à cette fin. Un 
moment on crut la paix venue. 

Pierre de Luna qui se trouvait à Marseille lut les lettres 
de Grégoire XI 1 à sa cour pontificale, et ajouta qu'il était 
de l'intérêt de tous de se hâter. 11 accueillit même avec des 
marques de bienveillance les neveux du nouveau pape de 
Rome, et d'un commun accord il fut décidé que les deux 
pontifes se rendraient à Savone pour se concerter. 



— 285 



On était au 2 1 avril 1 407 et depuis huit jours, Benoît Xll I 
avait élevé Pierre de Çagarriga sur le siège métropolitain de 
Tarragone. 



JV . — "En mission à Savone et à Lucques 
(Août 1407 — Juin 1408) 

Quoique chargé de gouverner un vaste archidiocèse, 
Pierre de Çagarriga n'en continua pas moins d'occuper 
auprès du pape d'Avignon son poste de confiance et de 
remplir des missions de la plus haute importance. 11 prit pos- 
session de son nouveau siège au mois de juillet 1407. Dès 
le 23 août de cette même année, il recevait de Benoît XI II 
l'ordre de se rendre à Savone, en compagnie de Pierre du 
Pont, doyen de Saint-Michel de Castelnaudary. Sa mission 
était de préparer les voies à Pierre de Luna et d'y rece- 
voir le serment des habitants. Un mois plus tard, le pape 
d'Avignon, fidèle au rendez-vous, faisait son entrée à Savone. 
11 y attendit vainement la venue de Grégoire Xll. 

Loin de se froisser de l'étrange attitude de son rival, 
Benoît XI II continua de marcher dans la voie des négocia- 
tions où il s'était engagé. 11 fit proposer à Grégoire Xll 
de gagner Pietrasancta ; lui-même irait à Porto-Venere, 
moyennant quoi il le tiendrait quitte de son manquement à 
la parole donnée. A cet effet, il publia une bulle, le 10 no- 
vembre 1407, dans laquelle il nommait sept ambassadeurs 
qui devaient s'aboucher avec le pape de Rome et statuer 
sur le différend qui les divisait. Pierre de Çagarriga était 
compris dans le nombre de ces messagers. Les sept envoyés 
d'Avignon furent reçus à Pise, le 24 novembre, dans la 
cathédrale de cette ville, en présence de Grégoire Xll et de 
douze cardinaux et d'une grande affluence de peuple. 

Sans attendre l'issue de l'entrevue, Benoît XI II avait 
quitté Savone, vers la fin du mois de décembre, escorté 



— 286?— 

d'une flotille de six galères. 11 arriva en cet équipage à Por- 
to-Venere le 3 janvier 1408. De son côté, Grégoire XI 1, 
au lieu de se rendre à Pietrasancta s'arrêtait à Lucques, le 
28 du même mois. Pierre de Çagarriga vint l'y trouver 
quelques jours après, de concert avec six autres ambassa- 
deurs. Après force pourparlers, il fut conclu que les deux 
prétendants à la tiare se rencontreraient à une distance de 
cinq lieues l'un de l'autre : Grégoire viendrait à Pise et 
Benoît à Livourne. 

Au moment de se séparer, Pierre de Çagarriga souleva 
des difficultés sur le choix de la ville de Livourne qui ap- 
partenait ainsi que Pise à l'obédience de Grégoire. 11 fut 
énergiquement appuyé dans ses dires par Jean d'Armagnac, 
archevêque de Rouen, un des sept messagers de Pierre de 
Luna. 

Dans une réunion qui fut tenue le 5 mars suivant, on 
s'était arrêté à une autre combinaison : on désignait comme 
points de rencontre. Carrare à Grégoire et Avenza à Benoît. 
Mais le 19 mars Grégoire XI 1 repoussa à son tour la 
proposition. L'ambassade d'Avignon s'éloigna alors de 
Lucques en faisant entendre une protestation contre le 
parti-pris manifeste de la cour de Rome de faire échouer 
toute tentative d'union. 

Les nonces de Benoît Xlll étaient de retour le 21 mars 
à Porto-Venere, auprès de leur maître. Celui-ci demeura 
fidèle à sa tactique, avec un opiniâtre esprit de suite. Il 
décida de reprendre les négociations et sollicita de Gré- 
goire Xll, le 29 mars, un sauf-conduit pour Jean d'Arma- 
gnac et Pierre de Çagarriga, accompagnés comme d'habitude, 
de cent cavaliers et de vingt hommes de pied. Le pape de 
Rome ne l'accorda qu'avec répugnance et prononça même ces 
paroles : « A quoi bon ce nouveau déplacement, du moment 
que Pierre de Luna peut s'entendre à Porto-Venere avec 
nos propres ambassadeurs, munis de pleins pouvoirs pour 
traiter ? Cet archevêque de Rouen et cet archevêque de Tar- 



— 287 — 

ragone n'ont fait, quand ils sont venus, que rompre l'accord 
près de se conclure. Tout cela ne sert qu'à retarder l'union. » 

Quelques cardinaux de l'obédience de Grégoire XII, 
réunis à Pise, adressèrent une lettre à Benoît XI 11 pour le 
solliciter de se rendre à Livourne. Le 20 mai 1408, Pierre 
de Luna envoya dans cette ville trois familiers qui devaient 
préparer sa prochaine arrivée. 

Quatre cardinaux et quatre autres personnages, confidents 
intimes de Pierre de Luna, au nombre desquels figurait 
Pierre de Çagarriga se mirent en route à leur suite. Mais 
sur le refus catégorique des habitants de Florence — ville 
alors soumise à la domination française — de donner un 
sauf-conduit, Benoît XI 11 renonça à son voyagea Livourne. 

Le bruit courait qu'on se disposait à la cour du roi de 
France à prendre des mesures contre le Pape d'Avignon. 
Ces rumeurs affolèrent les partisans de Benoît Xlll : Pierre 
de Çagarriga et ses compagnons se retirèrent précipitam- 
ment de Livourne dans la matinée du i 1 juin. 

On conseilla à Pierre de Luna de s'abriter en un lieu sûr : 
son départ pour Perpignan fut arrêté. 

Afin de ne pas paraître rompre toute négociation, 
Benoît Xlll laissa derrière lui une commission représenta- 
tive de plénipotentiaires, au sein de laquelle siégeait 
Pierre de Çagarriga. Par une encyclique, datée du i5 juin, 
il annonça à l'univers la convocation, pour la Toussaint 
prochaine, d'un concile général qui devait se tenir dans 
l'église de la Real, à Perpignan. Le ic juillet 1408, il 
abordait avec sa cour, à Port-Vendres. 

De leur côté, les cardinaux des deux obédiences, assem- 
blés à Pise, décidètent de réunir un concile dans cette ville, 
le iS mars 1409. Grégoire XII, à son tour, appelait ses 
adhérents à un concile qui allait se célébrer dans une ville 
du nord de l'Italie, Udine. 

(^ suivre). L'Abbé J. Capeille. 



LIVRES ^ REVUES 

La T{evue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire, ^s:^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 

Esticologia catalana 

La librairie Bagunâ, Barcelona, rue du Cardinal Cassanyes, 4, vient de 
publier un petit livre qui mérite l'attention des poètes catalans. Sous le titre 
de « Esticologia catalana » c'est tout un traité de versification que nous 
donne l'auteur, M. Lluis Viladot. 

Cette publication est digne de tout éloge. 

Era bouts dera Mountanha 

Cette revue continue l'étude de M. Sarrieu sur VUtilité pédagogique du 
Gascon. Dans le dernière numéro l'auteur répond par une longue note aux 
critiques que notre confrère M. Louis Pastre lui avait adressées (1) et 
reconnaît « qu'il faut se servir de la méthode directe (avec ou sans explica- 
tions à l'aide du gascon) dès le début ». 

Bolleti del Diccionari de la Llengua Catalana. 

Dans ce Bulletin, notre confrère M. Alcover, poursuit sa tâche avec une 
vaillance et une ténacité inouïes. Nous souhaitons à cet apôtre de la langue 
catalane bon courage et longue vie. 

Gent Nova 

Geni Tiova nous a envoyé son numéro extraordinaire du 1 5 août. Ce 
numéro contient des travaux en prose, des poésies, de la musique et des 
gravures, le tout d'un grand intérêt. 



Jochs Florals de 1908 

Nous avons reçu le volume des Jeux Foraux de 1908 (178 pages) conte- 
nant les discours prononcés, le rapport du secrétaire, le palmarès et les 
œuvres des lauréats. 

Recort del Cinquantenari 

Le Comité des fêtes du Cinquantenaire des Jeux Floraux a eu l'heureuse 
idée de publier une brochure (sur beau papier grand format) qui constitue 
pour tout bon catalan le plus précieux souvenir. Dans cette brochure 
figurent les portraits des cinquante reines et ceux des maîtres en gai savoir 
proclamés de 1859 à 1908. 

(1) Voir J{evue Catalane n° 4, pages 116 et 127. 

Le Gérant, COMET. 

Imprimerie COMET, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



N« 22 15 Octobre 1908. 

«^TSi.c^TN&.c^TNi.c^TN&.t^'ïsi. c^'îsi,C^TSi^^O«i. c^TSi.t^TSic^'^i. C^TNi.t^'5si.C^Th& ct§'3vi<t§TNi.<^'5^ 

Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 



Les Articles parus dans la Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 

(^>ic^T>^<^TN&.<^TNic^'3Ni. cî§'>^cî§TSi.cîg»NS, c^TSi.t^TSi.c^'Ss^ t^'5vS»t^'3si.<^TNi. C^'ïvi.t^'3si.c^'aN& 

Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 

VERSION CATALANE (') 

La llengua catatana 

Llengua que Roma'ns donâ, 
Quant covâ'l mon la scva ala, 
Quina altra llengua t'iguala, 
Tu, qu'en Cicerô parla ? 

Com moites del bell llati 
Es la llegitima filla ; 
Mes ella n'es la pubilla, 
Y sols ab ell tindrâ fi. 

Prenda d'en Jaume primer, 
L'encaminâ à la Victoria ; 
D'en Ramon Lull fou la gloria, 
D'Ausias, de Muntaner. 

^Voleu la veure ab un raig 
De sol al front y corona ? 
Anau donchs â Barcelona 
Per la gran festa de maig. 

(J. Pépratx, "Pa de casa). 

NOMS OU PSEUDONYMES 

de$ Candidats qui ont obtenu une note supérieure à la moyenne 
au dernier concours 

NYIGO-NYIGO, élève à l'Ecole supérieure i 5 sur 20 

Ambroise MALAPLATE, élève au Collège.. ..... 14 sur 10 

Fernand LAMAYSOUETTE. élève au Collège.. . . 14 sur 20 

Francesch RIBERA, de Barcelone i3 sur 20 

Joan PUIG, de Figuères 12 sur 20 

(i) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint- 
Dominique, avant le i*'' novembre 1908. 



Membres de la So( 

T^ouvellement admis 

MM. RozÈs Numa, propriétaire à Saint-Hippolyte. 

EsTÈvE Xavier, colonel du i5o' d'infanterie, villa Bulg 

Saint-Mihiel (Meuse). 
Dénoyès Joseph, docteur en médecine, rue de la Citadelh 
Abat J., 49, rue d'Orsel, Paris (18). 

Capeille (abbé), vicaire de la paroisse Saint-Jacques, I 
DE Çagarriga Henri, propriétaire. Château de Lagra; 

mune de Montesquieu (Pyrénées-Orientales). 
Bergue Paul, Ingénieur des Travaux publics d'Indo-Ch 

zilla-de-la-Riviére. 



Vcrcmas 



Al suavissim y llorejat poeta francès H. Muchart, eu 

Tôt l'estîu afanyat â madurar la vrema, 
Setembre s'acabant, lo sol es estirat 
Sus dels nûvols lleujers, content y descansat 
S'espiant lo vinyer d'un raig que no mes crema. 

Per les Ilaques s'en van les colles rialleres, 
A la boca cansons, serpa y cistell als dits, 
Cullint lo rhim botat ; y los minyons ardits 
QuJtxen a corrumtom les semais cornalères. 

Los noys de l'Ampurdâ, cofats de barretines, 
Faixats de roig, cara morena, pit pelut, 
Trepitjen, peus descals, les uves de vellut 
Que demâ, del celler, faran rotar les tines. 

Ay ! quins planys y gemechs ! Es la prempsa qu( 
La vrema moselluda ; el xuch abundadôs 
Raja com fa la sanch d'un tôro poderôs. 
Salut al vj vermeil qu'es la sanch de la terra ! 

L'Ermita de Cabrens. 



Les poètes catalans 

du Roussillon 



Jlnîhologie Catalane ( i"' série. "Les poètes roussillonnais) avec introduction, 
bibliographie, traduction française et notes, par Jean Amade. Perpignan : 
Edition de la Bibliothèque catalane, J. Cornet, rue Saint-Dominique, 
3 fr. 5o. 

Voici que la langue du Roussillon nous apparaît couronnée et 
vêtue de lauriers, selon l'épigraphe du livre. Voici que tous les 
ouvriers de notre renaissance suivent le sillage de la gloire, la 
douce déesse. Ils vivront tous à l'unisson dans cette Anthologie 
catalane ; ils y vivront désormais d'une éternelle vie, ceux-là qui 
connurent le frisson divin ; car M. Jean Amade, l'auteur du livre, 
nous offre sa double garantie de poète et d'érudit. 

Poète, il a publié en 1901 dans ]aJ^evue de Paris quelques ryth- 
mes joyeusement alertes, tintinnabulants avec leur titre d'Ariettes 
catalanes, et dédiés à Emile Gebhart, dont l'ombre vient de 
rejoindre aux Champs Elyséens celles de François Rabelais et de 
Sandro Botticelli : Offrande de l'escholier à son maître en Sor- 
bonne ; offrande aussi au Roussillon sonore, entrevu à travers les 
buées de la capitale. Je cite des vers dont la simplicité n'est pas 
dépourvue de charme : 

Je me dis que sans doute elle serait charmante 

Avec le nimbe clair du bonnet catalan. 

Et que l'embellirait ce voisinage blanc!... 

Et dans mon cœur, alors, naît, grandit et s'étale 

Un désir infini de la terre natale. 

(T^ostalgie.) 

Et d'autres encore : 

Respire longuement ces roses que tu cueilles. 
Et goûte le repos des chênes où l'on voit 
Toujours luire un lambeau d'azur entre les feuilles. 

(Ma forêt.) 



— 292 — 

M. Jean Amade ne s'attarde pas trop dans la forêt des son- 
geries et ne goûte le repos des chênes qu'après un long séjour 
dans la cité des livres. Aussi bien, ne faut-il avoir que de nobles 
sentiments pour écrire une Tlnlhologie ? J'estime avec tout le monde 
qu'un certain sens critique est nécessaire. J'estime encore que la 
science de la bibliographie n'est pas une chose vaine. 

Et c'est parce qu'il avait des qualités de poète, de critique et 
d'érudit que l'auteur a pu nous donner un livre vraiment complet. 



Un enthousiaste verdaguérien, Anton Busquets i Punset, a pré- 
tendu que dans le jardin de la poésie roussillonnaise les fleurs 
étaient rares, tandis que le jardin de la prose déployait mille ma- 
gnificences II). Son article apportait d'ailleurs une réfutation 
évidente. N'était-il pas obligé de prendre ses exemples de prose 
catalane dans telle ou telle préface d'un volume de poésie ? 

Je n'ignore pas que Busquets i Punset n'exprimait guère que son 
mécontentement d'avoir retrouvé dans notre poésie des adapta- 
tions de la métrique française. Nos poètes, me semble-t-il, n'ont 
pas employé le système des assonances. Il est vrai que Puiggari a 
suivi les règles du romance dans sa version de Montanyes régalades, 
mais on ne pourrait multiplier les exemples. 

Par ailleurs, Anton Busquets i Punset me paraît demeurer in- 
sensible à la sonore majesté de l'alexandrin. Et cependant, on le 
trouve déjà dans nos tragédies roussillonnaises du XVI U" siècle. 
11 en est de simples et d'harmonieux 12). Je veux bien en blâmer 
l'emploi systématique dans les Bruxas de Carença, d'Antoni Jofre. 
Certainement, Père Talrich manie les rythmes avec plus d'aisance. 
Mais celui-ci pèche par excès de variété comme celui-là par excès 
de monotonie. 

Leurs livres demeureront. L'un nous dit vigoureusement la so- 
litude et les bruits sourds parmi les rochers ; et l'autre sa nostal- 
gie vibrante de coloris. 

Antoni Jofre et Père Talrich m'apparaissent d'ailleurs comme 
des isolés. Ils ne participent pas du double caractère que j'aime 

(1) \oir JovenluJ, n- i83. i3 août 1903. 
, (î) \oir Sant Jean en lo Désert. Jinthologie Catalane. Pages 228-a36. 



— 293 — 

à retrouver chez la plupart des poètes du Roussillon. Car, remar- 
quez-le bien, ils sont presque tous des fabulistes et des mys- 
tiques. 



♦> ♦> ♦j 



Des fabulistes d'abord, et cela pourrait bien être un signe 
d'infériorité. 

Ils n'ont pas seulement répété dans notre langue les rêves de 
la laitière et les chansons de la cigale. Ils ont imaginé aussi d'a- 
gréables choses. 

J. Pépratx fit preuve d'ingéniosité dans ses galanteries. Pas 
un voile de tristesse. Un peu d'ironie, beaucoup de bonté. Et 
partout, une louable correction. 

Aussi ne fut-il pas pleinement populaire, à la façon d'Albert 
Saisset. 11 est vrai que celui-ci fit d'étranges concessions. 

Etait-il sensible au charme de notre horizon moiré ? Ce doute 
nous est encore permis. Mais on sait que son langage grouillant 
nous dit toutes les gaîtés de la Salanque. Et il savait s'attendrir 
parfois. 

Son œuvre ne renferme pas, comme telles pages de Boixeda 
ou du chanoine Boher, des parfums éloquemmcnt agrestes. 

Ce bon chanoine proclame la courtoisie du chardonneret qui, 
cependant, pour suspendre son nid aux plus hautes branches, vole 
à la métayère et le fil et l'aiguille... 

Par contre, il adresse au chêne de véhéments reproches. 

Ce chêne, Lo Pastorellet nous l'avait déjà montré en hiver, 
alors qu'il n'avait plus la parure du feuillage ; mais il se glorifiait 
alors de sa vigueur. Puis, un autre poète, Roure, nous le repré- 
senta vêtu, frissonnant de feuilles et d'ailes, offrant son ombre 
et sa toiture contre le soleil et l'orage... 11 était même heureux 
de ses fruits, dont certains étudiants au pourpoint de soie font 
leur régal. 

Voilà bien trop d'orgueil, pense le bon chanoine : O chêne, 
dis-moi, vit-on jamais damoiseau chardonneret suspendre à ton 
branchage un nid de blanc coton ? Et peut-on, durant l'orage, 
avoir confiance en toi ? 

Si donas seu, mares y fillas. 
Feu parapluja de faldilkis. 



— 294 — 

Mostrant camas, cobriu lo cap, 
Y corriu totas, qui mes sab, 
Sota las balmas d'una roca... 

Ne connais-tu pas un seul rival, ô chêne vaniteux ? Mais pense 
donc au noyer, à ses feuilles vernies, à son ombre fraîche. De 
véritables étudiants, ceux-là, et qui apprennent le latin et même 
le grec, viennent croquer ses fruits : . 

Vanament contra la maynada 

La masobera enrabiada 

Llensa crits, renechs, cops de roch ; 

Res no hi fa. Caldria 1 foch 

Per ferlos fugir. Es tan bona 

La noga endaurada y rodona, 

Verde encara y dins l'ayguardent !.. 

Feya per plantar-hi la dent. 

Ara que's rossa y ben madura, 

Su'l pa posada ab confitura, 

Fa torrons de balitre. Breu, 

Del noguer no hi ha res sens preu. 

Mossen Boixeda avait aussi une pareille fraîcheur de sentiments. 
On relira dans V Anthologie Catalane la poésie où il célèbre les 
plaisirs des jardins. 

Ces quelques lignes et ces quelques extraits, prouvent-ils que 
nos premiers ouvriers ne manquaient pas d'un certain agrément ? 
Je le désire, et d'autant plus que M. Amade n'a pas pu faire 
place aux fantaisies du chanoine Boher. Ce ne sont pas là pièces 
d'anthologie. Boher n'avait pas le sentiment de la mesure. Et 
c'est peut-être une erreur littéraire que d'avoir écrit un poème 
théologique, en douze chants, intitulé Vlnmaculacia. 



Grâce à ce poème, toutefois, nous pouvons bien le considérer 
comme le prince de nos poètes mystiques. Car, il ne faut pas en 
douter, nous avons eu des poètes mystiques, et des poètes qui 
n'ajoutent pas de contredits, comme Verlaine ou Francis Jammes, 

S'il y fallait trouver une raison, ne devrions-nous pas nous sou- 
venir aussitôt de l'ardent, de l'inefFable et divin Jacinto Verdaguer ? 
Je sais un abbé qui lisait naguère la Mellor Corona, sur le seuil 
d'une porte tout enguirlandée de campanules. Ces strophes har- 



— 29^ — 
:ment douces trouvaient une résonance profonde en son 
'ertes, l'àme de Boixéda était ouverte à de tels éblouis- 
11 affirmait dans ses ierniers vers que l'arbre de sa vie 
t dans les cieux, alors que les racines se détachaient peu 
; l'humus. Nous retrouvons l'image d'une telle élévation 
alogue du laboureur, du vigneron et du prêtre, chez 
itx, ou mieux encore, et chez Lo Pastorellet, en ce con- 
murmure des arbres et des fleurs, 
nbre austère d'un cyprès s'effeuille une rose : 

Benehit sia Deu ! Deu que t'ha dat, germana, 
Un cor assedegat de vida novensana ! 

(Cap al ce!) 

>t l'idéalisme de nos poètes. Ils n'ont pas dit comment la 
lors qu'elle lavait son tablier dans le torrent, a suivi le 
au. Ils n'ont pas répété les tristesses du moineau vespéral 
de l'oranger. Mais ils ont bâti des goigs dolents en l'hon- 
la Vierge. 

s souhaite ingénument de lire dans la vallée de Cady les 
d Solerrana. C'est l'un des chefs d'oeuvre de la poésie du 
et. 



ci a tressé l'immortelle couronne de notre renaissance, 
ente le Roussillon au même titre que Mossén Costa y 
représente Majorque et Teodor Llorente la valencienne 

ut à la fois leur vigueur et leur délicatesse. Et comme eux 
es légendes glorieuses de sa province, 
urrait trouver encore des affinités de talent et des ana- 
nspiration. 

m'y attarderai pas. Poète élégiaque du cimetière et du 
I ciel biseauté par les hirondelles, poète des humbles et 
douleurs, avec l'àme emplie de l'âpre vision de la Pales- 
la vision dorée du Vallespir, lo Pastorellet a noblement 
montagnes divines : 

Lluny de) bruix enfadôs, al cim de la devesa, 
Com s'aixampla mon cor, baix un oreig flagran ! 
Llibertat, llibertat, de tu quina ardalesa !.. 



— 296 — 

Sa muse effleure déjà les sommets clairs de la gloire ; nous la 
suivrons toujours avec ferveur et reconnaissance. 

Et toutefois, M. Amade est un peu bref lorsqu'il dit que les 
derniers venus de nos poètes se sont groupés autour du Pasto- 
rellet. Il y a là une part de vérité. Mais je ne vois pas se des- 
siner une école. Et bien plus, j'observe que certains, comme 
J. Sanyas, veulent exprimer d'autres idées, d'autres sentiments. 
On ne saurait prédire la direction de notre poésie. Mais la sua- 
vité de Mossen Caseponce, la vigueur du Refilayre de Carença, 
et surtout l'enthousiasme de Jules Delpont, nous permettent d'as- 
surer que le jardin roussillonnais nous offrira bientôt sa floraison 
nouvelle. 

Les fleurs seront certainement moins abondantes qu'au delà des 
Pyrénées. Et c'est qu'elle nous offre trop de symboles d'ordre et 
de mesure, notre helladique province aux chatoyants oliviers. Elles 
seront rares, les fleurs, mais je veux croire que leurs parfums ré- 
jouiront Jean Amade en sa blanche métairie et ne laisseront pas 
indifférent Anton Busquets i Punset lui-même. 

Joseph Pons. 



Choses catalanes 



Le carillon de Saint- Jean 

Tout le monde sait que nous avons à la cathédrale de Saint- 
Jean un carillon tout à fait remarquable, classé parmi les meilleurs 
carillons de France et même d'Europe. On entend toujours avec 
plaisir ses notes claires et charmantes, qui gracieusement s'épar- 
pillent dans notre ciel. 11 était une époque, — et cela est assez 
récent, — où l'on ne se contentait pas de lui faire jouer des airs 
de cantiques : nous eûmes quelquefois le bonheur d'entendre notre 
bel hymne catalan, Montanyes régalades. Nous ne l'entendons plus 
maintenant. Pourquoi ? Ne pourrait-on pas nous donner de temps 



— 297 — 
en temps, cette sonnerie et d'autres airs catalans, le dimanche par 
exemple ? Nous nous permettons de poser cette question à 
Mgr de Carsalade, qui ne reste jamais indifférent, comme chacun 
sait, aux manifestations de l'âme roussillonnaise. 

Proverbes catalans 

Notre secrétaire reçoit, depuis la fondation de la Société 
d'Études Catalanes, un grand nombre de proverbes catalans, 
envoyés de tous les coins du Roussillon par des collaborateurs 
zélés et des catalanisants convaincus. II en possède actuellement 
plusieurs milliers, et pourra bientôt faire un choix méthodique, 
afin de publier dans notre Revue, avec le commentaire qu'ils exi- 
gent, ceux qui lui paraîtront mériter le mieux cet honneur. Que 
nos lecteurs continuent donc à récolter autour d'eux, et qu'ils nous 
fassent part de leurs trouvailles. Ces proverbes sont toujours inté- 
ressants, et cela non seulement par eux-mêmes, nous voulons dire 
par les trésors de sagesse et d'observation qu'ils contiennent, mais 
encore par leur langue, dont les archaïsmes, toujours savoureux, 
sont en même temps une véritable leçon de vocabulaire. 

Chant du Rosaire 

Une coutume que nous sommes heureux de voir se perpétuer à 
Perpignan, c'est le chant, sur un vieil air archaïque, du Rosaire en 
catalan, le premier dimanche d'octobre à l'église de Saint-Jac- 
ques. 

Cette cérémonie attire toujours une grande affluence, parmi 
laquelle beaucoup d'étrangers. 

Félicitations à M. le Curé de Saint-Jacques, à son clergé (qui 
compte dans son sein un membre de notre société, au conseil 
paroissial et aux paroissiens de cette église, qui tous comprennent 
l'utilité du maintien des vieilles traditions catalanes. 

Annonces en catalan 

Nous signalons avec plaisir une innovation dans les annonces de 
journaux. Voici deux notes parues dans la presse locale) qui ne 
manquent pas d'originalité : 



— 298 — 

Companys. — Voleu per un dia de festa 
Un bon vestit tôt nou, 
Amb una ben bonica vesta ? 
Demaneu un quarante-nou 

A ca'n Desplas. 

Al Puig. — Per laderrerafestadeSant-Jaume, las balles del Puig 
van esserremarcables: miisica déprimera, ninetes de coll de senyo- 
ra, passe-vila à fer tremolar els carrers : mes sobretot se va remirar 
com marcavan bé los caps de jutglar, se n'haguès dit emplegats de 
Préfecture. 

Mala primor ! tots s'havian firat à ca'n Desplas, d'un vestit 
d'allo mes fi, à 49 I 

Pel mateix preu encare n'hi ha. 

C'est toujours la langue maternelle, celle-là bien écrite, contrai- 
rement à ce qui arrive quand les journaux citent le catalan. 

Le Théâtre catalan 

Nous apprenons que M. Lugné-Poë, le distingué directeur du 
théâtre parisien de « l'Œuvre », va monter le beau drame d'Igle- 
sias Els Yells, que notre compatriote M. Frédéric Saisset vient, 
avec la collaboration de notre ami M. Pierre Rameil, d'adapter 
à la scène française. 

Vouloir faire connaître en France les admirables scènes qui se 
trouvent dans le théâtre catalan est une louable tentative dont 
nous félicitons M. Frédéric Saisset. 11 y a dans le beau drame 
d'Iglésias une beauté grave, une simplicité grandiose. C est de j 
l'art le plus noble et le plus émouvant. 

Nous souhaitons à M. Frédéric Saisset une heureuse réussite 
et nous applaudirons de grand cœur au succès de sa courageuse 
tentative. 

L*Art catalan 

Notre ami et collaborateur M. Jean Amade fera prochainement 
à la Salle Arago une conférence sur l'Art catalan, avec projection^ 
lumineuses. A l'occasion de cette conférence, nous reviendront 
ici même sur ce sujet si intéressant. 



il 



Le Carnaval d'autrefois 
à Prats-de-MoUo 

55 ^î S8 (Souvenirs de ma belle-mère) 

(SmTE) ^i) 

Pour y « Encadenat », les danseurs se placent à la queue-leu- 
leu, du même côté de la rue, le i" au point A, les autres 2, 3, 4, 



derrière lui comme l'indique le schéma ci-dessus; la musique joue, 
le premier danseur accentue le début de la première mesure au 
point A et s'élance vers le point B où il arrive au premier temps 
de la seconde mesure pour repartir aussitôt vers le point C, tandis 
que le second danseur quitte le point A ; ainsi de suite, jusqu'au 
dernier. Quand ils sont tous engagés, à l'instant où finit une me- 
sure et commence la suivante, on les aperçoit des deux côtés, par 
exemple les numéros impairs à droite, aux points A, C, E, et les 
pairs à gauche, aux points B, D, ou inversement ; et au milieu 
précis d'une mesure, ils sont tous sur une même ligne, au milieu 
de la rue. Deux longues files de danseurs qui se meuvent paral- 
lèlement, l'une de droite à gauche, l'autre de gauche à droite, se 
rapprochent, se confondent, se croisent, s'éloignent pour revenir 
ensuite l'une vers l'autre, comme si ceux qui les composent se 
cherchaient sans se joindre, voilà « l'encadenat ». Toutes les fio- 
ritures sont admises pourvu qu'elles ne provoquent aucun désor- 
dre, respectent le pas et la cadence. 

Les fenimes sont exclues de « l'encadenat », les hommes revê- 
tent des costumes plus bizarres que riches, souvent ingénieux, 

()) ERRATUM. — page î65, lignes 24 à 27, lire : 

... les ouvriers mangeaient avec leurs habits de travail souillés d'huile, aux manches luisantes 
de suint, comme si on les avait frottés avec une couenne de lard, et c'est dans la même tenue 
qu'en sortant de table, ils allaient danser « lo bail dels connotos », « la danse des gens sales », 
de « conna », « couenne de lard ». 



— 3oo — 



parfois jolis ; le sergent — dans ma jeunesse, l'inénarrable Père 
Garra — passe devant portant sur l'épaule gauche, comme un sol- 
dat son fusil, la « posta », la planche dont nous parlerons bientôt, 
brandissant dans sa dextre un inoffensif sabre de bois. 

Aujourd'hui, cette danse commence à la ville haute, sur l'anti- 
que place « del Rey », « du Roi » ; on descenci au « pont », d'où 
l'on se rend au Foirail ; l'arrivée est superbe sur notre vieille et 
belle promenade plantée de micocouliers, d'ormes et de platanes, 
la foule se presse pour admirer le spectacle qui se surpasse lui- 
même, quand le sergent, ayant atteint l'extrémité du Foirail, se 
retourne et revient en arrière, imité, suivi successivement par tous 
les danseurs. La limite étant M N (consulter le schéma), ils pas- 
sent du point E en F, G, H, 1, tandis que les derniers conti- 
nuent A, B, C, D, E ; deux Hles toujours, mais dans chacune, des 
membres se font face, avancent en sens inverse, se dépassent en 
se croisant, évitant de se heurter car, théoriquement, ils devraient 
atteindre ensemble les mêmes points du côté et du milieu. « L'en- 
cadenat » est encore beau, jadis il l'était davantage, les généra- 
tions qui disparaissent connaissant mieux l'art chorégraphique. 

D'une égale originalité, mais moins noble et plus bouffon, « lo 
bail de la posta » prend son nom d une planche en bois, rectan- 




gulaire, longue de i mètre 5o et large de 20 centimètres environ, 
arrondie aux deux bouts, peinte à l'extrémité supérieure : au rectc 
une jeune et jolie Hllc, au verso un diable laid et cornu. Les mu- 
siciens s'asseoient sur la partie haute du Foirail. Le danseur qu 



— 3o] — 

porte la planche, honneur très recherché, tourne le dos à la porte 
de France; devant lui, a dix mètres, les couples se ran),jent les 
uns derrière les autres ; tout alentour, Prats est assemblé. L'air 
comprend huit mesures que les ménétriers répètent trois fois pour 
chaque couple, se remplaçant les uns les autres et exécutant, pour 
rompre la monotonie, les plus sauj^renues variations. 

Le porteur de la planche, la tenant entre les mains, et le pre- 
mier couple s'approchent réciproquement jusqu'à se rencontrer, la 
cavalière adressant à la planche force révérences ; tous les trois 
reviennent à leur place et repartent aussitôt ; cette fois, la cava- 
lière doit baiser une des deux figures, elle voudrait que ce fut la 
jeune fille, non le diable ; l'habileté est de lui présenter ce qu'elle 
désire virant vivement la planche quand elle avance les lèvres, pour 
qu'elle embrasse le démon cornu. Second recul et troisième dé- 
part : les trois personnages s'arrêtent quand ils prennent contact, 
le cavalier retourne sa danseuse qui fléchit le buste en avant, 
exposant sous les jupes gonflées les rondeurs proéminentes de ses 
hanches et de ses fesses ; le porteur saisit la planche par le bas, 
confirme plus ou moins violemment cette partie volumineuse et 
charnue, soit avec le diable, soit avec la jeune fille ; le résultat ne 
diffère pas, l'on entend un bruit souri! : « Boum ! ». A moins 
d'être maladroit et d'envoyer le coup trop haut, on ne fait jamais 
mal, l'endroit est généralement caoutchouté à souhait et la plan- 
che rebondit comme une balle sur un mur. Eclats de rire, le cou- 
ple se retire, le suivant le remplace et, sans interruption, le jeu 
continue. 

Je ne l'ai dansé qu'une seule fois et mon cavalier, enfreignant 
]a règle, a présenté son postérieur a la place du mien ; il a d'ail- 
leurs payé l'amende séance tenante ou plutôt sur son séant tendu, 
le démon pensa le lui démolir tant il s'abattait, rageur et brutal. 

A/Va sœur Rose ne manquait pas l'occasion ; un jour qu'elle 
avait pour cavalier son futur mari, elle oublia (l'amour et la mé- 
moire sont brouillés ensemble) elle oublia certain furoncle qui 
s'épanouissait au bas de son dos, place indiscrète s'il en fut et, 
en la circonstance, fort mal choisie. M. Sucazes, pharmacien, qui 
portait la planche, lui présenta le démon a baiser, elle déroba sa 
• bouche ; pour pénitence, il lui appliqua un coup si violent qu'elle 
entrevit à la fois toutes les étoiles du firmament..., et qu'elle fut 



— 3o2 

immédiatement guérie : la planche avait produit l'effet d'un bis- 
touri. 

Après le « bail de la posta », la fête se poursuit sur la place 
centrale, les danseurs reviennent en ville triomphalement ; en tête, 
le principal acteur debout sur la planche comme sur un pavois ; 
derrière, les danseurs, à califourchon ou droit sur les épaules d'un 
camarade, selon qu'ils sont plus ou moins sujets au vertige. Le 
cortège se disloque dans les principales auberges où les portés 
paient à leurs porteurs un grand « banquet » de vin blanc. 

Une année, par hasard, les jeunes gens ne s'étaient pas enten- 
dus, la « cobla », la musique de Prats était louée par Arles: les 
jeunes filles se désolaient, pleuraient déjà l'absence de leur diver- 
tissement favori. M. Roca et Xacô Dalbiès firent circuler une 
liste où les chefs de famille comme les garçons s'inscrivirent avec 
enthousiasme ; mon père donna sa signature, simplement, comme 
tout le monde, sans promettre un plus large concours. Quel ne 
fut donc pas son étonnement de recevoir, trois jours plus tard, 
une lettre avec cette adresse : « Al senyor Joan Guiu y sos com- 
panys », « A M. Jean Guiu et ses compagnons » ; les musiciens 
de Camprodon, petite ville voisine, lui annonçaient que, confor- 
mément à ses ordres, ils seraient à Prats le dimanche suivant. 
« Un tour de Roca », pensa mon père et il lui en fit le reproche. 
«Que veux-tu? répondit son ami, nous craignions un refus et 
nous savions que ton nom aplanirait toutes les difficultés. » Mon 
père ne recula pas et jamais l'on n'eut à Prats de plus brillant 
carnaval ; après plus de cinquante ans, je m'en souviens encore 
avec plaisir. 

Tous les participants devaient se masquer le dernier vendredi ; 
mes sœurs et moi, nous demandions souvent à notre père : (\ Quel 
costume mettrez-vous ? vous avez quatre filles, ne les faites pas 
rougir... » « Ne vous inquiétez pas », répondait-il en refusant 
nos services ; nous connaissions trop son originalité pour être bien 
rassurées. 

Le grand jour arriva, l'animation était grande ; Père Carra réu- 
nit une trentaine d'enfants masqués et, moyennant une rétribution 
de G fr. lo par tête, il leur fit danser, à une heure de l'après-midi, 
un « encadenat » pour eux seuls ; ils étaient enchantés et les pa- 
rents davantage. 



— 3o3 — 

A deux heures, « encadenat » des hommes ; mon père arrive, 
sans veste, le buste en chemise propre et bien repassée, une large 
« faixa », ceinture rouge, serrant sa taille, un chapeau de feutre, 
rabaissé et orné de trois plumes de coq à gauche, relevé à droite 
et retenu par un « pixoler » de porc qui pendait. Nous fûmes 
très contrariées, mais tant de personnes le félicitèrent de sa tenue, 
répétant qu'en Carnaval tout est bon qui amuse, tant de déguise- 
ments étaient plus incongrus, que notre moue ne dura pas et que 
nous pardonnâmes le « pixoler ». 

Ce second « encadenat » réunit trois générations : le grand-père, 
le fils et le petit-fils ; rarement pareil entrain ; les jeunes comme 
les vieux, tous furent portés à la place et tous s'assirent pêle-mêle 
autour des mêmes tables d'auberge. 

Les musiciens de Camprodon ne connaissaient pas les danses 
de « l'encadenat » et de la «posta», ils durent les apprendre 
rapidement, les jouèrent fort bien et comme, d'autre part, ils 
n'étaient pas fainéants, qu'ils n'abrégeaient pas les danses et n'al- 
longeaient pas démesurément les intervalles, ils laissèrent tout le 
monde content. 

Le soir du vendredi, les pabordes s'assemblaient chez Vila, à 
l'enseigne toujours existante de la Croix Noire, pour manger une 
« merlussa » : de la morue, des sardines et des œufs formaient le 
menu, pas de viande. 

Le passeville de la nuit était plus long que les autres jours ; on 
suivait presque toutes les rues, les jeunes gens paraissaient en 
pantalon blanc, ceinture rouge et vermeille a barretina » (coiffure 
nationale : l'antique bonnet phrygien qui s'est perpétué à travers 
les siècles) ; arrivés sur la place, laissée dans les ténèbres, ils repré- 
sentaient « Pallary pica-foch ». Ils s'attachaient au derrière, sur 
le pantalon ou sur la chemise flottante, un cornet renversé dres- 
sant sa pointe en l'air, ils se plaçaient en file indienne, une bougie 
allumée dans la main droite et « Pallary pica-foch » commençait. 
Le thème est simple ; marchant en mesure, les figurants essaient 
de mettre le feu au cornet de celui qui les précède et tâchent que 
la même tentative échoue sur leur propre personne. Ils se cour- 
bent donc en avant pour saisir « l'adversaire » et ils font mille 
contorsions des reins et des cuisses (presque la danse du ventre) 
pour sauver leur cornet de l'incendie. 



— 3o4 — 

Les spectateurs accompagnent la musique en chantant les pa- 
roles : 

PALLARY PICA-FOCH 

Qui me l'encendrà Qui me l'allumera 

Lo tîo, tio, tio, Le cornet, cornet, cornet, 

Qui me l'encendrà Qui me l'allumera 

Lo tîo de paper? Le cornet de papier? 



Jo te l'encendré, 
Lo tio, tio, tio, 
Jo te l'encendré, 
Lo tîo de paper. 

No me l'encendras, 
Lo tîo, tîo, tîo, 
No me l'encendras, 
Lo tîo de paper. 

Pallary pica-foch, (bis) 

Kyrie, 
Pallary pica-foch, (bis) 

Eleison. 

Ahont n'hi ha de bo? 
A la bôta, bôta, bôta, 
Ahont n'hi ha de bo ? 
A la bôta del recô. 

Ahont n'hi ha de dolent? 
A la bôta, bôta, bôta, 
Ahont n'hi ha de dolent? 
A la bôta del torrent ? 

Pallary pica-foch, (bis) 
etc. etc. 



Je te l'allumerai, 

Le cornet, cornet, cornet. 

Je te l'allumerai, 

Le cornet de papier. 

Tu ne me l'allumeras pas. 
Le cornet, cornet, cornet, 
Tu ne me l'allumeras pas. 
Le cornet de papier. 

Pallary pique-feu, (bis) 

Kyrie, 
Pallary pique-feu, (bis) 

Eleison, (bis) 

Où y en a-t-il du bon? 
A l'outre, l'outre, l'outre. 
Où y en a-t-il du bon? 
A l'outre du recoin. 

Où y en a-t-il du mauvais? 
A l'outre, l'outre, l'outre. 
Où y en a-t-il du mauvais? 
A l'outre du torrent. 

Pallary pique-feu, (bis) 
etc. etc. 



Comme fond et comme forme, les vers ne sont guère poéti- 
ques, mais l'air est entraînant et le jeu amuse les spectateurs aussi 
bien que les acteurs. 

(^ suivre) Emile Leguiel. 






Traditions et Coutumes 

d*Alguer (Sardaigm) 



Les études de Folklore sont d'une importance capitale pour 
celui qui veut chercher dans la vie d'un peuple non seulement ses 
caractères propres, mais encore son développement. D'autres ont 
touché, en passant, au sujet que je me propose de traiter ; mais, 
soit par manque de documents historiques et littéraires, soit parce 
que ces études ne correspondaient pas à leur genre de travaux, 
ils ne sont pas allés au-delà de quelque petite poésie recueillie 
par Toda(i), de quelque cenno historique de Guarnerio (2), ou 
d'autres encore dans quelque journal. 

J'ai maintenant l'intention d'oflFrir aux lecteurs de la J{evue Cata- 
lane un court extrait d'un chapitre sur le Folklore alguerais, cha- 
pitre qui doit faire partie d'une monographie sur Alguer à la- 
quelle je travaille depuis bien des années avec un amour filial. 

Je commencerai par les devinettes, qui constituent un genre de 
divertissement très en faveur auprès du peuple dans tous les pays, 
et d'une manière plus particulière auprès des enfants. 



Jo tench una cosa 
que va de qui an Bosa, (3) 
de Bosa an Barberîa 
rctorna en casa mia. 



7. — 'Devinettes 

el gat. 



Lingui, lingui, ) ,, , 

^ , ^ [ 1 escombra. 

y mai s atata. ] 

Prat ademunt de prat, 
cavalier armât, 
dona mustaxura, 
tôt lo mon salura. 

(1) L'Algucr, Barcelone (1888). 

(1) Arch. gloi. vol. IX. 

(3) Ville de Sardaigne, au sud d'Alguer. 



el moliner i '1 burric. 



— 3o6 

Es vert y no es erba, 

es vermeil y no es foch, \ la sindria (pastèque). 

es rudô y no es mon. 

Devalla rient, 
y munta plorant. 



lo poal. 



77. — Jurements 

Le jurement est pour les Alguerais la meilleure garantie qui 
puisse confirmer ou appuyer ce qu'on dit. De plus, ils prennent 
à témoin Dieu, les saints, les choses sacrées ou les parents. Voici 
quelques exemples des jurements les plus communs : 

Que ma tronqui un' anca si no es ver lu que dich. 

Que no arribi en casa... 

Que no me fassi dîa... 

Que Deu me castigui... 

En cuscencia de l'anima... 

Que no arnbi a dar a la Humera aqueixa anima que port al ventre. 

Que me dabaixi un raiu... 

Que me vegin cego de la vista... 

Quand on veut ensuite donner plus de force au serment, on 
jure sur la tête de ses propres enfants, on fait le signe de la croix 
avec les doigts ou les bras, on jure sur le crucifix, sur le pain, sur 
le feu, ou il suffit encore de se serrer la main en disant : « Per 
la fe que tenim en Deu ». 

7Î7. — Comparaisens populaires 

Pour exprimer une grande beauté, on dit : 

Es bella com lu sol, com la lluna, com un' estrella, com una rosa, 
com un jesmi, com un crevell, etc. 

Es una pintura, una santa, la carn délia es blanca y vermella com la 
Uet i sanch. 

Es bella d'encantar. 
Pour dire qu'elle est très laide : 

Es fea, es orrosa, es fea com lu dimoni, com la tentassiô, bruta cOmo 
may Deu n'a fet. 

Quand on a de l'appétit : 



— 3o7 — 

Tench una fam que no hi veig. 
Me veig finsa les orellas. 
Pareix que m'an vagi '1 cor. 

Qu»nd on veut dire que l'on n'a pas réussi dans un projet : 

L'os hi es restât à la gora. 

Pour dire que quelqu'un est très vieux : 

Es vell com San José. 
Es vell mes del cûcu. 

Pour dire qu'il est petit : 

Es andenyat. 

Es un pam y un pet. 

Es un' afulladura. 

Pour dire qu'une chose est fraîche : 

Es fresch com la rosa. 

Pour indiquer une chose très noire : 

Nègre com lo dimoni, comja pega, com la tentassio, com lo trument, 
com un moru, etc. 
(A suivre) Joan Palomba, instituteur. 

AIghero (Sardaigne). 

Textes catalans 



(SUITE) 



Item, per lanssasar (i) très axades, vi diners. 

ltem...per una saumada de losa...pesa ni quintals que costa lo 
quintar i sou : montan m sous. 

Item... per una aymina de caus que era de la caus de Baxas, 
que dix Mestre Guillem que la havien mester que la mesclassen 
ab aquella de Lauro (2) : costa vin sous, 

(1) Aiguiser. 

(2) 11 y a encore à Elne un chemin vicinal dit Cami de "Llauro, nom qui 
rappelle évidemment les relations d'autrefois, et l'arrivage incessant de la 
chaux de Llauro. 



— 3o8 — 

Item... per dos mesures e dos puyeres de guix (4 sous). 

ltem...pague an Johan Riera per ix jornals que havia feyta la 
massio an Guillemi en P. Pratx de Baxas e Mestre Guillem que 
y menja 1111 jors : havia de quascun j sou nii diners... monte entre 
tots très i", viiii» , ini ^. 

Item... compre de Cassanyas, de Perpanya, xxxv sous e v diners 
de diners menuts per obs del bassi, que costaren un sous vu diners. 

ltem...pague an Johan Riera per raho de dos jorns que era 
anat a Cobliure per dites tayles que no havien pogudes haver 
d'en Taulari, que davia per raho de l'argent que li havien prestat 
quant la nau se trenca a la plaja de Sent Sabria : done li per la 
massio n sous vin diners. 

Item (a xv de Juny) comensaren a traucar a les sagones bigues 
que son al cap del scaler cant hom puja a Nostra Dona (j). 

Item... compre als mestres quant se volgren colgar, vi per i] 
diners. 

Item... per amorterar caus e fer morter (3 sous). 

Item... compre una pala de fust (1 sou). 

Item... compre clavels tasernals (2) (j denier). 

Item... fiu fer un capmartell (8 sous). 

Item... ma trameses lo Sacrista de Baxas v aymines de caus 
(4 livres). 

Item... dona a beure an aquels que la aportaren : èompre lus vi 
(2 deniers). 

Item... per picar les pères (quascun nii sous,. 

Item engrana lo fiyll d'en Guascha la sgleya ab un altrc infant 
(1 sou). 

Item compre una post (3) per livar lo molle de les pères. 
Costa I sou VI diners. 

Item compre vi mesures de guiyx e una punyera que costa la 
mesura 1 sou un diners : monten vnn sous vni diners (4). 

(1) N.-D. de la Truna. Chapelle qui existait à la tribune de l'Eglise. 

(îj...? (Voir, ci-après : Clavets mesaylah et Clavels siens.) 

(3) L'on employait économiquement une planche, soit rabotée soit garnie 
d'une légère couche de plâtre (enguixada), pour tracer les plans, les épures, 
et aussi pour faire les calculs. Un coup de rabot ou une nouvelle couche de 
plâtre permettaient de l'utiliser à nouveau. 

(4J Les indications de cet article se trouvent inexactes. 



— 3o9 — 

Item... un arer per passar la arcna (î sous). 

Item... candeles de seu per tapar los trauchs de dins lo cloquer 
que no y vesian (2 deniers). 

Item... 1111 cabasses o sportis en que hon te pances per treure la 
terra del caussol del cloquer, ab dos troyelas (1) per adobar los 
dits cabasses '2 sous). 

Item... hi fo Mestre Guillem per cavar primerament lo caussol 
del corn del cloquer : près nu sous. 

Item... per refermar ab testos les bigues que staven dretas al 
cloquer (5 sous). 

Item... compre un fust per pontalar lo canto del cloquer f6 sous). 

Item... compre d'en Johan Figuers, fuster d'Elna, vin dentals(2) 
per pitjar (3) les bigues qui staven dretes al caussol del cloquer 
(2 sous 4 deniers). 

Item... compre dos ambuderes de terra quascuna nn sousi. 

Item dona mosseny P. Stheve a beure als mesestres ; comprels 
peraylos 141 que costaren n dîners. 

Item... compre clavels mesaylals (5) per clavar uu besayt (6) 
que sera desclavelat e trancat (4 deniers). 

Item, a ix del dit mes d'agost) fou Mestre Guillem a la dita 
obra per comensar de bestir lo caussol del cloquer (4 sous). 

Item, axdel dit mes, que fo Sent Laurens, despasi per precechs 
per tal que (7) donas a beure a la gent que tiraren l'aygua e la 
arena (2 sous 6 deniers). 

Item... per l'engranar 8) de la sgleya e de les claustres e del 
cimiteri e del enjoncar e enramar que havia feyt quant Mosseny 
d'Elne 9 vench novelament : Hac (jo) ve vin sous 

Item... compre un quartos de vi que era a x diners lo quarto 
(n sous X diners) (i l)• 
(I)...? — (2) Coins ? — (3) Pour caler. 

(4) ...? Peutè-tre peretls, petites poires d'été ? 

(5) De maille (monnaie, moitié du denier). — (6) Bésaigiie ? 

(7) De manière à. 

(8) Garnir de verdure et de feuillage. 

(9) Jérôme d'Ochon, qui depuis sa nomination (1410) était resté éloigné 
de son diocèse. (Puiggari). 

(10) De là ? (Voir autre note, plus loin.) 

(11) Les indications de cet article se trouvent inexactes. 

(A suivre) R. de Lacvivier. 



i 






Verge Soterrana 



y del blau mar, de la plana, 
Molts dévots â vos vindrân. 

(Abbé J. Bonafont, 

Goigs de N.-S. de Sota-terra.) 

Sentada en la cadireta 
ab cl Jesuset hermôs, 
Oh Princessa, ne seu Vos 
un roser blanch y flayrôs 
ejxit de la nevadeta, 

Del vostre manto vermeil 
les esteles cspellides 
ne rodolan, esllanguide^... 
y ne teniu amansides 
les feres del capitell. 

Oh satalîa boscana, 
protectora de Cadî, 
seu coronada d'or fî... 
Vostre mirar n'es divî, 
dolsa Verge catalana. 

Tôt arreu â vos vindrân 
los fadrins y les fadrines... 
les enceses barretines 
y les cofes de Malines 
al monestjr pujarân... 



— 3ii — 

Desde'l poblct hont blaveja 
la mar prop dels torangers, 
hont los ayres mes Ueugcrs 
embalsaman los senders, 
tôt aqueix plâ vos fcstcja... 

Dins vostrc cingle espadat, 
escoltant de la ribera 
la veu dolsa y riallera, 
ne seu Vos una gerdera 
que tots los cors ha robat . 

Oh divjna donzelleta, 
oh Reyna d'aqueix serrât 
del Canigô régalât, 
oh divina majestat 
sentada en la cadireta ! 

Joseph Pons. 

Botanique catalane 

T^oms catalans de plantes usités dans la région 

*|ô <K^ ù^ (Suite) 

MALROIG. — Marrubium vulgare L. Marrube commun. 

Tonique et stomachique. Employé contre les fièvres, les vers, 
la leucorrhée. 

MALVA. — Malva rolundifol'ia L. Mauve à feuilles rondes. 

Employée comme adoucissante et rafraîchissante. 

MALVl. — AHhœa officinalis L. - — Guimauve officinale. 

On se sert surtout de la racine ; propriétés de la malva. 

MANÇANILLA. — Nelichrysum Stœchas DC. Immortelle 
Stoechas. 
. Fleurs servant à faire, des couronnes mortuaires. 



— 3iî — 

MARGALL. — Lolium temulenlum L. Ivraie enivrante. 

Graine narcotique ; en grande quantité, farine empêchant la 
fermentation du pain. 

MARGARIDETA. — "Beltis perennis. L. Pâquerette vivace. 

Connue surtout comme une des premières fleurs printanicres. 

MARGARIDA. — Leucanthemum vulgare Lam. Grande mar- 
guerite. 

Tonique. Jeune, c'est une bonne plante fourragère. 

MASTEGUERA. — ChondriUa juncea L. Chondrille effilée. 

Feuille mangée en salade. Sous ce nom on cueille aussi la 
"Dent de lleô. 

MATA-ARANYES. — 7{uscus aculeatus. L. Fragon petit-houx. 

Fausses feuilles terminées par une pointe ai^uë. Racine apéri- 
tive et diurétique. 

MATA-LLOP. — Voir H. DE LES TORES. — Aconit. 

Décoction employée pour empoisonner les loups et les renards. 

MATA-PO LL. — Daphne Guidium L. Daphne Garou. 

Ecorce contre la gale, les parasites de la tête ; employée 
comme vésicatoire. 

MAY-MORRA. — Sempervivum monfanum L. Joubarbe de 
montagne. 

Ne meurt pas en temps de sécL— "sse. Rafraîchissante. Suc 
contre les cors. 

MELO. — Cucumis Meto L. Concombre melon. 

Fruits adoucissants et laxatifs. Graines fébrifuges et diurétiques. 

MENTA. — Menta salvia L. Menthe cultivée. 

Odorante, excitante, stomachique et emménagogue. 

MENTA-REAL. — Calamintha officinaUs Mœnch. Calament 
officinal. 

Belle plante ayant l'odeur et les propriétés de la menta. 

MENTA DE BORRO. — JHentha rotundifoUa L. Menthe à 
feuillee rondes. 

Odeur forte. Peu employée. Nuisible dans les prés. 

MOLSA. — Mousse. 

Nom général des mousses. Nuisible aux prés et aux arbres 
fruitiers. 

MONGETA. — Phaseolus vulgaris L. Haricot commun. 

Graines alimentaires bien connues. 



— 3)3 — 

MORELLA. — Solanum nigrum L. Morelle noire. 

Fruits vénéneux. Feuilles calmant les dartres, furoncles, cancers. 

MORELLA DE MARGE. — Solanum Buîcamara L. Mo- 
relle douce amère. 

Tiges grimpantes dans les haies. Propriétés de la morelle. 

MORERA. — Morus alba L et nigra L. Mûrier blanc et noir. 

Fruits rafraîchissants. Feuilles nourrissant les vers à soie. 

MORERA SELVATGE.—T^uèus/ruc^/cosus L. Ronce à fruits. 

Fruits et feuilles astringentes ; employées dans les diarrhées, 
maux de gorge. 

MORRALLONS. — Spergula arvensislL. Spergule deschamps. 

Nuisible dans les champs. Les poules les mangent avec plaisir. 

MORTEROL. — Mercurialis annuah. Mercuriale annuelle. 

Plante envahissante. En décoction ou lavement comme purga- 
tive et laxative. 

MOSTAÇA. — Sinapis arvensis L. Moutarde des champs. 

Graines irritantes ; farine employée pour attirer le sang sur 
une partie du corps. 

MURGULA. — Morchella e$culenta Pers. Morille comestible. 

Un des meilleurs champignons comestibles conservant longtemps 
son arôme. 

NAP. — Paslinaca saliva L. Panais ou navet cultivé. 

Racine potagère ; calmante et antiscorbutique. 

NAP BORT. — Campanula rapunculus L. Campanule rai- 
ponce. 

Racine ressemblant à un petit navet ; mangée tendre en salade. 

NIELLA. — Lynchnis Githago Lam. Lychnis. Nielle desblés. 

Plante envahissante dans les moissons. Les graines seraient 
narcotiques. 

NOGUER. — Juglans regia L. Noyer commun. 

Cultivé pour ses fruits. Feuilles cicatrisant les plaies. Bon bois 
de menuiserie. 

OLIVELLA. Ligustrum vulgare L. Troène commun. 

Fruits oblongs comme les olives colorant le vin. Bois dur. 

OLIVERA. — Olea eurapcea L. Olivier d'Europe. 

Fruits donnant une huile calmante et purgative. Feuilles as- 
tringentes. 

(A suivre.) L. Conill. 



HISTOIRE LOCALE 

Figures 
d'Evëques Roussillonnais 

(SWTE) 

y . — Au Concile de la J{éal 
(Novembre 1408 — Mai 1409) 

Le i5 novembre 1408, Benoît XI 11 ouvrit solennelle- 
ment le concile dans l'église de la Real. Pierre de Çagarriga 
prit part aux délibérations de cette imposante assemblée de 
dignitaires ecclésiastiques où parurent quatre cardinaux, 
trois patriarches, huit archevêques, trente-trois évèques et 
plus de quatre-vingts abbés ou chefs d'ordre. La plupart des 
Pères du concile s'étaient déjà retirés de Perpignan, dès le 
mois de janvier 1409, laissant le soin de rédiger une adresse 
à une commission composée de cardinaux et de prélats. 
L'archevêque de Tarragone fut désigné pour y collaborer. 

Formulée le 1" février, cette adresse conseillait à Be- 
noît XI 11 d'envoyer simultanément à Grégoire XI 1 et aux 
cardinaux de Pise des ambassadeurs chargés de traiter du 
lieu, de l'époque et des conditions d'une abdication respec- 
tive des divers papes. 

Benoît XI 11 fit attendre douze jours sa réponse. 11 déclara 
enfin vouloir suivre l'avis du Concile, et désigna sept légats 
qui devaient se rendre à Pise porteurs de ses instructions. 
Deux d'entre ces personnages attiraient plus particulière- 
ment l'attention. C'étaient l'archevêque de Tarragone et 
Boniface Ferrier, général des Chartreux et frère de saint Vin- 
cent Ferrier. 



— 3i5 — 

y/lajs le pape d'Avignon s'évertuait à faire traîner les 
•ises en longueur. Les premiers jours du mois de mai 
îlement, il faisait partir pour Pise presque toute son 

passade par la voie de terre, qui était la plus longue. 

[nique qui suivit la voie de mer fut Pierre de Çagarriga. 
.rchevêque de Tarragone s'était embarqué le 22 mai -1400 
ic la flotte du roi Martin d'Aragon, à destination de Pise. 

VJ. — Légat au Concile de Vise 

L'ambassade de Benoît XI 11 conduite par Boniface Fer- 
r ne parvint à Pise que le 1 1 juin 1409, après un voyage 
issé de difficultés et de péripéties. Sa venue coïncida 
c l'arrivée du roi Martin d'Aragon et de Pierre de Ça- 
•riga. 

\près avoir communiqué au concile leurs pouvoirs qui 
ent jugés peu étendus, les légats obtinrent pour le 14 juin 
simulacre d'audience. 

C'est entre deux haies d'une foule railleuse les saluant à 
ips de sifflets qu'ils arrivèrent non sans peine à l'église 
nt-Martin où se trouvaient réunis une douzaine de 
dinaux. On leur donna lecture d'une sentence portée par 
I Pères du concile de Pise, le 5 juin précédent, par laquelle 
"ccommunication était lancée contre Benoît XI 11 et Gré- 
ire XI 1. Lorsqu'ils s'intitulèrent les « légats du très-saint 
re Benoît », on se récria et on les traita « d'envoyés d'hé- 
:ique ». 

A la vue de si indignes procédés, ces pauvres ambassa- 
urs de Pierre de Luna songeaient à se retirer. Mais ils 
rent attendre que la foule amassée autour de l'église se 
r un peu dissipée. Ils défilèrent ensuite à pied, protégés 
r la force publique, n'osant remonter à cheval dans la 
iinte d'offrir une cible commode aux projectiles des mani- 
)tants. Le lendemain, ils trompèrent la surveillance des 
:res du Concile et s'évadèrent sans dire adieu. 
Durant leur court séjour à Pise, ni les cardinaux, ni leurs 



— 3i6 — 

amis n'avaient osé ni leur parler, ni les recevoir. Ce fut un Flo- 
rentin ayant des intérêts en Espagne qui leur offrit un asile. 

La série de leurs tribulations n'était pas terminée. Quand 
ils voulurent s'aboucher avec Grégoire XI I , à Bologne, le 
gouverneur Balthazar Cossa leur fit dire qu'en guise de sauf- 
conduit il les ferait brûler vifs, s'il parvenait jamais à sur- 
prendre le cortège de leur ambassade. 

Une fois rentré à la cour pontificale d'Avignon, Pierre 
de Çagarriga ne joua plus qu'un rôle effacé dans l'affaire du 
schisme d'Occident. Son intelligence et ses qualités diplo- 
matiques eurent à se déployer sur un autre théâtre d'action. 
Jusqu'à sa mort, il demeura fidèle à l'obédience de Be- 
noît XI II. Lorsque Saint Vincent Ferrier et Alphonse V 
eurent abandonné le parti de Pierre de Luna, l'archevêque 
de Tarragone éleva encore la voix pour protester, dans une 
lettre pastorale écrite le 16 décembre 1416, contre les dires 
du concile de Constance, alléguant que Benoît XI 11 n'avait 
plus de partisans. Pierre de Çagarriga eut encore le courage 
d'écrire que « jamais il n'avait fait soustraction d'obédience 
à Benoît XI 1 1 ». 

VU. — 7"g^ <^^ Compromis de Caspe 
(1412) 

Pendant que des divisions intestines désolaient l'Eglise, 
le désarroi régnait à la cour d'Aragon. La mort du roi Mar- 
tin, survenue en 1410, laissait la succession au trône va- 
cante, faute d'héritier direct. Six prétendants aspiraient à la 
couronne. 

Le Parlement décida, le 16 février 1412, de réunir les 
Etats des trois royaumes de Catalogne, Aragon et Valence, 
et de choisir parmi eux un certain conseil d'hommes probes 
et doctes, aux mains desquels on remettrait le sort de la 
cause dynastique. 

Neuf juges furent ainsi désignés à cet effet. Pierre de 



- 3.7 - 

Çagarrjga et saint Vincent Ferrier firent partie de ce tribu- 
nal suprême qui tint ses assises à Caspe. 

Le saint émit son vote le premier et porta sa voix sur 
Ferdinand de Castille, de concert avec cinq autres juges. 
Pierre de Çagarriga et les deux autres juges attribuèrent 
les droits à la couronne d'Aragon au comte d'Urgell, der- 
nier descendant mâle des comtes de Barcelone. Le prestige 
du saint l'avait emporté sur le patriotisme de l'archevêque ( i ). 

Pierre de Çagarriga s'inclina devant l'arrêt de la majorité 
des électeurs et signa, le premier des neuf juges, l'acte d'é 
lection de Ferdinand de Castille au trône d'Aragon. 

Ce prince eut toujours l'archevêque de Tarragone en 
grande estime. 11 le nomma son chancelier, et en récompense 
des services rendus, lui fit donation du château et de la ville 
d'Ager. Il l'avait même désigné dans son testament comme 
futur conseiller de son fils, Alphonse V. 

VJn. — Jlrchevêque de Tarragone 
(1407-1418) 

Les multiples affaires auxquelles il fut mêlé, n'empêchè- 
rent point l'archevêque de Tarragone de travailler au bien 
spirituel et temporel de son archidiocèse. 

Ce prélat fit dresser diverses constitutions synodales ten- 
dant à la réforme du clergé : il les avait promulguées, en 
personne, dans le concile provincial qu'il célébra en 1410. 
Sous son épiscopat, le chapitre de la cathédrale lança une 
ordonnance qui prescrivait de célébrer les octaves des fêtes 

(1) « Le nom de Pierre de Çagarriga... a survécu à toutes les transfor- 
mations de la Catalogne. Après six siècles, il est encore entoure de la véné- 
ration de tous les patriotes catalans. En 1901, le congrès catalaniste de 
Tarragone l'acclama et le fit 1 égal de Jacques-le-Conquérant dont le corps 
repose à coté du sien dans la cathédrale de Tarragone. Son éloge fut sur les 
lèvres de tous les orateurs ; l'un d'eux s'écriait : « Tarragona no es niorta, 
per que no pot morir lo qui garda les cendres de Jaume el conquerador y de 
l'arquebisbe de Sagarriga que gastaren sa sanch y sas energias per la inde- 
pendencia de Catalunya. » (T(evue d'Histoire et J'Jlrchéologie du T^oussillon, 
t. 'VI, p. 60, note I .) 



>- 3i8 — 

de la Sainte Vierge avec grande solennité. 11 était ; 
mandé aux ecclésiastiques tenus à la récitation de l'c 
divin, d'ajouter aux versets et commémoraisons des v€ 
et des laudes VJJlleluia, depuis la solennité de Pâques 
qu'à celle de la Pentecôte. 

Pierre de Çagarriga fit donation en faveur de sa c 
drale d'une épine de la couronne de Notre-Seigneur et 
fragment de la frange du vêtement du Sauveur. 11 avait 
cédé, à cette occasion, à son diocèse, la célébration c 
fête spéciale en l'honneur de cette précieuse relique 
jour-là on bénissait, dans le parvis du temple saint, de 
qu'on distribuait aux fidèles. Le célébrant avait eu soii 
préalable, de la mettre en contact avec la frange de la 
de Jésus : on lui attribuait ainsi une vertu sainte. 

11 fit fabriquer un ostensoir d'argent doré d'un poi( 
144 livres ; on portait cette riche custode dans les pr 
sions de la Fête-Dieu. 11 dota aussi le trésor de la c 
drale d'une statue en argent représentant sainte Th 
patronne de l'église métropolitaine. Enfin il fit comm< 
le retable majeur en marbre de cette même église qui r 
achevé que sous le pontificat de son successeur imm€ 

Pierre de Çagarriga mourut à Barcelone, avec la ré 
tion d'un saint, le 3i décembre 1418. Son corps fut tr 
encore intact, sept ans après le décès. 11 fut transféré en 
dans l'église de Tarragone, et enseveli au parvis du cî 
de la cathédrale, sous le seuil de l'entrée principale df 
glise. Le cercueil fut recouvert d'une plaque en bronza 
laquelle on grava l'épitaphe latine suivante : Hic jacet 
rendissimus in Christo Pater et Dominus Petrus de Ça^ 
gua (sic) bone memorie Jlrchiep. Tarracon. qui obiit in ci' 
Barchinona. ultima die decembris anno a nativitate T) 
MCCCCXVlll, qui huic ecclesie multa bona contulit, 
anima requiescat in pace. Jlmen. JImen. ( 1 ) 

L'Abbé J. Capejlle. 

(i) Villanueva, Viaje ïiierario a las iglesias de Espana, t. XX, p. ï3 



LIVRES ^ REVUES 

La J{eviie catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire, ^si'^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 

Vivo Provcnço 

D'après cette Revue, un magistrat du Midi, M. Teulon-Valio, vice-pré- 
sident du Tribunal civil de Narbonne, aurait, du haut de son siège, traité la 
langue d'oc de « langue de basse-cour ». 

Provence signale le fait aux diverses associations fèlibréennes et espère que 
celles-ci sauront protester comme il convient pour faire respecter « lou 
paraulis sacra de nôsti maire ». 

La Société d'Etudes Catalanes joint sa protestation indignée à celle de 
notre confrère provençal. 

L'Eclair de Montpellier 

Dans VEclair, excellent article de J. Véran qui fait écrire l'homme de « la 
langue de basse-cour », M. Teulon-Valio, à M. le président Fallières, à 
propos de son voyage à Copenhague. 

Nos lecteurs seront certainement heureux de lire l'extrait suivant : 

« ... On a raconté qu'un des Français habitant Copenhague, qui se trou- 
vait être de Toulouse, vous avait adressé la parole en gascon, et que vous 
lui aviez répondu également en gascon. 

Est-ce possible, Monsieur le Président ? Hélas ! 11 faut bien croire que 
c'est vrai, puisque tous les journaux ont confirmé le fait. Mais quelle dou- 
leur est la mienne ! Songez, en effet, Monsieur le Président, qu'il y a quinze 
jours à peine, ayant à requérir contre M. Turrel, ancien ministre, qui 
avait adressé quelques paroles un peu vives en patois à un président de bu- 
reau électoral, j'avais déclaré en plein tribunal qu'aujourd'hui le patois n'é- 
tait plus parlé que dans les basses-cours. 

Et voilà que vous. Président de la République, vous parlez patois ! Quel 
démenti pour le chétif budgétivore que je suis ! D'ailleurs, si j'en crois ce 
qu'on raconte, tout récemment, vous receviez à l'Elysée même — à l'Elysée, 
ô mes aïeux ! — un groupe de compatriotes, et, une demi-heure durant, 
entre vous et ces gens-là, on n'entendait parler que patois ! Faut-il aussi 
que j'ajoute foi à ce que disent les initiés, à savoir que, parfois, à Paris, 
dans l'intimité, une fois partis les personnages officiels, vous aimez parler 
patois avec votre entourage ? 

Qu'allez-vous donc penser de moi. Monsieur le Président? Que pourrais- 
je faire pour que me soit pardonnée la façon méprisante dont j'ai parlé du 
patois ? . . . 

Mes intentions étaient si pures ! Une longue lignée d'aïeux qui n'ont 
jamais parlé que le français, l'habitude des salons, la conscience du grand 
rôle que je remplis, les merveilleuses ressources que la langue française met 
à la disposition de mon éloquence naturelle, tout cela m'avait prévenu contre 
le patois. 



320 

Je pensais aussi que la République doit s'aristocratiser. Tous ces paysans 
qui parlent patois m'écœurent. . 

Lorsque j'entends des milliers d'électeurs et de contribuables parler patois 
j'ai honte d'être payé par eux. Je prends tout de même mes appointements, 
car l'argent n'a pas plus d'accent que d'odeur, mais comme je souffre en 
pensant que cet argent qui entre dans ma poche de fonctionnaire, les con- 
tribuables l'ont apporté au percepteur en parlant patois ! qu'ils l'ont gagné en 
parlant patois ! 

Quel cauchemar que ce patois pour un homme distingué comme moi ! 
Impossible d'y échapper ! A l'usine, ils parlent patois ! A la caserne, ils par- 
lent patois .'... De temps à autre, j'apprends qu'un des jeunes gens de ce pays 
nous revient du Maroc, entre quatre planches, du Maroc où il s'est battu, 
où il est mort pour la France, je m'informe : ce brave garçon, me dis-je, 
devait parler français. Pas du tout : c'est un ouvrier, un paysan, un fils du 
peuple, qui parlait patois. Ils se font tuer en parlant patois I Jusque dans la 
mort, ils emportent leur langage Je basse-cour I N'est-ce pas révoltant. Mon- 
sieur le Président ? 

Mais, pardon. Voilà que j'oubliais encore que vous-même vous parliez 
patois. Mon âme de vice-président en est toute attristée. Pourvu que mes 
insultes à ceux qui parlent patois n'aillent pas nuire à mon avancement ! ... » 

La lanterne toulousaine 

Ce journal consacre quatre colonnes de sa première page à la gaffe de 
M. le vice-président du Tribunal de Narbonne. 

Cet article mériterait d'être cité en entier. Avec regret, nous en détache- 
rons simplement les lignes suivantes qui constituent une vérité claire comme 
le jour : « Les fonctionnaires sont faits pour le pays, et non le pays pour les 
fonctionnaires. Si M. le vice-président ne peut supporter notre langage, 
qu'il s'en aille au delà du Plateau Central et... adissiats. » 

Décidément, M. Teulon-Valio n'a pas une bonne presse dans le Midi. 

El Poble catala 

El Poble Catala a reproduit dans sa « Plana literaria » du ai septembre 
la traduction de « Els lliris grochs » de notre confrère M. l'abbé Blazy. 

Nous regrettons que ce journal n'ait pas indiqué que l'article était extrait 
de la T^evue Catalane du i5 septembre. Quant à ce qui est de la mention 
« traduit al catala rossellonés per M. B. » qui suit la signature de Fré- 
déric Mistral, on nous permettra de faire une observation. M. Blazy, dans 
la T^evue Catalane, a écrit le catalan roussillonnais. Ex : M'aixequi com puch, 
cridi com un perdut, tota la gent del'era acort. 

E/ Poble Catala, au contraire, tout en prétendant reproduire du catalan 
roussillonnais écrit : M'aixeco com pue, crido com un perdut, tota la gent 
de l'era hi corre. 

Et ceci n'est qu'une phrase prise au hasard. 

El Poble Catala du 5 octobre reproduit également sans en indiquer la 
source « l'Hort del Riberal » de notre confrère M. Joseph Pons, paru dans 
la J^evue Catalane du i 5 août. 

Nous espérons que le grand quotidien catalan voudra bien à l'avenir se 
conformer aux usages admis dans la presse. 

Le Gérant. COMET. 
Imprimerie COMET, rue Saint-Dominique, 8. Perpignan. 



I^o 23 15 Novembre 1908. 

REVUE 

CATALANE 



Les Manuscrits non insérés 
ne sont pas rendus. 



Les Articles parus dans la Revue 
n'engagent que leuïs auteurs. 



Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 



VERSION CATALANE O 
Mal temps 

Quin tormcnt y quina aflicciô ! 

Sensé repos ni remissiô, 

Desde très dies eau la pluja ! 
De terribles llucets la flama lluheix, roja, 

Y remingoleja per mont 
Sembla que, dins del cel, per una mala guerra, 

Tôt s'ha lligat contra la terra, 
Qu'un diluvi, tornà, vol destruhir lo mon ! 
Brumes, de tots costats, en l'ayrc s'arrosseguen ; 
Nègres, hom els-e veu montar, montar de lluny ; 
Amb un gran brutx de tro s'aborden y se peguen ; 
Y, al fonso, la mar, furiosa, retrony. 

Albert Saisset, Jamecs. 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une note supérieure à ta moyenne 
au dernier concours 

Ambroise MALAPLATE, élève au Collège i5 sur 20 

Fernand LAMAYSOUETTE, élève au Collège.. . . 14 sur 20 

VOLA-RICH I 3 sur 20 

MlMl, élève aux Cours secondaires i3 sur 20 

Francesch RIBERA, de Barcelone 11 sur 20 

J., de Serralongue 10 sur 20 " 

NOTA. — Ce n'est pas, comme on pourrait le croire, la moyenne des points qui servira à 
établir la liste de mérite, mais bien la somme. Les concurrents qui ont adopté plusieurs pseudo- 
nymes ont donc intérêt à nous le faire savoir avant le 3i décembre 1908. 

(1) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint- 
Dominique, avant le l'r décembre 1908. 



Une préface 



Nous tenons à reproduire ici, car l'auteur y exprime des idées qui nous 
sont particulièrement chères, la préface que M. Jean Amade a écrite pour le 
livre publié en ce moment par M. Bonet : Impressions et Souvenirs (llle-sur- 
Tet et les environs. Imprimerie Louis Roque, Céret). Les premières pages 
de ce livre contiennent une lettre-introduction de Mgr de Carsalade du Pont. 

Si, par un agréable privilège, il me fut accordé de lire cet 
ouvrage bien avant sa publication, j'ai maintenant l'honneur de le 
présenter au public. Mais cet honneur ne va point, — je dois 
l'avouer tout de suite, — sans quelque gêne et quelque confusion. 
Outre que je ne me sens nullement qualifié pour une présentation 
de cette nature, nous savons tous qu'une préface, fût-elle courte 
comme la mienne, risque toujours d'ennuyer le lecteur. Voici qu'un 
importun vous retient, en effet, sur le seuil : comment le pourriez- 
vous pardonner ? 

Cependant j'écris ma préface avec l'espoir d'obtenir ce pardon ; 
car, si je réussis à vous faire entrevoir les qualités aimables du 
volume ou vous en rendre souriantes les idées, nous n'aurons, du 
moins je l'espère, perdu notre temps ni Tun ni l'autre. 

Ce n'est pas que j'aie voulu un seul instant faire miennes quel- 
ques-unes des opinions politiques énoncées dans le corps de cette 
œuvre ; et même, tout au rebours, je dois remarquer en commen- 
çant qu'elle eût peut-être gagné à ce que l'auteur se fût exprimé 
avec plus de discrétion et de mesure. 

Au surplus, n'est-il pas un peu vain de s'irriter contre les cho- 
ses présentes ? Si le souvenir du passé amène toujours chez cer- 
tains esprits des comparaisons désobligeantes pour le présent, c'est 
cependant une loi de nature que le monde sans cesse évolue. Le 
passé, hélas ! est bien passé, et nul ne saurait se flatter de le faire 
revenir un jour. Nous aimerions à voir l'idée de tradition devenir 
enfin plus vivante et plus moderne. 

Ainsi, le livre de M. Bonet est sans doute, avant tout, un livre 
de souvenirs... Cependant, il nous apparaît comme une contri- 



— 323 — 

bution nouvelle au régionalisme, car il exalte l'amour d'une terre 
et met en lumière, pour les encourager, les caractères typiques 
des hommes qui vivent sur elle. C'est à ce titre que j'ai accepté 
avec joie de le présenter au lecteur. 

La vie et la physionomie d'une petite ville catalane ! Quel sujet 
plus tentant pour un homme qui se sent retenu aux entrailles de 
son pays par toutes les racines intimes de l'être, par ses origines 
et son passé, par son enfance et sa jeunesse, par les habitudes 
mêmes qu'il a prises, par son existence de chaque jour ! 

Chaque pierre n'a-t-elle pas son histoire, et chaque rue, chaque 
maison n'est-elle point pour lui comme une personne familière, 
dont le son de voix, depuis longtemps connu, serait toujours cher 
à son coeur, dont le visage aux paisibles expressions le rassurerait, 
semble-t-il, par sa présence bienveillante ? Les hommes mêmes, 
ceux qui donnèrent ou qui donnent à cette ville sa couleur et son 
caractère, avec les pierres, les maisons et les rues, et qui, avec elles 
encore, représentent comme les différents aspects de son âme, ne 
méritent-ils pas qu'il en fixe les traits pour l'avenir? Et la campagne 
environnante, ses champs, ses jardins, ses vergers, la rivière qui 
l'alimente et la rend sans cesse féconde, ses collines aux courbes 
molles, tout le paysage enfin qui s'épanouit autour de cette ville 
n'offre-t-il pas à ses regards un sens particulièrement aimable ? 

Tout cela, nous le trouvons précisément dans l'ouvrage que 
M. Bonet livre au public de sa province. 

Je ne sais plus quel poète ou quel philosophe disait un jour 
que, seul, le souvenir donnait aux objets une valeur réelle. S'il en 
est ainsi, comme je comprends l'amour d'un homme pour sa petite 
ville, et comme il ne faut pas regretter non plus que cet amour 
s'exprime parfois avec émotion et enthousiasme ! La poésie du 
souvenir embellit, en effet, tout ce qu'elle touche. 

Mais le présent est beau et poétique, lui aussi, puisqu'il doit 
plus tard être à son tour le passé, dont nous nous enchanterons 
dans notre vieillesse. Le présent est fait en partie de notre bon- 
heur, et les douleurs, qu'il ne ménage point, doivent s'atténuer 
avec la distance. La nature surtout peut, quand nous le voulons, 
réjouir et charmer notre vue ; la nature est toujours, comme on 
dil, « présente et permanente ». 

C'est pourquoi sans doute l'auteur de cet ouvrage aime encore 



— 324 — 

son pays pour des raisons que j'appellerai « plus actuelles », et 
c'est pourquoi aussi j'ai goûté plus particulièrement les pages 
exquises où il fait l'éloge de la campagne autour de sa petite cité. 
M. Bonet parle, en effet, dans les termes les plus émouvants des 
oliviers vénérables et sobres, des ruches qui bourdonnent au soleil 
parmi les plantes aromatiques, des fruits savoureux et des fertiles 
potagers. 11 ne résiste pas au plaisir de s'arrêter un instant pour 
contempler un paysage et nous le décrire. La poésie de la nature 
pénètre son esprit et son cœur. Et toute son œuvre est agréable- 
ment mêlée de parfums agrestes et de souvenirs historiques. Les 
souvenirs ont aussi leur parfum, et que l'histoire est donc attrayante 
avec un guide qui sait rêver ! 

Mais je m'aperçois que je trouve, en relisant ce livre, des rai- 
sons nouvelles de mon importune préface. Je ne le présentais au 
lecteur que comme une bonne œuvre régionaliste : voici que j'en 
parle maintenant comme d'une œuvre d'art. Au lecteur de voir 
par lui-même si j'exagère chaque fois, ou si le livre n'est pas au- 
dessus de l'idée que je lui en donne. 

Jean Amade. 



Choses catalanes 



Le catalan au baccalauréat 

Un de nos compatriotes professeur de langues et examinateur 
dans l'une de nos principales Facultés du Midi, a eu une idée 
très originale. Après avoir questionné les candidats sur la langue 
espagnole qu'ils présentaient à l'examen, après les avoir fait parler 
dans cet idiome, et leur avoir fait expliquer un texte classique, 
il a invité ceux qu'il savait d'origine roussillonnaise à traduire un 
passage d'auteur espagnol facile et agréable en dialecte catalan du 
Roussillon, les avertissant au préalable que leur note s'élèverait 
s'ils comprenaient bien et traduisaient convenablement le passage ; 
de même, il en a invité quelques-uns à traduire en espagnol une 



— 325 — 

jolie page de tel ou tel écrivain roussillonnais. Bravo ! voilà qui 
vaut la peine d'être continué et organisé très sérieusement ! Nos 
candidats sont donc avertis !... On nous dit qu'on fera des essais 
du même genre, dans d'autres régions universitaires, pour le pro- 
vençal par exemple avec l'italien. 

L*idée catalane et les élèves 

Il s'est fondé à Perpignan, depuis déjà quelques années, une 
Association amicale des anciens élèves du Collège. Le but qu'elle 
poursuit est excellent : non contente d'appliquer le plus largement 
les principes mutualistes, elle s'efforce d'établir des rapports plus 
étroits entre les élèves et les professeurs, entre les professeurs et 
les parents, et de relever dans la mesure de ses moyens le niveau 
moral et intellectuel des élèves. ^1 est une chose, cependant, qu'il 
ne faudra pas qu'elle oublie, sous peine de ne réussir qu'à moitié 
dans sa tentative. 11 est nécessaire qu'elle entretienne dans le 
cceur de ces élèves, avec un soin jaloux et un zèle constant, 
l'amour du sol natal, l'amour de la terre catalane, l'amour de la 
petite patrie, qui conduit par des chemins sûrs à un amour plus 
ardent de la grande. Et, pour atteindre ce but, il ne faudra pas, 
— comme malheureusement cela s'est vu et se voit encore dans 
nos établissements d'enseignement primaire et secondaire, — leur 
inspirer le mépris de la langue catalane et leur en donner le 
dégoût, mais bien au contraire faire naître dans leur cœur le res- 
pect et l'amour de cette langue. 

Nous nous adressons à notre excellent ami et confrère, M. F. de 
Cazis de Lapeyrouse, le dévoué et actif président de l'Amicale, 
et mettons en lui, — qu'il le sache bien, — tout notre espoir pour 
cette bonne oeuvre d'éducation et de morale. 



Poupées catalanes 

Lors de la dernière foire de l'une des plus charmantes petites 
villes du Roussillon, nous avons eu une heureuse surprise. A la 
devanture d'un joli magasin figuraient quelques poupées revêtues 
du costume catalan : espadrilles, barretina, fichu croisé, culottes de 
velours, petite veste, bonnet catalan. Ce délicieux et pittoresque 



— 326 — 

étalage amusa beaucoup les enfants de la localité. Voilà encore 
de la propagande saine et féconde pour l'idée catalane et roussil- 
lonnaise ! Oui, nous ne saurions trop le répéter : il faut que nos 
enfants se sentent rattachés à toutes les choses familières par des 
liens étroits, des liens de race. Il faut que même leurs jouets 
entretiennent toujours présente à leur esprit l'idée de la terre 
ancestrale. Nous reconnaissons de plus en plus que, si nous vou- 
lons arriver à des résultats positifs, c'est d'abord sur l'éducation 
de l'enfance que tous nos efforts doivent porter. En avant donc 
pour la bonne cause ! 

Guignol catalan 

Un de nos compatriotes, entrepreneur de représentations popu- 
laires, a l'intention de fonder chez nous un Guignol catalan. 
Heureuse et charmante idée, que nous désirerions voir se réaliser 
au plus tôt ! Ce genre de spectacles ne manquerait pas d'avoir 
dans nos villages, et même dans nos villes, un très vif succès auprès 
du public ; et il contribuerait efficacement à maintenir dans le 
Roussillon le culte de notre belle langue. Vive d'avance, donc, le 
bon, le joyeux et )e merveilleux Guignol catalan ! 

Mélodies roussillonnaises 

Nous voulons encore signaler à nos lecteurs une tentative très 
intéressante. Elle est due à NV'' V. Paraire, professeur aux cours 
secondaires de jeunes filles et à l'Ecole Normale d'Institutrices 
de Perpignan. Dans le récent manuel scolaire qu'elle a publié pour 
l'enseignement de l'espagnol, elle utilise fort ingénieusement les 
mélodies populaires du Roussillon, les adaptant à quelques thèmes 
poétiques de la muse espagnole ; jusqu'aux « goigs dels ous » qui 
sont compris dans ces essais. Tout cela est très bien, et M'" V. 
Paraire mérite tous nos applaudissements. L'école, l'école d'abord ! 

^ _4*^^^ 



La conférence de M. Jean Amade sur Y^rt Catalan aura lieu à 
la salle Arago, de Perpignan, le 6 décembre prochain. 



î 



Donya Delors Moncerda 
de Macia 

La Veu de Catalunya, du 3) octobre, nous apporte une bonne 
nouvelle : Notre éminente collaboratrice Donya Dolors Monserdâ 
de Maciâ vient d'être élue par le corps des mainteneurs des Jeux 
Floraux de Barcelona, membre du Consistoire pour l'année 1909. 

C'est la première fois depuis le w Renaixement dels Jochs 
Florals » qu'une femme est admise aux fonctions consistoriales. 

Nous adressons, à cette occasion, nos félicitations aux mainte- 
neur des Jeux Floraux pour avoir fait exception en faveur de 
celle-là, entre toutes distinguée, et l'avoir appelée dans leur 
compagnie qu'elle honorera; et aussi à la Senyora Monserdâ de 
Maciâ, pour l'honneur que ses vertus et son talent de prosateur 
et de poète lui ont mérité. 

Nous espérons que Donya Dolors ne s'arrêtera pas là et que, 
sous peu, nous applaudirons à sa nomination de Mestre en Gay 
Saber. Ce sera le digne couronnement d'une carrière littéraire 
appréciée et admirée, à juste titre, par tous les amis de la langue 
catalane. 



♦!♦ ♦> ♦> 



Voici une charmante petite poésie publiée tout récemment par 
notre aimable collaboratrice dans la Veu de Catalunya : 

Contrai malparlar 

voT d'infants 

(Cansoneta Escolat pera esserposada en mûsica parD^ JMarcisa Treixas). 

Ab ses Uengiies xiques, xiques, 
els aucells petits, petits, 
ab ses Uengiies xiques, xiques, 
els aucells fan cants bonichs. 



— 3a8 — 

L'home sol, ab gran baixcsa, 
ne fà lis per blasfemar, 
l'home sol, ab gran baixesa, 
se complau ab malparlar. 

De ma llengua catalana 
cap baixesa no'n vull fer ! 
Ab ma llengua tan hermosa 
renegaire no'n vull ser ! 

Els bons fills de Catalunya 
d'aquet dany l'hem de lliurar ; 
els bons fills de Catalunya 
jsempre amunt l'hem d'enlairar! (i) 

De jamay malparlâ ab ella, 
d'enaltirla (2) ben ardits, 
de jamay blasfemâ ab ella 
j femnhi vot desde petits ! 

DolorS MONCERDA DE MaCJA. 



Noms des rues 

La Municipalité de Perpignan fait appel aux bonnes volontés 
pour donner aux rues de la nouvelle ville bâtie sur le sol des 
anciens remparts, des noms qui, au point de vue du pittoresque 
local, rappellent les gloires ou l'histoire du pays. 

Nous invitons les membres de la Société à nous communiquer 
leurs avis, appuyés sur des motifs suffisants. 

(i) Hausser, arborer, exalter. 
(2) Elever, relever. 



Traditions et Coutumes 

d'Âlguer (Sardaigne) 

é^ (SUITE) 



^-c> 



7Y. — Blasphèmes et imprécations 

Lus morts de ta mare i de tun pare anegats a un dit de algua. 

Lu diable que t'ha faxat. 

Diable lu sant de qui t'ha fet. 

Que te devalli un ràiu. 

Que siguis abardat, cego i sort. 

Que siguis espardassiat, tu i tota la generaciô tua i que no s'en trobi 
raguina. 

Malahit qui fa del be. 

Lu Credo ( i ) te cantin à l'urella quant mes prestu. 

Justicia (2) te brusi, justicia t'encanti ; la justicia te trapassi anime i cor, 
bestia mala. 

Ves en hora mala. 

Ves en galera. 

Me pagui Deu. 

Lu diable que t'enprengui. 

L'anada del fum. 

Ves al corru de la força. 

Que no te puguis mes veure. 

Que te portin en quatre. 

C6 de bala â l'urella, — à l'esquena, — te tronqui la vena del cor. 

Ves, i qi'e te siguin cuntats lus passos. 

L'ull punxat i la ma acancranada. 

Que te pagui la mort escaranada. 

Ç^u<c te fassin à bussins. 

Lus corbus que te mengin. 

Que vagis de porta en porta ; à ningun lloch trobis gracia. 

Te, (3) cego siguis! 

Te, (4) à û un tro, i à l'altro un llamp ! 

(i) Le credo des funérailles. 

(î) La justice humaine. 

(3) et (4) Ces deux blasphèmes sont suivis d'un geste qui exprime le mépris, et qui se fait en 
plaçant le pouce entre l'index et le majeur et en allongeant violemment les bras chaque fois vers 
l'un ou l'autre oeil. 



— 33o — 

Estocada ! 

Justicia de Deu ! 

Que siguis fusilat ! 

Que te consumis com lu seu !... etc. 

V. — Proverbes ^'^ 

Gallina ne^ra fa bon brou. 

Escura l'argiola (2) que te por de la frumigura. 

La muneda del capallà, cantant ve i cantant va. 

A qui treballa une sardina i a qui no treballa una gallina. 

Qui es jaros, mori cornut. 

L'amor no es sucu (3). 

Lu matxoni perd la cua, ma la malissia mai. 

Lu bou diu cornut al mulendo (asino). 

Qui te pa no te dents, qui te dents no te pa. 

Si ses arrabiada, tirata la cua a mos. 

Pardal a ma d'un minyo, patita a ma d'un vell cavall, a ma de un frara, 
roba maltratàra. 

Lu menester fa currir la vella. 

Donas 1 jochs, cosas que desfàn lu lloch. 

Millor un 6u avuy, ç\uz una gallina demà. 

No tengaràs mai bè, si de altri no tan vè. 

Montja de S. Agusti, dos caps a un cuxi. 

Montja de S. Francesch, se ni colgan dos y se n'axecan très. 

Arrinta de la castanya hi es la maganya. 

Las negras graciosas, dinyas de las parla ; las blancas pivirinosas, lu foch 
las pugui brusà. 

Algua i sol, forment a buiol ; algua i neu, forment arreu. 

Qui te vinya, te la tinya; qui te palau, es a un lau. 

Lu proba que no es atatu, no pot pusà mai a fatu. 

Sach buit no esta dret. 

Qui va ambora, ambora, va a caura a una cora. 

La primer' algua ta banya. 

Cavall dumat no se mira en fatxa. 

Si no hi es foch, no isci fum. 

Qui te cor piedos, se troba desprès afanos. 

(i) Quelques-uns de ces proverbes ont été publiés par Guarnerio (vol. ix, Archivio 
glottologico) . 
(î) Sardisme. 
(3) Pâte spéciale sarde. 



— 33i — 
\ 

Lu cutxu (cane) cscadat de l'algua calenta, fugi la frera. 

Dona besàra, mitja casada. 

A l'homa sabut no hi manca os de rosagà. 

Ni pe nas, ni pe boca, la dona se desprècia. 

Tôt es carabassa, tant la llonga, la rudona, i l'espanyola. 

Llengua mala, vol afitara. 

Vici de natura, se deixa en sepoltura. 

Pe nai'xar pobra, millor mort. 



VI. — Jeux et divertissements enfantins 

Les jeux auxquels les enfants alguerais ont coutume de se livrer 
sont innombrables; mais je me limite aux plus beaux et aux plus 
communs. 

Papallola, papallola, ! 

r, , ,,-■ , V Ces paroles se prononcent en frottant entre 

Hren lo llibre 1 ves a escola, y "^ 

o , ,,., \ les paumes des deux mains « una canoxa de 

Fren lo llibre i ves en casa . 

„ ,, , . / canya tota esperrada. » 

Papallola monincassa. ' 



Llampa, llampa 
Qui mori, qui campa 
Qui campa, qui mori 
Sant Salvatori. 



Ces paroles sont prononcées sur un ton de 
commandement par l'enfant le plus âgé, qui 
allonge la main en tournant la paume vers le 
sol ; les autres enfants mettent la pointe du doigt 
sous cette main, en prenant bien garde de 
l'enlever aussitôt que le dernier mot est pro- 
noncé. Si quelqu'un se laisse prendre, on se 
moque de lui. 



Aronela, aronela 
A la pobra baranxela, 
A qui v6, â qui vô 
La camisa blanca v6. 
Tir un re, tir un re 
Fora tum-bu-ri-ci-né. 



Dans ce jeu connu sous le nom de feiis, on 
forme un cercle, et l'un des enfants, pronon- 
çant ces paroles, désigne avec le doigt, en 
allant de droite à gauche, les personnes du jeu; 
le dernier désigné par la dernière syllabe suit 
les autres qui fuient. Quand il réussit à en 
prendre un, celui-ci est obligé d'aller à l'endroit 
où le jeu a commencé (en césara), et à un 5» 
prononcé par ceux qui fuient il se lance à leur 
poursuite. Les paroles servent seulement pour 
commencer le jeu. De nombreuses poésies du 
\ même genre s'emploient encore dans ce jeu. 



— 332 — 

/ Ce chant s'exécute en un cœur d'enfants 
Al bail rudô. l formant la ronde, et, quand ils prononcent 

Cagarinari. < la dernière parole, ils plient le genou. A ce 

Ha fet un ratô. / moment on rit toujours, parce que quelques- 

\ uns tombent à terre par manque d'équilibre. 

— Voici maintenant des jeux de demandes et de réponses 
enfantines: 

Diu u? u — escaballat i nu nu. 

Diu dos? dos — topu i rombos. 

Diu très? très — la pell al revès. 

Diu quatre? quatre — lu mal de la gâta. 

Diu cinch? cinch — jo fent i tu linguint, etc. 

— Quelques jeux de mots populaires: 

Demà es dilluns, 

La gâta s'en treu los ulls. 

Demà es dumenja 

La gâta se penja. 

— Avant de faire un saut, les gamins prononcent les paroles 
suivantes: 

Salta mir alta 
Penja la gâta 
Coca frigira 
Salta paljarira. 

(On fait le saut en prononçant la dernière parole). 

— Quand il pleut, ils ont coutume de répéter en chantant les 
vers que voici : 

Plou, plou 

La gallina ha fet un ou, 
De la punta de la para 
La gallina escagarallara. 

— Au contraire, quand il neige, ils disent: 

Neu, neu, 

A mi no m'en deu, 

A mi no m'en toca, > 

Floca, floca. 



_ 333 — 

— Les jeux (i) des enfants changent avec les saisons. En hiver, 
ils jouent à la hardofula, aux hofons, aux bàlas, au paradis, etc. 
En été, sur les plages, ils s'amusent avec leur petite barque, ou 
à lancer des pierres plates à la surface de l'eau en disant: « Quanta 
pans se menja al rey? » Un autre répond: «Très, quatre, etc »; 
et cela, pour voir s'il devine les sauts que fait la pierre. Le 
bambin alguerais aime à construire sa petite barque avec du liège, 
la petite charrette en férule, et le fusil à l'aide d'un roseau, 
montrant ainsi son instinct pour la pêche, l'agriculture, la vie 
pastorale ou la chasse. Les petites filles, elles, aiment leur poupée. 

(/7 suivre) Joan Palomba, instituteur. 

ESTRELLES 

A la Senyoreta cunyada meua, 
qu'aixi 1i canti 1 seu galan ! 

Ay ! qu'hermoses son les estrelles 
En esta nit pura de maig ! 
Ulls dcls sants esperits son elles 
Oberts sus de) mon d'assi baix. 

Eixa lluhor encantadora 
Que fan â la volta de) cel, 
Mira qu'es bella, o ma pastora, 
Viva com foch, dolsa com mcl ! 

Al roméu que la nit s'afanya 
Per les sendes de la montanya 
Mostra '1 cami la llur claror. 

Aixi, sus dels meus ulls posada, 
La llum dels teus ulls, estimada, 
Aclareix la nit de mon cor. 

L'Ermita de Cabrens. 

(i) je me suit borné à recueillir tout ce qui n'avait pas été recueilli ni publié encore par 
personne; c'est pourquoi, si quelqu'un désire connaître d'autres jeux, il doit lire l'Jltguer de 
Eduart Toda (Barcelona, La Renaixensa, Xuclà, i3 baixos 1888). 



Textes catalans 

(SUITE) 

Item... compte suyre ^i) per fer taps als tinarts quens havien 
prestats en que maten l'aygua que tiiaren les dones (i denier). 

Item pague a una infante de madona Polverela que trenqua un 
dorch quant tirava l'aygua (4 diners). 

Item... done a mossenyjac. Bernils per lo triylo (2) que se fc lo 
die de mosscny Sent Laurens per amor que tôt hom anas a l'arena 
(8 deniers). 

Item... logue en Bernât Anthon ab lo rossi que ana a Santa 
Coloma prop Thuyr per aportar losa (4 sous). 

Item... compre per clavar un molle de pères, lo quai havien 
mester per mesurar les : costaren les tatxes 1 diner. 

Item... compre corda de liza (3) per scandaylar (4) lo caussol de 
la père picada ab lo cloquer si venia be : costa vm diners. 

Item; a xxix del dit mes (Agost) fo Mester Guillem ab Vicens 
Ojart per fer lo dit canto : preseren entremdos vm sous. 

Item, a XXX del dit mes, que fo mosseny Sent Johan Degolaci (5) 
Battista, que intra lo Senyor Rey (6) à la ciutat d'Elne, fiu engra- 
nar la sgleya (1 sou 8 deniers). 

Item... done a Jac. Bernills per un morreyio (7) que havia fey 
fer adobar al payn de la cayxa on stan los tapits (8) de la sgleya 
(4 deniers). 

(1) Liège. — (2) Carillon. — (3)...? 
(4) Aligner ou vérifier au cordeau. 
( 5 ) Décollation. 

(6) Ferdinand i", surnommé le Juste. 11 avait débarqué à Coilioure et se 
rendait à Perpignan, où se trouvait déjà l'antipape Benoît XllI et où devaient 
bientôt arriver l'Empereur Sigismond.les ambassadeurs du Concile de Cons- 
tance, ceux de France, d'Angleterre, de Hongrie, de Navarre et de Cas- 
tille, afin d'aviser aux moyens de mettre un terme au schisme d'Occident. 
Ferdinand entra à Perpignan le 3i août 1415 accompagné d'une s.iite nom- 
breuse. (Note de M. J. Freixe). 

(7) Pêne ? 

(8) Tapisseries, tentures. 



— 335 — 

Item compre clavels per clavar un bassich (i) (3 deniers). 

Item compre mes clavells per clavar un bayssich (3) trancat 
(8 deniers). 

Item, a ix de) dit mes septembre per picar les pères del entau- 
lament (2) de la fi del canto quascun un sous . 

Item compre sseu per enssevar l'arquet i3i 12 deniers). 

Item compre dos ambuderes que havien trancades aqueles que 
ja havia comprades (lo deniers. 

Item compre mija ma de paper per scriure les messions que 
fasia : (8 deniers). 

Item... ane a Parpanya, que mosseny P. Guarrejat mo havia dit, 
per prendre xx lliures d'en Belero(4), e que li feses apocha (5)... 
fiu de messio vm diners. 

Item que perdi la ma (6) de la sgleya : xi diners. 

Item, a vi del dit mes (vuytubri i dona, in presencia de mosseny 
P. Guarrejat, à Mesestre Guillem, vi scuts en blanchas, comtant 
l'cscut xviii sous 1111 diners, e aysso per l'estrena que li havien 
promesa los Senyors Canonges oltre son loguer: monten v lluires 
X sous. 

Item... he comprades entra diversas veguadas, de Mosseny l'Ar- 
diaque (7) de Comflent per la obra de la sgleya v mesures e una 
punyere de guixs que costaren vi sous iv diners. 

Item... ane a Parpanya per pendre xvi lliures d'en P. Bellero, 
notari : perdi la ma (8) de la sgleya : x diners. 

Item despesi per messio vni diners. 

Item... per mige aymina de guiys, iv sous. 

]tem...pagui a mosseny P. Aliot per la messio que havia feyta 
a les mestres... axi com apart per albera 19) fet de la sua ma 
xxm lliures v diners. 

(i) Bassin, auge ? 

(2) Corniche. 

(3) Grue. 

(4) Notaire de Perpignan. (Voir ci-après, au 6 octobre). 

(5) Reçu. 

(6) Ancienne portion canonicale ou distribution, transformée en jetons de 
présence. (Le trésorier ci-dessus était un chanoine). 

(7) L'Archidiacre de Confient, un des dignitaires du chapitre d'Elne. 

(8) Voir trois articles ci-avant avec une différence de tarif de 1 denier. 

(9) Document, écrit : mot à mot parchemin. 



— 336 — 

Item... pagui a mosseny P. Guarrejat per dos Hits que havia 
feyts a les mestres... losquals eran quatre : pagui per quascun 
]] diners : monte entre tôt lo temps ii lliures ii sous Jiii diners. 

Item... per desfer un parestage que havia romas e per ajustar 
les pères picades que eran scampades per lo cimiteri e les pères 
menudes e per mètre les bigues del royre e per fer altres coses que 
y havia a fer : v sous iiii diners. 

Item fo mosseny B. de Belloch liguar lo manater del cor (i) 
de la sgleya de Madona santa Eulalia e santa Julia, e hac ne ali- 
var il) tôt lo ferrament dassus les posts (3) : (5 sous). 

Item... la vespra de Madona santa Eulalia, compre ix sous de 
diners menuts per lo bessi (4 . Done x diners de vantatge (5). 

Item... compre xvii sous de diners menuts... Item nu sous: cos- 
taren me de aventatge (5) xni diners. 

Item... pague an Johan Rieraper xxm cabiros de vet 6) losquals 
havien tenguts a la obra de la sgleya. Havien los colpajats (7) ab 
les pères picades quen montaven e trenquen ni dos e perden ni 
m.., entre tots los fustsxn sous x diners. 

Item... per una concha de fust dequexes que tenen los peyres, 
a la fiyla d'en Vila, tender (8), laquai li havien trancada a la obra 
del cloquer que l'en havien melleveda : (8 deniers). 

Item... per adobar lo finestral de la claustra que era trencat e 
per adobar la cadira del Ardiaque (9) de Confient : entretot n sous 
iiii diners. 

Item XI sous de diners menuts : costaren vi diners. 

Item... per una conqua de peyrer en que hon porta morter : 
I sou 1 diner. 

(1 ) Relier le Cérémonial du chœur. 

(a) Et de là en enlever... (Voir aussi plus haut). 

(3] Ais, couvertures (en bois). 

(4J Bassin, plat de laquête. 

(5) Perte au change. 

(6) Chevrons de sapin. 

(7) Meurtrir, abîmer. 

(8) Boutiquier. 

(9) Voir ci-dessus. 

(A suivre) R. de Lacvivier. 



Etymologie du nom de la Catalogne 
Catalaunia, Catalunya 

Nous extrayons du Bulletin Pyrénéen, juillet-août 1908, la curieuse note 
suivante : 

L'origine du mot paraît être due aux Grecs, qui l'ont appliqué, 
au littoral de l'ibérie depuis Barcelone jusqu'à Collioure, l'antique 
Pyréné, comme l'a démontré M. A. Meillon dans l'un des pre- 
miers chapitres de VEsquisse toponymique de la vallée de Cauterels. 

11 est question, dans une ode d'Horace, des Rochers Acrocérau- 
niens, placés sur la côte de l'Epire : 

... infâmes scopulos, Jlcroceraunia. 

Ce mot est composé d'oxpôç, élevé, sommet, et y.epuD-Jtoç, fulmi- 
neus, frappé par la foudre. Or, quel est le radical de ce dernier 
terme ? xc^oaç, corne, ou sommet d'une montagne. 

Si y.îpv.q a formé xzpuu-jioç, sommet exposé à la foudre par son 
élévation, le radical de la seconde partie d'un mot qui serait xara- 
Xauvto;, formé de -/«ra, au-dessous de, et Xauvioç, devra être le mot 
Auç ou /«aç, signifiant lapis, saxum, rupes, et conservé encore dans 
les lexiques. 

Nous avons ainsi z«T«/auvtoç, plaine située au-dessous, au pied de 
montagnes formant une chaîne rocheuse, ce qui s'entend à mer- 
veille du Bassin du Roussillon, des plaines ou des côtes de la 
province de Catalogne, et sans doute, aussi, des autres localités 
appelées dans l'histoire Champs Catalans, qualifiés par leur situa- 
tion au pied de chaînes ou collines de rochers, tels le Camp de 
Châlons en France, et Châlons en général, tels les Champs Cata- 
lans de certains comtés de l'Angleterre. 

Ces rapprochements paraissent si conformes aux règles de la 
linguistique et à l'usage des anciens, que nous les croyons mériter 
l'attention des toponymistes de la région des Pyrénées. 

V" F. DE Salignac-Fénelon, du C. A. T., 
Membre de la Commission de toponymie 
de la Tédc ration des Sociétés Pyrénéistes. 



Ù9Ô9Ù9Ù9Ù9&7Ù7ÙO^ù^ù^ù^ù^ 



CONCILE DE LA REAL 

(1408-1409) 



Nous publions, ainsi que nous l'avons annoncé, la notice histo- 
rique du Concile de la Real, que Al. l'abbé Capeillea bien voulu 
écrire spécialement pour la J^evue Catalane, à l'occasion du V' Cen- 
tenaire de la tenue de ce concile à Perpignan. Afin d'être agréables 
à nos lecteurs, nous la donnons en une seule fois, en augmentant 
le nombre des pages. 

On connaît les événements qui amenèrent la convocation 
d'un concile à Perpignan (i) : l'insuccès des tentatives d'u- 
nion entre les cours pontificales de Rome et d'Avignon, l'inu- 
tilité d'une rencontre entre les deux papes, la réunion d'un 
conclave à Pise par les cardinaux dissidents, la tenue d'un 
concile à Udine par Grégoire XII et surtout l'annonce des 
mesures hostiles que le roi de France se disposait à prendre 

{ )) C'est sous le vocable : Conciliabule de Perpignan, qu'est plutôt connue, 
en histoire, la r< union nombreuse de dignitaires ecclésiastiques assemblée par 
Benoît XI 11, à Perpignan, au début du xv' siècle. Labbe dans ses Sacrosancta 
concilia ad regiam editionem exacla, "Luietix "Parisiorum, 1671, tome xi, p. 
2108, lui donne encore l'appellation de Concile d'Jlragon. Ce volume, le 
remarquable ouvrage de M. Noël Valois : Ltï 'France et le grand schisme 
d'Occident, Paris, Alphonse Picard, 1902, 4 vol. grand in-40, et l'étude du 
P. Fr. Erhle,./ln.î den Jlclen des Afferconcils von Perpignan.paru dans Jlrchiv. 
fiir Litteratur-und T^irchen-Gtschisle des Mtttelalters, t. v-vii, 1889-1900, sont 
les sources où j'ai puisé la plupart des éléments constitutifs de cette notice. 



i 



-.339- 

contre Pierre de Luna. Celui-ci, qui, depuis le 3 janvier 
1408, se tenait à Porto-Venere, port situé sur la côte de 
Gênes, crut le moment venu de se réfugier sur les terres 







de son beau-frère, le roi Martin d'Aragon. Par une ency- 
clique datée du i5 juin de cette année-là, il annonça, 
à tout l'univers et particulièrement au clergé et aux 



— 340 — 

princes de son obédience, qu'il convoquait, pour la Toussaint 
prochaine, un concile général dans la ville de Perpignan, à 
seule fin de trouver le moyen efficace de procurer l'unité à 
l'autorité de l'Eglise. Le lendemain, il s'embarquait avec sa 
cour, sur les six galères qui composaient la flotte pontificale. 
11 aborda à Port-Vendres, le 2 juillet, dans la matinée. 

Dès l'instant où Benoît XllI toucha la côte du Rous- 
sillon, on put considérer le concile comme virtuellement 
ouvert. Les démarches que fait le Pontife, les actes qu'il 
accomplit, ont trait à cette grande réunion : ils en consti- 
tuent les préliminaires. L'ouoerlure et les diverses sessions de 
ces assises ecclésiastiques eurent pour théâtre l'église de la 
Real ; leur issue marque, pour Pierre de Luna, l'heure des 
défections et de la perte de sa cause. 



7. — Les préliminaires 

(2 juillet- i5 novembre 1408) 

Benoît XI 11 était accompagné de quatre membres du 
Sacré-Collège et de nombreux prélats. Les cardinaux de son 
obédience étaient : Louis Fieschi (1), Antoine de Cha- 
lant (2), Berenger d'Anglesola (3) et Jean Flandrin (4). 

La venue de la flotte papale sur la terre catalane fut un 

()) Louis Fieschi, évèque de Gènes, était un ancien cardinal urbaniste 
qui, depuis, avait embrassé le parti de Pierre de Luna. 

(2) Antoine de Chalant, chancelier du comte de Savoie, avait été nommé 
cardinal par Benoît Xlll, le 9 mai 1404. 11 remplit, au nom du pape d'Avi- 
gnon, des missions importantes auprès de l'Université de Paris. 

(3) Berenger d'Anglesola était évèque de Gérone. 

(4) Jean Flandrin, ancien archevêque d'Auch, étant devenu aveugle, fut 
fait cardinal-évêque de Sabine par Benoît Xlll. (Vitx et tes gestae ponHftcum 
romanorum et S. J^. E. cardinalium... Jllphonsi Ciaconii operâ descriptx... T(oma\ 
1677, t. II, p. 688. Monseigneur de Carsalade du Pont, évèque de Perpi- 
gnan, qui a la bonne fortune de posséder ce précieux ouvrage, a daigné le 
mettre à notre disposition. 



— 341 — 
événement qui ne pouvait qu'exciter la curiosité des gens du 
pays. Dès lors rien de plus naturel que de rencontrer des 
mentions de ce fait dans les manuscrits de l'époque parvenus 
jusqu'à nous. Les archives municipales de Perpignan (1) ^^ 
les minutes d'un notaire de cette ville n'ont pas manqué de 
le consigner. Le manuel de Guillaume Saquet porte la brève 
relation suivante : « Secundâ die julii horâ nonâ ante meri- 
diem anno a nativitate Dni... sanctissimus dominus Benedic- 
tus papa... tertius appuluit ad portum Veneris... montium 
piranœorum et eodem die post vesperas intravit villam Cau- 
quo... » (Collioure) (2). 

Après avoir atterri à Port-Vendres vers les neuf heures du 
matin, le 2 juillet, Benoît XI 11 arrivait à Collioure dans la 
soirée de ce même jour. Le lendemain, 3 juillet, les cinq 
consuls de Perpignan, Jean Cômes, Pierre Genset (3), 
Grégoire Boxéda, Bernard Castello et Jean Gravelada, 
escortés d'un certain nombre de notables, se portèrent vers 
Collioure pour aller saluer le Pontife. 

Pierre de Luna attendait dans cette cité maritime la 
réponse au message qu'il avait envoyé quelques jours aupa- 
ravant au roi d'Aragon. Pierre de Çagarriga, archevêque 
de Tarragone, et le chevalier Gerald de Cervellon partis en 
hâte sur une galère, étaient venus exposer à Martin l^r qui 
tenait les Cortès à Barcelone, la détresse de son beau-frère. 
Dès le jo juillet, ce monarque assignait au pape d'Avignon 
la ville de Perpignan pour résidence. Par une charte expé- 
diée de Barcelone en date de ce même jour, le roi d'Aragon 
donnait à Bernard d'Oms (4), châtelain de Perpignan, l'ordre 

(1) Archives communales de Perpignan, AA. 3, f° vin, v°. 

(2) Archives des Pyr.-Or. E. (notaires), 814, f" i. 

(3) Pierre Genset, marchand de Perpignan, faisait le commerce des draps 
avec le Levant. (Archives des Pyr.-Or., B. 25o). Il fut ensuite à la cour 
d'Aragon au service du roi Alphonse V, de concert avec le noble Raymond 
de Perellos (Id., B. 239). 

(4) Bernard d'Oms recueillit, à la tête du château de Perpignan, la succes- 
sion de François de Çagarriga, nommé au : gouvernement du château de 



- 342 - 

de livrer le château « au saint Père en Dieu Benoît, souve- 
rain pontife de la sainte Eglise romaine et universelle » (i). 
Deux jours après, le même souverain intimait l'ordre aux 
procureurs royaux de Roussillon et de Cerdagne ainsi qu'au 
maître d'oeuvres du château de Perpignan de donner à 
Benoît XI 11 « en toute liberté, les lits en planches, tables, 
bancs, stores et autres meubles, absolument comme on ferait 
pour le roi en personne » (2). 

De Collioure, Pierre de Luna se rendit à la cité d'Elne 
où siégeait François Ximenès (3), un évêque renommé pour 
son savoir et sa piété. Ce voyage « dût faire concevoir à 
Benoît l'espérance de voir grandir et triompher la popula- 
rité de sa cause par l'adjonction et les hommages d'un prélat 
aussi considéré que l'était l'évêque d'Elne » (4), 

Le 14 juillet, les sept cardinaux qui avaient jadis reconnu 
l'obédience du pape d'Avignon et demeuraient à Livourne, 
lui adressèrent une lettre très modérée pour l'inviter à assis- 
ter au concile de Pise. Cette missive ne reçut pas de réponse 
de la part de Pierre de Luna, qui se contenta de leur faire 
parvenir, le i5, une convocation au concile de Perpignan. 

Le 24 juillet, veille de la fête de saint Jacques, Benoît XI 1 1 
fit son entrée à Perpignan, où il fut reçu solennellement. 
Des tentures avaient été disposées de la porte d'Elne 

Cagliari, en Sardaigne. (Archives des Pyr.-Or., B. 147). 11 percevait 
annuellement la somme de 3ooo sols pour ses appointements : elle lui était 
fournie par les scrivanies du gouvernement et du domaine du Roussillon. 
(Id., B. 253). 11 avait eu de son épouse cinq enfants : Eléonore qui se 
maria avec le chevalier François dez Pla ; Louis, seigneur de Corbère ; Char- 
les qui devint successivement procureur royal (Id., B. 262) et gouverneur 
du château de Perpignan ; François qui fut chanoine deGérone; et Elisabeth, 
qui épousa le damoiseau François de Rexach (Id., B. 241 j. 
( I ) Archives des Pyr.-Or., B. j 92, f'^ lOi . 

(2) Id., B. I 18 v". 

(3) François Ximenès est l'auteur d'ouvrages d'ascétisme, de sciences 
ecclésiastiques et de morale. Parmi ces derniers, il en existe un, rare et 
précieux, écrit en langue catalane, intitulé : De les dones. 

(4J Tolra[de Bordas, "L'ordre de^sainl 'François d'Jlssise en J^oussillon, p. 8 i . 



— 343 — 

au château royal où il fixa son habitation. Le 23 août, il 
recevait la visite du roi de Navarre (i). 

La mort ne tarda pas à décimer les rangs de son Sacré- 
Collège. Le jour même où Charles 111, le 'Noble, était l'hôte 
de Benoît Xlll, mourait à Perpignan le cardinal Bérenger 
d'Anglesola, évêque de Gérone. Pierre de Luna voyant sa 
cour pontificale réduite à trois princes de l'Eglise, s'em- 
pressa, dès le 29 septembre, de faire une promotion de cinq 
nouveaux cardinaux. 11 donna la pourpre à un castillan, 
Alphonse de Carillo (2), fils d'un chambellan de Jean !«•', à 
deux aragonais, Jean-Martin Murillis (3) et Charles d'Ur- 
ries (4) et à deux français Pierre de Foix (5) et Jean d'Arma- 
gnac. Ce dernier, qui était archevêque d'Auch, ne survécut 
que seize jours à sa nomination. 11 mourut à Perpignan, 
le 8 octobre, dans la maison du chevalier Bérenger de 
Perapertusa (6). Craignant que ce siège métropolitain 
n'échappât à sa juridiction, Benoît Xlll, le pourvut d'un 



(1 ) De Gazanyola, Histoire du T{oussiUon, p. 2 55. 

(2) Il fut fait cardinal-diacre du titre de Saint-Eustache (Ciaconius, loc. 
cit., t. Il, p. 745). 

(3) Il reçut la dignité de cardinal-prêtre du titre de Saint-Laurent-en- 
Damase. (Id., p. 742). 

(4) Charles d'Urries fut créé cardinal-diacre du titre de Saint-Georges. 
(Id.. p. 745). 

(5) Pierre de Foix, de l'illustre famille de Béarn, était un moine de l'or- 
dre des Frères-Mineurs. Après avoir été évêque de Lescar, il devint succes- 
sivement archevêque d'Aix et d'Arles. Pierre de Luna lui conféra le titre 
de cardinal-prêtre de Saint-Etienne in CœUomonte. Noël Valois a confondu 
Pierre de Foix avec Pierre Ravat, qui figura au concile de Perpignan, au 
rang des archzvêques : il n'obtint la dignité cardinalice que postérieurement. 
(Id.. p. 742)- 

(6) C'est l'hôtel où actuellement la Société Agricole, Scientifique et Litté- 
raire des Pyrénées-Orientales a son siège. Bérenger V d'Ortafa, alias de 
Perapertusa avait épousé Aldonsa de Cruilles en 1397. 11 avait six soeurs, 
dont trois : Esclarmonde, Eléonore et Yolande, se trouvaient au couvent de 
Saint-Sauveur ; les trois autres s'étaient alliées aux familles de Sant-Marti, 
de Çagarriga et de Pau. 



— 344 — 
titulaire, le 4 novembre suivant dans la personne de Béren- 
ger Guillot (i ). 

Le 21 octobre, Pierre de Luna tint un consistoire dans 
lequel il convoqua l'université de Paris et l'autorisa à paraî- 
tre au concile par procureur. Les autres membres de l'as- 
semblée de la capitale de la France furent sommés de com- 
paraître en personne, dans un délai de soixante jours. Cette 
citation ne fut affichée que sur les murailles de Perpignan, 
mais elle stipulait qu'aucun des inculpés ne pouvait exciper 
de son ignorance. 

Deux jours après, il reçut des cardinaux de Livournc une 
lettre, datée du 24 septembre, annonçant le concile de Pise. 
Pierre de Luna y était averti que, s'il faisait défaut, il serait 
jugé par coutumace et retranché du corps de l'Eglise. On 
ajoutait que, d'après la doctrine de saint Cyprien, son crime 
serait de ceux qui ne peuvent s'expier même parle martyre. 
Le pape, dans sa réponse du 7 novembre, à laquelle s'asso- 
cièrent les cardinaux Flandrin, Fieschi et de Chalant, reven- 
diqua pour lui le privilège d'assembler un concile et enjoignit 
aux cardinaux fixés à Livourne, de venir le rejoindre eux- 
mêmes à Perpignan. Une seconde lettre de ceux-ci, qui ne 
parvint à Benoît que le i3 novembre, essayait de prouver 
leurs bonnes intentions : elle insistait encore pour que le 
pape accordât une suite favorable à leur requête. Mais rien 
n'était, désormais, capable d'ébranler sa résolution. 

Le 3 I octobre, une prorogation du concile fut jugée néces- 
saire. Une proclamation lancée, ce jour-là, par le pape fit 
savoir que la première réunion générale des Pères ne s'ef- 
fectuerait que le jeudi i5 novembre. 

Le jour de la Toussaint, Benoît XI 11 célébra les saints 
mystères dans la chapelle du château royal (2). Alphonse 

(1 ) Mgr de Carsalade du Pont, L'élection de Bérenger Guittot à l'archevê- 
ché d'Jluch, dans les "Etudes d'histoire méridionale dédiées à la mémoire de "Léonce 
Coulure, Toulouse, Privât, 1902, p. 2i3-22i. 

(2) Citadelle actuelle. 



— 345 — 

d'Exea (i), administrateur de l'église de Séville, prononça 
un discours d'une facture grandiose, qui fut fort goûté. 11 
termina en annonçant officiellement l'ouverture du concile 
pour le i5 novembre. 

Le 12 novembre, afin de rendre l'assemblée plus auguste 
et plus majestueuse, Benoît XI 1 1 conféra le titre de Patriar- 
che à trois prélats : François Ximenès, évêque d'Elne, fut 
fait patriarche de Jérusalem (2) ; Jean Mauroux, trésorier de 
Maguelonne, reçut le titre de patriarche d'Antioche ; tandis 
que Alphonse d'Exea devenait patriarche de Constantinople. 



/7. — L'ouverture 

(i5 novembre 1408) 

Le 1 5 novembre 1408, qui était un jeudi, entre sept et huit 
heures du matin, Benoît XI 1 1 quitta le château royal et se ren- 
dit, processionnellement et en grande pompe, à l'église de la 
Real. Le chemin que devait suivre le cortège avait été tendu 
de draps d'or. Le dais sous lequel marchait le pontife était 
porté par Bernard de Vilacorba (3), lieutenant du gouver- 
neur, le vicomte de Roda (4) et les consuls de Perpignan, 
Jean Cômes et Jean Gravelada (5). 

(j) Alphonse d'Exea succéda à François Ximenès sur le siège d'Elne, qu'il 
occupa du 4 mai 1409 au 4 décembre t4io. 

(2) C'est à tort que Mgr Tolra de Bordas fait sacrer ces patriarches, le 
14 novembre, dans la principale église de Perpignan, par le cardinal-arche- 
vêque d'Auch. Jean d'Armagnac était décédé depuis le 8 octobre précédent. 

(3] Bernard de Vilacorba était ce chevalier qui s'enrôla dans la flotte équi- 
pée en 1398 par Pierre de Çagarriga, pour porter secours à Benoît Xlll 
bloqué dans Avignon. 

(4; Cf. sur Raymond de Perellcs, viccmte de Rcda, mon Elude historique 
sur Millas, p. 23 et seq. Son frère, Michel de Perellos, était archevêque 
d'Embrun. Je retracerai sa vie dans un des prochains numéros de la J{evue 
Catalane. 

(5) Le cartulaire municipal de Perpignan connu sous le ne m de Livre vert 



— 346 — 

A l'issue de la grand'messe on procéda à l'ouverture des 
réunions du concile. 

Les dignitaires de l'Eglise qui répondirent à l'appel de 
Pierre de Luna vinrent de la Castille, de l'Aragon, de la 
Navarre, du pays de Foix, de l'Armagnac, de la Provence, 
de la Savoie et de la Lorraine. 

L'acte d'accusation lu à Pise a beaucoup trop diminué le 
nombre des Pères du concile en l'évaluant à une quarantaine 
de prélats et d'abbés (1). Une vie manuscrite de Boniface 
Ferrier, général des Chartreux, mentionne neuf cardinaux 
et cent vingt évèques ; au dire de l'auteur de cette biogra- 
phie, les prélats écossais seraient même arrivés après la tenue 
des sessions (2). 

Le procès-verbal remis par Benoit XI 1 1 aux ambassadeurs 
qui partirent vers Pise, porteurs de ses instructions, élève 
jusqu'à trois cents le chiffre des Pères qui siégèrent au con- 
cile de Perpignan. Le P. Erhle a publié, d'après les archi- 
ves Vaticanes, la liste suivante qui renferme trois cent qua- 
rante-neuf noms. On y voit figurer : 

Sept cardinaux : 

Jean Flandrin, Pierre de Foix, Jean-Martin Murillis, Louis 
Fieschi, Antoine de Chalant, Charles d'Urries, Alphonse de 
Carillo. 

mineur a conservé de cet événement, la relation suivante, [sous la cote AA. 3, 
£«5 IX : « Dijous a XV del mes de noembre del any mcccc. vuyt, papa Bene- 
set Xlll, stant ab ça cort romana dintre lo castell de Perpenya, tinch son 
consili gênerai en la dita vila de Perpenya, ço es en la sglesia de la Real, e 
parti lo dit nostre sant pare del dit castell entre les Vil e les VI 11 ores abans 
de migesjorn ab sa honorabla professo, passant devant la casa d'en P. Asal- 
bert e continuant son cami tôt dret a la dita sglesia ; fon fort notablement 
apparellada la dita carrera de draps d'or e exhornada ; portaven lo papeilo 
dejus loqual nostre sant pare anava a peu lo honorable en Bernât de Vila- 
corba, lochtinent de governador, e lo noble (lo) vescomte de Rodes, e los 
honorables en Johan Comes e en Johan Gravelada consols ». 

( 1 ) Labbe, concile de Pise, article XXll. 

(2) Le Coteulx, Annales ordinis Cartusiensis, t. vu, p. 228. 



- 347 - 
Trois patriarches : 
Ximenès, d'Exea, Jean Mauroux. 

Onze archevêques : 

Pierre Ravat, administrateur de Toulouse, (i); Pierre de Luna, 
titulaire de Tolède ; Alphonse d'Exea, administrateur de Séville ; 
Garcia Fernandez de Heredia, titulaire de Saragosse ; Pierre de 
Çagarriga, de Tarragone ; Loup, de Saint-Jacques de Compos- 
telle ; Antoine de Chalant, administrateur de Tarentaise ; Théo- 
bald, titulaire de Besançon ; Antoine, de Cagliari ; Bérenger 
Guillot, d'Auch ; Nicolas, de Chambéry. 

Trente-six évêques personnellement présents : 
Alphonse de Carillo, cardinal, administrateur d'Uxama (province 
de Tarragone) ; Hugues, titulaire de Valence ; Jean, de Burgos; 
Jean Flandrin, cardinal, administrateur de l'église d'Asta ; Fran- 
çois Ximenès, administrateur de l'église d'Elne ; François, évêque 
d'Auria ; Galcerand, d'Urgell ; Jean, d'Avila ; Jean, de Siguenza; 
Louis, de Majorque ; l'évèque de Mindonia (province de Com- 
postellei ; Paul, de Carthagène ; Antoine, de Zamora ; Alphonse, 
d'Astora ; Bertrand de Maumont, de Béziers ; Thomas, de Mi- 
norque ; Fernand, de Cordoue ; Alphonse, de Limoges ; Jean, 
d'Huesca ; Raymond, de Gérone ; Garcias, de Caurium iBétique) ; 
Jean, de Luca ; François, de Barcelone ; Pierre, de Lérida ; 
Philippe de Ville 2 , de Toul ; Guillaume, de Lausane ; Jean de 
la Coste, de Mende ; Jean, de Tiraso ; Bernard, d'Aire ; Jean, 
de Tyde (province de Tarragone ; Sanche Mulier, d'Oloron ; 
Aymeric, de Condom ; Guillaume, de Vaison ; Avignon Nicolay, 
de Senez (Basses-Alpes) ; Gonzalve, de Salamanque ; Alphonse, 
de Cadix. 

Onze titulaires d'évêchés qui s'étaient fait représenter : 

Ceux d Oviédo, Cavaillon, Vich, Ségovie, Plaisance, Lombez, 
Pamiers, Fréjus, Metz, Lescar, Comminges. 

(1) Pierre Ravat, ancien évêque de Saint-Pons, avait été envoyé en ambas- 
sade à Rome, en 1404, avec Pierre de Çagarriga. auprès de Boniface IX et 
d'Innocent VU. 

(2) 11 mourut à Perpignan, les premiers jours de décembre 1408. 



— 348 — 

Viennent à leur suite : 

Le chevalier Gerald de Cervellon ; Jean Ximenès, professeur 
d'Ecriture sainte ; Pierre Catalan, docteur en droits, représentants 
de Martin i" d'Aragon ; Simon de Mandavilla, docteur en droits, 
représentant du roi d'Ecosse ; Gerald de Puig, professeur d'Ecri- 
ture sainte et Bernard de Montlaudun, représentants du comte 
d'Armagnac. 

Quatre-vingt-trois abbés siégèrent au concile : 

Ceux de Saint-Laurent de Bagà (Urgelli, Petra, Sainte-Marie 
de Roda Saragosse , Bellpuig Urgell), de la Huerta sSeguenza), 
RipoU, Saintes-Croix, Portello, Sainte-Marie d'Amer, Ovilla, Vall- 
églises, Saint-Just de Cuostitas, Meloni, Saint-Michel de Cuxa (i), 
Sainte-Marie d'Arles 2), Sainte-Marie de Verola, Saint-Cyr de 
Colera, Valldigne, Saint-Saturnin, Saint-Cucufat, Saint-Benoît, 
Saint-Martin du Canigou 3 , Saint-Vincent de Cardona, Saint- 
Genis-des-Fontaines (4), Gallcant, Jau (5), Sainte-Cécile, Sainte- 
Marie de Lavas, Saint-Sauveur de Burgos, Poblet, Benefas, Saint- 
Félix-de-Guixols, Sainte-Marie de Roses, Scarpio, Saint-Jean de 
Pinna, Saint-Facond, Saint-Sauveur ' d'Onnie, Cadoma, Saint- 
Isidore, Vite, Saint-Christophe d'Onea, Saint-Michel de Fluvia, 
Buceda, Pontaut, Sainte-Marie de Vallaeba, Aquilée, Sainte- 
Marie de Villamediane, Superat, Montfer, Armentar, Sandoval, 
Saint-Pierre de Arlanda, Brues, Sondral, Saint-Martin de Castau- 
ria, Saint-Dominique de Silis, Villemajor, Camayo, Saint-Pierre 
deMontibus, Sainte-Foy, Pellage, Bellpuig, l'Escale-Dieu, Saint- 

( 1 ) Guillaume de Sans fut abbé de Cuxa, depuis 1405 jusqu'en 1411. 
(Cf. Abbé Fr. Font, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Michel de Cuxa, 
1881, imprimerie J. Cornet, p. 234-236). 

(2) Bernard d'Ortallo gouverna l'abbaye d'Arles pendant dix-sept ans 
() 399-141 6). 

(3) Guillaume Cathale, d'après le Gallia christiana (t. vi, col. 1 i 12), 

(4) Jacques N... (Id.) 

(5) Jean Balterna portait le titre d'abbé de Jau depuis le 21 juillet 1408 ; 
il le conserva jusqu'au i3 avril 1430. (Alart, Abbaye de Sainte-Marie de Jau 
ou de Clariana, dans le xi' vol. de la Société Agricole, Scientifique et Litté- 
raire des Pyrénées-Orientales, p. 293). 



— 349 — 
Damase de Burgos, Saint-Marcien, Saint-Pierre de Rodes, Ville- 
bertran, Camprodon, de la Réa), Saint-Sauveur de Compostelle, 
Saint-Jean de Puig, Anoter, Alosis, Monsalud, Ortesere, Sainte- 
Marie de Soppetra, Conques, Saint-Martin de Tarragone, Foix, 
Valbonne, Saint-Julien, Saint-Laurent de Tarrassa, Saint-Vilbert. 

Quarante autres abbés avaient envoyé des procureurs : 

C'étaient ceux de Lestang, Sainte-Foix, Saint-Bernard de 
Valence, Herrera, Siano, Serrateix, Saint-Victorien, Mas-d'Azil, 
Saint-Prudence, Saint-Pierre de la Réole, Sainte-Marie de Vels, 
Sainte-Marie de Tiranis, Sainte-Marie de la Vega, Sainte-Marie 
de Burgos, Sauvelade, Laho, Perates, Moreruela, Medina-del- 
Campo, Carracedo, Ager, Obona, Val-de-Dios, Saint-Sauveur 
de Cornejlla, Sant-Juan de Corias, Sant-Pedro de Gumiel, Saint- 
Vincent d'Oviedo, Fontfroide, Ambronay, Armellas, Arvas, 
Saints-Côme et Damien, Saint- Vincent de Luc, Sant-Juan de la 
Castella, Saint-Pierre de Eslonza, Benevivere, Pena-Major, 
Saint-Pierre de Besalu, Palazuelos, Vallfer, Yerra. 

On vit arriver six chefs d'ordres militaires : 

Pierre-Roderic de Mores, châtelain d'Emposte ; Henri, maî- 
tre de la milice de Calatrava ; Laurent Fuguer, maître de la mi- 
lice de Saint-Jacques ; Guillaume-Raymond, commandant de 
Villefune ; le précepteur-majeur d'Alcaniz ; Berenger, maître de 
la milice de Sainte-Marie de Montesa et de Saint-Georges. 

Sept chefs d'ordres religieux rehaussèrent de leur pré- 
sence la solennité de ces assises : 

Boniface Ferrier, général des Chartreux; Jean de Puy-de-Noix, 
général des Frères- Prêcheurs ; Jean de Chevenez, général des 
Frères-Mineurs ; Antoine, général de la Merci ; Pierre de 
Fontloup, provincial des Dominicains d'Aragon ; Didace de Ma- 
jorque, provincial des Frères-Mineurs de Galice ; le précepteur 
de Saint-Antoine de Saragosse. 

Trente-sept chapitres d'églises cathédrales avaient envoyé 
des délégués. C'étaient : 

Jean Castel, de Lérida ; le doyen d'Urgell ; le chanoine Fer- 



— 35o — 

dinand, de Conques ; le prieur de Tarragone ; le doyen de Tor- 
tose, le sacristain de Tirason ; Bernard Fortis, chanoine de Sé- 
govie ; le doyen et l'archidiacre d'Huesca ; Fernand Gonzalvo, 
d'Avila ; Michel de Lobera, de Jaen ; l'abbé de Foix,, de Pa- 
miers ; l'abbé de Frémi cea, de Burgos ; le prieur de Saragosse ; 
l'évêque de Fréjus ; l'archidiacre de Carvaleda, d'Astora ; le 
chantre de Plaisance ; Gonzalve Duegas, archidiacre de Cordoue ; 
le chanoine Jacques Taulas, de Vich ; Louis de Valterra, de Gé- 
rone ; le chanoine Pierre-Fernand de Firmesca de Placenza ; 
l'archiprètre de Roya, de Calahorra ; le prieur de Sainte-Foix de 
Morlas, de Lescar ; le chanoine Gérald Linsol, de Valence ; le 
chantre d'Oviedo ; le chanoine Jean de Montignac, de Tou- 
louse ; le chanoine Ferrer de Podioles, de Barcelone ; François 
Rovira, de Majorque ; deux chanoines de Limoges ; le chanoine 
Pierre Goncez, de Zamora ; le trésorier de Ségovie ; deux cha- 
noines d'Uxama ; un chanoine d'Auria ; le chanoine Guillaume 
d'Abbes, d'Oloron ; le chantre de l'église d'Elne ; le trésorier 
du chapitre de Carthagène ; le sacritain du chapitre d'Auch. 

On remarquait aussi leâ délégués de quatre universités : 

Fernand Martin, doyen de Fréjus, de l'université de Sala- 
manque ; Jean de Castello, Bernard Dalmace et Narcisse, de 
celle de Lérida ; Jean Putator, de celle d'Avignon, et les trois 
docteurs de celle de Perpignan. 

Soixante-dix-sept communautés ou couvents y furent 
représentés : 

Guillaume Amas y vint au nom de la communauté de Saint- 
Félix de Gérone, Julien de Loba au nom de celle de Sainte- 
Marie-Majeure. Pierre Alvarez représenta celle d'Amas; Ambroise 
de Castillon, chanoine de Saragosse, le couvent de Saint-Jean de 
Pina ; Guillaume d'Abbes, chanoine d'Oloron ; celui de Luc ce 
dernier représenta encore le couvent de Pontaut; ; DidaceMena, le 
prieur de Saint-Martin de Cona ; Didace Alphonse, le monastère 
du Saint-Esprit d'Avila ; le prieur Garcias, son monastère de 
Sainte-Marie de Sor ; le prieur de Saint-Michel de Brea, sa 
communauté ; l'abbé de Sainte-Marie de Villa, son monastère ; 



— 35i — 

Romeu de Corts, le prieur de Saint-Pierre de Lagos ; le prieur 
d'Ono, son monastère ; le prieur de Sainte-Marie Majeure, de 
Saragosse, ses religieux. Les prieurs de Sainte-Christine (Huesca) 
et du Saint-Sépulcre étaient venus à Perpignan sans mission 
représentative. Celui de Saint-Jean d'Ortega représentait son 
monastère ; le syndic de Lacogola son couvent ; le prieur de 
Sainte-Marie de Najava avait amené avec lui frère Dominique 
qui tenait la place des autres moines. François de Coriano, simple 
religieux, fut délégué par ses frères du couvent de Bellpuig 
(Urgell) et Pierre de Reco par les siens du couvent de Saint- 
Jean d'Albos. 

Quelques rares prieurs parurent aux sessions du Concile 
en leur nom personnel : 

Ceux de Sainte-Marie de Uhla, de Saint-Paul del Camp, de 
Tarragone, de Sainte-Foy, de Rases. Un plus grand nombre 
étaient chargés de parler et de voter au nom de leurs subordonnés. 
Parmi eux étaient le supérieur de Saint-Paul-del-Camp, de 
Sainte-Marie de Gerra, l'abbé de Valdeiglesias, de Verola, 
Lavegia, de Saint-Sauveur d'Onia, de Saint-Isidore et de Sainte- 
Marie de Pina. L'évèque d'Aire siégeait au nom du couvent de 
Saint-Jean de Castella. 

La nomenclature des Pères du concile est clôturée par 
la liste des simples moines qui furent désignés comme 
délégués par leurs collègues : 

Le couvent de Saint-Benoît députa frère Jean ; celui de Minor- 
que, Jean-Pierre, celui de Mur ; Barthélémy Soler, celui de Stany; 
Antoine Bet, celui de Saint-Vincent de Cardona ; Jean Tosquella, 
celui de Saint-Benoît (Vich) ; Jean de Vilarama, celui de Sainte- 
Marie de Herra; Pierre Doron, celui de Sainte-Marie de Yerra; le 
moine Bernard, celui de Fiter; Barthélémy de Vera, celui de Petra; 
le moine Benoît, celui de Calatayd ; Jean de Burgos, celui de Sainte- 
Marie de Rota; Raymond Trépat, celui de Saint-Prudence; Jean 
de Trumes, celui de Reula ; Arnald Barre. Alphonse de Barqua 
fut le délégué des quatre couvents de Sandoval, Sainte-Marie-de- 
Vocals, Astria et Sainte-Marie de Barqua. Jacques Carbo repré- 



— 352 — 

senta le monastère de Poblet ; Raymond Calvet, celui de Camprodon; 
Pierre Ros, celui de Baiîoles ; Jean Rechlis, celui d'Amer. Les 
quatre couvents de Sainte-Marie d'Arvis, Olbona, Val de Dios et 
Saint-Sauveur de Cornella avaient transmis leurs pouvoirs à Pierre 
Alvarez. Arnald Batlle fut le délégué du couvent de Villebertran 
dont il était l'infirmier ; le monastère de Saint-Facond désigna 
son sacristain; le couvent de Saint-Isidore, Roderic Alvares; celui 
de Pontaut et de Saint-Vincent de Luc, députèrent Guillaume 
d'Abbes ; Jean Alphonse et Gonzalve représentaient le couvent de 
Saint-Claude ; Jean Castillion, celui de Saint-Félix ; Gonzalve 
Fernand, celui de Saint-Pierre de Cadenia ; Arnald de Portelles, 
celui de Camp-de-Barcelone ; Gonzalve, celui de Johiles ; Pierre 
Conill, celui de Saint-Michel de Falles. Guigon Flandrin, docteur 
en droit et prieur de Saint-Etienne de Toulouse, remplit les 
fonctions de secrétaire de l'assemblée. 11 portait le titre de proto- 
notaire, de concert avec Alphonse de Majorités. Bernard Gerbert 
fut nommé correcteur du Concile. 

Quelques dignitaires du palais pontifical eurent leurs pla- 
ces assignées au concile. Ce furent : 

Les auditeurs des causes Toribius Garsias, Louis de Valterra et 
Symon de Mundavilla; les pénitentiers Guillaume Moliner, Pierre 
de Sola, Jean de Font ; les clercs de la chambre apostolique : 
Pierre-Ximenès de Pilars, Guillaume Carbonnell et Pierre Comalls; 
les professeurs de théologie Philippe de Medolia et Pierre 
Figuerolola. François d'Aranda, Pierre Soria et Julien de Loba, 
comme témoins, apposèrent leur signature au bas des actes du 
Concile. 

Mais le personnage qui attirait les regards de tous durant 
les réunions était saint Vincent Ferrier. Il avait été person- 
nellement invité à prendre part aux délibérations de ces 
importantes assises ecclésiastiques. Il vint sans retard de 
l'extrémité du nord de l'Espagne, en longeant à grandes 
marches la chaîne des Pyrénées. 



— 353 — 

///. — l.es sessions 

(i5 novembre 1408 - 26 mars 1409) 

En y comprenant la réunion du jour de l'ouverture, le 
concile de Perpignan tint quatorze sessions. 

La seconde assemblée des Pères eut lieu le samedi 17 no- 
vembre. Après le sermon d'usage, on procéda à la récitation 
de la formule de foi catholique. Benoît XllI se leva pour 
affirmer qu'il adhérait pleinement aux vérités révélées à la 
sainte Eglise et qu'il professait fermement la religion de 
Jésus-Christ. 

Le mercredi suivant, 21 novembre, se tint la troisième 
session. Dans un discours étudié, Benoît XI 11 salua le com- 
mencement d'une ère nouvelle : ce concile, à l'entendre, 
allait couronner ses efforts, sinon réaliser l'union et la 
réforme de l'Eglise. La parole fut ensuite donnée au cardinal 
Antoine de Chalant, qui lut un long mémoire historique 
destiné à replacer le pontificat de Pierre de Luna sous son 
véritable jour. 11 exposa les déboires nombreux et invrai- 
semblables dont ses adversaires l'avaient abreuvé et fit res- 
sortir les difficultés au sein desquelles l'Eglise se débattait. 
11 souligna enfin le grand désir qu'avait le pape de procurer 
l'union et la paix à la sainte épouse de Dieu. 

Cette lecture se prolongea durant les sept séances qui 
suivirent et que le concile tint durant les derniers jours du 
mois de novembre. Elle fut coupée par des discussions pas- 
sionnées auxquelles prit part la généralité des prélats assis- 
tants. 

Après avoir rappelé les avances qu'il avait faites à son 
concurrent et décrit l'inutilité de ses efforts, Pierre de Luna 
soumit au concile un programme d'études, et lui demanda 
d'apporter une solution à un questionnaire comportant qua- 



_ 354 - 

tre problèmes. Il exigeait en premier lieu une amende hono- 
rable aux injures qui, jusqu'alors, lui avaient été infligées ; 
il lui demandait ensuite de lui indiquer un moyen efficace 
pour arriver à l'union. 11 fallait parer à l'éventualité de 
schismes nouveaux et remédier aux abus glissés dans le corps 
de l'Eglise. 

L'unanimité fut vite acquise à la réponse rendue par les 
Pères à la première question posée. La division s'opéra lors- 
que l'assemblée entama l'étude de la voie à suivre pour 
aboutir à l'unité du souverain pontificat. La grande majorité 
fut d'avis qu'il était utile d'envoyer à Pise des procureurs 
irrévocables pour abdiquer au nom de Benoît XI 11, en cas 
de mort, cession ou déposition des papes. Pierre de Luna 
se révolta contre cette idée et, sachant que le cardinal de 
Chalant était un des auteurs de la proposition, il le gour- 
manda sévèrement et le menaça même de la prison perpé- 
tuelle. Vingt-deux membres du concile demandaient de 
laisser les choses en suspens jusqu'à un temps plus oppor- 
tun. 

Le désaccord en vint à l'état aigu : dès lors plusieurs pré- 
lats commencèrent à s'éloigner de Perpignan. Le midi de la 
France abandonna le parti de Benoît ; les archevêques de 
Narbonne et de Toulouse, les évêques d'Albi, de Pamiers, 
d'Uzès, de Nîmes, de Lombez, de Mirepoix et de Viviers, 
les abbés de Lézat, Saint-Hilaire, Quarante, Fontfroide, la 
Grasse, Amiane, Gimon, Saint-Gilles, Gaillac, Psalmodi, 
Villemagne, Joncels, Saint-Chignon, Saint-Tibéri, Saint- 
Aphrodise de Béziers se dirigèrent vers Pise pour prendre 
part aux délibérations du concile italien (i). 

Saint Vincent Ferrier qui était l'âme du concile et qui 
prononça plusieurs discours en latin, lors des premières 
réunions de cette assemblée, pesa sur l'esprit des Pères et 
entraîna la majorité vers la voie de la cession. 11 avait quitté 

(i) Cénac-Moncaut, Histoire des peuples eî des états pyrénéens, Paris, Didier 
et C'e, 1874, t. IV, p. 289. 



— 355 — 

Perpignan avant la fin du mois de novembre : l'envoi de son 
propre frère Boniface au concile de Pise indique assez clai- 
rement l'orientation de son opinion. Le fond intime de sa 
pensée consistait à défendre en théorie la légitimité de 
Benoît XIII ; en pratique, il jugeait indispensable la démis- 
sion de Pierre de Luna, comme nécessaire au bien général 
de la chrétienté (i ). 

Durant son court séjour à Perpignan, le saint eut occa- 
sion de manifester le don miraculeux qu'il avait de lire dans 
les consciences. A côté de Benoît XI II, au concile, siégeait 
un ermite vénérable. Vincent le reconnut pour un de ceux 
qui, en Lombardie, vrais diables déguisés, répandaient con- 
tre lui toutes sortes de mauvais bruits. Il le lui fit compren- 
dre au sortir d'une séance. Se voyant découvert, le diable lui 
dit : « Tais-toi, traître ; je pars d'ici, puisqu'il le faut, mais 
tu auras bientôt de mes nouvelles. On apprit le lendemain 
que l'abbé d'une abbaye voisine (celle de Montserrat) était 
mort d'un mal subit et inexplicable (2). 

Le 5 décembre eut lieu la dixième session durant laquelle 
se décida le sort de la cause de Pierre de Luna. Benoît XI II 
présida personnellement l'assemblée, dans l'église de la Real. 
On revint à la charge pour se fixer sur le moyen d'éteindre 
le schisme. Pierre de Luna prit lui-même la parole (3) et 
voici quel fut le thème de son allocution : il débuta en déplo- 
rant que certains s'obstinassent à déchirer sans cesse la robe 
de l'Église. Il anathématisa Grégoire XII qui rcjetaittout 
accommodement, les cardinaux de Pise qui se refusaient à 

() ) P. F agzs, Histoire de Saint Vincent Terrier, Paris, Maison de la Bonne 
presse, t. 1, p. 225. 

(2) Id., loc. cit., p. 224, note 2. 

(3) Saint Antonin dit : « Benoît XI 11 était remarquable comme orateur 
et comme érudit ; par les qualités du cœur, il ne le cédait à aucun homme de 
son temps. Ses forces physiques et la puisssance de sa voix égalaient sa 
grandeur d'àme. A. Perpignan, déjà presque octogénaire, il plaida sept heu- 
res d'horloge la légitimité de son pontificat. » (Summa historialis, \i\. m, 
tit. XXII, cap. vi). 



— 356 — 

reconnaître tout légat ou tout procureur. 11 opposa à cette 
intransigeance la bonne volonté qu'il apportait dans le ser- 
vice de la bonne cause : la convocation de son concile avait 
pour unique but la paix de l'Eglise. Il exhortait les Pères à 
lui prêter l'appui de leurs conseils et le concours de leur 
faveur. 11 termina en disant qu'il espérait, grâce au zèle du 
concile, atteindre le terme de ses vœux et en affirmant qu'il 
était prêt à sacrifier sa vie aux intérêts de la chrétienté. 

Les débats reprirent empreints d'acrimonie, au point qu'il 
y eut entre le pape et les Pères du concile de nombreux 
pourparlers et force altercations. Certains membres de l'as- 
semblée auraient voulu que les procureurs envoyés à Pise 
fussent munis de pouvoirs irrévocables pour abdiquer. 
Benoît XI 11 jugea plus prudent de leur confier seulement la 
mission de convenir d'une époque et d'un lieu où il se démet- 
trait, au besoin, par procuration. On lui demandait encore 
une promesse de démission dans le cas où son compétiteur 
serait déposé. Son esprit fertile en expédients tourna la dif- 
ficulté à son avantage en exigeant une déposition juridique 
et élective. L'addition de ces adjectifs l'autorisait à conser- 
ver la tiare, pour peu que la déposition de son rival parut 
à ses yeux irrégulière ou inefficace. H réussit, il est vrai, à 
faire admettre ce double tempérament dans la rédaction de 
l'acte définitif, mais ce ne fut pas toutefois sans de longues 
discussions. 

Le mercredi 12 décembre il présidait la onzième session. 
Benoît XI 11 réclama l'appui de ses fidèles adhérents contre 
la défection des prélats du Midi de la France. Mais les 
vingt-deux Pères du concile restés auprès de lui, ébranlés 
eux-mêmes par la conduite du clefgé du Languedoc, émi- 
rent l'avis d'envoyer des offres de réunion au concile de Pise. 
Enfin Benoît XllI, obligé de céder, désigna une commission 
composée de sept membres chargés d'élaborer une adresse 
qui devait lui être remise incessamment. Les dignitaires de 
l'Eglise qui y prirent part furent: les cardinaux Pierre 



— 357 — 

Ravat et de Chalant, Jean Mauroux, patriarche d'Antioche, 
Garcia Fernandez de Hérédia, archevêque de Saragosse. 
Pierre de Çagarriga. archevêque de Tarragone, le chan- 
celier du roi de Castille, l'évêque de Valence. Jean de la 
Coste, évêque de Mende, Aymery Nadal, abbé de Saint- 
Sernin de Toulouse et Jean de Puy-de-Noix, général des 
Dominicains. 

L'adresse ne fut pas prête avant le i^"^ février 1409. A 
cette date seulement, qui est celle de la douzième session, 
cette pièce fut présentée à Benoît XI jl par le patriarche 
de Constantinople, Alphonse d'Exea, et lue à haute voix 
par Guigon Flandrin, protonotaire du Saint-Siège. 

Dans ce document, le concile rendait hommage aux 
efforts de Benoît XI 11 et le lavait des reproches de schisme 
et d'hérésie. On le proclamait vrai pape et bon chrétien. 
Mais on le conjurait de suivre la voie de cession préféra- 
blement à toute autre. On le suppliait d'étendre la promesse 
qu'il avait faite d'abdiquer au cas où Grégoire XI 1 serait 
dépossédé juridiquement et où cette déposition, reconnue 
valable par les gens de son parti, serait accompagnée d'effet. 
On l'invitait à envoyer à son compétiteur, et à Pise, desplé- 
nipotentiaires chargés de traiter du lieu, de l'époque et des 
conditions auxquels lui-même, ou son mandataire, exécute- 
raient les conventions, au besoin réaliseraient l'abdication 
projetée. On insistait pour que ces ambassadeurs eussent 
des pouvoirs aussi étendus que possible. On lui demandait, 
enfin, de prendre les mesures nécessaires pour que sa mort, 
si elle survenait, n'empêchât ni ne retardât l'union. 

Benoît XI II fit attendre sa réponse douze jours durant. H 
la notifia, le mardi 1 2 février, dans la treiziènrie session 
du concile. 11 débuta en exposant le déplaisir qu'il éprou- 
vait à la vue de la méchanceté de ses adversaires ; il ne tarda 
pas à ajouter qu'il était animé du grahd désir de participer 
à l'unité de l'Eglise. Pour parvenir à la prompte exécution 
de ce dessein, il déclara- vouloir suivre l'avis de plusieurs 



— 358 — 

prélats et personnages notables de diverses nations, auxquels 
il transmettrait pleins pouvoirs pour mener à bonne fin 
l'œuvre de l'union. 

Quand la volonté de Pierre de Luna eut été officiellement 
exprimée, le patriarche de Constantinople se leva. Au nom 
du concile, il rendit grâces à Dieu pour l'acte si utile qui 
venait de s'opérer et dont les effets devaient se faire sentir 
dans l'univers entier. Il prononça ensuite un discours élo- 
gieux du Pape. Chacun des Pères du concile inclina la tête 
en signe d'assentiment ; puis les prélats déposèrent leurs 
mitres et tombèrent à genoux pour remercier Dieu de l'heu- 
reuse conclusion du concile. 

Le cérémonial qui entoura cette dernière réunion revêtit 
une grande solennité. La chapelle pontificale exécuta le Te 
Deum ; la session fut close et le concile ajourné à une date 
éloignée, celle du 26 mars. 

Dans l'intervalle des deux dernières sessions, Benoît Xlll 
avait été invité d'une façon très pressante, par cinq cardinaux, 
à se rendre au concile de Pise. Il n'y répondit qu'en mena- 
çant d'excommunication quiconque procéderait, sa vie durant, 
à l'élection d'un nouveau pape. Sa préoccupation, dès ce 
jour, fut de demander des sauf-conduits en faveur des non- 
ces qu'il se proposait de diriger vers Pise. 11 écrivit tour à 
tour au seigneur de Lucques, à Louis d'Anjou et au roi de 
France, Charles VL 

La quatorzième et dernière réunion qui s'assembla le 
26 mars se tint, non plus à l'église de la Real, mais dans la 
salle blanche du château royal de Perpignan, en présence 
d'un groupe insignifiant de dignitaires ecclésiastiques. Pierre 
de Luna communiqua aux quelques prélats fidèles à sa cause 
les noms des ambassadeurs qu'il investissait des pouvoirs 
nécessaires pour le représenter au concile italien. Ils étaient 
au nombre de sept : Pierre de Çagarriga, archevêque de 
Tarragone ; Jean, évêque de Siguenza ; Jean de la Coste, 
évêque de Mende ; Avignon Nicolay, évêque de Senez ; 



- 359 - 

Bonjface Ferrier, général des Chartreux; Dominique Ram, 
évêque de Huesca.et Diègue de Majorque. 

Les procès-verbaux des délibérations et des décisions du 
conciliabule de Perpignan furent présentés à Benoît et 
acceptés par lui dans un acte public qu'il souscrivit de sa 
propre main et qui fut revêtu de la signature des Pères pré- 
sents. 

Pierre de Luna déclara que le concile était momentané- 
ment interrompu et convoqua les Pères à la session qui 
devait se tenir le i5 août suivant, jour de la fête de l'As- 
somption de Marie. 



IV, — U issue 

(26 mars -fin juillet i40c)j. 

D'une telle assemblée, Benoît XI II attendait une issue 
favorable à ses vues. L'événement trompa ses espérances. 

Les sauf-conduits que les princes délivrèrent aux légats 
du pape d'Avignon ne parvinrent à Perpignan que le 4 mai 
1409. Alors seulement Pierre de Luna fit partir le gros de 
son ambassade à destination de Pise, mais par la route de 
terre, c'est-à-dire la plus longue. L'archevêque de Tarra- 
gone demeura quelque temps en Catalogne ; il était chargé 
d'un message auprès du roi de France. Son arrivée à Pise 
coïncida avec la venue des autres légats de Benoît XI 11. 

La lenteur calculée de Pierre de Luna dans l'envoi de 
l'ambassade eut des conséquences fâcheuses. Le concile de 
Pise qui s'était réuni dès le 25 mars 1409 lança, le 5 juin 
suivant, une sentence d'excommunication contre les deux 
papes prétendant à la tiare. 

Le voyage des ambassadeurs de Benoît à travers la France 
fut hérissé de difficultés et de péripéties. Us furent arrêtés à 
Nîmes par ordre de Charles VI. On intercepta les lettres 



— 36o — 

dont le pontife d'Avignon les avait chargés ; ils n'obtinrent 
de sauf-conduit que par l'intermédiaire du roi d'Aragon. 

D'autre part, les Pisans qui suivaient avec parti-pris les 
travaux du concile devinrent intraitables. Les légats de 
Pierre de Luna furent mis dans la dure nécessité de s'éloi- 
gner de Pise, après avoir essuyé toutes sortes d'avanies. 
Leur mission à Bologne n'ayant pas obtenu de meilleur 
résultat, ils prirent le parti de rentrer auprès de leur maître, 
à Perpignan. 

Benoît XIII demeura fixé au château royal de Perpignan 
jusqu'aux derniers jours du mois de juillet 1409. H quitta 
alors cette ville pour se rendre « a la torra del senyor rey 
appellada Bellesguart » (i), située aux environs de Barcelone. 
11 y arriva le 8 août ; le dimanche 29 septembre, jour de 
saint Michel, il faisait une entrée triomphale dans la capitale 
de la Catalogne. De grandes fêtes furent données dans cette 
cité en son honneur. 



Après son concile de Perpignan, Benoît Xlll choisit Tor- 
tose pour :a résidence habituelle. C'est dans cette ville 
qu'il avait exercé son premier ministère, lorsque, jeune prê- 
tre, il débutait dans la carrière ecclésiastique avec le titre de 
sacristain. Delà il observa les mouvements de la chrétienté; 
de là, il dirigea la portion de l'Eglise qui suivait sa direc- 
tion. Il reçut, dans cette cité, notification officielle des faits 
accomplis à Caspe. Ferdinand de Castille, à peine monté 
sur le trône, vint à Tortose lui offrir ses hommages. 

Au début de l'année 1414, Pierre de Luna appela 
saint Vincent Ferrier près de sa personne dans le but de 
convertir les juifs établis en Espagne. Les conférences que 
VJlpôtre du Jugement dernier donna à Tortose, sous la pré- 
sidence de Benoît Xlll, eurent pour résultat la conver- 

()) Dietari del ctntich conseil Barceîoni, t. 1, p. 162. 



— 36. — 

sion à la foi chrétienne de plus de cent vingt familles juives. 

Pendant ce temps, le nouveau roi d'Aragon se préoccu- 
pait de la pacification de l'Eglise. Après avoir tenu les cor- 
tès à Saragosse, Ferdinand s'était rendu à Morella, sa rési- 
dence d'été. ]1 fit prier affectueusement Pierre de Luna de 
venir passer près de lui la belle saison. Benoît XI 11 se rendit 
à une si aimable invitation. Le roi, secondé par saint Vincent 
Ferrier, travailla durant cinquante jours à obtenir la démis- 
sion de l'ancien pape d'Avignon, mais rien ne put fléchir son 
indomptable obstination. 

L'empereur d'Allemagne, Sigismond, pensant avec raison 
que l'entrevue de Pierre de Luna et du roi d'Aragon était 
le nœud de l'affaire du schisme d'Occident, proposa une 
rencontre pour le mois de juin 1415. 11 avait d'abord été 
décidé qu'elle s'effectuerait à Nice, mais Ferdinand étant 
tombé malade, il fut convenu que Perpignan serait le théâtre 
des conférences projetées. 

Perpignan vit alors, une des plus imposantes assem- 
blées que mentionne l'histoire (1). Durant deux mois, les 
trois cours du pape, de l'empereur d'Allemagne et du roi 
d'Aragon déployèrent leurs magnificences dans les salles du 
château et les rues de la ville (2). Du 20 septembre au 
5 novembre 1415, Sigismond multiplia vainement ses entre- 
vues avec Benoît XI 1 1 . Pierre de Luna demeurant inflexible, 
l'empereur le quitta brusquement, le 5 novembre, en proie 
à une sourde colère, sans daigner prendre congé de lui. 

Saint Vincent Ferrier intervint aussi auprès du Pontife 
et fit parler la voix du devoir. Benoît XI 11 n'écouta pas 
davantage les conseils du saint qui avait dirigé sa conscience. 

(1) Je me propose de décrire cette page glorieuse de l'histoire de Per- 
pignan dans un des prochains numéros de la 7{evue Catalane. 

(2) C'est à la présence simultanée dans Perpignan de Benoît Xlll, de 
Sigismond et de Ferdinand 1" que fait allusion ce passage des goigs de 
Notre-Dame de la Real : 

Han visitât vostre temple 
Papa, Rey, Emperador. 



— 36:i — 

IJ comprit toutefois que sa cause était perdue : il s'apprêta 
à gagner Collioureoù stationnaient ses galères. Le roi d'Ara- 
gon adressa une suprême mais respectueuse sommation à 
Pierre de Luna, le 21 novembre. Celui-ci, loin d'y obtem- 
pérer se contenta de proférer cette phrase en mettant le pied 
sur son embarcation prête à lever l'ancre : Dites à votre roi 
de ma part : « JHe qui te feci misisti in desertum ! Moi qui t'ai 
fait ce que tu es, tu me jettes au désert. » L'obstiné vieillard 
quitta Collioure pour s'enfermer jusqu'à sa mort dans la 
forteresse de Peniscola (1), où il arriva le i^r décembre. 

L'heure d'agir était venue. Ferdinand d'Aragon convoqua 
une assemblée d'évêques et de docteurs auxquels se joigni- 
rent les ambassadeurs de Castille et de Navarre, ainsi que 
ceux des comtés d'Armagnac et de Foix, c'est-à-dire toute 
l'obédience avignonaise. 11 fut décidé que Benoît pouvant 
rendre la paix à l'Eglise et se refusant à la lui procurer, on 
était en droit de se soustraire à son autorité. Quant au vrai 
pape, on reconnaîtrait celui que le concile général de Cons- 
tance allait élire. 

Le 6 janvier 1416, saint Vincent Ferrier lut, dans la cha- 
pelle même du château royal où Benoît XI 11 avait célébré 
pontificalement quelques années auparavant, l'acte de renon- 
ciation à son obédience. Ce document était signé des rois de 
Castille, d'Aragon et de Navarre. 

Pierre de Luna fut déposé publiquement au concile de 
Constance, le 26 juillet 1417. Le 11 novembre suivant, l'unité 
était rendue à l'autorité de l'Eglise parl'élévation de Martin V 
au Souverain Pontificat. 

Benoît XI 11 survécut six ans à sa déchéance. Il aimait à 
comparer le rocher de Peniscola, où il vivait abandonné, à 
l'arche de Noé qui portait le salut de l'humanité. C'est dans 
cette solitude qu'il mourut, le 23 mai 1423, à l'âge de qua- 
tre-vingt-dix ans. Abbé Jean Capeille. 

(i) Peniscola, place forte d'Espagne, située dans la province de Valence, 
sur un rocher qui domine la Méditerranée. 



LO TROVADOR 



«f 



Vinch, molt cansat, d'encontrada llunyana 
A us regalar lo goig de ma cansô. 

Presteu l'orella ! 
Que tinch consôl per tota pena humana, 
Portant ab mî la flor blanca y vermella, 
De dois flayrar, espellida o poncella, 

Flor del Amor. 

Trovador, repica drum-drum 

La guitara ab que t'acompanyas. 

Sens repos, per plana y montanyas 

Vas passant com lo raig de llum, 

Deixant no mes rastre que '1 fum. 

Si, algun colp, princesa cortesa 

Al poet vol enamorar. 

No molt Ij tè Kânima presa ; 

Que, si Amor val mes que riquesa, 

Mes que Amor li plau lo Cantar. 

Altre menstral, en los castells altivols. 
Devant la gentil dama y son senyor, 

Noble auditori, 
Sab esbrinar en versos retrunyivols 
Les gestes grans y hazanyes de l'historia, 
Y del destralejar Jo rebombori 

Espantador. 



— 364 — 

Com l'aucellot, que en los arbres tritllejt, 
Quan ou brunzir cJarins, tôt temorôs. 

De colp se calla ; 
Aixî ma pobra veu que cascaileja 
No es fêta a la clamor de la baralla, 
Y, esporoguit, fuig del bram de batalla 

Mon cant melôs. 

Quant mes m'atrau, que crits y que matansa, 
Lo sospjrar que arranca â l'aymador 

Dolsa ferida ! 
Al mon jo no veig mort, sinô esperansa ; 
Y en ma cansoneta llesta y aixerida 
Lluhir veureu, de mil colors tenyida, 

La flor d'olor. 

Hont la he cullida, aqueixa flor hermosa, 
Que contre '1 cor guardeula de trepitg ? 

La n'he cullida 
En tôt pahîs ahont canta l'alosa, 
Hont entre^^nit^ab veu amorosida 
Lo rossinyol al tresor^de sa vida 

Diu son desitg. 

Brots n'he trobat en tôt camî d'umbreta, 
Vora '1 riu clar, quan lo pastor ximplet 

A sa pastora 
Ve â refilar sa senzilla amoreta 
Y mendicar â son cor una penyora ; 
Ans n'hé rebut del bech de la tôrtora 

Un ramellet. 



— 365 — 

Lo pom florjt que '1 patge ayrôs que passa 
Replega al peu de qui ab pler lo ha caygut, 
Es en ma toya, 

Y '1 bès de foch ab que la Dama abrassa 
L'amant volgut, de cara bonicoya, 
Quan va fugint l'espôs, — preciosa joya, 

Assî lo he dut. 

Del cavalier que 's mor en terra estranya 
Jo n'he escullit l'ùltjm y amarch sospir, 

Floreta trista ! 
Vejî l'esposa y '1 plor que son ull banya 
Quan al aprest del seu marit assiste 

Y que, en la torre, ab sa negada vista 

Lo vol seguir. 

Per tôt arreu la flor encisadora 

Jo vaig buscant, y son perfum tant viu. 

La he descoberta 
En lo ventijol fresch de prima Aurora, 
Al pjupiu del aucell que se desperta 

Y de sa cella humida mitj-oberta 

Al sol somriu. 

Hont va, a l'atzar, mon peu de vagamundo 
Respiro aie de la flor celestial : 

— En nit serena, 
Quan resplandeix la lluna en lo cel fondo, 
Rajant sa llum pels arbres; — en l'arena 
Del mar lligant ab sa blava cadena 

L'ample sorral ; 



— 366 — 

— Ras l'estanyol rissat de fina arruga 
Llisca un zéfir de son olô embaumât; 

— Y de l'aubaga 
D'abets y pins que la brisa remuga 
Cau un aroma exquisit que embriaga 
Dolsetament y les pênes apaga 

Al cor calmât. 

Amor, tôt es Amor en esta terra. 
Tôt quant respira ho diu ab tremolor. 

Ditjôs cantayre ! 
Prou pot parlar lo mon de pau o guerra ; 
Poch m'en adono y no 'm desvio gayre ; 
Mes marxo alegre y Danço â traves l'ayre 

Lo cant d'Amor. 

Trovador, rcpica drum-drum 

La guitara ab que t'acompanyas. 

Sens repos, per plana y montanyas 

Vas passant com lo raig de llum, 

Deixant no mes rastre que '1 fum. 

Si, algun colp, princesa cortesa 

Al poet vol enamorar, 

No molt li té l'anima presa ; 

Que, si Amor val mes que riquesa, 

Mes que Amor li plau lo Cantar. 



Pau Berga, 




Le Carnaval d^autrefois 
à PraJs-dc-Mollo 

^S SS &S (Souvenirs de ma belle-mère) 

(SUITE) 

On allumait le bois des grilles, les danses reprenaient ; elles ne 
comportaient pas encore le désordre, le brouhaha que l'on voit 
aujourd'hui, surtout dans celle qui a gardé le nom générique de 
«bail», galop infernal qui ressemble bien peu aux «sardanes» 
de ma jeunesse. Je serais tentée de dire, moi aussi, qu'on ne danse 
plus, on saute. Nous ne courions pas, nous autres, nous dansions 
posément, en cadence, exécutant ponctuellement tous les détails 
des diverses figures ; on m'a conté que notre « sardana » simulait 
une scène d'amour, la déclaration, l'aveu, l'enlèvement, la fuite. 
Au point d'orgue que pousse le « flaviol » (flûte catalane), quand 
la cavalière était légère et savait prendre un peu d'élan, certains 
danseurs la soulevaient et l'asseyaient sur leur épaule ; Jean Du- 
rand, du Roser (faubourg de Prats), n'y manquait pas lorsqu'il 
dansait avec moi ; très robuste, il me faisait tourner une ou deux 
fois en l'air, puis il me posait à terre avec une grâce qu'on admi- 
rait et qu'on louait ; aussi s'arrangeait-il pour se trouver souvent 
à ma « sardana ». 

La nature de l'éclairage rendait le spectacle très pittoresque ; 
suivant le caprice du feu, les flammes s'allongeaient et se tordaient 
en divers sens, la lumière était plus crue, plus éclatante, les ombres 
diminuaient ou grandissaient ; lorsqu'on arrivait de l'obscurité, les 
danseurs semblaient autant de fantômes s'agitant désespérément. 

L'inconvénient, c'étaient les charbons qui tombaient à terre, les 
étincelles qui jaillissaient, surtout quand on tisonnait les grilles ; 
ceux qui les entretenaient ne prenaient pas toujours les précautions 
nécessaires et parfois un garçon les secouait exprès, sournoise- 
ment, quand passait près d'elles quelque fille dont il croyait avoir 
à se plaindre et voulait se venger. 

Entre les danses, les demoiselles ne vaguaient pas sur la place, à 
l'aventure, comme des âmes en peine ; le quartier général de mes 



— 368 — 

sœurs et nos amies était le salon de M. Berny où veillait toujours un 
papa ou une maman ; les danseurs venaient nous chercher et nous 
ramenaient ; dès notre arrivée, nous étions engagées pour huit ou 
dix danses, c'est-à-dire pour toute la soirée ; nous n'avions pas de 
carnet et il nous aurait servi ; aussi disions-nous avec orgueil : 
« Nosaltres, no pelarem naps ! » « Nous autres, nous ne pèlerons 
pas des navets ! » 

Le samedi, Père Garra travesti en femme, jupons, sur la poi- 
trine un de ces fichus d'indienne qu'on portait alors, sur la tête 
une « llisa cofeta », bonnet de toile tout uni que les ménagères 
mettent le matin, un balai sur l'épaule, comparaissait dans toutes 
les maisons où il y avait une bonne et annonçait, au nom des 
« pabordes », qu'à deux heures précises on viendrait la chercher 
pour « treurer al bail », « la conduire au bal » ; il invitait la maî- 
tresse à la tenir prête. 

Le dîner fini, la maîtresse habillait la bonne de son mieux, avec 
ses propres vêtements, une de ses coifiFes, ses boucles d'oreille et 
ses bijoux. A Theure fixée, les « pabordes » et les musiciens se 
rendaient d'abord chez le maire ; Père Garra, son sempiternel 
balai sur l'épaule, entrait, faisait sortir la bonne à son bras, la 
remettait au cavalier qui lui était destiné ; de même chez le Juge 
de Paix, puis dans les diverses maisons, en suivant à peu près 
l'âge décroissant des servantes, de la plus vieille à la plus jeune. 
Toutes réunies, on les accompagnait à la place et on les faisait 
« treure al bail ». Nous expliquerons cette coutume. 

Les servantes ne travaillaient pas ce soir-là, elles ne lavaient 
même pas la vaisselle, c'était leur fête, leur carnaval... Neiges 
d'antanî on ne danse plus « lo bail de les mosses », «la danse des 
servantes », ni « lo bail dels connosos » « la danse des couenneux ». 
Les « parayres » ont disparu de Prats avec les fabriques de drap, 
— et pourquoi les maîtresses accorderaient-elles encore à leurs 
bonnes ce repos traditionnel ? les pauvrettes ne s'en adjugent-elles 
pas assez de leur seule autorité? ne leur suffit-il pas d'entendre le 
moindre accord de violon ou de piston pour lâcher aussitôt le 
tablier blanc, déserter le foyer et la maison ? 

Le dimanche de carnaval arrivait enfin ; « pabordes » et musi- 
ciens dînaient de bonne heure pour procéder au « llevant de taula », 
exactement comme pour le premier de l'an. Vers une heure, ils 



— 369 — 

se rendaient dans les maisons où leurs parentes et amies les atten- 
daient en grande toilette et avec quelque impatience. L'un des 
jeunes gens offrait son bras à l'aînée et les autres suivaient bras- 
dessus, bras-dessous. Chez mon père, nous étions toujours une 
douzaine et quand nous sortions, nous encombrions la rue. 

Le cortège au complet, on gagnait la place ; la musique jouait, 
les hommes prenaient à la main leur turban (c'était la coiffure 
habituelle des déguisements, et dansaient devant les jeunes filles, 
en « puntejant », c'est-à-dire avec des entrechats et des postures 
gracieuses ; ce rôle était ensuite dévolu aux cavalières ; chaque 
couple achevait ainsi le tour de la place. Des jeunes gens se pré- 
sentaient alors devant les demoiselles, les saluaient bien bas, les 
emmenaient à leur bras ; les « pabordes » supplantés s'écartaient 
se tenant à la disposition des jeunes gens, surtout des « pagesos » 
(( paysans » pour aller leur chercher les cavalières qui leur étaient 
désignées ; à cette danse, ils étaient les intermédia!res obligés 
de toute invitation. 

Voilà ce qu'on appelait indifféremment « treurer al bail » ou 
« lo bail de ceremonia », « la danse de cérémonie » ; on lui 
attachait une grande importance, elle n'était pas seulement un 
honneur que le cavalier et la cavalière se faisaient mutuellement, 
elle revêtait presque officiellement le caractère d'un aveu d'amour 
« urbi et orbi ». 11 ne l'a pas faite « treurer al bail » était une 
phrase qu'employaient les « pagesos », les campagnards, pour 
nier péremptoirement l'intention prêtée à Jean ou Abdon d'épouser 
Julitte ou Rufine. Aussi les invitations ne s'adressaient et ne s'ac- 
ceptaient qu'à bon escient, après mûre réflexion et les garçons 
non agréés d'avance ne s'exposaient pas légèrement à la honte d'un 
refus. Beaucoup tournaient la difficulté, s'évitaient tout souci en 
s'adressant à leur sœur ou quelque proche parente. 

« Lo bail de ceremonia », la danse de cérémonie durait au 
moins deux heures, soit en danses diverses, soit en promenades 
autour de la place, tandis que les musiciens exécutaient les plus 
beaux morceaux de leur répertoire. Aux valses et mazurkas, les 
« pabordes » mélangeaient toujours un « bail de confits y de 
ramellets », une danse « de dragées et de bouquets » (artificiels 
ou naturels) ; l'on apportait une table que l'on chargeait de cornets 
de bonbons, de fleurs et d'un plateau, tous les couples s'appro- 



— Syo — 

chaient successivement, le cavalier déposait son offrande, recevait 
un bouquet dont la jeune fille ornait son corsage et un cornet de 
dragées qu'ils croquaient ensemble. L'obole versée variait suivant 
la fortune du galant, peut-être aussi selon le goût, l'affection qu'il 
éprouvait pour sa danseuse, c'était en quelque sorte le prix d'un 
si long tête-à-tête... que beaucoup trouvaient encore trop court, 
car ils s'étaient voulus, ils s'aimaient, tout au moins se plaisaient. 
On les épiait dans le public, on tâchait de saisir leurs paroles, on 
commentait leurs gestes, leurs regards, leur silence même, les 
langues frétillaient, les commérages allaient grand train. 

Le « contrepas » qui suivait était dit de la « revenja » « revan- 
che », parce que chaque cavalière se plaçait à la droite de son 
danseur ; l'affluence était si nombreuse que la chaîne mouvante 
débordait hors de la place, contournait un pâté de maisons, soit 
par la « petite place », soit par le u pont », suivant le caprice 
du conducteur. Ce contrepas ne finissait guère avant six heures, 
durant presque autant que « treurer al bail ». 

Les simples spectateurs s'amusaient à jeter des dragées sur les 
danseurs, les enfants se précipitaient pour les ramasser, se faufi- 
laient entre les jambes, (^aujourd'hui ils seraient infailliblement 
écrasés) s'enfuyant rapidement quand arrivait Père Garra, bran- 
dissant son sabre de bois; gare à ceux qu'il attrapait! il leur 
tirait les oreilles et faisait mine de les décapiter, mais il devait 
les lâcher pour courir après d'autres, car la pluie de dragées 
ne s'interrompait pas, et chassés à gauche, les gamins portaient le 
désordre à droite. 

Le soir, mes soeurs et moi, nous revenions au salon de M. Berny ; 
l'aristocratie de la campagne, les grands propriétaires, les Planes, 
les Coste, les Pages nous offraient un vin chaud que préparait 
Mme Berny, la vieille Bigatana ; la brave femme ne nous quittait 
pas et quand il se faisait tard, elle nous ramenait à la maison, 
tenant à la main son inséparable lanterne. 

(M suivre) Emile Leguiel. 

Extrait de Mil y un pensaments 

Lo viatge cap altre mon no vol mes que una mica de resoluciô 
pera pujar el tren, es â dir, pera morirse ; lo demès es molt senzill. 



t ^ûûi)cf£}c)Oûûûûc)Uûï^cJIJVdûûVt>ûOc)C}ciVc)ûc}i}cfù>c)OûûOÛ ÏJ^ 

Botanique catalane 

J^oms catalans de plantes usités dans la région 

o^ ft<fo ù^ (Suite) 

OLM. — Klmus campestris L. Orme champêtre. 

Ecorce dans les maladies de peau. Feuilles pour le bétail. Bois 
de charronnage. 

ORDl. — Nordeum vulgare L. Orge commune. 

Grains nourrissants et rafraîchissants ; servant à fabriquer la 
bière. 

ORELLA DE RAT. — Tiieracium Pihsella L. Epervière 
poilue. 

Feuilles fébrifuges ; employées dans la dysenterie, la gravelle. 

ORIOL. — Agaricus cœsareus Schoff. Agaric oronge. 

Champignon comestible. Ne pas confondre avec le suivant. 

ORIOL FOLL. — Jlgaricus muscariush. Agaric fausse oronge. 

Champignons vénéneux : dessus bigarré et lamelles blanches et 
non jaunes. 

OROBANQUE. Orobanche minor Sm. Petite orobanche. 

Parasite vivant sur les racines des plantes. Nuisible dans les 
prairies. 

ORriGA. — Urtica urens L. Ortie brûlante. 

Feuilles irritantes ; contre la paralysie, les hémorragies, le rhu- 
matisme. 

ORTIGA BLANCA. — Lamium fluxuosum Ten. Lamier 
fliexueux. 

Feuilles non piquantes ressemblant à celles de l'ortie. Bonne 
contre la leucorrhée. 

PANIÇA. — Setaria glauca P. B. Sétaire glauque. 

Plante envahissante, ses nombreuses graines se détachant faci- 
lement de l'épi. 

PASTENAGA. — Daucus Carota L. Carotte commune. 

Plante potagère excellente contre la diarrhée et la jaunisse. 

PATACHS. — Silène inflata Sm. Silène enfilée. 

Corolle gonflée s'écrasant bruyamment entre les mains. Nuisible. 



— Tfji — 

PATANA. — Solanum tuberosum L. Morelle pomme de terre. 

Plante alimentaire aux usages bien connus. 

PEBRA D'AYGA. — Polygonum Tiydropiper L. Renoncé pi- 
quante. 

Aquatique. Feuilles piquantes pouvant remplacer la moutarde. 

PELS DE NOVl. — Cuscuta epithymum Murr. Cuscute du 
thym. 

Allusion aux filaments déliés comme des cheveux. Nuisible. 

PENSAMENT. — Voir HERBA DE LA TRINITAT. 

Le langage des fleurs lui fait dire : Pensez à moi. 

PENTACOSTA. — Orchis maculala L. Orchis tacheté. 

Pousse, dans les prés, vers la Pentecôte. Tubercules adoucis- 
sants. 

PERER. — Pirus communis L. Poirier commun. 

Bois résistant. Fruits sucrés donnant le poiré, boisson alcoolique. 

PESOL. — Pisum sativum L. Pois cultivé. 

Grains très nourrissants pour l'homme et les animaux. 

PEU DE CAVALL. — Tussilago Tarfara L. Tussilage pas 
d'âne. 

PEU DE LLOP. — Nelleborus fœtidus L. Hellébore fétide. 

Feuilles peu semblables au pied du loup. Purgatif dangereux. 

PI DE PINYAS. — PinusPinea L. 

Fruits à amandes comestibles utilisées pour les tourrons, les 
nougats, etc. 

PI NEGRE. — Pinus mariîima Lan. 

Feuillage épais, paraissant sombre. Fixe le sable des plages. 

PI VERT. — Pinus uncinata Ran. 

Feuilles d'un vert gai. Bois estimé. Sève calmante et fortifiante. 

PICH DEGALLINA. — Anagallis arvensis L. 

Les poules aiment à picorer les fruits. Plante envahissante. 

PIXA-LLIT. — Voir DENT DE LLEO. 

Allusion à ses propriétés diurétiques. 

PLANTATGE. — Plantage lanceolata L. Plantain lancéolé. 

Feuilles donnant un bon collyre ou un cataplasme adoucissant. 

PLANTATGE D'AYGA. — Alisma pîantago L. Alisma faux- 
plantain. 

Aquatique. Feuilles diurétiques ressemblent à celles du précé- 
dent. 



- 373 - 

POLL. — Populus nigra L. Peuplier noir. 

Propriétés de Vàlber, peuplier blanc. 

POMER. — Malus communis Poir. Pommier commun. 

Fruits estimés donnant le cidre, boisson agréable et salutaire. 

POMER DE SANT JOAN. — Cratœgus Azarolus L. Aubé- 
pine Azérolier. 

Fruits ressemblant à de petites pommes. Forme de bonnes 
haies. 

PORRE. — Allium Porrum L. Ail poireau. 

Plante alimentaire très diurétique. 

PORRECA. — Asphodelus albus L. Asphodèle blanc. 

Feuilles ressemblant à celles du poireau. Belle inflorescence. 

POTES DE COLOM. — Paronychia argentea Lam. Parony- 
que argentée. 

Feuilles à écailles blanchâtres transparentes. Diurétique. 

POTES DE RAT. — Clavaria flava Schœf. Clavaire fauve. 

Champignon comestible des bruyères et châtaigneraies. 

POTES Y MANETES. — TLonicera elrusca Savi. Lonicera 
chèvrefeuille. 

Bois résistant. Fleurs cordiales et antiasthmatiques. 

PRESSEGUER. — Persica vulgaris Mill. Pêcher commun. 

Fruits estimés. Feuilles et fleurs purgatives et vermifuges. 

PRIMAVERA. — Voir HERBA DE SANT PAU. 

Plante égayant les prés par ses fleurs printanières. 

PRUNER. — Prunus domesHca L. Prunier commun. 

Bois pour les tourneurs. Fruits nutritifs et laxatifs. 

PU DENT. — Pistacia Terebinthus L. Pistachier Térébinthe. 

Ecorce à odeur forte. Fournit la térébenthine de Chio. 

RANONCLE. — "^anonculus repens L. Renoncule rampante. 

Acre et quelque peu vénéneuse. A détruire dans les prés. 

RAVE. — J(aphanus sativus L. Radis cultivé. 

Racine digestive et antiscorbutique. 

RAVENIÇA. — T^aphanus silvester hzm. Radis sauvage. 

Plante envahissante dédaignée du bétail. A détruire. 

REGALICIA. — Trifolium alpinum L. Trèfle des Alpes. 

Plante des montagnes (1800 m.). Racine sucrée adoucissante. 

(A suivre.) L. Conill. 



LIVRES ^ REVUES 

La J{evue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire, "^si^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnol au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 



Le Cinquantenaire de «Mireilleo 

Hommage des Mireille à Frédéric Mistral. — Le journal proven- 
çal «Vivo Prouvènço ! » qui paraît à Avignon, sous la direction de Pierre 
Devoluy, « capoulié » du Félibrige, annonce que, à l'occasion du cinquan- 
tenaire de l'immortel poème de « Mirèio », qui sera célèbre dans les pre- 
miers mois de l'année 1909, le monde charmant des dames et demoiselles 
qui portent le doux nom de Mireille s'émeut et s'agite en ce moment. 

11 s°agit, ni plus ni moins, parmi les Mireilles et aussi les Magali et Ner- 
the de tout pays, d'un témoignage de pieuse admiration qui serait offert, 
dans cette circonstance, au Maître de Maillane. 

Cette poétique idée, ajoute le journal provençal, aurait été mise en avant 
par la Blleule même de Frédéric Mistral, « Mirèio de Roumiéu », fille du 
félibre regretté Louis Roumieux, aujourd'hui Mme Julius Peyre, la première 
« Mirèio » et la seule peut-être aussi que le Maître ait tenu sur les fonts 
baptismaux, marraine, elle, de la Mireille d'Arnavielle, fille de 1' « Aràbi » 
celle-ci, à son tour marraine delà Mireille de son frère. Toute une généa- 
logie de Mireille déjà... 

Invitation est faite, par la voie de la presse, à toutes les Mireille, Magali 
et Nerthe qui voudraient s'associer à l'hommage qui sera rendu, sous un 
« forme » que le comité « Mireien » décidera ultérieurement, à leur illustre 
parrain. 

Les intéressés sont priées d'envoyer le plus tôt possible leur adhésion au 
journal « Vivo Provenço ! », boulevard Sixte-lsnard, 29 bis, Avignon 
(Vaucluse). 

•^«/^ 

Els Llibres de Mos{>en Cinto 

l Els ha comprat tots \'« Institut d'Estudis Catalans » els llibres de Mossen 
Cinto ? ^Figuren entre lo adquirit aquelles quantes obres, sobre les quais 
en la joventut y mes enllâ de la joventut forja el nostre mistich, ab foch 
d'inspiraciô, a martellades de disciplina, la seva fortissima educacio de poeta?. 
— Jo no sabria dir tout l'interés sentimental, psicolôgich y fins y tôt d'alta 
exemplaritat que elles poden tenir.... 

Recordo vagament haver sentit parlar qualque volta d'un curies manuel de 
Botànica llargament usât per Mossen Cinto. Se tracta, si no m'erro, de les 
Hissons professades en son temps a la Universitat barcelonina, per un ilustre 



— 375 — 

naturalista català, en Cebrià Costa. — ]o he passât algûn cop els ulls per 
aquest petit llibre d'en Costa. Jo m'he conmogut pensant en aquest repetits 
esforços herôichs que sovint han fet els homes de la nostra terra pera assolir 
et viure cientifich, esforços desaprofitats, quasi perduts — el d'en Costa no 
menys que l'anàlech y posterior del doctor Trémols — per mancament d'una 
adequada organisaciô civil... — Pero tinch entes que l'exemplar que havîa 
pertenescut a n'en Verdaguer présenta encara mes singulars motius d'emocio. 

L'obra den Costa se termina per un catàlech detallat de la flora de Cata- 
lunya... Mes en l'exemplar verdaguerià sembla ser que la lletra impresades- 
apareix, o poch se'n falta, entre l'espessor de notes, gloses, adicions manus- 
crites pel poeta. Ab benedictina paciença son alli reportades totes les nostres 
variants locals en els noms de plantes y flors. Especies no contingudes en la 
ediciô, hi son cuidadosament senyalades. Y les senyals d'una voluntariosa, 
d'una encarnisada labor de documentaciô botànica son arreu visibles y ens 
mostrem com la plenitut verbal y la facilitât imaginativa del poeta del «Ca- 
nigô » maduraren lentament en llarch aprénentatge del tecnicisme, o, millor 
dit, dels tecnicismes... 

Que devenir poeta — ait poeta — oh mos amichs de vida fàcil ! — no es 
una cosa que pugui exigir menor feina que posarse enginyer en camins y 
ports. — La petita Botànica de Mossen Cinto ens ho mostraria ab autoritat. 
— Perô i ahon tés si no es entre l'adquirit per Va Institut », la petita Botà- 
nica de Mossen Cinto ? XENIUS. 

Le Dicctonari Enciclopedich de la Llengua catalana. Catalunya, 
Mallorca, Valencia, Rossello, Sardenya, etc. ; llenguatge modem, classich y 
popular ; etimologies Matines, gregues, arâbigues y hebrayques, ab la corres- 
pondencia en castellà, français, italiâ, portugués y provençal, — continue 
régulièrement et méthodiquement sa publication (Barcelona, Carrer de Mal- 
lorca, 198). En est maintenant au douzième «quadern» et au mot acànties. 

Dans le Poble catala. M. Joseph Aladern publie un intéressant article 
« Breus observacions â l'estudi de la toponimia catalana», où l'auteur essaie 
de réagir contre l'opinion courante qui attribue des origines latines à beau- 
coup de noms de lieu donne des preuves curieuses de sa thèse, et cite de 
nombreux exemples à l'appui. 

Le Précis d'histoire de la Littérature espagnole, que vient de faire 
paraître M. Ernest Mérimée, professeur à la Faculté des lettres de Toulou- 
se, mentionne et analyse en passant quelques-unes des principales œuvres de 
la littérature catalane, particulièrement pour la période contemporaine. C'est 
ainsi qu'on y trouve un très vif éloge du théâtre catalan. Nous recomman- 
dons cet ouvrage aux personnes qui voudraient avoir une idée exacte et 
complète des manifestations littéraires de la péninsule ibérique (Ed. Garnier, 
XlX-525 pages, 4 fr.) 



— 376 — 

Sous le titre « Pcr la sanla paraula », dans le numéro du i5 octobre de 
la Teu de Catalunya, M. Ramon Rucabado y Comerma publie un très bel 
article pour la défense de la pureté, de la noblesse et de la beauté de la 
langue catalane. 

Manual de fonética catalana 

Notre distingué confrère, M. le D' Schsedel vient de publier, chez Otto 
Schulze Verlac à Cothen (Allemagne) un petit Manual où il expose son 
système de transcription phonétique. 

L'étranger, dit l'auteur, qui lit un texte catalan, ne peutse faireTune 
idée exacte de la prononciation catalane par l'orthographe ordinaire, La 
transcription phonétique, au contraire précise les sons et permet de noter 
exactement les dialectes locaux, de reproduire fidèlement"» la parla vulgar 
del pages, del pastor, del vinyôval, del feyner, de les donesjncultes y noys 
del poble baix ». 

Voici quelques mots catalans extraits du Manual Schsedel : afable, 
doble, cami, camisa, demanar, convenir, casa, casar, alegrar deviennent avec 
la transcription phonétique : 3fabbb, dobbla, lomi, lomiza, d3m3na, kunb^ni, 
kaza, k3za, 3l3gra. 

Toutes nos félicitations à M. le D' Schaedel pour son travail qui est appelé 
à rendre de grands services aux philologues. 

Club Alpin Français. 

Le Bulletin du Club Alpin français (Section du Canigou) publie entre 
autres travaux importants une étude de M. Vergés de Ricaudy, président de 
la Société d'Etudes Catalanes, sur le livre de M. Meillon (Esquisse topony- 
mique sur la vallée de Cauterets ), dont la T^evue Catalane a déjà parlé. Cette 
longue étude cet précédée de notes de toponymie relatives au département 
des Pyrénécc-Orientales. 



Notice historique sur la Caisse d'épargne de Perpignan. 

M. Vergés de Ricaudy vient de faire paraître également un ouvrage inti- 
tulé J\otice historique sur la Caisse d'épargne de Perpignan qui rendra de grands 
services aux administrateurs futurs de cet établissement. M. Vergés de 
Ricaudy a dû compulser, pour écrire cette notice, les divers documents con- 
tenus dans les procès-verbaux de la Caisse et dans les archives de la Mairie 
et de la Préfecture. L'ouvrage comprend 254 pages, une photographie de 
l'Hôtel de la Caisse d'épargne et un graphique présentant la comparaison 
par années du nombre de livrets et du solde dû aux déposants. Nos félicita- 
tions à l'auteur pour ce remarquable travail, 

Lletres- 

Après quelques mois d'interruption, cette bonne revue nous revient avec 
ses traductions si intéressantes d'auteurs connus. Souhaitons qu'elle vive 
longtemps et félicitons le journal La Crônica d'avoir adopté Llellres comme 
supplément littéraire. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COMET, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



Il 



Les Articles parus dans la Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



7'7 



N" 24 15 Décembre 1908. 

ctg^A^^^^î^^i^^-îsS^C^ThS. cgTSi<^Ovi<t§TNi. Cjg^N&.t^'SvS.t^Tsi. C{8TNà.c£§TlNi.c{8TS& t^TSi.c^TNi.Ctg'^&i 

Les Manuscrits non insérés ^^ ^P^W W 4 V% 

ne sont pas rendus. J^T W^ ^^ I I B' 

CATALANE 

(^'^«i.t^^^ic^^^i.t^'î^S»c^^^i c^'ï>i.c^'^&t^«si. c^^^&c^^^ic^^^i c^'ï>i.c^'>^c^TNi. t^^^&c^^^&.<^'^vi. 

Concours mensuel et permanent 

de Langue catalane 

NOMS OU PSEUDONYMES 

des Candidats qui ont obtenu une note supérieure à la moyenne 
au dernier concours 

Fernand LAMAYSOUETTE, élève au Collège.. . . 12 sur 20 

Ambroise MALAPLATE, élève au Collège 12 sur 20 

Ml MI, élève aux Cours secondaires 10 sur 20 

RÉSULTAT DES CONCOURS MENSUELS 

POUR 1908 

1" Prix. — Un abonnement d'un an à la J^evue Catalane 

Fernand LAMAYSOUETTE, élève au Collège.. . . 82 points 

LA GUJDETA, modiste 81 points 

Ambroise MALAPLATE, élève au Collège 72 points 

2' Prix. — Un abonnement de six mois à la J^evue Catalane 

Ml Ml, élève aux Cours secondaires 62 points 

Francesch RIBERA, de Barcelone 55 points 

VERSION CATALANE O 
La Velleta 

Era una velleta d'uns setanta cinch anys, un mes ensà, un mes 
enllà, tota cabellblanca, aixô si, y un xich flaca dels genolls que 
les dolors comensaven d'enrabanar, mes encara prou grasseta de 

(i) Adresser les travaux au secrétariat de la Société d'Etudes Catalanes, 8, rue Saint- 
Dominique, avant le i«i' janvier 1909. 



— 378 — 

cara, rodoneta de cos y sobretot firada d'una IJengua tan deslligada 
que, sensé cap por de mentir, se podia dir que la llevadora li 
havia pas robat els cinch sous. Vestida d'una roba de sarguill, 
dun mocador nègre y d'un caputxo de llana blanca, s'en anava 
xano-xano, un bastonet â ia ma dreta, uns rosaris â l'esquerra, cap 
â una vinyeta que ténia, per hi cullir un ramell de flors salvatges 
que voila portar â la Mare de Deu del Roser. 

E. Caseponce, Contes Vallespirenchs. 



Profils Catalans 



I. — Jepotc, le berger de la Rourède 

J'ai connu Jepote dans sa gloire, quand il était berger au mas 
de la Rourède, à plus de mille m.ètres là-haut. Encore enfant, 
j'étais impressionné par sa grande barbe, qui accompagnait tou- 
jours le mouvement rythmé de ses paroles et leur donnait je ne 
sais quoi de grave et d'éternel. Son bonnet rouge dressé, provo- 
cateur, au sommet de la tète, son large foulard roulé autour du 
cou, son habit de velours aux reflets étranges, sa lourde besace 
en peau de mouton, ses sabots enfin qui le rattachaient si solide- 
ment à la terre, arrêtaient sa personne en traits immortels dans 
mon imagination d'enfant. Mais son grand bâton surtout le ren- 
dait semblable aux dieux de l'Olympe, son bâton de noyer qu'il 
brandissait au-dessus de lui à la manière d'une arrae magique, pour 
régler et diriger selon la raison les mouvements de lobscur trou- 
peau, ce bâton admirable dont il heurtait le sol d'une main sûre 
et qui scandait toujours sa marche par les sommets. 

Il régnait alors comme un roi sur la montagne. Ravins où cou- 
rent les eaux vives, pentes couvertes d'une herbe fine et parfumée, 
chênes solitaires qui semblent gouverner le paysage, rochers au 
front pensif méditant de profonds mystères, tout appartenait 

(i) Extrait d'un volume de nouvelles qui doit paraître dans le courant de l'hiver sous le titre 
de : Sous nos châtaigniers. Ces nouvelles auront toutes pour décor le paysage roussillonnais. 



— ^79 — 
à Jepote, le berger de notre mas. Plus d'une fois, quand, 
d'une main rugueuse, où demeuraient gravées les marques de ses 
durs labeurs, il signalait à mes yeux enchantés tout son vaste 
royaume, perdu là-bas, sur les hauteurs à plusieurs heures loin 
de nous, il me parut que cette main embrassait le ciel et la 
terre. 

Il possédait le secret des fontaines, aux noms frais et clairs 
comme leur eau : il avait fouillé tous les creux, touché toutes les 
herbes de la montagne. 11 prévoyait les orages et le vent. 11 fixait, 
la nuit, ses yeux fermes sur les étoiles, comme un mortel qui en 
connaît toutes les lois et que leur course ne saurait surprendre. 
Mais c'est lorsque le soleil se couchait en face de lui, derrière 
les cimes lointaines, qu'il était le plus impressionnant; il se dres- 
sait alors, entouré de lueurs, comme un héros dans une apothéose, 
tandis que, sur le sol, son ombre s'allongeait majestueusement. 

S'il descendait au mas, ce qui arrivait une fois par semaine, on 
lui donnait à table la première place et aussi les meilleurs mor- 
ceaux ; la fermière et les servantes avaient pour le berger de 
délicates attentions. Et Jepote, acceptant les hommages, laissant 
monter vers lui la fumée des encens, s'enivrait de cette adoration 
muette, mais gardait un redoutable silence. 11 mangeait et buvait 
sans hâte, maniait la fourchette et la gourde comme des objets 
précieux... Pendant qu il accomplissait tous ces rites, le fermier 
jetait vers lui des regards confiants, persuadé que son troupeau ne 
pouvait être en des mains plus sûres ; et la fermière, et les ser- 
vantes, et les petits enfants du mas se disaient à eux-mêmes, en 
le voyant ainsi près d'eux : « C'est lui, pourtant, le berger de 
la Rourède ! » 

Le soir, auprès du feu, quand il daignait s'asseoir auprès des 
autres, avant d'aller se jeter sur la paille du grenier, on lui cédait 
le meilleur coin, près de la cuve en grès pour la lessive. Les flam- 
mes du foyer allumaient dans ses yeux des lueurs étranges, et 
l'ombre, où demeurait plongé le reste de son corps, le rendait 
plus grand et plus majestueux. 

La fermière lui disait : « Allons, berger, contez-nous quelque 
histoire ! » D'une voix lente, après avoir réfléchi un instant, Jepote 
commençait une vieille légende du pays, une des nombreuses 
légendes qu'il avait apprises dans la montagne avec les bergers 



— 38o — 

des autres mas. Les enfants, assis par terre devant le feu, l 'écou- 
taient en silence, le regard fixé sur son visage, avec une admira- 
tion mêlée de terreur ; et la plus jeune des servantes, qui lavait 
la vaisselle à l'autre bout de la cuisine, s'arrêtait un instant pour 
l'écouter aussi. Il parlait de la chèvre d'or, cachée dans un endroit 
de la montagne et que personne ne pouvait découvrir, ou de 
quelque exploit de sorcière par une nuit de lune. 11 parlait quel- 
quefois des loups qu'il avait tués dans sa jeunesse, ou de l'épou- 
vante subite de son troupeau à minuit sans qu'il sût pourquoi. 

Un frisson passait dans l'auditoire, serré de plus en plus autour 
du conteur. Mais Jepote s'arrêtait au plus bel endroit de son 
récit, en ajoutant ces mots : « Je vous dirai le reste un autre 
soir. » 11 se levait alors lentement ; son front semblait toucher 
les poutres enfumées de la salle ; puis, après avoir souhaité à 
tous bonne nuit, il s'en allait dormir dans la paille fraîche, et ses 
pas faisaient trembler le vieux plancher de la grande salle du 
mas... Quand il se retirait ainsi, le vent hurlait plus fort sous la 
porte mal jointe, comme pour saluer à son tour le berger de la 
Rourède. 

II. — Le pêcheur de h'uites, Galdrich 

Galdrich habite seul une petite maison près d'un bois de chênes- 
verts. Sa vie est un mystère pour le village. 11 passe toutes ses 
nuits dehors, on ne sait où ; il emploie une partie de ses journées 
à dormir ou à ne rien faire. Je suis un des rares intimes auxquels 
il confie ses secrets ; parfois même, il consent à me prendre avec 
lui. C'est le plus habile et le plus audacieux braconnier de la 
montagne ; il n'a pas son égal pour la pêche à la truite. Les 
moments que je passe avec Galdrich sont peut-être les plus agréa- 
bles de mon été : on apprend tant de vérités avec lui, il rend si 
aimables toutes les choses î 

Galdrich part pour la rivière quand le jour n est pas encore 
levé ; il devine à la clarté des étoiles, à l'humidité des feuilles, à 
je ne sais quels signes de l'air, si le temps sera favorable à sa 
pêche. Quand il arrive par une nuit de lune, celle-ci répand encore 
à travers le feuillage, sur les rochers du bord de la rivière ou à la 
surface mouvante de l'eau, de larges plaques de clarté... Galdrich 



— 38i — 

a le temps de prendre du repos : il attendra la pointe de l'aube. 
]1 pose tous ses engins, silencieusement, contre le tronc d'un 
arbre, et allume sa vieille pipe ; puis il s'étire sans brusquerie. La 
rivière, à deux pas, coule avec des murmures : il la regarde cou- 
ler. Mais l'eau, par endroits encore sombre et mystérieuse, prend 
petit à petit, sous le jour naissant, de vagues colorations qui len- 
tement se précisent. Le moment sera bientôt venu. Si je l'accom- 
pagne, Galdrich m'explique tout ce qu il faudra faire, et, en 
excellent professeur, me donne une leçon. 

C'est un plaisir que de l'entendre parler. 11 est poète, il sent 
admirablement la nature : il en connaît les beautés secrètes, et, 
pour nous dire tout ce qu'il y a découvert, il trouve des mots 
charmants et souvent profonds. Nul ne sait mieux que lui nous 
conter la vie, les moeurs des truites. Car il les étudie depuis son 
enfance, les suivant saison par saison. Aussi, quand il en parle, il 
semble qu'une divinité l'inspire : son oeil luit sous les sourcils 
épais, sa lèvre tremble, son front s'illumine. 

D'abord, personne ne comprend mieux que lui la poésie d'un 
peuplier près de la rivière. Cet arbre plonge de vivantes racines 
dans son sable frais, son argile féconde ; il vit du voisinage de 
l'eau, mais il lui rend ce qu'elle lui donne de vie, de richesse et 
de majesté, sous la forme de moelleux ombrages où les rayons du 
soleil deviennent une caresse. La plupart des hommes, en décou- 
vrant un bel arbre, ne perçoivent point du premier coup sa véri- 
table nature ; à peine comprennent-ils qu'il s'agit de tel ou te) 
arbre ; mais ils ignorent les rapports qui l'unissent à ce qui l'en- 
toure, et ne discutent pas s'il est vrai que cet arbre puisse exister 
seulement pour lui-même. Galdrich ne cache point son mépris 
pour de pareils hommes. 

11 sait très bien, lui, que le peuplier aux feuilles frémissantes, 
aux branches sveltes, la rivière fluide, aux contours sinueux, aux 
claires transparences, les truites lumineuses qui passent comme un 
éclair, tout cela se tient, est inséparable. 11 sait comme la truite 
aime les coins de rochers tapissés de mousse, où l'eau prend une 
couleur plus verdâtre et paraît plus profonde, les coins intimes et 
frais où la rivière s'arrête et s'endort doucement à l'ombre du 
peuplier penché sur elle. Et nous sentons, nous aussi, que Gal- 
drich fait partie de ces choses. A le voir ainsi près de l'eau, pré- 



— 382 — 

parant ses filets et ses lignes, guettant la truite astucieuse, il ne 
nous semble pas qu'on puisse se le représenter autrement. Oui, 
c'est dans ces occupations qu'il faut le surprendre et le suivre 
si l'on veut comprendre le véritable Galdrich... 

TVlais laissons-le parler encore. 11 dit comment, à mesure qu'elles 
grandissent, les truites voient changer les nuances fines de leurs 
écailles, s'allonger ou se répandre à travers leur corps les taches 
qui les caractérisent ; comme elles s'adaptent au milieu, acquiè- 
rent des reflets à la fois d'un vert, d'un bleu et d'un gris que l'on 
ne trouve qu'en certains endroits de la rivière. Car elles sont 
l'àme changeante et subtile des eaux glacées de la montagne... 

Et dans les paroles de Galdrich passent alors toutes les images, 
les plus naïves et les plus exactes, les plus >'ivantes et les plus 
poétiques dont puisse s'entourer l'idée d'une rivière. 11 est le 
chantre de la rivière merveilleuse, et nul poète ne saurait la célé- 
brer en des termes plus beaux. Car, entre l'àme de Galdrich et 
l'âme des choses ne s'interposent jamais de vains et arbitraires 
concepts ; car, sur les lèvres de Galdrich se sont donné rendez- 
vous, ne le sentez-vous pas, la science et la poésie. 

Jean Amade. 



Traditions et Coutumes 

d*Alguer (Sardaigne) 

A (smTE ET rm) 

VU. — Surnoms 

Les Alguerais, comme les Catalans, ont coutume de donner aux 
personnes un surnom, selon les habitudes ou les défauts physiques 
et moraux. Rares sont ceux qui en sont exempts, et, d'ailleurs, 
tel surnom est connu parfois plus que le nom lui-même, au point 
que certains font suivre leur propre signature de leur surnom. 

Exemples : carabassa, pïou i no plou, menja peus, Uebrela, boca 
sens ossus, curt i gros, llenya al ventre, sabata rodona, bicassa, verderol, 
ballarinch, capotu, ganxely mon rudô, etc. 



— 383 — 

YTn. — Saints et souhaits 

Les Aiguerais qui se connaissent se servent entre eux d'un 
grand nombre de formules de politesse et se saluent avec beaucoup 
de respect : 

— Ahont vas ? ahont eru ? 

Quand on entre dans une maison on nit : 

— Bonas dias, bonas tardes, bonat dit. 
En prenant congé de quelqu'un : 

— Adiôs. 

Vagi en bon'hora, à quoi l'on répond: « anau ama Deu, o estau amaDeu. » 

Dans les grandes fêtes, comme Pâques, la Noël, le jour de l'an, 
en s'adressant des souhaits, on dit : 

— A cent anys, ou : lu dia de avuy lu pugueu coneixer per molts anys. 

Quand quelqu'un a échappé à une maladie ou revient de la 
prison, on lui dit : 

— De aqui a cent anys un'altra, — Deu lu vulgui, répond-on. 



JJC. — Poésies lyriques 



La poésie lyrique dialectale est également cultivée par des poè- 
tes, et ce m'est un plaisir de pouvoir vous en offrir quelques essais. 
Parmi les poésies lyriques du professeur Joseph Frank, poète 
catalan d'Alguer et précurseur de la renaissance littéraire de la 
ville catalane, je cite cette romance (i) : 
Volant per las ayras 
En nuvols de rosa. 
Mes bella que l'alba 
No surt del maiti, 
Posantsa llutjera 
Devant de mun llit. 
Ab dolsa paraula 
« Jo t'am » me digui. 
Cansô de amor — alors enton : 
Ma un tou bas — lo cant am romp, 
Estench las mans — pe t'embrassar. 
La sombra vana — ab la son part. 

l.'Jllguer, 24 août 1887. 
(i) Publiée par Toda dans T{enaixensa. 



— 384 — 

A citer également, d'Adami, érudit autant que génial poète, 
cette poésie lyrique à l'occasion de la commémoration du poète 
catalan Jacinto Verdaguer : 

Encara que tant Uuny, y monts, valls y marina 
Separin las duas terras que lliga afecte antich, 
Com fills de una mateixa tendra mare llatina 
Son nostrusels grans homes|del vostru cel tant rich. 

Agueran vulgutjesser présents a la'gran festa 
Que Bàrcelona il-lustre consagra à Verdaguer, 
Y ofrir en sualmemoria una,*^si be modesta, 
Ab nostras mans tixida corona de llorer. 

Ma, si en tal festa y falta nostra pobra persona, 
Lu vot de certjno y falta del nostru cor germa, 
Y'I pensament que corri tot|dret à Bàrcelona 
En aquell dia^lu nostru salut vus portera. 

Dixosa^Catalunya, que entre tos fills famosos 
Lu gran poeta vantas Jacinto Verdaguer 
Del sol de Valvidrera als resplendors hermosos 
Tant be'n gosa ta filla la catalana Alguer. 

Dans ces derniers temps, de jeunes poètes comme Ciuffo 
(Ramôn Clavellet), Pais et Dore ont donné des essais de poésie 
dialectale. 

Imno alguerès 

de Ciujfo. 

De la banda de ponent 
Hi ha una terra Uunya, llunya : 
Es la nostra Catalunya, 
Bella, forta y renaixent. 

En alla, nostros germans, 
Redimits de la gran prova. 
Van cantant la cansô nova 
Que atravessa monts y plans. 

Es un crit atronador 
Per la catalana terra. 
Que mil animas enserra 
En un lias de germanor. 



— 385 — 

Aquest crit es arribat 
Finsas a la nostra platja ! 
i Catalans d'Alguer coratje ! 
No olvidèm nostro passât. 

En lo sou gloriôs cami 
Catalunya sempra avansa : 
Y, pcr tôt hon passa, llansa 
La llevor que ha de florir. 

j O germans, no disperèm ! 
Catalunya esta fent via 
Presta arribarà lo dia. 
En que tots renaixerèm, 

Pensament trist 

de Pais. 

Escolti, o mare mia : vosté es jà vella 

Y dels ulls sous es mort tôt l'esplendor ; 
jo jove encare sô, ma, cregui, bella 

per mi la vida es sol ama '1 sou amor. 

Las penas mias, o mama, vosté sa ; 
ma a costat sou, lo veu, jo so content ; 
l perque, donchs, certas voltas, trist me fa 

Y me posa en lo cor tanta torment ? 

Oh ! no me digui mes, o mare mia. 
Que la sua vida esta per tramontar. 
Que presto tocarâ la sua agonîa 

Y aniguerâ a la fossa a reposar ! 

Jo prech al Cel que pe'assai anys contenta 
en l'amor meu vosté pugui vivir : 
Qu'en l'hora, que ja de ara me tormenta, 
jo ama vosté abrassat pugui morir. 

MaiHnada primaveril 

de Dore. 

A Maria. 

Es tornat el cantor nel bosch ombriu, 
las flors novals llurs calix han obert, 
la vargia fabricant esta el seu niu, 
la campanya es tapada ja de vert 



— 3«6 — 

Dels amors l'estajô tambë estornada, 
Y l'armonios cantor de) rossinyol, 
Ma ve de la baldissa perfumada, 
ama 1 bas teporos del primer sol. 

Ne la finestra tua ferma lo vol 
la timida cucta enjogassada, 
y de drins de la gabia 1 verderol, 
li dona 1 bas travers de la retxada, 

Tôt ax6 pera mi no es de confort, 
perqué'l cant tou gentil no he entes encara 
Ni lo dois tou bas, ne lo meu cor jâ mort, 
es debaxat aquesta maitinada. 

Joan Palomba i Cano. 
L'Alguer, )3 maig, 1908. 



Cargolada 

Jll cunyat meu E. T. , gran cargolayre. 

Ja qu'ahir ha rajat la darrera prempsada, 
Veremes fêtes, y que '1 vi dorm al celler, 
Que '1 rasjmat gormant se cou al cremaller, 
Companys, apuntemnos per una cargolada. 

Lo cel seré d'aquesta nit ha fet aygatge ; 
Anem per la garriga â seguir los cargols 
Banyuts, qu'apulidet llâuren â remingols 
Sul romani, '1 frigol y la menta salvatja. 

Un xich de pebre y sal â cadahû, Jepota ! 
Un tros de cambajô pels hi tapar lo nas ; 
Posa'ls-e, boca amunt, sul cul d'un cribellâs, 
Y fe'ls-hi d'exirments bona brasa al dessota. 

La pinyâta es apunt. Qu'assi cap no descânsi ! 
Ab l'espina que 's vuidi la closca d'un cop ; 
Ulls y llâbis clocats, xurrupem lo xarop, 
Y, del pôrro. tirem molts trâgos de vi ranci ! 

L'Ermita de Cabrens. 



Le Carnaval d*autrefois 
à Prats-dc-MoUo 

SS SS SS (Souvenirs de ma belle-mère) 

(SUITE ET TTN) 

Le lundi était la répétition du vendredi, avec plus de brillant et 
de succès car, ce jour-là, c'étaient les hommes mariés qui organi- 
saient les divertissements et ils avaient de plus grands moyens que 
les garçons ; la mascarade comportait des scènes plus belles et 
plus nombreuses ; les charlatans, arracheurs de dents, et les petits 
ramoneurs étaient traditionnels ; la course était plus difficile et 
plus animée ; si les « pagesos », les paysans avaient de mauvaises 
bêtes, ils n'hésitaient pas à les prêter, sûrs qu'en cas d'accident, 
le dommage serait bien payé. 

Le mardi n'avait que de simples danses, mais elles revêtaient 
un éclat sans pareil ; pour clôturer le carnaval, toute la montagne 
descendait et l'enthousiasme, à son comble, devenait du délire ; 
garçons et filles s'en donnaient à coeur joie, mettaient les bouchées 
doubles, se gorgeaient, se rassasiaient jusqu'à la fatigue : il fallait 
éviter des regrets inutiles, accepter plus aisément les tristesses et 
les pénitences du Carême. 

Je trouve seulement deux coutumes à signaler. L'après-midi, 
beaucoup de familles (pas la nôtre) se réunissaient dans une auberge 
pour boire du vin blanc, les plus nombreuses en prenaient un déca- 
litre, puis les maris faisaient danser leurs femmes, ce qu'ils appe- 
laient, je ne sais pourquoi : gagner cinq sous. A la nuit, une des 
dernières danses était un pot pourri où l'on sautait à l'improviste 
de la polka à la scottish, de la mazurka à la valse ou au « bail », 
et de temps en temps revenait le motif connu : a Adéu, pobre 
Carnaval I » Mais, nous partions bien avant... 

Mercredi matin, le fameux Père Garra, enveloppé dans un filet 
à truites, sorte d'épervier, un voile noir sur la tête, traversait les 
rues, en pleurant carnaval, entrait dans les maisons où, pour le 
consoler, on lui donnait des petits boudins ; à la porte, sa désola- 
tion recommençait ; on disait : il fait : « Carn Catarina. » t Viande 
Catherine. » — Autre locution dont j'ignore l'origine. 



— 388 — 

A 2 heures du soir, tout Prats se rendait à Saint-Martin, che- 
min de France, sur un gazon où s'élève maintenant le « Chalet » 
et l'on procédait à l'enterrement du Carnaval ; les jeunes gens 
dansaient un contrepas, — et un « bail » s'ils trouvaient des cava- 
lières, car le Carême était entamé et les jeunes filles se déro- 
baient ; on brûlait alors « Carnaval » sous la forme d'un grossier 
bonhomme de paille. 

Vers 4 heures, on rentrait à Prats ; mon père avait l'habitude 
de réunir des garçons et de leur offrir un trait de rancio ; enfant, 
j'étais allée remplir un « porrô » (sorte de bouteille pour boire à 
la régalade) et je n'avais pas fermé le robinet... 

A 5 heures du soir, dans notre belle église romane, on chantait 
le Miserere, — et jusqu'à Pâques, les danses étaient proscrites. 



♦> ♦!♦ 



En interprétant les souvenirs de ma belle-mère, j'ai commis 
certaines erreurs qu'elle tient à rectifier, je lui laisse la parole. 

(( "Lo Tic et Pallary pica-foch ne se ressemblaient pas et ne doivent 
pas être confondus ; les trois premières strophes de la page 3o4 
forment lo Tio, le surplus est Pallary pica-foch. 

LO TIO 



^E^^^=^= i ^¥=f^'H'=^'=^=^i'=^^ 



Qui me l'en - cen - drâ Lo ti - o, ti - o, ti - o. 



i=R: 



^^ 



i^gggj^ 



Qui me l'en- cen - dra Lo ti - o de de tras? 



PALLARY PICA-FOCH 



j èj=£=l=g ^^^^ j=;juui^ ^^^ 



Pal 



la - ry pi - ca foch ! Pal - la - ry pi - ca foch ! 



Ki - ri- 



^ 



^ 



ir=g=^fz 



^=^i^=^ 



:i=P= 



:9=r=^ 



-^^ 



^Ê 



Pal 



la - ry pi - ca foch ! Pal - la - ry pi - ca foch ! 



E - lei 



289 — 



m ^^t^=t:i±^^^z^d:^ot-hà,m m 



Hont n'hi ha de bo? A la, bô - ta, bô - ta, bô - ta, Hont n'hi ha de 



^^yJl-\ i ^^=g 3=E^ 



bo ? A la bô - ta del re - 



Un souvenir : un jour de fête, M. Noguer, de Céret, se trou- 
vant chez mon père et voyant un certain nombre de garçons réunis 
autour de mes sœurs et de nos amies, nous dit : « Si vous le voulez, 
je vous apprendrai une jolie danse. » Nous l'en priâmes. Dans la 
grande salle, il sépara les garçons à gauche des filles à droite, se 
mit au milieu : 

« Attention ! regardez-moi et prêtez l'oreille, vous répéterez 
ensuite la chanson en imitant mes gestes. » 

Sa mimique illustrait les paroles : 

« Ecoute, écoute. 
Quand on est bien amoureux, 

Ecoute, écoute, 
Le moyen pour être heureux. 

Jamais entre nous 

De soupçons jaloux, 

De coupables feux. 

De transports furieux; 

Ecoute, écoute 
Le moyen pour être heureux. 

Amusés, nous sûmes bientôt le couplet et nous le chantâmes de 
notre mieux en contrefaisant notre professeur ; quand nous eûmes 
fini, il laissa une pause et entonna tout-à-coup ; 

Pallary pica-foch. 

Ce fut un éclat de rire général, nous nous répétions tous : Qui 
l'eût deviné, le moyen pour être heureux ? 

Pallary pica-foch n'était guère qu'un chant et on l'entendait sur- 
tout au passant de vila, le soir du dernier vendredi. Les pabordes 
sortaient de la Croix-Noire où ils avaient copieusement arrosé la 
« merlussada », ils étaient pleins de gaîté et leur voix était bien 
dégagée ; ils chantaient les couplets à l'unisson des ménétriers et 



— 390 — 

tous les enfants reprenaient le refrain. Le passant de vila en revê- 
tait une solennité particulière. 

Nous avons dit que les pabordes portaient ce jour-là culottes 
Planches, ceinture et barretina vermeilles ; beaucoup n'avaient 
qu'une paire de culottes et les ménagères auraient voulu qu'elles 
restassent propres pour le dimanche suivant. Vain désir : la plu- 
part devaient laver ces culottes le samedi et les faire sécher pour 
le lendemain, soit devant le feu, soit dans une pollera, sorte de 
chaufiFe-chemise. 

La mascarade du Tio se jouait non pas le vendredi, mais le 
dernier jour, le mardi-gras dans la nuit, à la fin des danses régu- 
lières et avant le pot-pourri des remenadiîles . 

Lo Tio, originaire du Roussillon, était d'ailleurs à Prats d'impor- 
tation récente ; il avait remplacé los Quéques, les Bègues (pourquoi 
cette dénomination ?) "Los Quéques terminaient ordinairement les bals, 
los saraus, tout comme le cotillon des salons. On noterait quelque 
conformité ; les couples se plaçaient les uns derrière les autres, 
avançaient et reculaient plusieurs fois, chantant des couplets insi- 
gnifiants, tel celui-ci : 

Es pas d'aci lo meu fringayre, 
Es pas d'aci qu'es de Thuir, 
No es de Thuir qu'es de Prades, 
No es de Prades qu'es d'aci. 

Arrivés au fond de la salle ou de la place, les hommes partaient 
d'un côté, les femmes de l'autre et se rejoignaient plus tard, après 
différents détours, suivant le caprice du cavalier et de la cavalière 
qui conduisaient la danse. La farandole (que ce nom ne fasse pas 
illusion : simple étiquette sans marchandise), la farandole et la 
marseillaise que l'on joue sur nos places publiques, lors des festes 
majors, fêtes patronales, semblent de lointains rejetons des 
Quéques. 

Egalement disparues, les pavanes ; c'est par elles que commen- 
çaient tous les bals ; au mariage de ma sœur Rose, on en réclama 
quelques-unes, pour les vieux, preuve qu'on les délaissait déjà ; 
quel ne fut pas mon étonnement de voir ma tante Caroline Guiu 
et à son imitation d'autres femmes se déchausser pour être plus 
légères ! Ces pavanes eurent d'ailleurs le plus grand succès et leur 
musique bourdonne encore à mes oreilles. Un prêtre de nos amis 



— 391 — 

en était tellement enthousiaste que, dans l'intimité, il les dansait 
avec sa mère : c'était Mossen Parés, curé de Reynés, et originaire 
de Prats. 

Autrefois le mardi-gras, vers 1 1 heures du soir, on sonnait une 
cloche dite du carême ; chacun rentrait chez soi pour réveillonner 
avant minuit, car on ne mangeait plus de viande jusqu'à Pâques ; 
la foi qui chancelle était encore indemne, entière et absolue. » 
Pour transcription conforme : 

Emile Leguiel. 



Note du Secrétaire 

Le collecteur de la musique. M- l'abbé Augustin Puitg, est un 
vieillard depuis longtemps retiré à Prats-de-Moll6, un prêtre 
aussi modeste qu'intelligent et un musicien de talent qui sera 
passé sans avoir donné sa mesure ; qu'il veuille bien agréer avec 
mes remerciements, la publique expression de ma respectueuse 
affection. 

La fête des Ours, racontée plus haut, se retrouve en d'autres 
localités des. Pyrénées, notamment dans les Vallées d'Andorre; 
je lis, en effet, dans la « Relaciô sobre la Vall de Andorra del 
R. F. T. J., Provicari de Anyos, Casa de la Vall », petit livre 
de 48 pages édité à Toulouse en i838 : 

«... La festa de la Ossa es mes singular. Al mig de la plassa se 
posan dos com a dallayres, un altre vestit com una criada, com si 
portas menjà als dallayres, altre vestit de senyor, al costat de 
altre com una senyora, ques passejan ; al ûltim ix un vestit de 
pells, représentant un os disforme que altéra a tots ab lo ademàn (i) 
de assaltarlos ; al mig de aqueix espant ix un a modo de cassador 
que dispara un tiro, y lo que représenta la Ossa eau com a mort, 
y alashoras los espectadors fan aplaudimens grans al matador ; y 
acabat, tots los de la comparsa fan un bail que conclou la funciô. 

Per mes que he preguntat y buscat, no he pogut averiguar si 
axo te algun significat real, 6 ficciô sola. Jo me inclino a pensar, 
que es una representaciô de algun fet real de haver mort algun 

(1) Ademàn. Mot castillan qui signifie : action, geste, air, semblant. 



— 392 — 

subjecte la Ossa, al punt que estaba per despedassar algun senyor 
6 senyora que havia exit a passejarse y veurer los seus dallayres. » 

Cette opinion, très vraisemblable, peut se réclamer d'une légende 
que l'écrivain catalan Caries Bosch de la Trinxeria conte dans son 
beau roman Montalba, en la rattachant à un sapin géant, dit sapin de 
l'Ours, qui domine un précipice du même nom, sur la montagne 
des Salines, au sud d'Amélie-les-Bains. 

« Era del temps que boscos impénétrables cobrian las monta- 
nyas y que corrian ôssos que's menjavan sovint el remat y fins el 
pastor. Un 6s feya sa estada en l'abetosa de las Salinas. Era el 
rey de la encontrada, recorria son domini dels boscos de Mon- 
talba, Ceret y Massanet, atrevint-se de vegades a ensumar finsels 
cortals y masies de la comarca. Semblava embruixat ; las escope- 
tades dels pastors no li feyan res ; era el terror del païs. 

Un dia trovà una pastora del mas de Cremadells, joveneta molt 
guapa, que guardava un escamot de cabras. La pastoreta, al veure 
l'ôs a pocs passos d'ella, se cor-glaçà de tal manera que caygué 
en basca, esmortuida. L'ôs l'agafà abrahonant-la dins sos braços 
peluts, se l'emporta sens fer-li dany envers la montanya, deposi- 
tant-la dins sa cova. Contan si ne volia fer sa muller ; mes ella, 
bona cristiana, se recomanà a la Mare de Deu de les Salines que 
la salvà de les urpes del seu enamorat. Li portava anyells, fruytes 
y tôt lo que li feya menester. Fou trovada per uns carboners, en 
bona salut, La tornaren accompanyar al mas de Cremadells. Sos 
pares al reveure-la ne tingueren gran alegria, puix la creyan morta 
y ja li havian fet dir el be. 

Quand l'ôs la trovà a faltar, féu retrunyer aquells boscos de bruels 
espantosos ; foll de rabia feya mes mal que may. » 

L'auteur ajoute : 

« Eixa llegenda podria referir-se a la edat de pedra, que'ls 
homes anavan vestits de pells. .. ; es pot ser la mes antigua dels 
nostres Pyreneus. La hesentida â contar en el Vallespir, Confient, 
Cerdenya y Alt Empordâ. Varia segons la comarca. La joveneta 
s'enamora de l'ôs y quand fou trovada pels carboners no s'en volia 
separar. » 

Juillet 1908. 



Très galanes 



Très galanes que teni'a, 

eix aucellet, 
Marianna, Petronilla, 

Isabelet. 

( Lo Pardat) 



Jo sé un hort desamparat. 

Tôt hi es ensopit, desde l'aygua del bassi que dorm sot a un vel 
de fulles seques fins à les dos 6 très palmeres que s'hi morcn 
d'anyoré. 

Los amos sempre son fora. Sols hi ven de quant en quant, de 
setmana en setmana, un fuster que fa d'hortolà. 

Cap al tart, en hivern, los pardals hi son los hostes d'un toranger. 
Y jo m'en hi vaig per escoltar llur xerradissa. 

l Que diuhen ellos ? Coses de l'istiu passât y de la primavera 
que s'apropa ; parlan dels camps de blat, d'ordi, de civada y de 
mill, dels parpallols y dels mosquits farandolayres. 

En Pica-Cireres, ajupit sus d'una toronja, ensenya als pardalets 
novells los misteris de la niuhada. 

Tôt ho conta del fil â l'agulla. Parla d'assô, parla d'allé, parla 
d'ous blanchs, picallats de nègre com les grabes del riu. 

Poch â poquet, s'en van les brumes damades del cel blavench ; 
l'aygua del bassî clapoteja ; las palmeres s'estremeixen, l'ombra 
eau, y alla dalt una estela commensa â parpellejar. Es l'hora del 
sospir. 



♦I» ♦!♦ ♦!♦ 



Chitt ! chitt ! chitt î... Hi hâ d'aixô un remat d'anys, eri jo un 
pardal masover y m'havîa enamorat de la masovereta.,. una nina 
bonica com Nostra-Senyora del Roser. 

Donques, una nit de maig, lo meu amor dormia y jo feyi remor. 

Y jo feyi remor sus d'un toranger del cual las branques arri- 
bavan â ran de finestra. Chitt ! chitt ! chitt ! 

Mes refilades eran roses y flors. Tal vegada seguîan el raig de 
lluna qu'amanyagava els seus ulls tancadets. Mes ella no sentîa 
res. Chitt ! chitt ! chitt ! 

Me callavi de mitjoreta en mitjoreta. La nit era clara y teixida 
ab blavors platejades. Alla, una bruma blanquinosa no 's movia : 



— 394 — 

era el Canigô, encara ncvat, estes entre cel y terra com un manto 
d'encantada. 

De les ombres pujava un brunzineig armoniôs y gran. La nit 
era clara y jo feyi remor... 

Allavors, en Pau, mosso de casa y traginer, me va apareixer al 
finestrô mes ait : « Company, me se posa, deixat' de cantarelles ; 
rellamp qu'es tart ! Mira... les onze hores son sonades. Ves te 
cotxar. » 

Los trajiners, encara que reneguin, ja se sab que son bona gent. 
La nit, volen pas ser destorbats. Y es clar, s'han de llevar quant 
la llauseta canta ! Matinerets ! Matinerets !... y carreta amunt, 
carreta avall, trajina blat, trajina vî, de la Salanca à l'Andorra y 
de l'Andorra â la Salanca. 

I Ves te cotxar ! m'havia dit en Pau, ab una veu de terratré- 
mol. Y aixô dins les ombres, ensà y enllà, una musiqueta bur- 
lanera ho repetîa : j Ves te cotxar ! ; ves te cotxar ! 

Tôt ho repetia : les rates-peneres, eixint dels aybres nègres ; 
les reynetes, tôt mirantse la lluna ; y sempre, sempre l'aygua ab 
el seu borbolladis. 

Mirau, vaig agafar por. Y d'un cop d'ala me vaig trobar dins 
la plata blava del cel, lluny de! trist toranger. 

♦ ♦ ♦ 

Y ala, qu'à Sant-Magî hi manca pardals !... ; Bé ne vaig passar 
de planes y de montanyes, de prats y de boscos, de rius y d'estanys ! ; 
bé ne vaig veurer de dévotes, totes ab una cara de figa negreta, 
entre-mitx del manto de vellut, de seda y d'or ! 

Volant, volant, de serra en serra, travessant pinèdes y con- 
gestes de neu, vetaqui Termita... Aixis vista â punta d'alba, sus 
de la montanyola, semblava una rosa esbadallada. La porteta n'cra 
oberta. 

Sant Magi es un bon pages y estima els aucellets. Ja fa goig 
sa cara pintada ab vermelli, y sensé sapiguer de lletra, n'hom 
endevina arreu qu'es un company del porrô. 

j Bona xirritada ! li 'n dich. 

Eli que m'endressa una mitxa-rialla d'agrahiment, remena un 

xich la crossa bisbal y fa anar sa boca de pinyô : 

Pardal, ves al Empordâ, 
Que très galanes hi hâ. 



- 395- 

l Chitt I chitt I chitt I 

L'ermitâ baixava el caminet, lo sarrô y la caixcta del sant à 
l'esquerra, boy menjant un tros de pa ab ail y gibert. Com haviâ 
pas esmorsat, li vaig robar dos 6 très mulles. Los ermitans, que 
son de ganduls» se mereixen pas cap mena de consideraciô. 

Aquest se posa à renegar — ; Deu lo perdô ! — y diu que 'm 
vol pegar. j Pobret ! Dins tota la vall s'ohia la meua cantarella : 
l Girat', jau ! Girat', jau !... 

j Y ala, ala, aixuridets, cap â les terres empordaneses ! 



♦!♦ ♦!♦ 



Dels anys que hi vaig passar ne guardaré sempre un recort 
delitôs. 

Eran très galanes : Marianna, Petronilla, Isabelet. 

Na Marianna teniâ un cos flayrôs com lo clavelliner penjolat 
al pedricet blau de sa finestra. Al dematî anava â la font, ab el 
seu canteret. Alla m'hî passavi un bon rato, xerrant, xerrant... 

Na Petronilla era sempre â la plassa, y lo seu mocadoret ala- 
tejava. Era la noya mes aixerida y ayrosa del terme per puntejar 
la sardana. Sus del lladoner que l'ombrejava, de brancaen branca, 
seguîa els seus moviments... 

Y quant el sol se ponia, anavi al cartell de l'isabelet, una nena 
de cabellera llarga y d'ulls envellutats. 

Filava un xich mes que la filla del rey y feya corrandes com la 
donzella de Mataré. 

Eran très galanes y les très m'estimavan. No hi havia pardal 
mes régalât dins tôt l'Empordâ. 

Y ara, dins la fosca, desd' aqueix toranger hont dormirém tots 
plegats, ara les veig passar, les très, que se donan la ma, les vcig 
passar ab el mocadoret blanch y el devantal ramejat. 

Y també me recordi de la masovereta, la de Rossellô, la que 
dorm y no sent rés. » 



♦> ♦> ♦> 



Aquella nit d'hivern, desprès d'havcr ohit la xerredissa d'en Pica- 
Cireres, me semblava que tenîa dins la ma un punyat de perles. Y 
es qu'allavors entenîa la cansô del jove de la plana, d'en gentil româ. 

Si, allô era una cansô de la nostra plana, aixîs del Rossellô com 
del Ampordâ, una cansô naixida sus d'un cami vorejat d'etzevare«, 
una alegre y trista cansô de trajiners. 



— 396 — 

Talment n'hom dirîa que los sospirs y les rialles s'hi barrejin, 
com sol y pluja en febrer. 

No diu altre cosa en gentil romà : Tù no m'estimes, bueno... 
prou ho sentiré dona, prou ho sentiré, mes alla, dins les meues 
terres, ja 'n se très galanes... Joseph Pons. 



Jacinto Verdaguer en Roussillon 



Dans le volume sur lUe qui vient de paraître, M. l'abbé Bonet nous 
rapporte certains détails sur le séjour de Verdaguer dans le Roussillon peu 
de temps avant la composition de Canigô. Le passage ne manquera pas 
d'intéresser vivement nos lecteurs : 

Pourquoi ne rappelerais-je pas la visite que fit à Réglellaii , un 
jour du mois de mai ]8c)5, Jacinto Verdaguer, le chantre immortel 
de V Atlantide et de Canigô ? 11 m'avait fait le très grand honneur 
de venir me voir, dans un de ses voyages en Roussillon, et comme 
je connaissais son culte, son idolâtrie des ruines, surtout des ruines 
sacrées, je n'eus garde de négliger de le conduire à Réglella. 

J'avais fait la connaissance de l'illustre poète, il y avait une 
douzaine d'années, lors d'un petit séjour qu'il fit en j883 au 
Petit-Séminaire de Prades, où j'étais professeur. 11 y arrivait à 
l'improviste, un soir de juin, sans s'être fait annoncer, comme un 
simple touriste qui venait demander à une maison ecclésiastique 
quelques jours, quelques heures de fraternelle hospitalité. Le très 
bon et très vénéré supérieur, M. le chanoine Douffiagues, mort, 
depuis, archiprêtre de Céret, la lui donna aussi large et aussi cor- 
diale que possible. 

Dès le soir de son arrivée, à la sortie des classes, nous étions 
présentés à l'illustre visiteur. Son nom nous était connu ; nous le 
savions couronné de gloire à l'instar des plus grands. Aussi bien, 
ce n'était pas sans émotion et sans une sorte de crainte révéren- 
tielle que nous allions comparaître devant le grand poète. Com- 
ment était-il ? Quel accueil nous ferait-il ? Quels étaient le son 
de sa voix, et la couleur de son verbe ? Ce fut comme un éblouis- 
sement délicieux, exquis, quand nous nous trouvâmes en présence 

(1) Monastère de Saint-Clément de Réglella, et village de Réglella, dont il ne reste aujour- 
d'hui que des ruines. 



— 397 — 
de ce prêtre jeune — il avait 38 ans, mais son extérieur en accu- 
sait à peine 25 — svelte, élancé, au visage pâle et presque dia- 
phane, avec, sur ses lèvres, un perpétuel sourire tout voilé de 
mélancolie ; doux, modeste, humble et qui ne paraissait avoir, en 
causant, qu'une préoccupation : atténuer l'éclat de son génie dont 
la flamme jaillissait, malgré lui, de ses yeux. 

]] venait étudier les environs du Canigou, en vue de son poème, 
dont il portait le plan grandiose dans la tête. 11 voulait faire du 
Petit-Séminaire son quartier général. La poignée de son glaive 
aurait été là ; la pointe, un peu partout. 

Durant les huit jours qu'il passa dans la maison, nous eûmes la 
très grande et très précieuse faveur d'avoir avec Verdaguer de 
longues causeries intimes ; et nous pûmes, pour ainsi dire, toucher 
du doigt cette âme de Prêtre et de Poète, plus prêtre encore 
que poète, et qui ne voulait, disait-il, se servir de sa lyre que 
pour chanter les louanges de Dieu et les gloires de la Foi. Comme 
sa parole était chaude et ardente quand il nous exposait ses pro- 
jets d'avenir I Comme sa figure s'animait, comme vibrait son âme, 
quand il disait le rôle et la fonction du poète, tel qu'il le conce- 
vait î « Aucun de vos poètes, si grands qu'ils soient n'a compris 
« sa mission, nous disait-il ; ni Victor Hugo, ni Musset, ni même 
« Lamartine, malgré ses magnifiques envolées religieuses. La poé- 
« sie est un sacerdoce ; tout poète est Prêtre. Pour moi, je vou- 
« drais avoir du génie, je voudrais être le génie de la poésie, 
« pour la consacrer tout entière, comme de juste, au Christ. » 

Jamais nous ne nous étions trouvé à pareille fête ; et qu'elles 
étaient rapides ces heures passées dans ce tête à tête familier et 
intime avec ce poète qui était un saint ! 

« La langue catalane, disait-il encore, est comme la jeune fille 
« de l'Évangile. Elle n'est pas morte, elle n'est qu'endormie. Je 
« voudrais être un de ceux qui la réveilleront. Pourquoi vous- 
« même ne l'étudieriez-vous pas ? Je vous enverrai un dictionnaire 
« et une grammaire. » 

Il le fit dès son retour à Barcelone. 

Le mardi 3 juillet, le professeur de rhétorique accordait à ses 
élèves une promenade extraordinaire à l'occasion de sa fête qui, 
étant tombé un vendredi, avait été renvoyée à un jour où elle 
put être célébrée dignement. Mossen Jacinto, invité, voulut bien 



— 398 — 

accepter de passer la journée avec nous. Nous allâmes déjeuner 
sur les bords de la rivière de Taurinya, à ]^ fontaine dels TlageiUs, 
en un lieu tout plein d'ombre et de fraîcheur, éminemment pitto- 
resque. Le poète était transporté. La nature avait le don de le 
faire sortir de lui, de l'enivrer pour ainsi dire. Elle avait été sa 
première institutrice. C'est dans les sombres chênaies des Guille- 
ries, c'est parmi les gorges sauvages de Collsacabre et du Congost, 
aux environs de Vich, que s'était écoulée son enfance, qu'il avait 
senti germer sa vocation poétique. 11 en resta, toute sa vie, l'amant 
passionné. Le Canigou, que nous avions en face, l'hypnotisait. 11 
ne pouvait en détacher ses regards. « Voyez-le, nous disait-il, 
vesHt de blanc, corn un capella apunt de dir missa. » 11 aurait voulu le 
mettre dans sa poche, l'emporter avec lui et le dresser, dans toute 
sa majesté, à Barcelone, en face de la fenêtre de son cabinet. 

A quelques mètres au-dessus de la fontaine, deux rochers géants, 
entre lesquels coule la rivière, s'avancent l'un contre l'autre comme 
pour un combat singulier. Nous y grimpâmes tous les deux, et là, 
assis sur leur cime, le poète improvisa une splendide légende qu'il 
a introduite, à peine modifiée, dans son admirable poème. 

Les heures passèrent rapidement en si charmante compagnie. 
Le poète trouva lui-même qu'il n'avait pas perdu sa journée : il 
s'était saturé « d'impressions ». A cette âme vibrante la nature 
parlait avec une puissante éloquence, et semblable à la statue de 
Memnon qui, disait-on, rendait des sons harmonieux aux premiers 
feux de l'aurore, elle tressaillait, elle s'exhalait en images et en stro- 
phes poétiques dès qu'arrivait jusqu'à elle la grande voix des choses. 

Depuis ce jour, le grand poète n'oublia plus l'humble professeur 
du Petit-Séminaire. Nous disons cela bien plus à sa louange qu'à 
la nôtre : nous le disons pour montrer combien son âme était 
douce et condescendante, combien son cœur était bon et affec- 
tueux. C'est la marque de la vraie grandeur de savoir descendre. 
L'autre, la fausse, est raide et superbe. Elle aime à peser sur 
ceux qu'elle croit au-dessous d'elle ; elle se venge ainsi des bas- 
sesses et des platitudes qu'elle prodigue à ceux qui sont au-dessus. 

La veille de son départ, une petite réunion eut lieu le soir, au 
salon des professeurs. Au moment de porter le toast d'adieu, le 
professeur de rhétorique demanda au poète la permission de lui 
lire une pièce de vers. II les écouta avec une charitable attention, 
et quand nous arrivâmes à la dernière strophe : 



— ^99 — 

ta Ciutat Comlal, (i) vogue, vogue rapide. 
Et que les flots d'azur viennent baiser tes flancs; 
Tu portes Verdaguer, chantre de l'Atlantide, 
Orgueil des Catalans ! 

L'humble grand homme, ému, nous embrassa en protestant que 
nous en disions trop, qu'il ne méritait pas tous ces éloges... 

Les Catalanistes, tous ceux qu'intéresse la personnalité de 
Verdaguer liront, peut-être avec plaisir, la lettre qu'il nous écri- 
vait de Barcelone, après son voyage à travers les Pyrénées. 

Barcelona, 17 octubre i883. 
Carissim, 

Tan mateix es hora d'escriure quatre ralles à vosté... de qui guardo tan 
dolsos recorts. No es que l'hague oblidat, mes mon viatge d'estiu ha sigut 
molt llarch, y densà que estich de tornada (que fa pochs dias) no he tingut 
un punt de repos. En esta petita Babilonia de Barcelona no solament no's 
pot reposar, sino que no's pot escriure: lo temps sempre y curteja. 

Mon viatge pcls Pirineus fou molt felis ; cap contra temps tingue que 
valga la pena de contar, sino en Aulus, ahont anant a veure la cascade de 
Garbet, los douaniers me dctingueren, fentme presentar al chef, qui'm digue 
que m'havian près per un republica disfressat dels que anavan a moure la 
revolucio en Espanya. 7/ n'hi ha boucoup de ce gent ta en Espagne, deya 
l'carabiner que'm menava à l'autoritat. 

Res he pogut escriure desde llavors, sino esta cansoneta del sant Rosari, 
que no val la pena de llegir. 

Quantas vegadas m'he recordat de vosté en esta temporada ! de nostre 

anada à la hermosa font dels Flageills ; del encantador cami (del rech) de sant 
Miquel ; y sobre tôt del Canigo que veya desda la finestra, y que no tornaré 
a veure fins Deu sab quant! Ditxos vosté, que la veu cada dia « coronada de 
plata y vestida de flors. » 

Veya vosté, en que li pot ser util eix seu sirvent y amich de cor. 

Jacinto Verdaguer, pbre. 

Depuis lors nous nous étions quelquefois revus soit à Perpignan, 
soit à Barcelone, soit à 111e en ce mois de mai 1895, où nous 
fimes ensemble l'excursion aux ruines de Réglella. 

Certes, il ne les trouva ni aussi belles, ni aussi grandioses que 
celles de Saint-Martin du Canigou, qui devinrent du reste encore 
plus belles et plus grandioses, quand il eut jeté sur elles le soleil 
ardent de sa poésie, mais il les admira quand même. Il ne laissa 
pas un coin inexploré ; il voulut tout voir ; il interrogea chacune 
de ses pierres ; il refit après, à sa façon, avec son imagination 
splendide de poète, c'est-à-dire de créateur, l'histoire du Monas- 
tère et des Moines. Et c'était une volupté infinie d'entendre cette 
voix qui disait des choses à la fois si harmonieuses et si sublimes... 

(1) Le nom du vaisseau qui portait le poète quand il alla visiter les lieux qu'il a chantés 
dans son JManUdt.. 



La Clé 

de Torthographe catalane 



CJ^^t^Sj» 



Un ancien professeur, savant helléniste, a bien voulu consacrer 
quelques instants à nous faire part des observations qu'il a faites 
sur le catalan, et nous dévoiler ce qu'il appelle la clé de l'ortho- 
graphe catalane. 

Il nous a appris que les 24 consonnes de l'alphabet grec sont 
divisées par catégories, parmi lesquelles trois ordres que la gram- 
maire elle-même dispose en tableau, le tableau des muettes. 



Douces 

Fortes 

Aspirées .... 


j " ordre 
Labiales 


2' ordre 
Gutturales 


3' ordre 
Dentales 


B 
P 

Ph 


G. 

C, Q 

K 


D 

T 

Th 



On comprend que les labiales sont les consonnes que l'on pro- 
nonce des lèvres ; les gutturales, à l'aide du gosier ; les dentales, 
au moyen des dents. Et aussi que les douces, ]zs fortes, \zs aspirées 
expriment l'effort nécessaire pour les prononcer. 

On dit communément que le latin dérive du grec et que le 
catalan est fils du latin, le fils le plus légitime puisqu'il s'en rap- 
proche plus que toutes les autres langues que le latin a formées. 

Certains mots ont échappé complètement à la corruption du 
langage : barba, barba ; candela, candela ; casulla, casulla ; casuis- 
tica, casuistica ; custodia, custodia ; clausura, clausura ; 

D'autres ont subi une légère amputation: vinum, vi ; campus, 
camp; hortus, hort ; abundatus, abundat ; manus, ma; bene, be ; 
bonus, bo ; 



— 4°' — 

Ou bien encore une élision ou contraction : populus, poble ; 
auctor, autor ; cauda, cua ; rivus, riu ; cadere, caure ; 

Et même une petite inversion à la syllabe finale : socer, sogre ; 
caper, cabre ; macer, magre ; pauper, pobre. 

Mais un bon nombre ont simplement adouci la prononciation 
en changeant la consonne forte par la douce correspondante du 
même ordre (voir le tableau), et c'est là la base du système dont 
nous n'avons pas toujours pu éviter l'application anticipée dans les 
exemples précédents. 

Ainsi le P se change en B dans: ripa, riba ; lupa, lloba ; sapor, 
sabor ; opertus, ohert ; sapiens, sabi ; tepidus, tebi ; opéra, obra ; 
coopertus, cobert ; caput stagni, Cabestany. 

Le C en G dans: secator, segador ; precari, pregar ; draco, 
drago ; securus, segur ; lacrymas, llagrimas ; catus, gat ; vacare, 
vaga. 

Le T en D dans : catena, cadena ; salvator, Salvador ; abbatia, 
abadia ; maturus, madur ; gubernator, gobernador. 

Le T en C dans : abdicatio, abdicacio ; aberratio, aberracio ; 
abjectio, abjeccio ; contradictio, contradiccio. 

Généralement ces règles s'appliquent plusieurs fois et se com- 
binent dans le même mot : operator, obrador ; recuperator, reco- 
brador et autres précédemment cités. 

Dans la prononciation, le V devient B : vida, bida ,- vidre, bidre ; 
vi, bi ; oliva, oliba ; saliva, saliba ; sempreviva, semprebiba ; voraviva, 
borabiba ; arriva, arriba ; viga, biga ; vent, bent; vuyt, buyt. 

C'est de ces règles que devraient s'inspirer ceux qui citent le 
catalan et en défigurent l'orthographe, ainsi que nous le consta- 
tons malheureusement, surtout dans les journaux. 

Ces quelques observations nous font regretter davantage l'ab- 
sence d'un bon dictionnaire catalan-français et français-catalan. Plu- 
sieurs auteurs ont entrepris cette tâche difficile ; celui qui l'a menée 
plus loin et avec plus d'autorité, c'est le Pastorellet. Il serait vive- 
ment à désirer que son important manuscrit vit enfin le jour. Si 
une souscription à cette œuvre était organisée, nul doute que le 
nombre des souscripteurs ne fut pour l'auteur la preuve du besoin 
et de l'à-propos d'une pareille publication. 

J. CoMET. 



•Il 



Botanique catalane 

JSoms catalans de plantes usités dans la région 

ù^ ùifù ù^n (Suite et fin) 

REPUNXO. — Voir NAP BORT. 

Appelé ainsi à cause de son nom français : raiponce. 

RETORCIDOS. — Voir BEC DE CIGONYA. 

Fruits à arêtes contournées en tire-bouchons. 
RIBANÉ. — Voir LLIRI GROCH. 
Feuilles fermes largement linéaires. 
RIDORTA. — Voir HERBA DE JOB. 
Plante grimpante à fleurs blanches aromatiques. 
ROJA. — T^ubia peregrina L. Garance voyageuse. 
Racine donnant une belle couleur rouge peu usitée actuelle- 
ment. 

ROHELLA. — Papaver J^hœas L. Pavot coquelicot. 
Pétales desséchées calmant la coqueluche, les angines, etc. 
ROMAGUERA. — Voir MORERA SELVATGE. 
Se développe vite et est très difficile à détruire. 
ROMANI. — J{osmarinus ojficinalis L. Romarin officinal. 
Aromatique. Infusions fortifiantes et fébrifuges. 
ROSELLA. — Voir ROHELLA. 

Se distingue dans les moissons par ses belles fleurs rouges. 
ROSER DE MARGE. — T^osa canina L. Eglantier des chiens. 
Forme des haies. Fruits pour la confiture de l'enaygament. 
ROSER DE NADAL. — Voir PEU DE LLOP. 
Fleurs verdàtres s épanouissant dès le mois de décembre. 
ROURE. — Quercus pubescens. \C^illd. Chêne duveté. 
Bois estimé. Feuilles en infusion contre les maux de gorge. 
ROVELLO. — Agaricus deliciosus L. Agaric délicieux. 
Champignon comestible des bois de pins et de sapins 
RUCA. — Eruca sativa L. Roquette cultivée. 
Feuilles diurétiques, dépuratives et antiscorbutiques. 
RUDA. — T^uta angustifolia Pers. Rue à feuilles étroites. 
Feuilles rubéfiantes ; employées contre les fièvres, les vers. 



— 4°^ — 

SAHUCH. — Sambucus nigra. L. Sureau noir. 

Fleurs, baies et seconde écorce, diurétiques et purgatives. 

SALVIA. — Salvia officinalis. L. Sauge officinale. 

Feuilles aromatiques donnant une infusion stomachique. 

SALZE. — Salix alba. L. Saule blanc. 

Ecorce amère vermifuge ; sert aussi au tannage du cuir. 

SANGUINARl. — Poligonum persicaiia. L. Renouée à feuilles 
de pêcher. 

Tiges rougeâtres. A détruire avant la fructification. 

SANGUINYOL. — Voir CORNELLER. 

Bois résistant de couleur rougeâtre. 

SARSA-PARELLA. — Smilax aspera L. 

Racine sudorifique, diurétique et dépurative du sang. 

SBARZER. — Voir MORERA SELVATGE et ROMA- 
GUERA. Forme des buissons épineux très touffus. 

SEGLE. — Secale céréale L. Seigle commun. 

Remplace le blé dans les terrains pauvres. Grains nourissants. 

SELVIER. — Sorbus domestica L. Sorbier cultivé. 

Bois dur pour les tourneurs. Fruits astringents. 

SERPOL. — Thymus Serpylum. L. Thym. Serpolet. 

A les propriétés du thym commun (farigola) 

SOLANA. — Voir MORELLA DE MARGE. 

Nom se rapportant au nom latin de ia plante : solanum. 

SPANTA-LLOP. — Colutea arborescens L. Baguenaudier ar- 
buste. 

Fruits gonflés en forme de vessie. Plante riche en tanin. 

SPART. — Spartium junceum L. Spartier faux-jonc. 

Fleurs très odorantes attirant les abeilles. 

STEPA. — Cistus laurifolius L. et crispas L. Ciste à feuilles de 
laurier et crispé. 

Arbrisseau des terres incultes. Donne du bois de chauffage. 

STEPA BLANCA. — Cistus albidus L. Ciste blanc. 

Feuilles couvertes d'un duvet blanchâtre. 

STEPA MOSQUERA. — Cistus Monspeliensis L. Ciste de 
Montpellier. 

Feuilles visqueuses attirant les mouches. 

SPl NA-B LANÇA. - V. Cl RERER de la MARE DE DEU. 

Tige à écorce blanchâtre épineuse. 



— 404 — 

SPINACART. — Eryngium campestre L. Panicaut des champs. 

Nuisible ; à détruire dans les champs. 

SPINACH. — Spinacia inermis N\.cnch. Epinard sans cornes. 

Feuilles apéritives et rafraîchissantes. 

SPINADELLA. — Sahola\ali L. Soude Kali. 

Plante épineuse des sables maritimes. Cendres donnant la soude. 

SPINAVIS. — Paliurus ausiralis R. et S. Palmier épineux. 

Arbrisseau nuisible dans les bois par ses fortes épines. 

SPU ELLES. — Delphinium Ajacis L. Dauphinelle pied d'a- 
louette. 

Graines, en décoction, contre la galle et les poux, etc. 

SURER. — Quercus Suber L. Chêne-liège. 

Ecorce pour les bouchonniers ; glands donnant un café rafraî- 
chissant. 

TAMARIU. — Tamarix Gullica L. Tamaris de France. 

Ecorce employée contre la goutte, les catarrhes. 

TARONGER. — Citrus Jlurantium J{is. Citronier, oranger. 

Fleurs et feuilles antinerveuses ; fruits savoureux rafraîchissants. 

TE. — Chenopodium ambrosioides L. Chenopode fausse-ambroisie. 

Feuilles sèches donnant en infusion un thé digestif et calmant. 

TE BORT. — Slachys recta. L. Epiaire droite. 

Stomachique, emménagogue ; employé comme le précédent. 

TÉ DE MONTANYA. — Veronica officinalis. L. Véronique 
officinale. 

Plante odorante employée comme tous les thés sauvages. 

TEIX. — Taxus baccata. L. If à baies. 

Bel arbre à bois dur incorruptible ; ses feuilles seraient véné- 
neuses. 

TELL. — Tilia plalyphylla. Scop. Tilleul à feuilles plates. 

Feuilles aromatiques calmant les affections nerveuses. 

TIMO. — Voir FARÎGOLA. 

Nom rappelant le nom français de la plante : Thym. 

TIMOÇA. — Lavandula Stœchas L. Lavande Stœchas. 

Moins usitée que l'aspit. En infusion contre les catarrhes. 

TINTOREL. — Voir MATA-POLL. 

Ecorce faisant rougir la peau et teignant la laine en jaune. 

TREBENTINA. — Pinus Laricio Poir. Pin Laricio. 

Bon bois ; suc résineux donnant l'essence de térébenthine. 



— 4o5 — 

TRENCA-OS. — Polygmatum vulgare Desf. Sceau deSalomon. 

Racine antigoutteuse et vomitive. 

TRESCAMES. — Voir HERBA DE SANT-JOAN. 

Peut-être allusion aux tiges, souvent groupées par trois. 

TREVOLET. — Trifolium repens L. Trèfle rampant. 

Peut former d'assez bonnes prairies artificielles. 

TROCA-SACH. — JicrJeum murinum L. Orge des rats. 

Epis à arêtes perçantes blessant souvent la bouche des bestiaux. 

ULLS DE PERDIUS. — Adcnis aulumnaïis L. Adonis d'au- 
tomne. 

Belles fleurs rouges dans les moissons des terrains calcaires. 

VACA. — Boletus aureus Bull. Bolet bronze. 

Champignon comestible des lieux frais, mais de chair un peu 
molle. 

VALERIANA. — Yaleriana officinatis L. Valériane officinale. 

Plante diurétique, vermifuge et antinerveuse. 

VAQUETA. — Tiydnum repandum L. Hydne sinué. 

C'est le cep dont la chair est devenue molle et spongieuse. 

VERBENA. — Yerbena ojficinalis L. Verveine officinale. 

Feuilles fébrifuges et guérissant les contusions, 

VERN. — Alnus gluUnosus Goertn. Aulne glutineux. 

Bon bois pour constructions sous l'eau. Ecorce fébrifuge. 

VESSA. — Vicia sativa L. Vesse cultivée. 

Forme des prairies artificielles excellentes et très précoces. 

VIDAURA. — Tiumulus lupulus L. Houblon grimpant. 

Cônes toniques pour la fabrication de la bière. 

VIOLA. — Yiola odorata L. Violette odorante. 

Fleurs aromatiques donnant des infusions calmantes et laxatives. 

VIOLER. — Chevianlhus Chevii L. Giroflée violier. 

Très belles fleurs pour les jardins et les parcs. 

XARONPIOS. — Centaurea Cyanus L. Centaurée Bleuet. 

Ses belles fleurs bleues le font distinguer dans les moissons. 

XICOYRA. — Cichorium Jnlybus L. Chicorée sauvage. 

Racine et feuilles apéritives, diurétiques et rafraîchissantes. 

XI PRER. — Cupressus pyramidalis Targ. et Togg. Cyprès pyra- 
midal. 

Bois dur et résistant ; feuilles et cônes stomachiques. 

L. CONILL. 



Z^Y*\*x^\?\*x*x*^\'x'^ 



LIVRES ^ REVUES 

"La T{evue catalane fera connaître à ses lecteurs les ouvrages qui 
lui seront adressés en double exemplaire. ^">C^ Pour les ouvra- 
ges catalans, adresser un exemplaire au Secrétariat de la Rédac- 
tion et un autre à M. Amade, professeur d'espagnoJ au lycée 
de Montpellier, secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes. 



Les journaux. 

Les journaux nous apprennent la création au Ministère de l'Instruction 
publique d'un nouveau musée : le Musée de la Parole ou musée linguistique. 

Le nouveau musée recueillira, classera, conservera des spécimens parlés 
(nousinsistons sur le mot) de toutes les langues, de tous les dialectes en 
usage en France et dans les possessions françaises. 

11 constituera une sorte de bibliothèque d'audition où, dans mille ans 
comme demain, on entendra non seulement de beaux morceaux de prose ou 
de vers dits par les maîtres de notre Conservatoire national de déclamation, et 
fixant pour la postérité un moment dans la tradition, un état dans l'évolution 
de l'Ecole française ; non seulement de grands discours académiques ou 
politiques, mais aussi et surtout de simples rondes d'enfants, chantées par 
des voix fraîches et joyeuses, des refrains populaires, des complaintes, des 
contes de nourrices, tels qu'ils auront été enregistrés sur place dans le lan- 
gage du cru. 

Souvenez-vous. Un jour, dans un musée, devant une inscription à demi 
effacée, devant uae ancienne armure, devant une antique poterie, vous vous 
êtes arrêté et tout un passé s'est levé pour peupler votre rêve. 

Vous avez vu les mains gauchies qui sculptèrent le marbre ; le corps puis- 
sant qui fit grincer l'armure, l'épaule brune sur laquelle un bras recourbé 
maintenait l'amphore pleine. En un instant, mille vies tout à l'heure inconnues 
se sont superposées à votre vie et l'ont colorée de visions qui ne s'effaceront 
plus. Et ce miracle est l'œuvre de quelques informes débris : dalle usée, 
vieille ferraille, modeste cruche cassée ! 

Croyez-vous que d'anciennes chansons, qu'une naïve légende, que la 
parole savante ou populaire, brusquement ressuscitées, auraient moins de 
noblesse et moins de puissance évocatrice ? Que ne donnerions-nous pas 
pour entendre aujourd'hui, fût-ce dans le plus grêle des phonographes, une 
plaidoirie de Cicéron, un discours politique de Démosthène, une scène 
d'Aristophane ou de Plaute ?... Ou, plus près de nous, Molière dans ses 
œuvres et toutes les chansons comiques ou tragiques, les Tiens, Poupoule ! 
des périodes sanglantes, ou corrompues ou florianesques. D'autant que nous 
auions peut-être des surprises : la prononciation, l'intonation ont changé 



— 407 — 

comme le style. 11 n'y a pas si longtemps que ais rimait avec ois, et eure 
avec ure. 

Plus heureux que nous, nos neveux entendront des voix anciennes leur 
raconter le passé. Plus favorisée que les langues latine et grecque, la langue 
française ne mourra pas. Quelques documents bien conservés suffiront quand 
bien même tout le reste aurait péri, pour la faire revivre aux oreilles de la 
postérité la plus lointaine. Assurer l'immortalité à notre langue, voilà qui 
n'est pas un mince résultat. 

Mais il y a mieux. 

Dès demain, les savants trouveront au Musée de la Parole les éléments 
d'étude qui leur ont manqué jusqu'à nos jours. Ils compareront entre elles, 
simultanément, sans se déplacer, sans risque d'oublier, les voyelles de deux 
villages voisins, de deux générations successives, dresseront la carte de la 
phonétique française et la mettront périodiquement à jour. 

Ils prendront ainsi la langue ou, pour mieux dire, la prononciation en 
flagrant délit d'évolution dans le temps et dans l'espace, assisteront au dépla- 
cement mystérieux, à l'usure lente de certaines consonnes. Ils verront aqua- 
rium devenir évier, episcopum devenir évêque, Jlqua Sextias se changer en 
Aix. JSemausus en T^ismes puis en J\îmes, et le même Aquas devenir Aiguës 
ici zt\^x un peu plus loin. 

Ils nous diront quelles influences géographiques ou historiques président 
à ces changements insensibles mais constants. Nous apprendrons peut-être 
pourquoi ici ou grasseyé Vr, tandis qu'on la roule dans les départements 
voisins : pourquoi l'intonation de cette simple phrase : « Bonjour ! Comment 
vas-tu ? » change de moyenne en même temps que de méridienne. Et qui 
sait si l'observation bien conduite de quelques faits généraux, la découverte 
de quelque loi fondamentale, ne nous mèneront pas un jour à la reconstitu- 
tion logique de la prononciation du latin et du grec, pour ne parler que de 
celles qui furent les plus voisines parmi les langues mortes ? On a vu des 
choses plus invraisemblables et les moyens dont dispose la phonétique expé- 
rimentale sont aujourd'hui considérables. Sait-on que les vibrations de la 
voix photographiées peuvent se compter facilement à l'œil nu : qu'on peut 
mesurer les courbes et la durée au deux centième de seconde ! 

Nous en avons dit assez pour montrer que le Musée de la Parole est une 
oeuvre de la plus haute portée scientifique, féconde en résultats immédiats et 
cependant impérissables. On ne peut que féliciter M. Gaston Doumergue 
d'avoir promis son appui et de le voir associer son nom à une entreprise que 
son caractère place au-dessus des vicissitudes de la politique et à l'abri de 
toutes les révolutions. (La Dépêche). 



, Bolleti del diccionari. 

Le dernier Bolleti contient une longue analyse du Manual de fonetica 
catalana du D"^ Schaedel et de Guilhem de Toloza d'Antonin Perbosc. 



<^TN&. 



— 4o8 — 

Centenaire du Collège. 

L'Association Amicale des Anciens Elèves du Collège de Perpignan a eu 
l'heureuse idée de réunir en une élégante brochure illustrée le programme 
détaillé et le compte-rendu des fêtes du Centenaire y compris le texte des 
discours prononcés à cette occasion par M. F. de Cazis de Lapeyrouse, 
président de l'Association des Anciens Elèves, E. Tarrène, maire de Perpi- 
gnan, Charles Legrand, président de l'Union des Associations d'anciens 
élèves des Lycées et Collèges de France, Marcel Sellier, professeur d'his- 
toire au Collège et Benoist, recteur de l'Académie de Montpellier. 

Cette brochure est en vente chez M. Py-Oliver et chez MM. Brun 
frères, libraires à Perpignan. 

Annuari critich. 

Nous avons reçu Y Annuari critich sobre 'h progresos de la filologia romdnica 
(seccio catalana, redactada per el D' Schsedel, de la Universitat de Halle, 
Alemanya). 

Dans sa relation ( i ) sur la philologie catalane, notre savant confrère 
signale les progrès des études catalanes. 11 y cite avec abondance les œuvres 
de nombreux auteurs autorisés. 11 passe en revue l'histoire extérieure et 
l'extension de notre langue et étudie les questions intéressantes relatives à 
la richesse du vocabulaire et à l'étymologie de certains mots. 11 y expose 
enfin des recherches sur des noms de lieux, des éditions de livres, des docu- 
ments divers, etc. 

Dans la partie relative à la grammaire se trouve un passage particulièrement 
intéressant sur les rapports de la langue languedocienne (gabatx) et de la 
langue catalane. A ce sujet, il cite l'opinion de A. Hovelacque (atlas lin- 
guistique de la France) : « Encore aujourd'hui les deux idiomes catalan et 
languedocien sont nettement séparés. Ils ne se confondent pas, n'entrent 
pas insensiblement l'un dans l'autre. » 

Cette affirmation est contestée par le D' Schaedel. « L'œuvre de Hovelac- 
que, dit-il, est, au plus haut degré, une œuvre superficielle et de dilettanti. 
Dans son travail, qui ne repose pas sur des investigations faites sur les 
lieux, il ne se préoccupe pas d'établir le phénomène proprement dit de lin- 
guistique, mais seulement — et cela même n'est pas encore très juste — 
de savoir si dans certains endroits particuliers on parle catalan ou langue- 
docien (gabatx). » 

Et l'atlas même de Gillierons ne peut pas à ce sujet être utilisé. 

La ligne de démarcation qui va de la mer au point le plus élevé de l'Aude 
détermine la séparation nette des deux idiomes. 

Par contre, dans le Capcir, les deux idiomes se confondent, entrent insen- 
siblement l'un dans l'autre, ont une influence réciproque l'un sur l'autre. 

(i) Rédigée en allemand. 

Le Gérant, COMET. 
Imprimerie COM ET, rue Saint-Dominique, 8, Perpignan. 



n 



DP 
C57R3 



Revue catalane 



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